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Une famille syrienne, un huis clos au cœur d’une guerre intérieure

Une famille syrienne est une immersion intimiste au cœur de l’appartement d’une femme qui tente de protéger sa famille, tout en remettant en question la notion de courage. Plus métaphorique que réelle incursion dans les tenants et aboutissants du conflit syrien, le film de  Philippe Van Leeuw est un huis clos étouffant et angoissant.

Une histoire banale

De la bande de Gaza, on avait reçu en 2015 Dégradé, huis clos dans un salon de coiffure où quelques femmes s’opposaient déplaçant alors le conflit de l’extérieur (la rue, le pays) vers l’intérieur. Avec Une famille Syrienne de Philippe Van Leeuw, réalisateur et scénariste belge, c’est autre chose qui se joue. Aucun indice, sinon le titre, ne peut situer le film en Syrie plutôt que dans un autre pays en guerre. Pourtant, Une famille Syrienne est une des premières fictions à nous parvenir sur la guerre en Syrie. Or, ce qui semble intéresser ici le réalisateur, c’est la vie de famille confrontée à la guerre, le quotidien tel qu’il se réinvente dans l’enfermement contraint. Tel Stephan Streker, lui aussi belge, avec Noces,  Philippe Van Leeuw choisit la guerre comme toile de fond plus pour nouer et dénouer des conflits intérieurs, parler de courage, de culpabilité, de lâcheté, d’ambivalence que du conflit en Syrie. L’idée est ici de mener à son terme une tragédie théâtrale. Tous les ingrédients sont réunis, de l’unité de temps (24h) et de lieu (la maison de la famille « recomposée »)  au dilemme/secret qui gangrène certains des personnages et les précipite vers une chute certaine. Ce secret c’est la mort du mari de la voisine (Hamila), recueillie avec son bébé après la destruction de son appartement, que l’aide ménagère de la maison voit depuis sa fenêtre, raconte à la maîtresse de maison, véritable chef autoritaire et froid, qui lui somme de ne rien dire. Plus tard, le grand-père (seul figure tutélaire, le père étant absent ), sera lui aussi intégré dans la boucle du secret. Autour de ces trois personnages, dont l’un seulement est clairement incarné, dessiné, gravitent d’autres personnages : les enfants des propriétaires de l’appartement ainsi qu’un petit ami casse-cou venu sans autorisation retrouver sa dulcinée. Tous sont mus par la peur et c’est à peu près l’unique sentiment dont ils seront flanqués jusqu’à la fin du film, ce qui est un peu dommage.

Deux femmes dans la tourmente

En réalité,  Philippe Van Leeuw dresse le portrait de deux femmes, interprétées respectivement par Hiam Abbass (La source des femmes) et Diamand Bou Abboud (actrice libanaise). Les deux femmes s’affrontent presque, l’une détenant un secret, l’autre se sacrifiant dans une scène d’agression resserrée sur son regard et particulièrement éprouvante. Tout se joue donc dans l’humain et ses réactions, au plus près des choix individuels à la manière de Dunkerque dans lequel Christopher Nolan s’intéressait à des visages, des anonymes qui devaient prendre des décisions aussi rapides, radicales que parfois insensées pour sauver leur peau, survivre. Si une forme de solidarité a pu se nouer entre les deux femmes, la défiance reste omniprésente, même quand Hamila dit à son hôte qu’elle l’admire désormais après l’avoir un temps détestée. Lorsque la journée s’achève, banalement, tristement, horriblement ordinaire, tous les fils ne sont pas encore dénoués. Et c’est sur une larme de vieil homme, celui qui pense et a dit au cours du film que son pays n’était plus rien, que le film tire sa révérence. Le dispositif cinématographique est simple, la réalité présentée très brute, au milieu d’un scénario très écrit à la manière d’un film d‘Asgahr Farhadi qui avec Une séparation déjà mettait en scène, en les suivant caméra au poing, des humains confrontés à la foi, l’honneur, la peur. Ici, c’est l’angoisse qui fait agir et c’est aussi elle qui maintient le spectateur en éveil, mais impuissant.

Une famille syrienne : Bande-annonce

Une famille syrienne : Fiche technique

Réalisation : Philippe Van Leeuw
Scénario :  Philippe Van Leeuw
Interprètes : Hiam Abbass, Diamand Bou Abboud, Juliette Navis
Photographie : Virginie Surdej
Montage : Gladys Joujou
Producteurs : Serge Zeitoun, Guillaume Malandrin
Distribution : KMBO
Durée : 85 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 6 septembre 2017

Belgique-France – 2017

Death Note : L’adaptation haïssable qu’on aurait voulu aimer

Avec son développement minimaliste et ses nombreuses libertés prises par rapport au manga, il va de soi que cette adaptation américaine de Death Note a de quoi s’attirer les foudres des fans. Mais au-delà de ça et de manière objective, le film d’Adam Wingard est loin d’être la catastrophe annoncée car il dispose de quelques atouts et même d’un certain charme. Dommage que le réalisateur n’ait pas eu les épaules nécessaires pour diriger un tel projet, le tout se montrant maladroit et sans envergure…

Synopsis : Light Turner, étudiant en droit ivre d’une envie de faire servir la justice, tombe un beau jour sur un mystérieux carnet, le Death Note, qui lui confère le pouvoir de tuer les gens rien qu’en inscrivant sur les pages leur nom, tout en connaissant également leur visage. Se lançant ainsi dans une vendetta afin de créer un monde meilleur, Light devient une entité populaire se faisant appeler Kira. Si certains le voient comme une divinité, d’autres le considèrent tel un meurtrier qu’il faut arrêter à tout prix. Parmi eux, un enquêteur de renommée internationale du nom de L, décide de lui faire face en tentant de découvrir qui il est

L’adaptation haïssable qui avait pourtant tout pour être aimée

Depuis que les Américains nous ont pondu l’infâme Dragonball : Evolution, les adaptations de manga made in USA sont devenues en un éclair les bêtes noires du public. Et notamment des fans, qui conspuent à la moindre annonce de projet, pouvant reléguer ce dernier au rang de film mort-né. Dans le cas du navet signé James Wong, nous n’allons pas les blâmer pour ça ! Pourtant, si les aficionados pouvaient mettre un instant de côté leur esprit « j’adore donc on n’y touche pas ! » et laisser faire certains producteurs, ils seraient surpris du résultat. Étonnés de voir que, chez l’oncle Sam, ils savent prendre au sérieux ce genre de projets au point de livrer des longs-métrages potables (Ghost in the Shell), voire même fort appréciables (Edge of Tomorrow, bien qu’il s’agisse de l’adaptation d’un light novel). Dans le cas du Death Note d’Adam Wingard, il serait donc futile de le critiquer pour ses divergences avec l’œuvre originale, le film ayant des idées et atouts non négligeables en matière de divertissement. Le seul vrai problème étant que le réalisateur choisi pour un tel titre n’a pas eu les épaules assez larges pour mener à bien cette adaptation au bord du lynchage public…

Quelque part, la réaction des fans est compréhensible vu à quel point ce Death Note version 2017 prend énormément de libertés avec le manga de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata. À commencer par les personnages, qui voient leur mentalité changer au plus haut point. Des exemples ? Le détective L délaisse son indifférence si légendaire pour adopter par moment des émotions envers son second Watari. Le dieu de la Mort Ryuk n’est plus une simple figure spectatrice un peu bêta mais une sorte d’entité démoniaque dont il faut se méfier, poussant même le héros à écrire son premier nom dans le Death Note. Misa Amane, au lieu d’être un mannequin folle amoureuse et très enfantine, est une étudiante psychopathe obnubilée par le cahier éponyme et son pouvoir. Et enfin Light, cet étudiant froid, calculateur, diablement intelligent, égocentrique et charismatique, est devenu une sorte de paria naïf, manipulable et beaucoup trop « pleurnichard ». Rien qu’avec ça, les fanatiques risquent de s’acharner sur les réseaux sociaux et d’y laisser le titre du film dans leur Death Note personnel. Et le reste du long-métrage ne va pas les épargner en omettant certains pans pourtant importants du manga (comme le pouvoir de l’œil d’un dieu de la Mort) et des personnages (Rem, la famille de Light qui n’est ici résumée qu’à son père, les lieutenants de ce dernier…). En privilégiant le divertissement plutôt que la tension entre le face-à-face Light/L (quasiment absent de cette adaptation) et l’aspect psychologique très poussé de l’œuvre originelle. En abusant des clins d’œil au manga (l’addiction de Ryuk pour les pommes) sans jamais en retrouver la symbolique (la pomme étant le fruit défendu selon la Bible). En survolant de nombreuses thématiques qui ont fait le sel et le succès de la bande-dessinée d’Ohba et Obata (la religion, le sens de la vie, le Bien et le Mal…). Alors oui, on veut bien comprendre que ce film soit détesté par une importante communauté d’aficionados. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une adaptation. Ce qui implique de nombreux changements pour correspondre à un format (un manga d’une bonne dizaine de volumes contre un film de 1h40), à un public avec pour but de s’ouvrir à de nouveaux adorateurs restés jusqu’à sur le banc de touche. Bref, une œuvre qui s’inspire plutôt que de copier-coller le matériau de base (les japonais l’ayant déjà fait avec l’animé et trois longs-métrages). Et c’est ce que réussit ce Death Note, qui, pour le coup, ne mérite pas autant de haine.

