« How I live now » : tendresse en temps de guerre

Le scénariste Lylian et la dessinatrice Christine Circosta racontent l’histoire de Daisy, une jeune Américaine de quinze ans contrainte d’émigrer en Angleterre à la suite du déclenchement d’une guerre. Recueillie par une tante qu’elle ne connaît pas, elle va s’éveiller à un nouvel environnement, à la nature, mais aussi à son cousin Edmond, le tout sur fond de conflit armé.

La première partie de How I live now est un récit d’initiation et d’éveil. Alors que les États-Unis sont entrés en guerre, Daisy rejoint une Angleterre bucolique, une maison dédaléenne et une famille unie qui sonnent pour elle comme une sorte d’« antithèse ». Jusque-là, son existence était en effet constituée de béton, d’espaces rationnés et de récriminations familiales. Un contraste s’installe rapidement : alors que les médias diffusent en boucle les images de la Troisième guerre mondiale, Daisy vit dans une espèce de cocon qui la tient éloignée – dans un premier temps du moins – des conflits armés qui ont cours dans le monde. L’album, adapté du livre éponyme de Meg Rosoff, le martèle d’ailleurs : si l’horreur et la souffrance qui caractérisent la guerre se déploient ailleurs, dans la grande ferme de tante Penn, on crée des liens, on se balade, on se baigne, on consume l’amour.

Car là est la trame principale de How I live now : Edmond, le jeune cousin de quatorze ans qui a accueilli Daisy à l’aéroport cigarette à la bouche avant de la véhiculer à travers champs, va rapidement devenir son amant. « Le grand saut dans l’inconnu » prend alors une tournure heureuse. Daisy confesse : « Pour la première fois depuis des jours, des mois peut-être, je me sens super bien. » Le monde étant en perpétuel mouvement, cette parenthèse romantique va se voir interrompue par la guerre. Un attentat fait d’abord plusieurs milliers de morts à la gare de Londres, avant que l’Occupant ne pointe le bout de son nez. La désinformation circulait déjà de seuil en seuil, un climat anxiogène s’installant dans la campagne anglaise, et voilà maintenant que Daisy et sa jeune cousine Piper – dont les liens, de plus en plus étroits, font l’objet de beaucoup d’attention dans l’album – sont séparés du reste de la famille après que leur maison a été réquisitionnée par loi martiale. « Le pays est envahi par l’ennemi. C’est lui qui contrôle les routes, la distribution de nourriture et la répartition des citoyens sur le territoire. »

Ainsi, How I live now va jouer sur plusieurs tableaux : la romance entre Daisy et Edmond se fond dans un contexte militaire qui va peu à peu se rapprocher d’eux et devenir perceptible. Osbert, le plus âgé des cousins, s’engage dans l’armée. Daisy et Edmond sont ensuite séparés et restent sans nouvelles l’un de l’autre. Une période durant laquelle la jeune Américaine ressent cependant la présence de son amant, mais qui est surtout exploitée par Lylian et Christine Circosta pour narrer la réalité telle qu’elle est vécue par des enfants et adolescents en temps de guerre. C’est à travers leurs yeux que l’on observe les persécutions, les assassinats arbitraires, les points de contrôle et même les charniers. Il n’est pas seulement question d’une horreur barbare et sanguinaire : il y a aussi l’injustice perçue à l’égard d’événements les dépassant et venant phagocyter dans ses moindres recoins leur existence.

Daisy est une héroïne plus complexe qu’il n’y paraît. Caractérisée par la jeunesse, la féminité et le déracinement dont elle fait l’objet, elle souffre aussi des étiquettes qu’on lui accole trop hâtivement. Ainsi, parce que sa mère est décédée à sa naissance, on la juge soit comme une meurtrière soit comme une victime. Elle-même se montre parfois critique à son propre égard : « Je suis devenue banale, sans véritable signe distinctif », déclare-t-elle tôt dans le récit. Il lui arrive de se poser des questions sur sa mère, ou de maudire son père et ses nouvelles relations amoureuses. La réussite de How I live now doit certainement beaucoup à son personnage principal. L’album est en outre sublimé par les représentations réussies de Christine Circosta (on songe spontanément à ses dessins de la nature) ou par les nombreux motifs qui en tapissent la trame, souvent en contraste (l’Amérique urbaine/l’Angleterre rurale, l’amour/la guerre, la maison nettoyée pour se conformer à la vie d’avant, laquelle est toutefois rendue impossible par les traumatismes affectant les personnages, etc.).

How I live now, Lylian et Christine Circosta
Glénat, septembre 2021, 144 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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