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4 westerns en DVD/BR chez Sidonis : Le train sifflera trois fois, L’Attaque de la malle-poste, El Perdido, Rio Conchos

Aujourd’hui, ce n’est pas d’un western de légende dont il sera question, ni de deux, ni même de trois, mais bien de quatre films que Sidonis Calysta permet de redécouvrir en DVD et Blu Ray en ce mois de février-mars 2020. Au programme : Le Train sifflera trois fois, L’Attaque de la malle-poste, El Perdido et Rio Conchos.

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Le Train sifflera trois fois, Fred Zinnemann, 1952

Synopsis : Alors qu’il s’apprête à démissionner de ses fonctions de shérif pour se marier, Will Kane apprend qu’un bandit, condamné autrefois par ses soins, arrive par le train pour se venger. Will renonce à son voyage de noces et tente de réunir quelques hommes pour braver Miller et sa bande. Mais peu à peu, il est abandonné de tous…

Sur ce film culte, nous ne nous attarderons pas outre mesure. Tout a déjà été dit et n’importe quel cinéphile, encore plus s’il est amateur de westerns, connaît de près ou de loin l’histoire, les polémiques autour du film et les nombreuses qualités cinématographiques qu’on lui a toujours reconnues. High Noon, dans son sobre titre original, est le plus célèbre représentant du sous-genre que l’on a maladroitement appelé le « western psychologique », par différenciation d’avec les westerns plus aventureux – bien que pas nécessairement moins profonds psychologiquement, mais qu’importe la terminologie.

Le film de Zinnemann est assurément novateur, par son concept même de récit en temps réel, où la dramaturgie de l’histoire racontée épouse la longueur du film lui-même. Pas d’ellipse, pas de retour en arrière, mais un contre-la-montre d’une heure et demie à peine dont on connaît dès le départ l’issue (l’arrivée des bandits), et où la tension naîtra du manque de temps dont souffre le héros pour se préparer à affronter l’inéluctable. Ce procédé, que l’on connaissait déjà dans le cinéma français (dès 1939 avec Je t’attendrai de Léonide Moguy) et américain (en 1949 avec Nous avons gagné ce soir de Robert Wise), est alors inédit ou presque dans le western. Cette temporalisation est accentuée par les nombreux plans d’horloges, qui rappellent sans cesse au personnage comme au spectateur que le temps passe, le trot de l’aiguille prenant la place du tambour de guerre annonçant l’affrontement (que la chanson du film chantée par Tex Ritter, Do Not Forsake Me, rappelle elle aussi).

Les acteurs sont mémorables, Gary Cooper et Grace Kelly en tête, évidemment, sans oublier Katy Jurado, Thomas Mitchell ou encore Lloyd Bridges. Leurs personnages détonnent d’avec les stéréotypes habituels : Gary Cooper campe un shérif qui fait passer ce règlement de comptes avant ses responsabilités d’époux, et même de shérif, n’hésitant pas à jeter par terre son étoile pour en faire une affaire personnelle. Les codes du westerns sont mis à mal, les lieux également (l’église, lieu habituel de retrouvailles avec la communauté, devient celui où les concitoyens décident de ne pas soutenir la cause de Cooper). La mise en scène, très sobre, joue donc sur l’attente et l’impression d’être seul contre tous : les rues désertes, le soleil éclatant, les conversations sèches ; le dépouillement est total pour un film qui n’en demeure pas moins très travaillé esthétiquement.

Si Le Train sifflera trois fois est devenu un classique, il n’est peut-être pas le plus grand western de l’histoire ni même de son genre propre, mais il demeure pertinent encore aujourd’hui pour ce renversement des codes qu’il opère, et, surtout, pour sa contemporanéité avec la situation politique des États-Unis dont les divisions d’alors redeviennent étrangement actuelles. Et puis Sidonis nous gâte de nombreux suppléments, sur plusieurs heures, permettant d’approfondir les questions tout autant cinématographiques que politiques du film.

Suppléments :

– Présentation par Bertrand Tavernier (38min)
– Présentation par Patrick Brion (25min)
– Dans les coulisses (51min)
– Making Of (23min)
– Remise des oscars (2min)
– Katy Jurado à propos de Grace Kelly (1min)
– Bande-annonce
– Chanson du film*

*En 6 versions, avec entre autres Dean Martin, Eddy Mitchell (!!) ou Dave (!!!), sur fond de diaporama photos digne de Windows Movie Maker.