On peut continuer à déblatérer sur les différences entre le manga et ce film, et sur certains choix critiqués mais pourtant judicieux. Comme certaines références bien pensées (le nom de Kira choisi par Light, pour faire croire aux enquêteurs qu’il est japonais) et l’américanisation des noms des personnages : auriez-vous vu des Blancs jouer Light Yagami et Misa Amane plutôt que Light Turner et Mia Sutton ? Et dans ce cas, pourquoi un Noir ne pourrait-il pas interpréter L ? D’ailleurs, pour ce dernier cas, le bashing qu’a subi l’acteur Keith Stanfield rien qu’avec sa couleur de peau relève de la connerie humaine… Mais oublions le manga et pensons à ceux qui ne le connaissent pas. Que verront-ils en découvrant le Death Note d’Adam Wingard ? Tout simplement un thriller partant sur un postulat accrocheur et proposant des thèmes fort intéressants (le droit de vie et de mort sur les gens, la justice, la dissimulation, l’image que l’on donne à la société…). Un divertissement pour le moins rythmé, qui parvient à livrer des séquences d’exécution aussi jouissives que Destination Finale (une petite touche d’humour noire bienvenue). Et surtout un film qui sait utiliser ses nombreux aspects techniques (la photographie de David Tattersall, les compositions des frères Ross…) pour confectionner une atmosphère à la fois envoûtante, captivante et inquiétante. Sans oublier le fait que l’équipe du film a su s’approprier le « petit » budget alloué par la production pour mettre en scène son histoire de manière inventive. Un constat qui se vérifie par les apparitions de Ryuk : un personnage en images de synthèse souvent en retrait (peu présent dans l’intrigue, souvent dans l’ombre ou en arrière plan…) pour masquer les limitations techniques. Ce qui n’empêche pas de rendre sa présence inquiétante pour autant.

Mais le plus étonnant dans ce Death Note, c’est le soin tout particulier apporté aux personnages. Si, encore une fois, beaucoup pesteront contre les modifications apportées les concernant, ils restent en tout point cohérents avec ce que veut raconter le long-métrage. L a des émotions envers Watari à la limite de l’amour entre un fils et son père ? Light ne fait qu’hésiter et avoir peur ? Cela leur procure un aspect diablement humain, voire même attachant (voir L mettre ses convictions de côté juste par vengeance personnelle touche). Light entame sa croisade parce que sa mère a été assassinée par un criminel en liberté ? Cela rend son ambition meurtrière bien plus justifiée et crédible. Misa… pardon, Mia en psychopathe ? Cela donne un enjeu à l’intrigue et surtout une autre image que celle de la potiche de service. Et enfin Ryuk en figure inquiétante et manipulatrice ? Cela confère au personnage une aura encore plus diabolique et imprévisible, apportant ce qu’il faut de menace à l’intrigue pour captiver l’attention (mention spéciale à la performance vocale de Willem Dafoe). Bref, si l’on doit aimer ce Death Note, c’est avant toute chose pour ses protagonistes écrits et interprétés comme il se doit, la plupart se montrant même bien plus intéressants que leur modèle respectif. Et même s’il modifie le manga, il ne le dénature pas pour autant, au point de donner envie aux profanes de plonger dans cet univers si particulier. Une bonne adaptation donc ! Mais un bon film, ça c’est une autre histoire…

Malgré ses nombreux atouts, aussi bien scénaristiques et techniques, Death Note déçoit une fois le visionnage arrivé à son terme. La faute revenant principalement à son réalisateur Adam Wingard qui, après un passage dans le cinéma horrifique (You’re Next, Blair Witch), n’a pas su sur quel pied danser pour diriger un tel film. Il n’a pas réussi à imposer une certaine cohésion à l’ensemble, comme si le cinéaste ignorait tout du ton à aborder pour mettre en scène le projet. Le tout switche maladroitement entre le film pour adolescents (étudiants, scène de bal, playlist en guise de BO…), le thriller angoissant (le côté enquête tendue de l’intrigue, la présence de Ryuk), le produit horrifique décervelé (les mises à mort engendrées par Light/Kira) et le blockbuster spectaculaire (le final, à grand renfort d’effets spéciaux), conférant à l’ensemble une allure des plus bancales. Un constat qui se voit renforcé par un montage un peu anarchique qui enchaîne les séquences bien trop rapidement au point d’empêcher le film d’exploiter convenablement son univers et ses personnages. Au lieu de cela, Death Note donne souvent l’impression de passer du coq à l’âne, de sortir de nulle part des retournements de situation juste pour faire avancer son histoire. D’oublier en cours de route ses excellentes idées, de les développer. Pour se clôturer de manière brutale sur une fin ouverte, sans n’avoir jamais pris le temps de se construire pleinement. À cause de cette narration expéditive, Adam Wingard loupe littéralement le coche et fait de ce long-métrage un gloubi-boulga de bonnes intentions juxtaposées sans aucune envergure. Et vu les atouts cités dans les paragraphes précédents, il est vraiment navrant d’en arriver à un tel constat, à un tel gâchis…

Ce Death Note version 2017 a clairement ce qu’il faut pour être aimé du public : des personnages, un univers, des atouts techniques, des idées scénaristiques bienvenues… Et on veut l’aimer, le défendre, cela ne fait aucun doute ! Même s’il faut se mettre les fans à dos, ce long-métrage a du charme et on espère que la suite (déjà prévue si cet opus fonctionne) pourra se faire tout en corrigeant les erreurs fatales de ce coup d’essai. Comme, en premier lieu, changer de réalisateur et en prendre un autre, sachant mener à bien ce genre de projet (rappelons qu’au début de la production, Gus Van Sant et Shane Black avait été appelés pour le réaliser). Si tel n’est pas le cas, nous nous retrouverons donc avec une exclusivité Netflix maladroite, qui gâche son potentiel par ses hésitations et son manque de développement. Une bonne adaptation, mais malheureusement un mauvais film…

Death Note : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=qWzT-cgAw6w

Death Note : Fiche technique

Titre original : Death Note
Réalisation : Adam Wingard
Scénario : Charley Parlapanides, Vlas Parlapanides, Jeremy Slater Anthony Bagarozzi, Chuck Mondry et Kyle Killen, d’après le manga de Takeshi Obata et Tsugumi Ôba
Interprétation : Nat Wolff (Light Turner), Keith Stanfield (L), Margaret Qualley (Mia Sutton), Shea Whigham (James Turner), Willem Dafoe/Jason Liles (Ryuk), …
Photographie : David Tattersall
Décors : Tom S. Hammock
Costumes : Emma Potter
Montage : Louis Cioffi
Musique : Atticus Ross et Leopold Ross
Producteurs : Jason Hoffs, Roy Lee, Dan Lin et Masi Oka
Productions : Lin Pictures et Vertigo Entertainment
Distribution : Netflix
Budget : 50 M$
Durée : 101 minutes
Genres : Thriller, fantastique, horreur
Date de sortie : 25 août 2017 (sur Netflix)

États-Unis – 2017

Paolo Sorrentino entame le tournage de son biopic sur Silvio Berlusconi

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Le réalisateur italien Paolo Sorrentino (Youth, La Grande Bellezza) a débuté le tournage de Loro. Ce nouveau long-métrage va faire couler beaucoup d’encre. Le comédien Toni Servillo va en effet incarner à l’écran l’homme politique sulfureux Silvio Berlusconi.

Selon des informations du Figaro, Paolo Sorrentino travaillerait actuellement sur Loro, un biopic consacré à l’ancien premier ministre Silvio Berlusconi. Le tournage de ce nouveau film aurait bel et bien débuté en Italie. Des prises de vue ont notamment été effectuées dans le centre de Rome cette semaine. Ce film avait été en réalité quelque peu délaissé par Paolo Sorrentino en novembre dernier lors de son implication pour l’écriture de la deuxième saison de The Young Pope. C’est en avril 2017 que le réalisateur de L’ami de la famille a confirmé qu’il travaillerait bien finalement sur son projet de biopic de Silvio Berlusconi avec un tournage dans le courant de l’été 2017. Une première scène du film a donc été tournée dans les environs du Colisée dans la nuit de mardi à mercredi sous l’œil médusé des touristes. Des photographies du tournage ont été diffusées dans la presse italienne ce jeudi.

Le réalisateur de Youth retrouve donc sur le tournage de Loro le comédien Toni Servillo avec lequel il avait déjà travaillé pour les besoins de Il Divo ou bien encore La Grande Bellezza, Oscar du meilleur film en langue étrangère en 2014. Le rôle de Ganpi Tarantini, l’homme accusé d’avoir fourni des prostituées au domicile de Berlusconi, a été confié à l’acteur Riccardo Scamarcio (Dalida, John Wick 2, A Vif). Le reste du casting est complété par Elena Sofia Ricci (Le premier qui l’a dit) et Dario Cantarelli (La chambre du fils, Habemus Papam, La messe est finie). Le scénario a été coécrit par Umberto Contarello (This Must be the place, La Grande Bellezza) et Paolo Sorrentino selon des informations d’Imdb. La sortie de Loro est prévue pour 2018.

Paolo Sorrentino devrait mettre en scène les travers de l’homme politique italien et sa passion immodérée pour la gent féminine. Selon des précisions du Figaro, le personnage de Silvio Berlusconi dans Loro aura « dans son sillage une ribambelle de jeunes femmes en robes courtes et talons hauts ». Le titre du film, Loro (eux), constitue un jeu de mots et une double allusion tout d’abord à la cour accrochée aux basques de l’ancien premier ministre italien, et également une référence à l’or pour évoquer les dépenses pharaoniques et le train de vie luxueux de l’homme politique.

A la manière d’Abel Ferrara avec Welcome to New York (une évocation de l’affaire DSK), Paolo Sorrentino s’attaque donc à une page sombre de la facette de l’ancien chef du gouvernement italien. Loro ne devrait pas être une satire politique pure. Le film devrait dénoncer l’entourage néfaste et le cadre de vie qui ont fait tourner la tête et perdre toute considération à l’homme politique italien. Loro s’annonce d’autant plus passionnant et fascinant que le réalisateur Paolo Sorrentino a été reçu par Silvio Berlusconi en personne pour les besoins de la préparation du long-métrage. Cette information assez exceptionnelle et insolite a été dévoilée en juillet par la rédaction d’Il Messagero. Silvio Berlusconi était ravi de parler et de rencontrer l’un de ses cinéastes préférés. L’ancien chef du gouvernement italien aurait même mis à la disposition pour le tournage sa maison de Sardaigne et le mausolée de sa famille dans sa maison près de Milan. C’est dans cette demeure qu’auraient été organisées les soirées festives controversées, les « bunga bunga ».

