« Un anarchiste », crypto-esclavagisme en zone insulaire

Sans volonté ni méninges, point de salut. « Crocodile », le personnage principal d’Un anarchiste, ne le sait que trop bien. Joseph Conrad va le malmener – et battre en brèche les mouvements anarchistes à travers lui.

« Crocodile » n’a pas de bol. Après quelques gorgeons trop capiteux, pris d’ivresse, il se met à clamer fièrement des propos séditieux, anarchistes, qui le conduisent directement au cachot. À peine sa liberté recouvrée, son ancien employeur lui claque la porte au museau, tandis que des « compagnons » libertaires de circonstance prennent la décision, apparemment irrévocable, de le prendre sous leurs ailes trop protectrices. Ces nouveaux acolytes ont beau se montrer bedonnants de principes, ils se distinguent avant tout par des vols en série, des tirades scatologiques contre les capitalistes et une sorte de contrôle prudentiel sur leurs recrues les plus récentes, chose pourtant peu en phase avec leur soif inentamée de liberté. Trop lâche pour prendre la tangente, aussi dévitalisé qu’un vieux canasson, « Crocodile », jeune ouvrier parisien de son état, participe malgré lui à un braquage de banque qui tourne mal. À nouveau contraint de ronger l’os pénitentiaire, il profite d’une mutinerie pour se soustraire à la vigilance des gardes et prendre la mer. En fuite, le sourire fané et l’esprit en maraude, il échoue finalement sur une île indéterminée, prisonnier de son passé, néo-esclave d’un « hangar plein d’outils et de ferraille », c’est-à-dire mécanicien sur un petit vapeur, sans salaire ni perspectives, avec l’impossibilité de décamper en raison d’une réputation peu flatteuse, tenace, d’« anarchiste de Barcelone » exotique et légèrement fêlé.

Ce que Joseph Conrad dévoile par flashbacks, quelque part entre le Crainquebille d’Anatole France et L’Île du docteur Moreau d’Herbert George Wells, c’est la désintégration progressive d’un individu socialement intégré, un ouvrier français transformé au gré des circonstances en anarchiste de pacotille, juste bon à singer et ventriloquer, sans le début de la plus petite des convictions, mais avec la peur au ventre. Pris dans la mare boueuse des mouvements libertaires, là où les problèmes se présentent en foule, il doit tuer pour survivre, accepter la servitude pour échapper aux barreaux, consentir et imiter sous peine de disparaître. Des années après les théories socialo-anarchistes de Mikhaïl Bakounine et Pierre Kropotkine, Joseph Conrad se livre à une vision cruelle et désenchantée de ces mouvements révolutionnaires promouvant souvent le désordre plutôt que la liberté, les maux plus que les solutions. Pour lever le lièvre libertaire, l’auteur britannique tire parti des mésaventures d’un ouvrier ayant « le coeur chaud et la tête faible », portant « en lui les contradictions les plus amères et les conflits les plus meurtriers ». Un « Crocodile » qui finit entre les crocs putrides et incisifs d’un vil exploitant, dépourvu de scrupules et d’humanité, pire encore que ceux qu’il vilipendait jadis. Quand le sort s’acharne…

Un anarchiste, Joseph Conrad.
Fayard, janvier 2013, 64 pages.

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Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

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"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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