« Perdus dans le futur » : l’union fait la farce

Dupuis s’adresse aux neuf ans et plus à l’occasion de la parution du premier tome de Perdus dans le futur. Un groupe d’écoliers y échoue dans un monde parallèle et mystérieux.

Cela devait être une sortie scolaire comme les autres pour Sara, Arnold, Driss et Mei. Il s’agissait de visiter les ruines d’un ancien château en essayant d’éviter les quolibets de Piero, la terreur de la classe. Mais l’une de ses mauvaises blagues tourne mal et les voilà, tous les cinq, en chute libre dans un tunnel spatiotemporel. Le point cardinal de Perdus dans le futur n’est pas à chercher ailleurs : dans cette série à quatre tomes, chaque épisode sera l’occasion d’un saut vers un lieu et une époque inconnus. Et aux (més)aventures attendues viennent alors se greffer tous les enjeux relationnels qu’une tel élément perturbateur peut porter en son sein.

Ce premier volet intitulé « La Tempête » prend appui sur l’incommunicabilité entre les quatre amis et l’écolier harceleur qui s’en prend régulièrement à eux. Dans l’adversité, il apparaît que Piero a bien davantage besoin de ses camarades de classe que l’inverse. Pourchassés par des monstres, recueillis par une communauté de Templiers vivant dans une société moyenâgeuse, les cinq enfants font face à une situation inédite et anxiogène. Cette dernière va pousser Piero à revoir son attitude envers Sara, Arnold, Driss et Mei. Et s’il y a quelque chose à retenir du scénario de Damián, au-delà des aventures échevelées vécues par le groupe d’enfants, c’est bien cette ode à la communication, la tolérance et la fraternité.

Les teintes aperçues sur la couverture de l’album se retrouvent en abondance à l’intérieur de celui-ci. Les dessins d’Àlex Fuentes, tout comme l’esprit léger et bon enfant de « La Tempête », s’adressent évidemment à un jeune public, avec un certain succès. Il est par ailleurs intéressant de noter que Sara, Arnold, Driss et Mei représentent des minorités et/ou arborent des traits constitutifs souvent raillés par leurs pairs : l’une se déplace en béquilles, l’autre est petit et bedonnant, le troisième est basané et peu à l’aise avec les filles, la dernière est une Asiatique qui porte d’imposantes lunettes rondes. Ce petit groupe qui ne serait sans doute pas des plus populaires dans une cour de récréation va pourtant, par la ruse et l’entraide, trouver les ressources nécessaires à son salut.

Parmi les villageois que les cinq écoliers vont croiser, tous ne verront pas d’un bon œil leur arrivée impromptue. Il faut dire que la communauté est régie selon des principes malthusiens : chaque nouveau membre en appelle un autre, volontaire, à quitter le groupe, l’objectif étant de maintenir la pérennité de tous en préservant l’intégrité des moyens de subsistance disponibles. Il n’est évidemment pas interdit d’y voir un message écologique à l’attention des plus jeunes, même si ce dernier donne lieu à quelques ambiguïtés… Qu’importe, le plus important tient au plaisir procuré par cette lecture succincte et divertissante. Les plus jeunes y trouveront des aventures en pagaille, de l’humour, de la bienveillance et quelques leçons sur le monde, pas toujours rose, des adultes.

Aperçu : Perdus dans le futur T.01 (Dupuis)

Perdus dans le futur – Tome 1 : La Tempête, Damián et Àlex Fuentes
Dupuis, juin 2021, 128 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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