Reste à savoir si cette proximité lors des préparatifs du tournage ne va pas générer de la complaisance ou nuire à la liberté de ton et au regard que va porter Paolo Sorrentino sur le personnage de Silvio Berlusconi dans son film. Après The Young Pope (un pape en quête de ses origines) et Il Divo (le président du conseil Giulio Andreotti), le cinéaste napolitain s’attaque donc une nouvelle fois, avec Loro, à l’ivresse du pouvoir ainsi qu’aux failles et à la part d’humanité des dirigeants.

Paolo Sorrentino s’était confié au Figaro il y a quelques mois sur ce nouveau projet en marge du festival de Cannes. Le réalisateur semblait très motivé pour ce long-métrage sulfureux.

Parce que je suis italien et je veux faire un film sur les Italiens. Berlusconi est l’archétype de « l’italianité » et à travers lui je peux raconter les Italiens.

Nanni Moretti s’était déjà attaqué en 2006 au mythe de Silvio Berlusconi avec Le Caïman, un film engagé avec un fort sous-texte socio-politique.

Les Proies, 120 battements par minute…. : les films à voir ou pas ce week-end

Mort à Sarajevo, Ciel Rouge, Nés en Chine….. Que faut-il voir ce mercredi 23 août 2017 au cinéma ? La rédaction vous conseille Les Proies, 120 battements par minute, Hitman & Bodyguard et Upstream Color.

On vous invite à découvrir le dernier film de la réalisatrice Sofia Coppola. Au cœur d’une polémique raciale à l’encontre des personnages « blanchies » du film, Les Proies est néanmoins considéré comme l’un des événements cinématographiques du mois. Tout d’abord parce qu’il sonne comme le retour aux sources de la fille de Francis Ford Coppola, fragilisée par un vain et dispensable The Bling Ring. Ensuite parce que le film a été salué par le jury au dernier Festival de Cannes en remportant le Prix de la Mise en Scène. Plus que tout, Les Proies est un thriller historique et psychologique de grande classe dont l’efficacité repose sur une précision visuelle remarquable et une ironie qu’on ne connaissait pas chez la cinéaste. Ce portrait de femmes vénéneuses est une réponse cinglante et bienvenue à l’adaptation qu’en a faite Don Siegel. S’il lui manque une vraie ambiguïté narrative, Les Proies s’impose comme un huis-clos à l’esthétique soignée qui plaira assurément aux inconditionnels de Sofia Coppola.

120 battements par minutes est l’autre film issu du Festival de Cannes à voir cette semaine. Le Grand Prix du Jury à Cannes 2017 sort enfin sur nos écrans et répond à toutes les promesses qu’il avait fait naître en mai dernier. Alliant intime et universel, le film parvient à être une fresque aussi romanesque qu’historique, mais surtout, un récit au cœur des actions, contractions et petites victoires d’Act UP Paris. Qu’importe les morts, la vie est là, comme un élan permanent, tenace. Après le très maîtrisé Eastern Boys et Les Revenants, Robin Campillo s’impose comme un cinéaste éclectique et passionnant, qui sait autant faire pleurer, rire que réfléchir.

Si vous désirez voir un film plus léger, on a ce qu’il vous faut. Burné, trash, fun, Hitman & Bodyguard a débarqué au cinéma ce mercredi pour notre plus grand plaisir. Le buddy-movie réalisé par Patrick Hughes respecte le genre, et évite certains pièges de la comédie américaine. Le long métrage met en scène un duo de choc formé par les délirants Samuel L. Jackson & Ryan Reynolds. Punchlines aux petits oignons, situations tordues et tango d’action, Hitman & Bodyguard est la comédie d’action de l’été, et qui sait, peut-être de l’année ?

Petite pépite du festival de Berlin en 2013, ce n’est que cette année qu’Upstream Color, film de Shane Carruth, sort dans les salles françaises. Ne se limitant pas à la simple romance entre deux êtres en perdition, Upstream Color est une ode au libre arbitre et à la quête d’identité qui s’avère difficile à décrire. Œuvre sensorielle totale, qui mélange l’humain à son environnement naturel, Upstream Color est une symphonie visuelle de toute beauté et un exercice de style théorique qui ne perd jamais de vue puissance dramatique. Un bien bel objet cinématographique.

 

 

Upstream Color de Shane Carruth, une romance aux confins des sens

Upstream Color fait partie de ces films tarabiscotés qui laissent un arrière-goût à la fois d’incompréhension mais surtout, de fascination. Derrière ses intentions théoriques sur le libre arbitre et son montage visuel protéiforme, l’œuvre de Shane Carruth décèle une vraie force émotionnelle et une urgence de tous les instants, qui fait d’Upstream Color une histoire d’amour aussi intime qu’universelle.

Il est souvent délicat de se pencher sur une œuvre aussi labyrinthique qu’Upstream Color car la vérité et la distinction du vrai et du faux ne se trouvent pas forcément là où l’on croit. Sous couvert d’une expérience qui s’est mal passée, après la prise d’une substance parasitaire et animale, une jeune femme va devoir réapprendre à vivre et à retrouver des bribes de souvenirs dont elle a été dépossédée, avec l’aide de Jeff, qui lui-même semble avoir vécu la même mésaventure. Entre dépendance psychique et union mémorielle, amour et contusion, cette relation dépassera le cadre de la simple histoire d’amour.

De ce postulat un peu transversal, qui joue sur le film romantique et sur le film de contamination, Upstream Color avance à pas feutrés et dissimule dans son antre une vraie pulsation. Loin des carcans habituels des films de genre, Shane Carruth construit un film en puzzle, qui tend vers le poème à la Terrence Malick, et qui s’accroche à ses plans superposés les uns aux autres grâce à un montage à la fois musical (omniprésente) et visuel qui ne laisse pas la place à l’introspection, mais plutôt à l’imagination. La mise en scène de Shane Carruth, très aérienne et naturaliste, amplifie cette sensation de bulle d’air sensorielle. Les images se succèdent, rapidement, le récit lui semble parfois en retrait, sans jamais être dilué, les dialogues parfois se font rares et pourtant, Upstream Color contient cette puissance qui happe par cette capacité qu’à le réalisateur à filmer la chair triturée et l’esprit malmené.

L’exercice de style ne tourne jamais à vide dans Upstream Color, car au contraire, les idées visuelles s’avèrent ludiques. Cette superposition des plans, cette répétition des sons ou des scènes fruit d’une mémoire parcellaire, cette symétrie des actes qui tissent des liens entre eux, ajoutent au film une originalité qui n’est jamais méprisante. C’est sans doute cela la véritable force d’Upstream Color : celle d’incorporer ses velléités intellectuelles et métaphoriques sur la perception et sur l’identité avec de simples ressorts cinématographiques émotionnels. Car même si l’on se rend vite compte que le couple est dépassé par quelques choses de plus grand que lui, notamment à propos de cette phase du cycle biologique de la vie, entre la symbiose entre l’Homme et l’animal, l’architecture de la romance entre les deux personnes semble particulièrement limpide, dotée d’une vraie importance dramatique face aux chaines qui enferment les deux personnages.

Les jeux de regards, les discussions, les mensonges, marcher dans des ruelles, s’engueuler sur des souvenirs, s’embrasser, Upstream Color nous embarque dans une histoire d’amour qui émeut par son urgence et sa singularité. Même si le versant de science-fiction du film n’est jamais laissé de côté, avec cette connexion à cette fameuse substance psychotrope, Shane Carruth démontre aussi l’ambition d’élargir son champ d’action, dans le rapprochement qu’il fait de l’Homme à son environnement et cette contingence à vouloir faire cohabiter tout un écosystème.

Fait d’une amourette à la psychologie décalée de Punch Drunk Love (sans l’aspect comique de la chose) et d’une romance science fictionnelle qui marche sur plusieurs strates temporelles comme le film de Kristina Buozyte, Vanishing Waves, Upstream Color est aussi énigmatique que perceptible. Sans jamais aligner les poncifs, Shane Carruth façonne une exploration des sensations humaines assez passionnante. Parfois au bord du surréalisme, tel un test de Rorscharch, Upstream Color est un magma de bruits, de sons, d’images, de subconscient, qui se télescopent et qui s’agitent comme des satellites autour de leur système pour mieux imprégner l’imagination du spectateur.

Synopsis : Dans le terreau de certaines plantes se trouve une larve aux étranges vertus. Introduite dans l’organisme humain, elle permet de manipuler l’hôte inconscient de ce qui lui arrive. Victime de cette expérience, Kris se retrouve dépossédée de ses biens, et finalement de sa vie. Elle rencontre Jeff qui semble avoir vécu la même intoxication. Ensemble, il essaient de se réapproprier leurs souvenirs et de comprendre ce qui leur est arrivé.

Bande-annonce : Upstream Color

Fiche Technique : Upstream Color

Réalisateur : Shane Carruth
Scénario : Shane Carruth
Casting : Amy Seimetz, Shane Carruth, Andrew Sensenig, Thiago Martins, Mollie Milligan, Kerry McCormick, Charles Reynolds, Jeff Fenter…
Chef monteur : Shane Carruth
Directrice du casting : Kina Bale
Ingénieur du son : Johnny Marshall
Genre : Drame, Science fiction
Distributeur : Ed Distribution
Date de sortie : 23 août 2017
Durée : 1h 36min

Nationalité américain

 

Les films de l’été : Nos jours heureux

Tout le mois d’août, les rédacteurs de CineSeriesMag vous font découvrir les meilleurs films de l’été. Aujourd’hui, retrouvons la nostalgie de nos colonies de vacances avec Nos jours heureux d’Eric Toledano et Olivier Nakache.

