LeMagduciné fait son bilan de l’année 2021 : films préférés, scènes marquantes, attentes pour 2022…

Comme pour chaque fin d’année, la rédaction du Magduciné vous propose un tour d’horizon de ses meilleurs souvenirs cinématographiques de 2021 et de ses attentes pour 2022, à travers les réponses de certains de ses rédacteurs et rédactrices à six petites questions.

  • Quel serait votre « film de l’année » ?

Chloé Margueritte : Tralala des frères Larrieu. Pour n’être pas soi-même le temps d’un film, s’évader franchement, pour Mathieu Amalric qui chante « je suis sexy, quand t’es sexy », pour la liberté de ton, les chansons, les visages…

Hala Habache : Drive My Car de Ryusuke Hamaguchi. J’ai été éblouie par ce film. C’était un très grand choc pour moi. Le film prend son temps dans une époque rapide et trop pleine de tout. C’est une œuvre rare où tout se joue dans une apesanteur dans laquelle on ne peut que retenir son souffle. Le spectaculaire n’a plus d’intérêt devant un film comme celui-là.

Audrey Dltr : Annette de Leos Carax. Les mots m’échappent pour qualifier ce film que je trouve d’une intelligence, d’une prouesse et d’une justesse remarquables. Annette, c’est un carton plein, tant sur la mise en scène que sur la bande sonore, tant sur l’histoire que sur les non-dits, tant sur les personnages que sur les interprétations des acteurs et actrices. Un film que j’espère garder encore longtemps près de moi.

Charlotte Quenardel : Promising Young Woman d’Emerald Fennell. Excellent récit d’une vengeance nourrie aux électrochocs. Ça casse des gueules, ça danse, ça suinte le girly, parfois au bord du slapstick, mais c’est bon et ça fait du bien.

Thierry Dossogne : Nomadland de Chloe Zao. J’ai trouvé 2021 riche en excellents films. Même si le choix fut très difficile, Nomadland reste mon film préféré, mais Le Diable n’existe pas et The Card Counter m’ont beaucoup impressionné, dans leur genre. Ainsi que plusieurs autres…

Béa Delesalle : First Cow de Kelly Reichardt. Ce serait mentir d’affirmer qu’aucun film n’est arrivé cette année à la cheville de First Cow, mais voilà, ce film a une lumière particulière qui le place à part. Cette histoire d’amitié masculine et loin des clichés machos est assise dans un écrin d’une splendide beauté, une nature comme seule Kelly Reichardt sait la filmer, un rythme comme elle seule sait l’installer et le tenir.

  • Et votre déception de l’année ?

Chloé Margueritte : Le Discours. J’attendais beaucoup de cette adaptation d’un livre que je trouvais vivant, enlevé, osé. Et voilà un truc plat qui ressemble à n’importe quelle autre comédie à la française… dommage.

Hala Habache : Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier. J’attendais beaucoup ce film, que je pensais être un portrait de jeune femme en plein questionnement (comme semblait l’indiquer le prologue). Malheureusement, j’ai eu l’impression que Julie devenait presque un personnage secondaire tant elle m’a paru absolument inintéressante. Par rapport à ce que je pensais voir, j’ai été très déçue.

Audrey Dltr : Benedetta de Paul Verhoeven. Difficile de passer du film à la déception de l’année. Hélas, pas difficile de s’en souvenir tant elle fut immense. Une séance dans laquelle ennui, profonde lassitude et rires nerveux n’ont fait qu’alterner. Un moment de cinéma à oublier !

Charlotte Quenardel : The French Dispatch de Wes Anderson. Beaucoup d’attendus pour ce film, peut être trop… La magie d’un Wes Anderson n’était pour moi pas présente. Bien que la photographie et la réalisation soient toujours impeccables, il n’y avait pas le petit truc.

Thierry Dossogne : True Mothers de Naomi Kawase. Lacrymal et indigne de son talent. First Cow de Kelly Reichardt, qui m’a presque été impossible à visionner jusqu’au bout (ce qui est rarissime), tant le film m’a ennuyé. Cry Macho de Clint Eastwood, un naufrage complet… et ça fait mal de l’écrire.  Madres Paralelas de Pedro Almodovar, qui signe un de ses pires scénarios. Le résultat est un film bancal et ennuyeux, que même le talent et la beauté incendiaire de Penélope Cruz ne parviennent à sauver, selon moi.