L’attaque de la malle-poste, Henry Hathaway, 1951

Synopsis : Tom Owens aide le vieux Sam Todd à diriger le relais de diligences de Rawhide, un coin perdu de l’Arizona. Mais Zimmerman, le chef d’un gang, arrive au relais dans l’intention de s’emparer d’une diligence transportant cent mille dollars en or et censée passer par le relais le lendemain matin. Tom, une femme de passage et son bébé vont se retrouver prisonniers d’une pièce bien gardée par des hommes de main, tiraillés entre tentatives de fuite, coopération temporaire et opportunités de rébellion. La nuit risque d’être longue.

Henry Hathaway est un des grands réalisateurs hollywoodiens qui, au même titre que Hawks ou Ford, a parcouru presque tous les genres au cours de sa longue carrière. Aussi en maîtrise-t-il les codes, il sait les mélanger et se les réapproprier. L’Attaque de la malle-poste est a priori un western, mais on le rangerait presque, a posteriori, du côté du film noir. C’est un western âpre, rêche, une fausse série B avec un souffle d’aventure et une tension dramatique comme seul Hathaway sait les doser. Son titre original, Rawhide (fouet utilisé pour les chevaux), donne le ton, quand on sait qu’il n’est jamais question ici de chevaux, mais bien d’hommes ; uniquement d’hommes. Avec la plupart des scènes sans musique, l’immersion du huis-clos et l’aridité des environnements sont totales.

Un western atypique dans sa mythologie qui n’est jamais déployée, ni visuellement (pas de grands paysages, pas de courses à chevaux) ni thématiquement (l’appropriation d’un lieu, le rapport à l’étranger, l’arrivée de la loi ou encore l’héroïsme). Les thématiques comme la façon de filmer font plus urbains, plus film noir, donc. C’est d’ailleurs un western très violent pour l’époque, tant physique (on tire sur un bébé) que psychologique (l’enfermement et le chantage), avec des antagonistes d’une immoralité rare et un protagoniste complètement impuissant. Nous gagnent alors un sentiment de malaise, d’instabilité, et une tension perpétuelle : la violence peut éclater à tout moment, les tentatives d’évasion peuvent être découvertes, les tentatives d’avertir le monde extérieur se retourner contre nos héros, etc. Tout peut arriver, mais de la même manière : tout peut ne pas arriver. C’est ce qui rend le film si passionnant : il est imprévisible, la vie de chaque personnage ne tenant qu’à un fil.

Tyrone Power est fabuleux en héros charismatique mais ici totalement impuissant et soumis aux ordres de ses ravisseurs. Il a peur, n’est jamais rassuré ni rassurant ; privé de ses atouts de « cow-boy » (de son revolver, donc), il est comme castré et rendu impuissant, humilié. Susan Hayward, vraie femme forte, compense en jouant le rôle de la rebelle bien décidée à ne pas se laisser faire, tandis que son compagnon d’infortune coopère au mieux pour gagner du temps. Hugh Marlowe est quant à lui à contre-emploi : habituel jeune premier, il est d’abord froid et terrifiant d’assurance, chef de bande à la fois menaçant et sadique, mais aussi refoulant une certaine éducation morale surprenamment rassurante (il semble avoir une parole, être calme et réfléchi, en rien psychopathe, et ce qu’il fait subir aux protagonistes n’a finalement rien de personnel mais doit être fait pour les besoins de son dessein). Une droiture sonnant comme une fébrilité pour ses bras droits qui ne tarderont pas à l’exploiter pour contester son autorité. Et parmi eux, justement, se tient le grand Jack Elam, éternel second rôle de western à l’œil défectueux inoubliable. Il a « la gueule de l’emploi » : immoralité totale, pervers sexuel et capable de tirer sur un bébé en riant. L’un des méchants les plus monstrueux de l’histoire du western, sans doute.

La véritable force du film, au-delà de la tension liée à la situation de domination qui s’installe, réside dans la pièce où sont retenus les héros. La gestion de l’espace est de manière générale brillante dans ce film, entre les intérieurs étriqués et les extérieurs vides, entre les fenêtres trop hautes et les portes moyennement insonorisées. Car c’est bien dans cette pièce que tout se joue. D’abord lieu maudit d’emprisonnement, la chambrette devient rapidement le havre de paix béni d’où les personnages peuvent élaborer leurs plans et creuser, en cachette, un trou que la nappe d’une table placée contre le mur permet de masquer. Mais c’est finalement dans cette même « cage » que les personnages seront les plus en sécurité, inaccessibles aux hommes de main de Zimmermann capables de toutes les pires tortures physiques et morales.