« Mais tu sais c’que t’es toi ? T’es le roi des cons au pays des emmerdeurs. Un… Un petit con casse-couille qui chiale sa race toute la journée ! Connard ! Connard ! Petit enculé de merde ! » assène Joséphine de Meaux au bord de la piscine en maillot de bain, dans une séquence désormais culte. Qui aurait pu penser en 2006 lors de sa sortie que le film  deviendrait une comédie culte et intemporelle ? Après Je préfère qu’on reste amis, Eric Toledano et Olivier Nakache s’essayaient avec ce film une seconde fois au long-métrage. Aujourd’hui à travers Intouchables et Samba, la réputation du duo a atteint un niveau supérieur. Mais dès Nos jours heureux, les bases de leur cinéma sont là : des dialogues qui respirent le vrai, des personnages attachants et des situations à la fois tendres et cocasses. En cela, Nos jours heureux fait partie de ce que le cinéma comique français sait offrir de mieux. Impossible de résister entre les questionnements idiots d’Arthur Mazet (sur cette route là, tu crois qu’il y a eu combien d’accidents de cars, là cette année ?), l’amourette partagé par Omar Sy et Marilou Berry ( J’suis bien d’accord avec la grosse là…) ou encore les tentatives de séduction d’un Jean-Paul Rouve maladroit.

nosjoursheureux-josephinedemeaux-filmLa comédie de Toledano et Nakache a eu l’intelligence de placer son histoire dans les années 90, de ce fait Nos jours heureux n’a toujours pas vieilli et ne prendra sûrement pas une ride tant que des enfants seront là pour s’amuser loin de leurs parents. La totalité de l’histoire se déroule sur trois semaines de vacances au sein d’une colonie menée par le jeune directeur Vincent Rousseau. Autant de temps pour que le spectateur tombe en amour des personnages, au même rythme qu’eux-même s’attachent dans la diégèse du film. L’identification se fait en tous points. Le film démarre à travers de nombreux clichés entourant les parents, les enfants et les moniteurs. Toutes les intrigues seront des prétextes pour apprendre à connaître mieux les personnages et jouer avec, le tout dans le rire et la tendresse. Le long-métrage arrive déjà alors à reproduire les sentiments premiers lors d’une arrivée en colonie de vacances. Car la magie de la colo c’est d’arriver en pouvant être n’importe qui et de finalement devenir plus vrai avec nos nouveaux amis, que nous pouvons l’être dans la vie quotidienne.

La puissance de Nos jours heureux réside dans le fait savoir capturer l’esprit de nos vacances, de nos amourettes et de nos amitiés éphémères. Si la scène où Guillaume, vacancier timide, reprenant Long train running nous marque, ce n’est pas tant pour ce qu’elle raconte mais pour ce qu’elle nous évoque. Nos jours heureux fait sans cesse appel à l’enfant que nous avons été et à l’adulte qu’on ne sera sans doute jamais complètement. Les gamins ne sont alors que des représentations des tourments des adultes à l’image de Jean-Paul Rouve incapable de couper le pont avec son père. L’enchaînement des scènes se calque sur  le propre défilé de souvenirs qui resurgissent dans la tête du spectateur. Le film atteint alors quelque chose de très beau lorsqu’il partage des souvenirs connexes avec le spectateur, en lui montrant le simple reflet de ce qu’il a déjà vécu.

Avec ce film, le duo initie leurs moments de lâcher-prise. Cette marque de fabrique on la retrouvera dans Tellement Proches où Vincent Elbaz se ré-improvise G.O le temps d’une soirée, dans la culte séquence de danse d’Intouchables où Omar Sy se rythme sur Earth Wind and fire ou encore dans la sublime scène finale du Sens de la fête. Revoir Nos jours heureux c’est revoir avec nostalgie le visage des amitiés passées et des amours juvéniles laissées sur le bord d’un feu de camp.

Nos Jours Heureux : Bande-annonce

Nos Jours Heureux : Fiche Technique

Réalisation : Olivier Nakache et Eric Toledano
Scénario : Olivier Nakache et Eric Toledano
Casting : Jean-paul Rouve (Vincent), Marilou Berry (Nadine), Omar Sy (Joseph), Lannick Gautry (Daniel), Julie Fournier (Lisa)
Photographie : Rémy Chevrin
Musique : Frédéric Talgorn
Montage : Dorian Rigal-Ansous
Production : Prune Farro
Sociétés de production : Quad Productions
Société de distribution France : SND
Durée : 103 minutes
Date de sortie : 28 juin 2006

Histoire du Cinéma Danois : innovant, provocateur, déroutant parfois…

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Au fil des années le Cinéma Danois se démarque par de grands films au style bien distinct. De Drive de Nicolas Winding Refn avec Ryan Goslin à La chasse de Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2012, en passant par Melancholia de Lars von Trier, avec Kirsten Dunst. Décryptage historique d’un pays qui a réussi  à rayonner et construire une identité cinématographique dans le paysage d’une industrie dominée par Hollywood.

Si les noms de Sidse Babett Knudsen (vu dans Borgen) ou encore Nikolaj Coster-Waldau (Oblivion, Mamà, le fameux Jamie Lannister dans la série HBO Game Of Thrones) ne vous sont pas inconnus, c’est normal. Tous deux d’origine danoise, ils ont su s’imposer internationalement. Et plus largement, de nombreuses œuvres scandinaves telles que la trilogie Millenium ou Northwest de Michael Noer ont connu un beau succès.

Le rayonnement international de ce petit pays trouve sa force dans des productions américaines (comme Drive, sorti en 2011) mais peine à réitérer ce triomphe quand il s’agit de productions 100% locales. Un paradoxe, surtout quand on réalise que son patrimoine cinématographique est l’un des plus anciens au monde.

Les balbutiements:

Tout commence en 1897 avec un film de Peter Elfelt : Des chiens groenlandais tirent un traîneau. Film quasiment introuvable aujourd’hui, et qui décrit exactement le titre.  Il réalise plus de 100 courts-métrages (longs de seulement quelques minutes) montrant la culture danoise ou bien des événements publics.

Rappelons que l’invention du Cinématographe date seulement de deux ans auparavant par les Frères Lumière.

Le premier cinéma ouvre en 1904 et s’ensuit en 1906 la création de la célèbre compagnie Nordisk par le réalisateur Ole Olsen, société toujours en activité aujourd’hui. C’est la troisième compagnie de cinéma jamais créée, derrière les fameuses Gaumont et Pathé, d’invention française. Même si à l’origine elle ne faisait que des courts-métrages, suite au succès de l’un d’eux elle décida de produire aussi des longs. Elle a produit récemment Hijacking en 2012, film de Thobias Lindholm. Cette compagnie a eu une énorme influence sur le cinéma muet de l’époque, avec par exemple La dame aux camélias (Kameliadamen), en 1907, première adaptation du célèbre roman d’Alexandre Dumas.

Vers 1910 une autre compagnie se lance sur le marché de la production cinématographique, Fotorama, et instaure de la concurrence. Elle produit La Traite des Blanches (Den Hvide Slavehandel), premier film de plus de 20 minutes (il en dure 40), de August Blom. Synopsis: Une jeune femme se retrouve à travailler dans une maison close alors qu’elle pensait avoir trouvé un job de demoiselle de compagnie. Cette rivalité a permis à la Nordisk de sortir des moyens-métrages, et de faire connaître au pays son âge d’or en matière de cinéma.

L’apogée du cinéma muet :

Un des premiers films de cette époque, Afgrunden, réalisé en 1910 par Urban Gad, lance la carrière de l’actrice Asta Nielsen, qui a une renommée internationale (il est disponible en intégralité ci-dessous). Malheureusement pour le Danemark, l’actrice est tellement connue que son succès l’amène jusqu’en Allemagne où elle restera la star incontestée du muet.

https://www.youtube.com/watch?v=9qrG-luCW0k

Le nouveau directeur de la Nordisk, August Blom, choisit à cette époque de produire essentiellement des œuvres mélodramatiques, c’est ainsi que l’ambitieux  Atlantis voit le jour, montrant le naufrage d’un bateau. Mais le public est déçu par ce projet, dont les recettes sombrent.

N’oublions pas non plus le travail de Benjamin Christensen, qui réalise en 1914 Le mystérieux X (Det hemmelighedsfulde X), remarquable métrage d’espionnage.

Pendant la Première Guerre Mondiale, le marché européen est difficile d’accès, mais la production danoise s’installe tout de même en Allemagne là où les films français et anglais sont bannis. La plus grande compagnie cinématographique du pays choisit de produire des films de plus grande envergure, avec des thématiques sociales et pacifistes  au cœur des intrigues. On retrouve par exemple le réalisateur August Blom avec La fin du monde (Verdens undergang), dont l’histoire aborde le sujet d’une comète passant à proximité de la terre, avec les drames sociaux qui en découlent. Suite à la guerre la Nordisk Kompagni est en déclin car ses recettes sont insuffisantes, et en outre la demande du public ne correspond pas à la direction artistique de la firme.

C’est dans ce climat que l’illustre représentant du cinéma muet, Carl Theodor Dreyer (1889-1968), fait ses débuts en tant que réalisateur. Un de ses films les plus importants sont par exemple La passion de Jeanne D’arc qui raconte l’histoire de cette dernière. Il se démarque par l’utilisation de plans  au cadrage très serré au niveau du visage pour déceler toutes les subtilités du jeu de Renée Falconetti. Certaines scènes de ce long-métrage sont connues, comme celle du procès ci-dessous.

Ou encore Ordet (La Parole en français), en 1955, un film parlant, sublime, du fait de sa photographie en noir et blanc, qui narre l’histoire d’une tragédie familiale.

Arrivée du cinéma parlant :

Si en 1928  la Nordisk Film fait banqueroute, rien ne l’empêche de produire ses premières œuvres parlantes une année plus tard. Le tout premier film parlant fait au Danemark s’intitule Præsten i Vejlbye, et sort en 1931. C’est une adaptation du livre de Steen Steensen Blicher du même nom qui suit une enquête de meurtre se déroulant dans un presbytère.

C’est dans cette période que le Danemark voit essentiellement naître des comédies qui marquent l’apparition des « folkekomedie ». Il s’agit d’œuvres joyeuses avec des chansons qui permettent au public de sortir de la réalité de la grande dépression. Une œuvre très représentative de ce genre sort en 1932, Odds 777, par George Schnéevoigt. Dans l’extrait ci-dessous, nous pouvons bien voir que le film se présente comme chantant et gai, en témoigne cette scène où une femme a l’air très contente de cuisiner.

