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Une mauvaise adaptation est-elle forcément un mauvais film ?

Éternel débat entre les cinéphiles, la notion d’adaptation est toujours discutée entre les spectateurs qui veulent seulement voir un bon film et les fans de l’œuvre originale qui désirent retrouver l’exactitude de l’intrigue et des personnages qu’ils ont aimés en premier lieu. Réflexion autour du cinéma et des adaptations.

 » Non mais ce film a ruiné le livre « , « Pourquoi elle est blonde alors que dans la B.D, elle est rousse « ,  » Non mais tu vois tout ce passage-là il est même pas dans le manga « , tant de plaintes que le fan, qui réside en chacun de nous, a  déjà émises lors du visionnage de l’adaptation de son bouquin ou jeu-vidéo préféré. Protestations qui répondent au mythe selon lequel la qualité d’un film équivaudrait à la fidélité qu’il accorde à l’adaptation de l’œuvre dont il est tiré. Il est important d’accepter une chose. Le cinéma ne répond pas du tout aux mêmes impératifs que la littérature lorsqu’il s’agit de raconter et mettre en scène une histoire. Chaque art fonctionne différemment. Ce qui marche dans une bande dessinée ne peut pas nécessairement marcher dans un film, comme peut le témoigner Boule et bill 2 qui est seulement constitué d’une suite de gags. Drôle et agréable dans la B.D qui se lit en 3 cases, mais long et barbant dans un film qui dure 1h30. Ainsi les passages intéressants que l’on adore dans un livre n’ont parfois pas la place dans l’adaptation. Un bon exemple réside dans l’adaptation du sixième tome d’Harry Potter. Le roman est parsemé de flash-backs; vouloir les retrouver dans le film est louable, pourtant cela aurait fortement ralenti le rythme du long-métrage de David Yates. Raison simple : le médium ne produit pas les mêmes attentes et la même approche. C’est une lapalissade de dire qu’on ne regarde pas un film comme on lit un roman ou comme on joue à un jeu vidéo.

harry-potter-et-l-enfant-maudit-film-fin-reliques-de-la-mortDans le sens contraire, on peut adorer vouloir assister à la transposition de certains passages. The Amazing Spiderman 2 reproduisait avec excellence l’arc de la mort de Gwen Stacy, qui est un classique pour les lecteurs du comics Spider-man. La séquence des Noces Pourpres de Game of Thrones a été un choc pour les spectateurs non avertis mais aussi pour les fans du roman qui ont redécouvert une scène macabre sous un autre angle (la femme de Rob Stark étant enceinte seulement dans la série, ce qui accentue l’aspect tragique de la scène). Combien ont été ravis de l’annonce d’un Batman V Superman, espérant retrouver le duel culte des deux héros dessinés dans le comics The Dark Knight Returns de Frank Miller et Klaus Janson ? Néanmoins, l’univers de base et ses personnages ont une telle aura que l’adaptation sera nécessairement controversée. Si l’on prend les deux figures que sont Batman et Superman, on se retrouve avec des icônes qui appartiennent bien plus à leur public qu’à n’importe qui d’autre. Ainsi aucune adaptation ne saura satisfaire le fan, tant le matériau d’origine est puissant et connu de tous. L’objectif devient alors de réaliser le meilleur film possible pour pouvoir satisfaire à la fois le spectateur qui ne connaît pas l’œuvre et le fan qui pardonnera au réalisateur ses écarts pour un beau produit final. La trilogie The Dark Knight encensée de Christopher Nolan est appréciée par les fans du chevalier noir, malgré le fait que le réalisateur prenne de très grandes libertés avec l’univers d’origine. Ici c’est donc la qualité du long-métrage qui prime sur le reste.

Batman-v-Superman-l-aube-de-la-justice-Henry-CavillConnaitre le matériau de base provoque des attentes, et les attentes sont toujours nuisibles à l’objectivité qu’on aura devant le long-métrage. Il est alors nécessaire de dissocier le film de la production dont il est tiré. Cependant connaître cette production permet de reconnaître les différences avec celle-ci lors du visionnage de l’adaptation, ainsi il est plus facile de comprendre les motivations du réalisateur quand son long métrage fait des écarts. S’il change la nature d’un personnage pour les besoins de l’intrigue ou s’il se sert d’un autre seulement pour faire du fan-service par exemple. Parfois, ce qui naît d’une adaptation peut se muter en phénomène incroyable. La saga Harry Potter en est le meilleur exemple. Les  deux formats finissent par en profiter, les long-métrages se nourrissant du contenu des livres et les fans du long-métrage se dirigeant vers les livres. Parfois le format même du film peut trahir la pellicule qui se veut trop fidèle. Le dernier tome d’Hunger Games a été divisé en deux parties afin de retranscrire au mieux les événements du livre. Malheureusement deux films rendent beaucoup plus ennuyeuse et barbante la révolution contée dans l’ouvrage.

