Quelque part dans le temps, ressortie vidéo du film de Jeannot Szwarc : la critique

Retour sur Quelque part dans le temps, ressorti en dvd/blu ray

Synopsis : 1942. Alors que se joue la pièce qu’il a écrite, Richard Collier (interprété par Christopher Reeve) est abordé par une vieille dame qui lui remet une montre et lui dit ces mots mystérieux : « Reviens-moi, je t’en prie. ». Huit ans plus tard, il découvre dans un célèbre hôtel un portrait photographique de la même femme alors jeune au moment de la prise de vue. Elle s’appelle Elise McKenna (Jane Seymour), et séjourna dans le même hôtel en 1912. L’auteur est obsédé par celle-ci et intrigué par certaines découvertes. C’est ainsi le début d’une incroyable aventure qui va le transporter dans le passé, au début du XXe siècle.

            Ce jeudi 24 février 2016 est ressorti en vidéo chez les éditions Rimini le film Quelque part dans le temps (Somewhere in Time), réalisé en 1980 par Jeannot Szwarc. Un réalisateur efficace connu pour ses nombreuses mises en scène télévisuelles, des nombreux épisodes de Kojak (de 1973 à 1977) et même d’un épisode Columbo (aussi en 1973) aux récents shows de The Practice, Fringe et Almost Human, et pour certains films hollywoodiens, « pour le pire », Supergirl (1984), et « pour le meilleur », Les Dents de la Mer 2 (Jaws Part 2, 1978). Avec Quelque part dans le temps, on tient certainement le meilleur du réalisateur franco-américain, dont il parle comme étant son « film le plus personnel » et son «  meilleur » métrage.

Retour d’un film « culte »

            Les éditions Rimini n’y sont pas allées de main morte avec cette ressortie vidéo. En effet, les bonus vous permettront de (re)découvrir les coulisses de cette production méconnue, notamment à travers un entretien avec le réalisateur et producteur Jeannot Szwarc, un documentaire sur le scénariste-romancier du film Richard Matheson qui a adapté son propre roman pour le métrage, et des hommages aux fans du film qui ont grandement participé à sa sauvegarde dans l’esprit collectif, et au moment de sa sortie, à un certain succès ; en plus d’importantes diffusions télévisuelles sur une chaine américaine câblée par un cadre cinéphile admirateur du film. Revenons quelque part dans le temps vers la fin des années 70. Jeannot Szwarc vient de sauver Les Dents de la Mer 2 dont le tournage virait au véritable naufrage. Universal Studios considère lui devoir alors une faveur. Le réalisateur a toujours été intéressé par l’adaptation du texte de Matheson, Le Jeune Homme, la Mort et le Temps publié en 1975. Le romancier accepte de travailler avec le cinéaste. Si le studio n’est pas convaincu par ce projet de science-fiction sans « effets spéciaux » dans une ère marquée par Star Wars (1977) – puis deux plus tard par Alien –, ayant ce dû envers le metteur en scène et le projet coutant peu, ils le laisseront faire le film sans aucune ingérence dans le processus filmique. Après un tournage « idyllique », le film sort dans les salles obscures en 1980 et obtient des critiques défavorables et un mauvais score au box-office, dû à « différents » problèmes, notamment de distribution. À noter que, dans l’entretien, le réalisateur semble particulièrement retenir une critique désastreuse qui a touché l’acteur principal Christopher Reeve. On pourrait vraiment se poser la question de savoir si le public était prêt à recevoir un tel film, tant Quelque part dans le temps fait véritablement figure d’ovni dans le genre de la science-fiction / fantastique en 1980.