Seulement là où les films muets permettaient d’être distribués internationalement, les films parlants s’adressent surtout au public danois, étant donné la barrière de la langue, le processus de doublage coûtant trop cher.

De plus, apparaît à ce moment-là une nouvelle forme de réalisation: le documentaire. Un des plus importants, commandé par le Ministre des Affaires Etrangères en personne, se nomme Danmarksfilmen. Il a d’ailleurs dû être réédité car il a été démoli par la critique. Même s’il n’est pas le premier documentaire réalisé (il est sans doute franco-américain et s’appelle Nanouk l’Esquimau, sorti  en 1922), le Danemark se positionne comme un des pays pionniers de ce genre !

En outre le réalisateur Theodor Christensen signe aussi le tout premier livre théorique du pays sur le cinéma sobrement intitulé Film en 1936.

Changeons de registre car pendant la Seconde Guerre Mondiale, les films danois se font plus sombres et sérieux, et le premier film noir du pays est réalisé en 1942, Afsporet, par Bodil Ipsen. C’est à ce moment-là que de nombreux thrillers danois voient le jour.

Après la Guerre un nouveau sorte de réalisme naît, porté par des films comme La terre sera rouge (De Røde enge), qui remporte le grand prix du Festival de Cannes en 1946 ou bien Diskret Ophold, qui raconte l’histoire d’un homme qui loue des chambres à des femmes pour augmenter ses revenus, en se focalisant sur l’avortement d’une jeune femme. La particularité de ces œuvres sont leur ampleur psychologique et humanitaire, en effet l’analyse de la psychologie des personnages prime sur le reste.

En revanche dans les années 50 ce genre neuf disparaît pour laisser à nouveau place  aux mélodrames. En effet après le traumatisme de la guerre, le peuple danois a envie de retrouver un cinéma d’antan, avec des comédies. Retour donc aux valeurs traditionnelles.

Des années 60 à 90 :

L’art du grand écran se trouve menacé au début des années 60 car l’arrivée des télévisions dans les foyers a pour impact de limiter le nombre de tickets vendus. Une loi est par conséquent passée en 1964 visant à ce que les productions cinématographiques obtiennent l’aide économique du gouvernement.

Au début de cette décennie, le Danemark est très influencé par le cinéma européen, surtout français avec la Nouvelle Vague et deux courants dominent cette période: la « Nouvelle Vague » danoise tout d’abord, où l’on retrouve par exemple le film de 1961 Harry et son valet (Harry og kammertjeneren), une tentative réussie de modernisation des folkekomedie. Puis l’érotisme  : le pays est d’ailleurs le premier à légaliser la pornographie en 1969. Le très sulfureux Jeg- en Kvinde est diffusé, où l’on suit les flirts d’une jeune infirmière. Ce film va d’ailleurs inspirer Andy Warhol son film expérimental I, a man. Cet esprit de liberté sexuelle permet finalement l’abandon de la censure des films « pour adultes » en 1969.

Dans les années 70, un réalisateur du nom de Jens Jørgen Thorsen fait polémique en voulant adapter la vie de Jésus en film. C’est un artiste d’avant-garde, aussi peintre, déjà connu pour son travail provocant. Malgré la liberté d’expression en vigueur dans le pays, le film ne se fera pas dans la mesure où le Pape lui-même est contre le projet.

Le réalisme redevient à la mode, et un film comme celui de Franz Ernst Ang.: Lone connaît le succès car il casse les codes en proposant un style semi-documentaire. L’intrigue suit une jeune femme qui fuit les différentes communautés du pays. C’est aussi le moment où le style policier revient en force.

Ensuite, en 1972 le Danish Film Institute est créé, permettant d’allouer des fonds à des films, en se basant sur leur côté créatif et artistique plutôt que commercial. C’est ce qui permet au jeune Lars Von Trier (ce nom vous dit sûrement quelque chose), fraîchement diplômé de la Danske Filmskole de réaliser son premier long-métrage : Element of Crime (Forbrydelsens Element) en 1984. C’est un succès international.

Un film très important gagne la Palme d’Or à Cannes en 1987, Pelle le conquérant (Pelle Erobreren) de Bille August, adaptation d’un livre du même nom. Un drame humain suivant un garçon et son père voulant émigrer de la Suède au Danemark, avec une photographie sublime et une histoire touchante.

Années 90, le renouveau :

Les succès de Lars Von Trier, ainsi que l’apparition de jeunes talents tout juste diplômés permettent l’apparition d’un nouveau courant cinématographique : le Dogme, en 1995.

Créé par Lars Von Trier et Thomas Vinterberg, ce courant iconoclaste délimite des « lois » à respecter afin de faire des films plus crus et proches de la réalité. Ainsi il faut tourner en lumière naturelle, les plans tournés caméra au poing, la musique interne au film, etc…

Festen, le premier film du Dogme jamais réalisé obtient un succès international. Il traite du déchirement d’une famille qui ploie sous un secret familial lourd.

Ce courant sera adopté partout, même aux États-Unis où il permettra au réalisateur expérimental Harmony Korine de faire son oeuvre  Julien Donkey-Boy, suivant un jeune homme atteint de schizophrénie. Cela montre l’influence du cinéma danois à l’international.

De nombreux autres réalisateurs apparaissent au cours de ces années, notamment Lone Scherfig avec le très beau et simple Italian for beginners (Italiensk for begyndere) en 2000, qui suit la petite vie de communauté d’une classe d’italien, avec des intrigues amoureuses. Ou encore Susanne Bier avec son drame Freud quitte la maison (Freud flyttar hemifrån), en 1991.

Aujourd’hui : une place mondiale importante

De nombreux réalisateurs danois ont su faire leur place mondialement, Lars Von Trier évidemment, depuis les années 90 déjà avec sa trilogie Europa ou encore en 2003 sont percutant Dogville, avec Nicole Kidman, mais aussi Thomas Vinterberg avec des productions américaines (Loin de la foule déchaînée, entre autres, en 2015). Quant aux réalisatrices, Susanne Bier n’est pas en reste puisqu’en 2011 elle gagne le Golden Globe et l’Oscar du meilleur film étranger avec Revenge (In a better world) qui suit l’histoire de deux camarades de classe impliqué dans une vengeance qui va mettre leur amitié à rude épreuve.

Autre réalisateur danois très important de notre époque, artiste expérimentant un autre genre de cinéma : Nicolas Winding Refn. Ayant commencé par des petits films danois tels que la trilogie Pusher, films crus sur des malfrats de la drogue, dont le retentissement fût important, il a ensuite continué avec des films en langue anglaise, comme ses compatriotes. Ce qui donnera le récent mais déjà culte Drive, avec Ryan Gosling.

A voir : Bronson, un exercice de style total avec ralentis sur de la musique classique, ou plus récemment son travail esthétique The Neon Demon

Quelques acteurs danois sont aussi incontournables et s’exportent à l’étranger, comme les déjà cités Nikolaj Coster-Waldau, Sidse Babett Knudsen qui a joué dans un film français d’Emmanuelle Bercot l’année dernière (La fille de Brest), mais aussi Mads Mikkelsen, qui a gagné le prix d’interprétation à Cannes pour le magnifique La chasse (Jagten) de Vinterberg en 2011. Cette année il y a encore un acteur danois qui a rejoint le casting de Game of Thrones dans le rôle du nouveau méchant, Pilou Asbæk

Pour conclure, le Danemark a été et reste l’un des pays le plus productifs en terme de films. Une sorte de pépinière de talents dont la demande à l’étranger ne cesse de croître, au cinéma diversifié ayant traversé de nombreux genres. Un cinéma qui s’est toujours renouvelé avec succès et qui réussit à rester novateur, mais dont les principaux protagonistes ont tendance à s’expatrier. A voir si dans l’avenir le cinéma danois restera danois ou s’il va continuer à rayonner internationalement.

Pour aller plus loin, voici des liens pour approfondir votre culture en matière de cinéma danois :

-Le site du Danish Film Institute : http://www.dfi.dk/Service/English/Films-and-industry/Danish-Film-History.aspx.

-Un site hommage au Dogme 95 : http://www.dogme95.dk/.

Hitman & Bodyguard, la critique bromantique à coup de flingues

Ce mercredi débarque dans nos salles Hitman & Bodyguard, signé par Patrick Hughes avec Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. Au programme, un buddy movie burné, fun et maîtrisé !

Synopsis : Un redoutable tueur à gages est contraint de témoigner contre un ancien hypothétique employeur, dictateur de l’Est, devant la Cour internationale de justice de La Haye. Interpol est alors chargée de l’escorter jusqu’aux Pays-Bas et engage le meilleur garde du corps pour mener à bien cette mission. Mais c’était sans savoir que depuis des années, les deux hommes s’opposent : les voilà désormais obligés de s’associer pour tenter de survivre aux pires épreuves… De l’Angleterre à La Haye, ils vont vivre une aventure délirante, une succession infernale de tentatives de meurtre, de courses-poursuites pour échapper à un déterminé et tordu chef d’état prêt à tout pour les éliminer.

Avertissement pré-critique

Alors qu’en ce moment même, quelques critiques – blogueurs et autres –préfèrent cracher leur venin sur Hitman & Bodyguard pour aller se presser les glands sur le « trop IN, trop COOL » Atomic Blonde, cet écrit tendra à critiquer véritablement le film de Patrick Hughes, et non pas servir d’énième publicité et masturbation de nouilles cinéphiles pour la blonde atomique de Charlize Theron, son plan séquence et sa bande-son racoleuse. Aussi, à ceux qui utilisent le mot « lambda » dans tous les sens, il n’y a qu’une chose à vous dire : explicitez, analysez, argumentez, bref, essayez – comme tous ici – d’écrire des critiques, mais pour de vrai. En vous remerciant…

Buddy Movie

Hitman & Bodyguard suit à la lettre le sous-genre du Buddy Movie : pour les besoins d’une mission souvent policière, un duo improbable se forme tant bien que mal, et se révélera au final tellement bien fonctionner qu’il vaincra l’ennemi ; enfin soit le couple se dissout non sans regret – parfois pour mieux se retrouver –, soit il se consolide et vivra bien d’autres aventures.