Hathaway réalise avec Rawhide un western assez unique en son genre, où l’immoralité et la violence psychologique font basculer le récit dans un thriller noir – aux noirs et blancs somptueux par ailleurs –, où la domination progressive et les rapports de force s’expriment par des cadrages millimétrés, des contre-plongées discrètes et autres jeux de miroirs. L’attaque de la malle-poste influença sans doute Quentin Tarantino au moment d’écrire Les Huit Salopards, notamment dans la gestion des espaces clos et la façon de cultiver une tension de tous les instants qui éclate lors des scènes les plus triviales (manger, lire le journal, discuter de la pluie et du beau temps). La présente édition rend un bel hommage à l’œuvre d’origine, et le commentaire audio (entre autres) permet justement d’en savoir plus sur l’envers du décor de certaines scènes sous haute tension, sur la manière dont Hathaway s’approprie l’espace et pense son cadre ; bref, sur ce qui fait de ce modeste western un étalon du genre.

Suppléments :

– Commentaire audio par C.Courtney Joyner
– Présentation par Bertrand Tavernier (34min)
– Présentation par Patrick Brion (8min)
– Susan Hayward : Un franc-tireur à Hollywood (7min)
– Tournage à Long Pine ! (13min)
– Bande-annonce

El Perdido, Robert Aldrich, 1961

Synopsis : Brendan O’Malley a le shérif Stirbling à ses trousses car il a tué sa sœur. Il s’exile au Mexique, où il ne peut être arrêté, et se fait engager au sein du ranch de son ancien amour, Belle, aujourd’hui mariée. Le shérif décide de se faire embaucher lui aussi de manière à garder un œil sur son fugitif et à ne pas perdre encore une fois sa trace… L’homme de loi ne tarde pas à être sous le charme de Belle qui elle semble s’éprendre à nouveau d’O’Malley, peu après la mort de son mari.

El Perdido, ou The Last Sunset en version originale, annonce, comme son nom l’indique, la fin des grands westerns américains de l’âge classique. Ford, Hawks et les autres grands maîtres sont sur la fin, et l’on voit conjointement poindre les spaghetti italiens et les films crépusculaires de Peckinpah de part et d’autre de l’Atlantique. Le film d’Aldrich semble arriver trop tard, ou trop tôt : c’est un western que l’on qualifiera de « malade », à l’écriture atrophiée par le tournage, et le tournage lui-même atrophié par le montage. En résulte un essai pas complètement réussi qui frustre par ce qu’il aurait pu être, avec de tels acteurs et un tel réalisateur aux commandes. Mais tout paraît hésitant, inachevé, non assumé ; et le rythme d’en pâtir grandement.

Ce qui est à mettre au crédit du film, c’est indéniablement son souffle romanesque et romantique. El Perdido est un western mélodramatique comme il y en a peu, sur fond de transhumance très classique, mais sachant renverser les attentes. Le film est quasiment dénué de violence physique, mais empreint de tourments psychologiques et de rapports très profonds entre les personnages. On assiste à une double histoire d’amour un peu étrange, voire déconcertante, parce qu’incestueuse, autour de laquelle gravitent des personnages hantés, névrotiques (Joseph Cotten et sa blessure de guerre à la fesse, vraie blessure à sa masculinité), assez uniques dans le western. On aurait aimé que les tiraillements moraux fussent encore plus poussés, mais il est clair que certaines scènes sont déjà d’un malaise certain, moralement parlant.

Entre les deux protagonistes se disputant la romance, à savoir Rock Hudson et Kirk Douglas, se joue un duel malheureusement inégal : Douglas est davantage mis en valeur, par l’écriture et le montage, face à un Hudson qui a du mal à exister. Douglas étant producteur, et ayant pris soin d’assurer lui-même le montage (qu’Aldrich considérera comme une trahison envers sa vision du film), un tel déséquilibre dans le rayonnement à l’écran des deux personnages n’est guère étonnant. Heureusement, en contrepoids, les deux personnages féminins sont excellents. Dorothy Malone, aux faux-airs de Bette Davis, dégage de sa beauté âgée une mélancolie impressionnante ; Carol Lynley, jouant sa fille, de sa pureté virginale fascinante, sublimant de cet aura un rôle pourtant très limité en terme d’écriture.

