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« Une Histoire populaire de la France » en BD

Adapté d’après un ouvrage de Gérard Noiriel, Une Histoire populaire de la France, de Lisa Lugrin, Clément Xavier et Gaston, raconte de manière légère et accessible les actes fondateurs de la France, mais aussi ses lignes de tension, ses révoltes et ses grandes figures historiques.

C’est avec beaucoup d’humour mais un vrai sens didactique que Lisa Lugrin, Clément Xavier et Gaston portent Une Histoire populaire de la France en bande dessinée. Premier tome d’un triptyque, cette adaptation s’étend du IIIe au XIXe siècle, allant de l’installation des tribus germaniques dans l’espace gallo-romain à l’avènement de Napoléon Bonaparte. Gérard Noiriel, dont on retrouve le pendant fictif dans l’album, est clair quant aux éléments qui ont, selon lui, pérennisé la France et écrit son histoire : les impôts et la force publique. Les premiers ont occasionné jacqueries, révoltes, injustices et dépendances – les riches ont longtemps été exemptés de taxes mais prêtaient de l’argent au pouvoir en place en échange de faveurs et d’influence –, tandis que la seconde a été minée par des successions difficiles (par exemple après la mort de Charles IV) et une organisation politique parfois dysfonctionnelle (de la féodalité à la monarchie en passant par les seigneuries).

Raconter « une histoire populaire de la France » est indissociable de la notion de peuple. Tout au long de cette bande dessinée, les paysans, les immigrés, les chômeurs, les sans-culottes, le tiers-État, bref tout ce qui entrait en contradiction avec le clergé ou la noblesse, se voient mis en exergue. Ce sont des Slaves, puis des Africains réduits en esclavage dans les seigneuries. Ce sont deux millions d’esclaves déportés en quelque 4200 expéditions entre 1625 et 1848 pour les besoins de l’empire colonial français. Ce sont des vagabonds inactifs requalifiés en criminels. C’est une peste noire mortifère se déployant sur fond de misère paysanne (1347-1352). C’est une assiette fiscale insuffisante, car n’impliquant pas l’aristocratie, et provoquant les protestations, voire des insurrections, parmi les classes populaires. C’est la Corporation des bouchers de Paris refusant de payer une nouvelle taxe en 1413. Ce sont les paysans normands s’élevant contre les Anglais lors de la guerre de Cent ans. Conformément au livre de Gérard Noiriel, le sans-grade, le pauvre, le marginalisé s’apparentent ici à un incubateur politico-social.

Une Histoire populaire de la France n’oublie ni les personnalités ni les grands événements qui ont marqué l’Hexagone : Clovis, Charlemagne, Jeanne d’Arc, Richelieu, Colbert, Louis XIV, Napoléon, le Code noir, la Révolution, les guerres, les famines… Richelieu et Colbert ont eu une importance capitale dans la captation de l’impôt, tandis que François 1er ou Louis XIV se sont appuyés sur le capital symbolique pour pérenniser leur pouvoir. Les auteurs rappellent que ce dernier, en dépit de la monarchie absolue qu’il exerçait, était le jouet des élites, qui le maintenaient dans un état de dépendance financière en raison de déficits publics permanents. Enfin, puisqu’il est question des classes populaires, comment ne pas évoquer la réforme de la loi électorale de 1850, qui a eu pour effet d’écarter du vote un tiers de l’électorat ?

Volontiers ironique, gagnant en didactisme ce qu’il perd en exhaustivité, Une Histoire populaire de la France est un travail d’éveil salutaire. Il revient sur les formes plurielles dont s’est parée la France, aussi changeante que les hommes qui en ont pris la gouvernance. Il replace aussi le territoire au sein d’un double jeu d’influence : à l’intérieur de ses frontières, au sein d’une société éternellement divisée, à l’extérieur, parmi des puissances hégémoniques n’hésitant pas à recourir à la force.

Une Histoire populaire de la France, Lisa Lugrin, Clément Xavier et Gaston
Delcourt, septembre 2021, 256 pages

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Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées et des actualités DVD/bluray