Bea Delesalle : The French Dispatch de Wes Anderson. Elles ont été nombreuses mes déceptions, cette année. Mais The French Dispatch, c’est le pompon. Fan de l’œuvre de Wes Anderson, j’ai tout de même vu tous ses films, j’ai été saisie d’un ennui sans nom, passé le « chef d’œuvre en béton » (la meilleure partie). Le film n’a provoqué en moi aucune autre émotion, un étalage de savoir-faire malheureusement stérile. Déçue, déçue, déçue.

  • Quel personnage de film vous a le plus marqué.e cette année ?

Chloé Margueritte : Nora dans Les Olympiades. Parce qu’elle s’épanouit peu à peu face à nous, pour son coup de tête mémorable, pour son sourire et sa naïveté ! Et parce que c’est toujours une joie de retrouver Noémie Merlant. À égalité avec le personnage de Virginie dans La Nuée, une battante qui se plante en beauté mais qui fonce, qui essaye de survivre, portée par une excellente Suliane Brahim.

Hala Habache : Clarisse (Vicky Krieps) dans Serre moi fort. J’ai trouvé ce personnage extrêmement attachant. L’univers qu’elle se crée pour s’extraire de sa douleur est bouleversant. C’est un personnage assez énigmatique mais qui raconte énormément sur l’amour et sur le deuil.

Audrey Dltr : Marguerite de Carrouges dans Le Dernier Duel. J’ai envie de saluer le personnage de Marguerite de Carrouges (justement incarnée, au sens littéral du terme, par Jodie Comer) dans le film de Ridley Scott. Une femme forte dans un monde qui était loin de l’accepter et le valoriser, une femme tout en réserve, en pudeur, en regards, à la présence, l’aura et l’intelligence folles. Un personnage important.

Charlotte Quenardel : Marie (Zendaya) dans Malcolm & Marie. Marie est belle, cruelle, passionnée, vulnérable. Des émotions hautes en couleur distribuées avec une sincérité brute.

Thierry Dossogne : Fern (Frances McDormand) dans Nomadland, Onoda (Yûya Endô) dans Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, Emilie (Lucie Zhang) dans Les Olympiades, William Tell (Oscar Isaac) dans The Card Counter

Bea Delesalle : Fern (Frances McDormand) dans Nomadland. Frances McDormand donne à cette femme forte et frêle à la fois un relief hors du commun. Un rictus de son visage suffit à donner un sens à toute une séquence de film. Fern est une femme à qui on voudrait toutes s’identifier, libre et indépendante, et pourtant empathique, et pourtant concernée par le monde qui l’entoure.

  • Quelle fut votre plus grande émotion de l’année au cinéma ?

Chloé Margueritte : la scène de l’avortement dans L’Événement. L’Événement tout court. C’était un choc d’un coup, le corps comme impliqué dans le film, entraîné dans l’abîme de ce choix crucial et cette liberté franche et assumée. Il y a eu aussi Serre moi fort et ce récit éclaté qui rend tout si fort, si puissant, si déchirant !

Hala Habache : La Fracture de Catherine Corsini. J’ai été très émue par l’histoire de Yann (Pio Marmaï) et celle de Kim (Aissatou Diallo Sagna).

Audrey Dltr : La myriade de personnages féminins que 2021 aura charriée avec elle. On peut se réjouir de voir le cinéma se diversifier dans les rôles et portraits de femmes qu’il propose (je pense à Rose, Le Dernier Duel, House of Gucci, Slalom, Les Olympiades, Julie (en 12 chapitres) à certains égards, Les Amours d’Anaïs, Serre moi fort, L’Événement), en espérant que 2022 soit encore plus riche et remarquable sur ce point.

Charlotte Quenardel : des comédies musicales bien garnies. Entre West Side Story, Tick Tick… Boom, Annette ou encore Summertime, toute l’essence qu’on aime est là : le bon goût, l’original, l’émotion, l’authentique… on en redemande.

Thierry Dossogne : la nuée de passereaux quittant leurs nids à flanc de falaise, images magnifiques illustrant ce que le personnage de Swankie considère comme le plus beau moment de sa vie, dans Nomadland, ainsi que la séquence finale de ce film.