Si la mise en scène d’Aldrich est discrète, et que la BO, un peu forcée, finit par lasser, El Perdido laisse au spectateur le souvenir d’un quatuor fusionnel mais dont les individualités semblent inconciliables. Le présent du film, ce qui s’y passe, est finalement moins important que le passé, jamais montré mais sans cesse évoqué, qui hante les personnages. Ce sont donc moins des images que des relations qui demeurent, et une ambiance triste où ces héros et héroïnes donnent l’impression d’avoir déjà vécu tout ce qu’ils avaient à vivre, dit ce tout qu’ils avaient à dire, et que tout ce qui se joue sous nos yeux n’est plus que « mots de trop », « aventures de trop ». C’est ce qui fait la force émotionnelle de ce film désabusé, sa cohérence contextuelle avec son genre, mais aussi la limite de sa dramaturgie.

Suppléments :

– El Perdido : Le crépuscule des héros (25min)
– Présentation par Bertrand Tavernier (22min)
– Présentation par Patrick Brion (11min)
– Bande-annonce

Rio Conchos, Gordon Douglas, 1964

Synopsis : Peu après la Guerre de Sécession, deux anciens militaires se lancent sur la piste d’un colonel confédéré qui a mis sur pied un négoce d’armes avec les Apaches.

Rio Conchos est sans doute le western le moins connu de cette sélection, et pour cause, il est peut-être le moins bon malgré des qualités de mise en scène évidentes. De l’ouverture glaçante où le « héros » massacre des Indiens en train d’inhumer l’un d’entre eux, au final épique tout en explosions, on ne peut pas dire que Gordon Douglas ne sait pas manier une caméra, car c’est ce qu’il fait de mieux ici. Ce qui frappe, avant toute autre chose, ce sont les mouvements de caméra, qui surgissent souvent au milieu de plans fixes, sans coupure, lorsque l’action s’emballe, donnant une impression de continuité et une appréhension de l’espace scénique très immersives (la caméra passe de part et d’autre d’une barricade durant un gun fight, se relève en même temps qu’un personnage finit de ramper sous une charrette, passant du sol au ciel pour capturer des plans d’ensemble en plein affrontement, etc.). Et de ce point de vue, la restauration ici présente est vraiment magnifique, les contrastes chauds accentuant à merveille la pénibilité de la chevauchée et la fatigue tant physique que psychologique qui pèse sur les personnages. Sans oublier une bande-son de très grande qualité, signée Jerry Goldsmith. Dans la forme, Rio Conchos est une petite pépite.

C’est dans le fond que le bât blesse. L’histoire ne parvient jamais à passionner, faute de rythme, alors que beaucoup d’éléments de l’intrigue auraient pu être exploités plus en profondeur (à commencer par ce colonel nordiste nostalgique de la Guerre de Sécession, qui rêve de continuer le combat contre les sudistes et s’allie avec les Indiens contre ses propres concitoyens ; de la même manière, le passé trouble du héros, Lassiter, manque de nuances pour justifier pleinement ses motivations belliqueuses envers les Indiens). Les personnages sont plutôt fades, malheureusement, et leurs interprètes s’en sortent comme ils peuvent. Richard Boone est le plus convaincant, bien qu’encore loin d’un Lee Marvin (à qui on l’a souvent comparé), en gueule cassée immorale, mené par la haine et le désir de venger sa famille massacrée par les Indiens. Mais il semble parfois trop résonner avec le Ethan de La Prisonnière du désert, dont la comparaison saute aux yeux et le dessert plus qu’autre chose. Stuart Whiteman est un peu coincé dans son rôle de colonel aux aguets, bien que son rôle le veuille. Anthony Franciosa est un mexicain peu crédible, et parfois too much dans ses mimiques et son exubérance. Enfin, la caution féminine, Wende Wagner, est bien jolie mais doit se contenter du rôle de la belle indienne sans une ligne de dialogue – mais sans histoire d’amour inutile non plus, Dieu merci.

Ce qui reste, ce sont donc quelques scènes d’action très bien filmées, et cette neutralité du regard de Douglas porté sur Américains, Mexicains et Indiens tous filmés avec beaucoup de force et de dignité. Rio Conchos est un film qui n’est ni anti-indien, ni anti-mexicain, ni anti qui que ce soit : tout le monde déteste tout le monde et a de bonnes raisons d’avoir envers l’autre de profonds griefs. Un western d’aventure divertissant mais qui manque d’écriture pour marquer.

Suppléments :

– Présentation par Bertrand Tavernier (27min)
– Présentation par Patrick Brion (11min)
– Bande-annonce

Rédacteur LeMagduCiné
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