« Le fil de l’Histoire » se penche sur le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis en 1939-1945

La collection « Le fil de l’Histoire » des éditions Dupuis accueille trois nouveaux albums consacrés à la Seconde guerre mondiale. Fabrice Erre et Sylvain Savoia s’attachent à décrire les décisions et actions du Japon, du Royaume-Uni et des États-Unis, tous trois engagés dans un conflit mortifère.

Un même fait historique peut donner lieu à des interprétations et des conséquences diamétralement opposées, selon le point de vue adopté. Si l’on s’intéresse plus spécifiquement au Japon et aux États-Unis durant la Seconde guerre mondiale, les attaques aéronavales de Pearl Harbor ou les bombes nucléaires larguées sur Hiroshima et Nagasaki constituent à cet égard deux exemples édifiants. Pour les Japonais, les premières portaient une promesse de grandeur que les secondes sont venues étouffer sous les corps de dizaines de milliers de victimes. Les Américains ont quant à eux d’abord été contraints à la guerre, sortant ainsi d’un isolationnisme relatif, avant de sonner le glas de l’obstination nippone en recourant au spectacle terrifiant des champignons atomiques. Ces histoires ne sont pas les seules à se croiser et s’enrichir à travers les différents albums de la collection « Le fil de l’Histoire » traitant des années 1939-1945. Il en va ainsi des bombardements sur les villes anglaises et allemandes, du débarquement de Normandie ou des conflits armés sur les îles du Pacifique.

Toujours concis et documentés, les trois albums qui nous intéressent dressent un état des lieux des principales politiques et offensives menées dans le cadre de la Seconde guerre mondiale tant au Royaume-Uni qu’au Japon ou aux États-Unis. Le grand empire européen est déclinant à l’aube des années 1940. Il verra d’ailleurs les forces de l’Axe exploiter son immensité territoriale en attaquant dans l’Afrique septentrionale ou aux abords des Indes britanniques. Ces dernières sortiront définitivement du giron colonial en 1947, quelques mois après la fin du conflit. Le Japon, bien plus développé que ses voisins proches, mène une guerre féroce contre la Chine dès 1931. Cette dernière s’appuie sur la politique du hakko ichiu, qui vise à regrouper sous un même toit les différentes nations asiatiques. Victime de l’embargo des Américains, pourtant réticents à s’impliquer dans la Seconde guerre mondiale, l’archipel va s’allier aux Italiens et aux Allemands pour contrer leur influence et poursuivre ses visées hégémoniques en Asie. De son côté, s’il a choisi de renforcer l’isolationnisme en 1935, le Congrès américain, jusque-là principalement soucieux de son industrie et du commerce, décide d’accompagner Roosevelt dans l’effort de guerre suite à l’attaque de Pearl Harbor. Au programme « prêt-bail » et à la charte de l’Atlantique succède une intervention militaire plurielle et massive.

Fabrice Erre et Sylvain Savoia énoncent parfaitement certains traits constitutifs de la Seconde guerre mondiale. Les Britanniques apparaissent à la fois protégés et diminués par leur situation géographique. Les Japonais peuvent compter sur l’abnégation sans faille de leurs soldats et de leur population civile, prêts à se sacrifier au nom de la cause défendue par l’Empereur Hirohito, y compris à Iwo Jima ou Okinawa. Les Américains entrent dans la guerre à reculons mais finiront par organiser la fabrication massive d’engins et d’armes de guerre, avant de constituer un réseau d’institutions (ONU, Bretton Woods…) en harmonie avec leur vision du monde et l’influence qu’ils cherchent à y exercer. La bataille des Ardennes, les opérations Husky, Jubilee ou Torch, les deux fronts sur lesquels s’épuisent les forces allemandes, le projet Manhattan ou encore le traitement des prisonniers de guerre par les Japonais (chantiers consommateurs en vies humaines, femmes de réconfort, laboratoires clandestins…) figurent tous en bonne place dans ces albums dont la principale finalité demeure didactique.

Comme à l’accoutumée, des dossiers informatifs complémentaires se trouvent en appendice des ouvrages. Les auteurs y présentent des personnalités marquantes, des repères chronologiques et des événements capitaux. S’il faut une nouvelle fois saluer la qualité pédagogique de ces bandes dessinées historiques, on peut toutefois regretter le contrepoids des simplifications qui y sont opérées. L’exemple le plus symptomatique se trouve probablement dans l’évocation des deux bombes atomiques, dont l’usage est présenté comme une condition sine qua non de la capitulation japonaise dans un contexte où l’opinion publique américaine se retournait peu à peu. Il n’aurait pas été inutile d’y apporter de la nuance, considérant que nombre de personnalités, historiens ou auteurs, tels que Dwight Eisenhower, Tsuyoushi Hasegawa ou Harry Bernas, accueillent avec une grande circonspection cette lecture des faits. Bien que cela méritait d’être relevé, les trois albums n’en restent pas moins précieux pour qui entend s’éveiller aux principaux événements de la Seconde guerre mondiale.

Le fil de l’Histoire raconté par Ariane & Nino
1939-1945
Le Japon dans la guerre jusqu’au bout
Les États-Unis débarquent
Le Royaume-Uni, dernier rempart de Europe
Fabrice Erre et Sylvain Savoia
Dupuis, novembre 2022, 48 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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