Un voyage dans le temps spirituel et romantique

           On pourrait même parler simplement d’ovni cinématographique. Le film ne présente aucun effets spéciaux et presque aucun effet de montage et de mise en scène. Le fantastique arrive de telle manière qu’il pourrait ne pas en être question. Richard Collier devient obsédé par Elise McKenna. Des événements hasardeux surviennent : la femme âgée lui apportant une montre et lui demandant de lui revenir, mourant le soir même ; le lobby boy très âgé qui demande à l’auteur s’il ne l’a pas vu quelque part avant de reprendre de suite ses activités ; un portrait photographique qui émeut Richard de telle sorte que l’un et l’autre semblent être le champ et le contre-champ de chacun ; la découverte d’un livre sur le voyage dans le temps écrit par l’un de ses anciens professeurs de philosophie. Ces moments étranges attiseront la passion obsessive du personnage qui acceptera la possibilité de voyager dans le temps. Ici, exit la DeLorean ou quelque autre machine, le voyage dans le temps se fait spirituellement, il s’agit presque d’un reconditionnement de l’esprit, qui doit être persuadé d’être à une date et dans un lieu précis du passé. Pour cela, tout élément du présent doit être caché pour ne pas rappeler l’esprit lors de son bond temporel. Si on retrouvera par la suite d’autres événements tenant presque de l’heureux hasard et nous poussant à croire à une boucle temporelle, la fin du film, ces mêmes éléments et d’autres peuvent nous amener à l’hypothèse selon laquelle Richard Collier serait tout simplement victime de son obsession, de ce qu’il a étudié de fond en comble et aussi fantasmé à travers cet amour intemporel pour Elise McKenna avant même son voyage (voir photographie ci à droite). quelque-part-dans-le-temps-christopher-reeve-jane-seymour

Alors cette histoire romantique le serait dans la tradition des poètes du XVIIIe siècle. C’est-à-dire que Richard, héros romantique, est amoureux de l’amour ; rendu mélancolique et passionné par un amour perdu. Il est endeuillé d’un amour inconnu, fantasmé et idéalisé. Ainsi l’aventure de Richard n’est pas celle de héros de science-fiction tels que Luke Skywalker et Ellen Ripley. L’ambiguïté, la romance et la mélancolie sont essentielles ici, jusqu’à la fin du film, douce-amère, loin du happy-end qu’on connaît aux romances américaines telles que la Péniche du Bonheur (Houseboat, 1958) où tout le monde se retrouve pour vivre d’amour (et d’eau fraiche). On sait Jeannot Szwarc passionné de grands récits romantiques américains, il s’agit non pas de faire une romance, mais un véritable récit romantique. À l’image de la fin des Vacances Romaines (Roman Holiday, 1953) réalisé par William Wyler et ressorti au cinéma le 27 Janvier 2016, il s’agit d’en proposer une véritablement romantique, qui laisse une certaine ouverture au spectateur quant à la suite du récit, possiblement joyeuse, difficile ou autre ; certainement douce-amère et mélancolique.

Ci-dessous un extrait de la bande-son romantique composée par John Barry.

Quelque part dans le cinéma américain

           Quelque part dans le temps est aussi un voyage pour nous, spectateurs. Nous allons nous déplacer avec le personnage dans un grand hôtel qui a servi de décor principal à l’intrigue de Certains l’aiment chaud (Some Like It Hot, Billy Wilder, 1959), d’ailleurs cité avec la musique du bal. Aussi, nous voyageons dans le temps tout de même à travers une machine, la pellicule, avec laquelle jouera le metteur en scène pour un effet pictural et photographique à certains moments du voyage de Richard, et une reconstitution d’époque avec une image plus documentaire, car presque brute semblerait-il, à d’autres instants. On notera par ailleurs un grand travail des couleurs héritier de son histoire avec l’usage du vert signifiant l’altérité au rouge de la passion, entre autres. Enfin découvrir le film aujourd’hui représente un double voyage : celui dans un film poursuivant une certain tradition du mélodrame et surtout du film romantique américain ; et celui quelque part dans le temps où les talentueux et magnifiques Christopher Reeve et Jane Seymour nous emplissaient d’amour, de beauté, de mélancolie, d’émotions, de romantisme donc, dans des images formidablement réalisées par Jeannot Szwarc, sur une musique intelligemment inspirée et incroyablement romantique composée par l’un des pères de James Bond au cinéma, John Barry. Le tout dans une édition vidéo soigneusement remasterisée proposée par Rimini Éditions.

https://www.youtube.com/watch?v=tHFJwPxkMYc

Fiche Technique: Quelque part dans le temps

Titre original : Somewhere in Time
Réalisateur : Jeannot Szwarc
Scénariste : Richard Matheson, d’après son roman Le jeune homme, la mort et le temps
Casting : Christopher Reeve, Jane Seymour, Christopher Plummer, Teresa Wright, Bill Erwin, George Voskovec
Directeur de la photographie : Isidore Mankofsky
Monteur : Jeff Gourson
Musique : John Barry
Producteur : Stephen Deutsch, Ray Stark
Production : Rastar Pictures, Universal Pictures
Distribution : Universal Pictures, ESC Conseils
Sortie cinéma : Octobre 1980 (US), Mai 1981 (FR)
Ressortie Vidéo : RIMINI Éditions, Janvier 2016

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