Bea Delesalle : Tant de bonheur au cinéma cette année, mais de plus en plus aussi en dehors des salles obscures. Sorrentino, Adam McKay, et Jane Campion pour ne citer qu’eux.

  • Si vous ne deviez garder qu’une seule scène de film, cette année ?

Chloé Margueritte : la scène du bateau de Petite maman. Une scène toute simple, quand monte la musique et que deux petites filles se retrouvent sur un bateau gonflable prêtes à conquérir les eaux de Cergy. Il y a un moment de communion immense, ce son qui envahit l’écran, la fameuse musique du futur qu’elles ne partageront jamais mais qui les relie à jamais !

Hala Habache : les scènes de souvenirs en caméra subjective dans La fièvre de Petrov. J’ai été surprise par leur douceur au sein de la dureté du film. Je trouve que ces scènes portent un espoir naïf très sincère.

Audrey Dltr : Je ne peux pas ne pas citer cette délicieuse scène dans Les Olympiades de Jacques Audiard où Nora (Noémie Merlant) se nomme d’elle-même “la conne”, ce qui aura constitué mon plus beau fou rire en salle de l’année. J’ajoute deux scènes en chansons, pour leur élan si vif, avec tout d’abord la danse partagée par Anaïs Demoustier et Valéria Bruni-Tedeschi dans Les Amours d’Anaïs et son usage aérien d’un classique des années 1980, Bette Davis Eyes interprétée par Kim Carnes. Et une scène en voiture, dans Les Intranquilles de Joachim Lafosse, sur Idées noires, un moment de respiration, aussi léger qu’intense, dans une vie où les moments de partage sont rares et les répits toujours trop courts.

Charlotte Quenardel : la danse en trio a plupart des scènes dans Last Night in Soho. Juste captivante. Tout est beau. Et Wright est fort pour la mise en scène, toujours agréablement pimentée.

Thierry Dossogne : l’incroyable plan-séquence de l’accouchement à domicile dans Pieces of a Woman de Kornél Mundruczó, sacré moment de cinéma dans un film en tout point remarquable. Le retour en enfance d’Anthony, à la fin de The Father. Personne d’autre qu’Anthony Hopkins n’est capable de jouer cela de manière aussi émouvante. Le génie visuel de plusieurs séquences de Possessor (Brandon Cronenberg) et La Main de Dieu (Paolo Sorrentino).

Bea Delesalle : dans La Loi de Téhéran, une séquence glaçante d’hommes, femmes et enfants recroquevillés dans des buses de béton, en train de fumer du crack, de se piquer, qui s’éparpillent tout d’un coup avec une violence inouïe à l’approche des flics, tels des rats pris au piège. Une séquence qui me hantera bien au-delà de l’année.

  • Enfin, quelle est votre plus grande attente cinématographique pour 2022 ?

Chloé Margueritte : Un autre monde de Stéphane Brizé, qui réunit Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain, comme dans Mademoiselle Chambon et ses émotions rentrées, cachées, explosives. Un autre monde est attendu pour février !

Hala Habache : Murina d’Antoneta Alamat Kusijanovic.

Audrey Dltr : Il y a celle que j’attends pour moi, et celle que j’attends pour les autres. J’ai hâte de découvrir Spencer de Pablo Larrain, et j’ai hâte que tout le monde puisse enfin découvrir la merveille qu’est Entre les vagues d’Anaïs Volpé.

Charlotte Quenardel : Beaucoup trop… l’année 2022 sera riche et c’est tant mieux. Entre Nightmare Alley, The Tragedy of Macbeth, C’mon C’mon, Licorice Pizza, Elvis, The Northman et j’en passe…

Thierry Dossogne : Licorice Pizza de Paul Thomas Anderson, The Tragedy of Macbeth des frères Coen, Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese et Evolution de Kornél Mundruczó. Sans parler des découvertes que je me réjouis déjà de faire !

Bea Delesalle : en 2022, je suis ouverte à toutes les propositions de cinéma, 2021 ayant été une année trop tronquée, frustrante…

 

Toute la rédaction du Magduciné vous souhaite une bonne année, et vous donne rendez-vous l’année prochaine pour de nouveaux partages culturels !

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