« Le Sillage de la violence » : de l’impossibilité de se défaire de son passé

Rimini Éditions propose en DVD et blu-ray Le Sillage de la violence, un drame de Robert Mulligan mettant en scène Steve McQueen, alors au faîte de sa gloire.

Tout est une question de regards. Alors que Georgette et sa fillette rejoignent en bus le Texas dans l’espoir d’y retrouver Henry, époux et père de famille récemment libéré de prison, une usagère partageant leur banquette décrit les détenus comme des bêtes sauvages capables de faire couler le sang à la moindre contrariété. Le jeu de Lee Remick est (déjà) intériorisé : en quelques gros plans, Robert Mulligan capture sur son visage le malaise, le désarroi, la vulnérabilité et l’exaspération. Plus tard, c’est ce même regard, désormais frappé de colère, qui annoncera un élan de violence dans le chef d’Henry, irrité par le comportement irrespectueux d’un spectateur pendant l’une de ses représentations musicales. Les personnages du Sillage de la violence sont peu loquaces : les mines et les postures y supplantent la parole sans que le récit n’en soit jamais parasité.

Robert Mulligan filme dans un très joli noir et blanc l’histoire d’un amour impossible. Henry est doublement enchaîné : à un passé de détenu aux accès de violence irrépressibles et à une mère castratrice s’évertuant à régler l’existence de son fils adoptif comme du papier à musique. Georgette a récemment quitté son travail et se retrouve sans le sou. Elle doit protéger sa petite fille et a besoin, pour ce faire, d’un homme fiable, autonome et capable de sacrifices. La mise en scène de Robert Mulligan indique constamment une liaison vouée à l’échec : on les voit dans des postures distinctes, séparés par des éléments de décor (les barreaux d’une fenêtre, par exemple), entourés de personnes plus ou moins bien intentionnées ou courant des objectifs rarement conciliables. Même le générique, très réussi, fait se succéder les lignes/mouvements horizontaux et verticaux, comme si deux états opposés cherchaient à se greffer artificiellement l’un à l’autre. Partant, tout l’intérêt du film consiste à observer les pièges se refermant successivement sur Henry et Georgette, et la capacité de résilience d’un couple dont les intentions se heurtent fréquemment à la (dure) réalité.

Le Sillage de la violence n’est ni le meilleur ni le plus haletant des films mettant en scène Steve McQueen. Le drame a des airs de conte intemporel, où les individus, au lieu de s’en émanciper, sont retenus enfermés dans des déterminismes préexistants – familiaux, psychologiques, pécuniaires. Avec un jeu tout en retenue, Steve McQueen et Lee Remick parviennent à restituer une gradation d’émotions allant de l’espoir-amour à la peine-désillusion. Cela, Robert Mulligan le filme en clerc.

BONUS & TECHNIQUE

Seule la version anglaise a fait l’objet d’une restauration HD réalisée par Sony. Cette dernière est plutôt réussie, même si certains gros plans manquent de piqué. Le film est accompagné d’un seul supplément prenant la forme d’une interview de Nachiketas Wignesan. Heureusement, cet unique bonus est passionnant, puisque l’enseignant en cinéma analyse le générique, les fondus enchaînés ou encore les regards dans le film. Il évoque la stature de Steve McQueen au moment du tournage du Sillage de la violence, décortique certaines séquences, commente la figure de la « mauvaise mère » ou raconte en quoi le temps lui paraît suspendu dans le film de Robert Mulligan. Un document idoine en complément du long métrage.

VOST : USA – 1965 – Noir et Blanc – 100 min. – Image : 1920x1080p HD 1.85 16/9 – Son : Anglais Mono DTS-HD – Sous-titres : français

VF : USA – 1965 – Noir et Blanc – 90 min. – Image : 1280x720p HD 1.33 4/3 – Son : Français Mono DTS-HD

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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