En cela, Hitman & Bodyguard propose un récit classique. En effet, le scénariste Tom O’Connor respecte les codes du genre, et l’une de ses caractéristiques essentielles : l’écriture soignée du duo.

« T’es aussi utile qu’une capote dans un couvent ! »

– Kincaid à Bryce –

Et quel duo que le couple forcé formé par Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. À l’image des Nice Guys (Ryan Gosling et Russell Crowe) de Shane Black l’année dernière, l’alchimie est bien présente. Servie par des dialogues aux punchlines taillées sur mesure, la relation entre les deux interprètes fonctionne comme attendu : Samuel « Fuckin’ » Jackson meets Ryan « Deadpool » Reynolds. Le film va bien au-delà en réussissant à ne pas tomber dans le piège de la rencontre des persona des acteurs. Riggs / Murtaugh (L’Arme Fatale) ; March / Healy (The Nice Guys) ; Walsh / Mardukas (Midnight Run) ; Cates / Hammond (48 Heures) ; Gamble / Hoitz (The Other Guys) ; autant de duos qui ont marqué l’ère moderne – soit Shane Black-ienne – du Buddy Movie, sous-genre déjà bien âgé (on peut penser à Laurel et Hardy ; ou encore Peter Warne et Ellie Andrews interprétés respectivement par Clarke Gable et Claudette Colbert dans New York Miami ; entre autres). C’était sans compter cette année sur Hitman & Bodyguard qui apporte un nouveau duo efficace (et déjà culte) en les personnages de Michael Bryce et Darius Kincaid, interprétés par Ryan Reynolds et Samuel L. Jackson.

Certains diront certainement que le personnage du King Jackson a davantage de place à l’écran, effaçant alors la présence de Reynolds. Mais il n’en est rien. Rappelez-vous que chacun d’eux possèdent leurs scènes individuelles. Aussi les moments d’action du duo fonctionnent tel un tango visuel, réussissant à passer de l’un à l’autre avec une efficacité rare, et de vraies idées visuelles humoristiques : on pense au plan sur l’un des véhicules des tueurs biélorusses explosant et brulant du côté de Kincaid, enchainant sur l’image d’un feu de cuisson d’un steak haché d’un établissement devant lequel passera en courant Bryce. Enfin, oui, il faut le dire, le film termine sur Jackson, notamment pour mettre en place le running gag de la romance en pleine folle bagarre de bar. Mais le gag obéit au récit, et s’inscrit logiquement dans le récit : on assiste à l’anniversaire de mariage tant attendu par le couple Kincaid.

Comédie d’action américaine et intrusion du réel : le bad guy du film

On aurait pu craindre que le film vire comme bon nombre de comédies américaines, du récent Baywatch aux deux volets Comment tuer son boss ?, dans the bad guy failure. Mais qu’est-ce donc ?

N’avez-vous jamais remarqué dans les comédies américaines qu’une fois le vilain révélé dans sa vraie nature au public et aux institutions, ce dernier est alors effacé, oublié. Ils sont des outils. En effet, les méchants n’ont ainsi d’existence que pour justifier le récit (policier, d’aventure, ou autre) qui lui-même a tendance à n’être qu’une sorte de prétexte. Ce dernier n’a pour fonction que d’habiller les gaudrioles des personnages d’une histoire ou presque. Hitman & Bodyguard évite ce déguisement de narration en rendant son méchant assez persuadé de sa cause pour aller jusqu’au bout de son aventure. Le président (dictateur) biélorusse Vladislav Dukhovich, incarné par Gary Oldman, connaît ainsi une fin à son parcours de chef salop. Une finalité qui est en plus cohérente avec les objectifs de nos deux héros…

Les méfaits du bad guy et de ses sbires ne sont d’ailleurs pas sans rappeler certains tragiques événements récents. D’un camion fonçant dans le public aux tirs des sbires extrémistes en pleine foule, le long métrage de Patrick Hughes présente des images troublantes filmées caméra à l’épaule. Cette intrusion du réel participe à véritablement asseoir l’existence et la force du personnage d’Oldman qui n’est pas qu’un être virtuel au service d’un récit prétexte à un enchainement de gags et de punchlines.

Flashbacks, bande-originale : des partis-pris funs mais discutables

Buddy movie classique et efficace avec sa propre identité, Hitman & Bodyguard est un film assurément fun et maîtrisé. On pourrait toutefois regretter deux choses. D’un côté, les quelques flashbacks qui pourront peut-être rebuter certains spectateurs tandis que d’autres apprécieront le running gag. De l’autre, la bande originale partagée entre une amusante musique composée par Atli Örvarsson et des titres de rock, blues et pop’ (80s, 90s et 60s). On remarquera que le film, dans sa montée en puissance et furie, enchaine titres originaux et empruntés. Justement, les moments de silence musical, où ne règnent que les dialogues et divers sons diégétiques, sont peu nombreux. Comme ont pu le déclarer des producteurs et réalisateurs de renom, les jeunes cinéastes ont tendance à suremployer la musique dans leur film, notamment par manque de confiance en leur capacité à maintenir l’efficacité d’une scène silencieuse. N’oublions pas que Patrick Hughes en est à son troisième long métrage, après un Expendables 3 qu’il n’a pu s’approprier comme il se doit. Toutefois, cette surcharge musicale, si tant est qu’elle est imparfaite, participe à l’efficacité et au fun du film. En effet, (re)voyez donc la dernière poursuite sur fond d’un remix de Black Betty, et vibrez sur votre siège face à ce tango d’action et d’humour mené tambour battant par un Patrick Hughes en puissance et son duo trash et émouvant formé par les formidables Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds.

Bande-annonce : Hitman & Bodyguard

Fiche technique : Hitman & Bodyguard

Titre original : Hitman’s Bodyguard
Réalisation : Patrick Hugues
Scénario : Tom O’Connor
Interprétation : Samuel L. Jackson, Ryan Reynolds, Salma Hayek, Elodie Yung, Gary Oldman, Yuri Kolokolnikov
Décors : Russell De Rozario
Costumes : Stéphanie Collie
Photographie : Jules O’Loughlin
Montage : Jake Roberts
Musique : Atli Örvarsson
Producteurs : Mark Gill, John Thompson, Les Weldon, Matthew O’Toole, Avi Lerner
Production : Millenium Films
Distribution : Lionsgate (International) ; Metropolitan FilmExport (France)
Budget : 30 millions de dollars
Durée : 1h58min
Genre : Comédie d’action
Date de sortie : 18 Août 2017 (Etats-Unis) ; 23 Août 2017 (France)

États-Unis – 2017

Ainsi soient-ils, ou le déchirement de l’Eglise dans le monde contemporain

Avec la série Ainsi soient-ils, Arte nous propose une vision intelligente de l’Église catholique.

Synopsis : C‘est la rentrée au Séminaire des Capucins, en plein Quartier Latin à Paris. Cinq nouveaux étudiants arrivent dans la prestigieuse institution avec l’objectif de devenir prêtres. Ils suivront les cours de quelques théologiens, sous la direction du père Étienne Fromenger, dont les prises de position progressistes sont contestées au sein de l’Église de France.

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C’est une série pour le moins originale que la chaîne franco-allemande Arte avait proposée à ses spectateurs entre 2012 et 2015. Trois saisons de huit épisodes chacune, soit vingt-quatre épisodes au sein de l’Église, à suivre essentiellement cinq personnages qui ont l’ambition (pour le moins originale de nos jours) de devenir prêtres.

Cinq jeunes gens de milieux différents. Yann est un jeune breton éduqué dans un catholicisme radical et Raphael appartient à une grande et richissime famille qui a des liens étroits avec les milieux politiques. Emmanuel est étudiant en archéologie et Guillaume, confronté à l’immaturité de sa mère, doit s’occuper de sa famille, en particulier sa petite sœur. Très vite, le personnage qui sort le plus du lot, parmi les étudiants, est José, banlieusard toulousain, ancien bandit ayant rencontré la foi lors d’un séjour en prison.

« Nous aussi nous sommes le monde, avec nos erreurs, nos peurs… »

Ainsi soient-ils va donc suivre ces cinq séminaristes en insistant sur les tiraillements qui vont les parcourir. Chacun des jeunes hommes va être écartelé entre la vie religieuse et les préoccupations du monde extérieur : affaires familiales, amours adultères et attirances homosexuelles, le scénario nous montre les difficultés de choisir une voie qui coupe complètement du monde. Tour à tour, nos protagonistes se retournent sur le monde extérieur : peuvent-ils vraiment tout abandonner derrière eux, comme le demanderait leur sacerdoce ? Y-a-t-il des conciliations possibles, un équilibre acceptable entre les deux vies ?

La situation du séminaire résume bien ce déchirement entre les deux mondes. Loin d’être un décor clos, renfermé sur lui-même, ce que l’on attendrait d’un séminaire, les Capucins est un lieu ouvert. Les séminaristes peuvent sortir quand ils veulent et se promener à Paris, revoir leur famille, leurs amis, et même se confronter à leurs obsessions. Une situation voulue par le père Fromenger (Jean-Luc Bideau), qui demande à ses étudiants d’aller même suivre des cours de philosophie à l’université pour les ouvrir au monde extérieur et à ses préoccupations.

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Une Église déchirée

Cette situation, c’est aussi celle de l’Église dans son ensemble. Car Ainsi soient-ils ne se contente pas de décrire la vie et les déchirements de cinq personnages, elle s’ouvre aussi sur le sort de l’Église de France dans son ensemble (voire même sur toute l’Église catholique, puisque de nombreuses scènes se déroulent sous les ors du Vatican). Une Église confrontée à une crise des vocations, à une désertion des fidèles, à un appauvrissement permanent. Une Église qui se gère de plus en plus comme une entreprise, avec ses consultants en communication, ses campagnes de pub, ses réductions d’effectifs pour cause de crise budgétaire, etc.

Et, au sein de cette Église, une confrontation de plus en plus flagrante entre les tenants de l’ouverture prônée depuis le concile Vatican II, et ceux qui préfèrent une approche plus traditionaliste. C’est toute une lutte politique qui s’engage au sein de la Conférence des Évêques de France, entre Fromenger et le cardinal Roman (Michel Duchaussoy). « Ce monde va changer maintenant, et c’est à nous qu’il appartient de le faire », dira un personnage. L’enjeu, c’est donc de savoir si l’Église doit s’adapter aux changements de la société, ou si elle doit rester ferme sur ses fondements.

La première saison de la série est absolument passionnante. La tension politique s’associe à celle qui divise les personnages, le scénario est bien construit, l’interprétation est remarquable.

Hélas, la qualité va se dégrader au fil des saisons, malgré l’arrivée de l’excellent Jacques Bonnaffé. Les scénarios vont devenir plus caricaturaux et usent de ficelles parfois grossières. Cependant, Ainsi soient-ils conserve toujours des qualités, en premier lieu son casting irréprochable.

En conclusion, Ainsi soient-ils reste une série originale dans son thème et son propos, qui pose des questions très intelligentes sur la foi, sur la mission de l’Église et le rôle des prêtres dans une société moderne laïcisée et matérialiste. Elle mérite d’être vue, malgré la baisse de rythme et de qualité de la dernière saison.

Ainsi soient-ils : bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=xqaSSZiBk7M

Ainsi soient-ils : fiche technique

Créateurs : Rodolphe Tissot, Bruno Nahon
Réalisateurs : Rodolphe Tissot, Elizabeth Marre, Olivier Pont
Scénaristes : Vincent Poymiro, David Elkaïm
Interprètes : Julien Bouanich (Yann), David Baiot (Emmanuel), Clément Manuel (Guillaume), Clément Roussier (Raphael), Samuel Jouy (José), Jean-Luc Bideau (Étienne Fromenger), Thierry Gimenez (Dominique Bosco), Michel Duchaussoy (cardinal Roman), Jacques Bonaffé (cardinal Poileaux)…
Photographie : Pénélope Pourriat
Montage : Tina Baz, Julia Gregory, Franck Nakache
Musique : Jean-Pierre Taieb
Producteur : Bruno Nahon
Sociétés de production : Arte France, TV5 Monde, Zadig Productions, AVRO, BackUp Films
Sociétés de distribution : Arte, Sunfilm entertainment
Genre : drame
Nombre d’épisodes : 3X8
Durée d’un épisode : environ 50 minutes
Date de première diffusion en France : 11 octobre 2012

France-2012

Un film consacré au Joker en préparation chez la Warner et DC

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C’était inattendu mais la production d’un film autour du Joker serait en préparation du côté de la Warner et DC. Les noms de Todd Phillips et Martin Scorsese sont murmurés.

Le Joker va avoir le droit à son Origin-Story. Après l’annonce d’un film sur l’héroïne Batgirl réalisé par Joss Whedon et un long-métrage consacré à Poison Ivy, Catwoman et Harley Quinn, l’univers cinématographique DC ne cesse de surprendre. Selon Deadline, la production d’un film autour du méchant emblématique de Batman aurait été lancée. Ce qui surprend, c’est que le projet sera déconnecté de l’univers partagé entamé par Man of Steel et poursuivi par Batman V Superman, Suicide Squad et Wonder Woman. Jared Leto serait donc disqualifié et la Warner et DC chercheraient un acteur plus jeune pour incarner le prince du crime. Le long-métrage reprendrait la mythologie du personnage a zéro et se dirigerait vers les origines de ce super-vilain. Cependant, Jared Leto a tout de même signé pour incarner le clown dans la suite de Suicide Squad et dans Gotham City Sirens. Le film s’intéresserait aux premières années du vilain. D’un côté cela attire la curiosité mais de l’autre cela peut attiser la colère des fans puristes du mystère qui plane autour du personnage. Le comics The Killing Joke d’Alan Moore proposait déjà une relecture du mythe du Joker lui donnant un passé et une histoire bien définie. Cependant, le Joker finissait par s’exclamer  » Quitte à avoir un passé, autant avoir plusieurs ! « .

Le film serait réalisé par Todd Phillips, papa de la trilogie Very Bad Trip et de la tragi-comédie War Dogs. Le scénario sera co-écrit par Scott Silver (8 mile). Rien n’est encore confirmé pour le moment mais Martin Scorsese pourrait officier en tant que producteur sur le film. Encore selon Deadline, « l’intention est de faire un film brutal, un film noir hardboiled qui se déroulerait à Gotham dans les 80s ». Un premier pitch qui rappelle fortement les films de gangsters du réalisateur. Cette production serait la première d’un nouveau label pour Warner Bros qui développerait un univers alternatif. Le studio pourrait proposer plusieurs films déconnectés du DCEU, qui offriraient des versions différentes de personnages et d’intrigues DC comme cela se fait dans les comics.

 

Summertime de Gabriele Muccino : Souviens-toi (le meilleur) été dernier

Apparu l’année dernière à la 73ème Mostra de Venise (nommé au Queer Lion et remportant le prix de la meilleure bande son), Summertime, adapté de réelles rencontres à en croire la photo qui se glisse dans le générique, est une plongée bouleversante dans nos meilleurs souvenirs estivaux, histoire de prolonger les vacances.

Synopsis: Maria et Marco, deux ados italiens, décident d’aller passer une partie de l’été à San Francisco où ils sont accueillis chez un couple gay à peine plus âgé qu’eux. Au cours de ces quelques jours, ces quatre jeunes gens issus d’univers différents remettent en question leurs certitudes et se lient d’une profonde amitié…

Les vacances sont toujours trop courtes

On aurait pu s’attendre à un ersatz de road movie mièvre américanisé pour un prétexte à prolonger le soleil et certaines mauvaises langues trouveront les arguments pour défendre cette critique, mais il faut admettre que la parenthèse ne nous laisse guère indemne. Brando Pacitto, le Jesse Eisenberg italien sous les traits de Marco, est hanté par la mort et finit par gagner 3000€ qui lui permettront de partir retrouver un ami aux États-Unis. Sauf que cet ami en question a invité une des plus coincées du lycée. Matilda Lutz (déjà apparu dans la dernière adaptation de The Ring) joue Maria, de confession catholique, qui s’offusque de vivre avec des « pervers ». On est rapidement projeté dans leur quotidien, en glissant de pièces en pièces par des mouvements de steady cam propres ou des récurrences amusantes : les repas / feux confessions, Pete le labrador qui s’accapare le canapé/lit de Marco… L’émerveillement de ces deux jeunes touristes est ressenti et partagé par chaque spectateur dans la mesure où rien n’est fait pour sublimer ou exagérer le trait. La vue d’un simple parc ou une odeur de cuisine provoque une rapide impression de beauté, bref accomplissement de soi. Il faut avouer que ce sentiment ne se produit jamais (ou presque) dans notre quotidien, mais hors des sentiers battus lorsque le voyage est programmé. La rencontre des deux jeunes hommes est un nouveau souvenir auquel on assiste assez préoccupé, car les acteurs jouent sublimement et summertime-film-Gabriele-Muccino-critique-vacances-san-franciscole coming out avec Scott Bakula (père de Paul) est émouvant. Chaque scène devient donc une pensée nouvelle, réminiscence et l’empathie sincère nous incite à passer ces magnifiques vacances aux côtés des deux jeunes adulescents.

Sans jamais tomber dans le piège de la romance grossière et évidente, la surprise, simple et convaincante, se concrétise au fur et à mesure qu’on apprécie Paul et Matt à notre tour. Le regret de ne pas en savoir plus sur leurs métiers (on sait juste que leur situation est aisée) et de ne pas les voir plus réellement amoureux est un des seuls reproches émis. C’est dans des moments improvisés, pris à la volée sans direction d’acteurs comme la première baignade dans l’eau chaude à Cuba où Matt les rejoint, plus qu’enthousiaste, que l’on voit qu’ils ne forment pas un couple, mais qu’ils sont tous les deux possiblement hétéros dans la vraie vie. Il y a des moments de suspension pour créer une certaine poésie superficielle qui auraient pu être évités, mais cela ne dérange guère le divertissement. Chaque justesse finira par tirer la larme sur la fin du séjour pour conclure sur une escale à New York remettant Marco et Maria sur le droit chemin. Le réalisateur s’est fait connaître à l’international avec son troisième long métrage, Juste un baiser en 2001, réel phénomène, qui est resté en salles pendant six mois (contre dix semaines record numéro 1 au box office pour Intouchables ou Le Dîner de cons). Réflexion cynique et désenchantée sur la difficulté de sa génération à s’engager en amour, le film récompensé à Sundance et la Mostra, l’impose parmi les figures majeures du cinéma italien de cette dernière décennie. D’ailleurs, Will Smith touché par son travail lui confie la réalisation d’À la recherche du bonheur en 2006 et Sept vies deux ans après. Il collabore ici avec un artiste, vu comme le pionnier du hip hop italien, Jovanotti qui compose avec Cris Ciampoli. A la fois country folk et ballade indie au ukulélé, la musique est un voyage radieux qui nous emmène à la manière de The Descendants d’Alexander Payne avec George Clooney aux confins de ce que nous sommes, redéfinissant les contours éphémères de l’authentique amitié. Certainement le meilleur film de l’été…

Summertime : Bande Annonce

Summertime : Fiche Technique

Titre original : L’Estate addosso
Réalisation : Gabriele Muccino
Interprétation : Matilda Lutz (Maria), Brando Pacitto (Marco), Joseph Haro (Paul), Taylor Frey (Matt), Scott Bakula (le père de Paul)…
Photographie : Paolo Caimi
Montage : Valentina Brunetti, Alexandro Rodríguez
Musique : Jovanotti, Cris Ciampoli
Producteurs : Ferdinando Bonifazi, Ilaria Castiglioni, Marco Cohen, Fabrizio Donvito, Benedetto Habib
Sociétés de Production :  Indiana Production
Distributeur : Mars Film, Rai Cinema
Festival et Récompenses : Prix de la meilleure bande son à la Mostra de Venise 2016
Genre : Comédie dramatique
Durée : 105 minutes
Date de sortie : 16 août 2017

Italie – 2016

Une mauvaise adaptation est-elle forcément un mauvais film ?

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Éternel débat entre les cinéphiles, la notion d’adaptation est toujours discutée entre les spectateurs qui veulent seulement voir un bon film et les fans de l’œuvre originale qui désirent retrouver l’exactitude de l’intrigue et des personnages qu’ils ont aimés en premier lieu. Réflexion autour du cinéma et des adaptations.

 » Non mais ce film a ruiné le livre « , « Pourquoi elle est blonde alors que dans la B.D, elle est rousse « ,  » Non mais tu vois tout ce passage-là il est même pas dans le manga « , tant de plaintes que le fan, qui réside en chacun de nous, a  déjà émises lors du visionnage de l’adaptation de son bouquin ou jeu-vidéo préféré. Protestations qui répondent au mythe selon lequel la qualité d’un film équivaudrait à la fidélité qu’il accorde à l’adaptation de l’œuvre dont il est tiré. Il est important d’accepter une chose. Le cinéma ne répond pas du tout aux mêmes impératifs que la littérature lorsqu’il s’agit de raconter et mettre en scène une histoire. Chaque art fonctionne différemment. Ce qui marche dans une bande dessinée ne peut pas nécessairement marcher dans un film, comme peut le témoigner Boule et bill 2 qui est seulement constitué d’une suite de gags. Drôle et agréable dans la B.D qui se lit en 3 cases, mais long et barbant dans un film qui dure 1h30. Ainsi les passages intéressants que l’on adore dans un livre n’ont parfois pas la place dans l’adaptation. Un bon exemple réside dans l’adaptation du sixième tome d’Harry Potter. Le roman est parsemé de flash-backs; vouloir les retrouver dans le film est louable, pourtant cela aurait fortement ralenti le rythme du long-métrage de David Yates. Raison simple : le médium ne produit pas les mêmes attentes et la même approche. C’est une lapalissade de dire qu’on ne regarde pas un film comme on lit un roman ou comme on joue à un jeu vidéo.

harry-potter-et-l-enfant-maudit-film-fin-reliques-de-la-mortDans le sens contraire, on peut adorer vouloir assister à la transposition de certains passages. The Amazing Spiderman 2 reproduisait avec excellence l’arc de la mort de Gwen Stacy, qui est un classique pour les lecteurs du comics Spider-man. La séquence des Noces Pourpres de Game of Thrones a été un choc pour les spectateurs non avertis mais aussi pour les fans du roman qui ont redécouvert une scène macabre sous un autre angle (la femme de Rob Stark étant enceinte seulement dans la série, ce qui accentue l’aspect tragique de la scène). Combien ont été ravis de l’annonce d’un Batman V Superman, espérant retrouver le duel culte des deux héros dessinés dans le comics The Dark Knight Returns de Frank Miller et Klaus Janson ? Néanmoins, l’univers de base et ses personnages ont une telle aura que l’adaptation sera nécessairement controversée. Si l’on prend les deux figures que sont Batman et Superman, on se retrouve avec des icônes qui appartiennent bien plus à leur public qu’à n’importe qui d’autre. Ainsi aucune adaptation ne saura satisfaire le fan, tant le matériau d’origine est puissant et connu de tous. L’objectif devient alors de réaliser le meilleur film possible pour pouvoir satisfaire à la fois le spectateur qui ne connaît pas l’œuvre et le fan qui pardonnera au réalisateur ses écarts pour un beau produit final. La trilogie The Dark Knight encensée de Christopher Nolan est appréciée par les fans du chevalier noir, malgré le fait que le réalisateur prenne de très grandes libertés avec l’univers d’origine. Ici c’est donc la qualité du long-métrage qui prime sur le reste.

Batman-v-Superman-l-aube-de-la-justice-Henry-CavillConnaitre le matériau de base provoque des attentes, et les attentes sont toujours nuisibles à l’objectivité qu’on aura devant le long-métrage. Il est alors nécessaire de dissocier le film de la production dont il est tiré. Cependant connaître cette production permet de reconnaître les différences avec celle-ci lors du visionnage de l’adaptation, ainsi il est plus facile de comprendre les motivations du réalisateur quand son long métrage fait des écarts. S’il change la nature d’un personnage pour les besoins de l’intrigue ou s’il se sert d’un autre seulement pour faire du fan-service par exemple. Parfois, ce qui naît d’une adaptation peut se muter en phénomène incroyable. La saga Harry Potter en est le meilleur exemple. Les  deux formats finissent par en profiter, les long-métrages se nourrissant du contenu des livres et les fans du long-métrage se dirigeant vers les livres. Parfois le format même du film peut trahir la pellicule qui se veut trop fidèle. Le dernier tome d’Hunger Games a été divisé en deux parties afin de retranscrire au mieux les événements du livre. Malheureusement deux films rendent beaucoup plus ennuyeuse et barbante la révolution contée dans l’ouvrage.

hugoweaving-natalieportman-vpourvendettaLe pourtant très bon V pour Vendetta de James McTeigue trahirait l’essence du roman graphique dont il est issu, seulement par son existence, selon les dires de son auteur Alan Moore. Le récit de la rébellion perdrait tout son sens si découvert à travers le média passif qu’est le cinéma. Le fait même d’adapter  V pour Vendetta en film nuirait à son propos. L’auteur ajoute alors que seule la lecture, qui assure un investissement actif de la part de l’individu, peut se concilier avec le propos activiste du livre. Cela interroge donc sur une autre question importante : est-ce que tout peut être adapté ? Cette interrogation est d’autant plus justifiée lorsqu’on voit que toutes les adaptations de film tirées d’un jeu vidéo se vautrent. Ce qu’on aime dans un jeu vidéo (l’immersion que le gameplay propose par exemple) a énormément du mal à être retranscrit à l’écran. Personne ne veut voir un film qui joue les mêmes séquences du jeu vidéo à sa place. Un bon film ne peut être qu’une bonne copie de l’œuvre qu’il adapte. Ce sera sans aucun doute une bonne adaptation mais un mauvais objet de cinéma. Le passage au  cinéma doit apporter une plus value, dépasser la base pour proposer autre chose. Même idée que pour les remakes. Un bon long métrage doit se valoir tout seul.

netflix-deathnote-keith-stanfieldLe Death Note de Netflix est décrié par tous les fans depuis qu’ils ont appris que le personnage de L était noir et que Light n’allait pas être le personnage charismatique et populaire qu’il est dans le manga. Il est déjà nécessaire de clarifier que le film se veut comme une transposition américaine, donc il était inévitable que le look des personnages allait changer. Et de toute manière, avons-nous besoin encore d’un copier/coller du manga après une série animée et deux films live japonais dont un extrêmement fidèle à l’intrigue de base ? Quand une polémique entourait le fait que Zendaya, actrice afro-américaine puisse jouer la rousse Mary-Jane dans le dernier Spiderman, James Gunn, réalisateur des Gardiens de la Galaxie , écrivait que c’est l’essence du personnage qui doit être respectée, et que souvent elle est tout à fait dissociable de la couleur de peau de ce même personnage. Un bon film peut être alors une mauvaise adaptation. Le chef d’œuvre Shining est considéré comme un classique du 7ème art et pourtant le long-métrage de Stanley Kubrick trahit complètement le roman de Stephen King, qui était avant tout une réflexion sur l’alcoolisme et ses dégâts.

Si le résultat est souvent controversé, pourquoi l’industrie cinématographique s’acharnerait à adapter le premier livre populaire qui passe ? Premièrement, c’est parce que le film peut se reposer sur des fans qui iront se précipiter pour le voir. Deuxièmement, c’est un grand effort créatif en moins de partir de tout un univers et d’une galerie de personnages déjà établis. Le produit final est très fréquemment à double tranchant. Car si bonne adaptation ne signifie pas un  bon film, adapter une œuvre pour de mauvaises raisons donne toujours un mauvais résultat. Dragon Ball : Evolution ne respecte en rien le manga dont il est tiré. Doublé de son irrespect pour l’univers dont il puise son existence, le long métrage de James Wong est un très mauvais moment de cinéma. Derek Padula, scénariste du film a lui-même avoué avoir écrit le film  » sans passion » et que cela ne peut donner que  » des résultats décevants et parfois de la merde« . Les producteurs utilisent une licence pour capitaliser sur la présence des fans. Mais si ces mêmes fans sont légion, les producteurs visent toujours plus loin. C’est pourquoi un film tiré d’une adaptation s’écarte parfois totalement de l’essence de celle-ci pour cibler un tout autre public. Le personnage de Deadpool apparaît une première fois dans X-Men Origins : Wolverine. Les fans crient au massacre. Il faudra attendre 2016 pour qu’un long-métrage soit consacré au mercenaire. Une adaptation fidèle doublée d’un film divertissant dans l’esprit provocateur et insolent du comics dont il tire son inspiration. Il faut tout de même réaliser qu’une majorité du public d’un film ne connait généralement rien au matériau d’origine. Prenez des films comme Le Parrain, Fight Club ou Premier Contact. On a appris à les aimer en tant que longs métrages alors qu’ils sont avant tout des adaptations de romans et de nouvelles méconnues à l’époque. 

Le cinéma semble désormais aujourd’hui la ligne de fin pour toute production. Son adaptation au grand écran apparaît comme le dernier chemin de vie d’une création l’exposant au plus large public. Les amateurs du matériau de base se sentent rapidement dépossédés de l’œuvre qu’ils chérissent tant, prêts à égorger le réalisateur au moindre écart. Il faut accepter que le cinéma prenne une histoire pour la raconter différemment tout en l’enrichissant. Être fan, c’est aussi accepter de laisser son coup de cœur évoluer et s’adapter à différents formats. Le défi de chaque adaptation est grand. Respecter l’œuvre d’origine ? S’en détourner pour apporter de nouvelles idées ? La trahir pour se faire de l’argent facile ? En faire une série plutôt qu’un film ? Inclure ce personnage ou non ? Tant de possibilités qui n’en finiront pas de rythmer nos débats autour du cinéma.