hugoweaving-natalieportman-vpourvendettaLe pourtant très bon V pour Vendetta de James McTeigue trahirait l’essence du roman graphique dont il est issu, seulement par son existence, selon les dires de son auteur Alan Moore. Le récit de la rébellion perdrait tout son sens si découvert à travers le média passif qu’est le cinéma. Le fait même d’adapter  V pour Vendetta en film nuirait à son propos. L’auteur ajoute alors que seule la lecture, qui assure un investissement actif de la part de l’individu, peut se concilier avec le propos activiste du livre. Cela interroge donc sur une autre question importante : est-ce que tout peut être adapté ? Cette interrogation est d’autant plus justifiée lorsqu’on voit que toutes les adaptations de film tirées d’un jeu vidéo se vautrent. Ce qu’on aime dans un jeu vidéo (l’immersion que le gameplay propose par exemple) a énormément du mal à être retranscrit à l’écran. Personne ne veut voir un film qui joue les mêmes séquences du jeu vidéo à sa place. Un bon film ne peut être qu’une bonne copie de l’œuvre qu’il adapte. Ce sera sans aucun doute une bonne adaptation mais un mauvais objet de cinéma. Le passage au  cinéma doit apporter une plus value, dépasser la base pour proposer autre chose. Même idée que pour les remakes. Un bon long métrage doit se valoir tout seul.

netflix-deathnote-keith-stanfieldLe Death Note de Netflix est décrié par tous les fans depuis qu’ils ont appris que le personnage de L était noir et que Light n’allait pas être le personnage charismatique et populaire qu’il est dans le manga. Il est déjà nécessaire de clarifier que le film se veut comme une transposition américaine, donc il était inévitable que le look des personnages allait changer. Et de toute manière, avons-nous besoin encore d’un copier/coller du manga après une série animée et deux films live japonais dont un extrêmement fidèle à l’intrigue de base ? Quand une polémique entourait le fait que Zendaya, actrice afro-américaine puisse jouer la rousse Mary-Jane dans le dernier Spiderman, James Gunn, réalisateur des Gardiens de la Galaxie , écrivait que c’est l’essence du personnage qui doit être respectée, et que souvent elle est tout à fait dissociable de la couleur de peau de ce même personnage. Un bon film peut être alors une mauvaise adaptation. Le chef d’œuvre Shining est considéré comme un classique du 7ème art et pourtant le long-métrage de Stanley Kubrick trahit complètement le roman de Stephen King, qui était avant tout une réflexion sur l’alcoolisme et ses dégâts.

Si le résultat est souvent controversé, pourquoi l’industrie cinématographique s’acharnerait à adapter le premier livre populaire qui passe ? Premièrement, c’est parce que le film peut se reposer sur des fans qui iront se précipiter pour le voir. Deuxièmement, c’est un grand effort créatif en moins de partir de tout un univers et d’une galerie de personnages déjà établis. Le produit final est très fréquemment à double tranchant. Car si bonne adaptation ne signifie pas un  bon film, adapter une œuvre pour de mauvaises raisons donne toujours un mauvais résultat. Dragon Ball : Evolution ne respecte en rien le manga dont il est tiré. Doublé de son irrespect pour l’univers dont il puise son existence, le long métrage de James Wong est un très mauvais moment de cinéma. Derek Padula, scénariste du film a lui-même avoué avoir écrit le film  » sans passion » et que cela ne peut donner que  » des résultats décevants et parfois de la merde« . Les producteurs utilisent une licence pour capitaliser sur la présence des fans. Mais si ces mêmes fans sont légion, les producteurs visent toujours plus loin. C’est pourquoi un film tiré d’une adaptation s’écarte parfois totalement de l’essence de celle-ci pour cibler un tout autre public. Le personnage de Deadpool apparaît une première fois dans X-Men Origins : Wolverine. Les fans crient au massacre. Il faudra attendre 2016 pour qu’un long-métrage soit consacré au mercenaire. Une adaptation fidèle doublée d’un film divertissant dans l’esprit provocateur et insolent du comics dont il tire son inspiration. Il faut tout de même réaliser qu’une majorité du public d’un film ne connait généralement rien au matériau d’origine. Prenez des films comme Le Parrain, Fight Club ou Premier Contact. On a appris à les aimer en tant que longs métrages alors qu’ils sont avant tout des adaptations de romans et de nouvelles méconnues à l’époque. 

Le cinéma semble désormais aujourd’hui la ligne de fin pour toute production. Son adaptation au grand écran apparaît comme le dernier chemin de vie d’une création l’exposant au plus large public. Les amateurs du matériau de base se sentent rapidement dépossédés de l’œuvre qu’ils chérissent tant, prêts à égorger le réalisateur au moindre écart. Il faut accepter que le cinéma prenne une histoire pour la raconter différemment tout en l’enrichissant. Être fan, c’est aussi accepter de laisser son coup de cœur évoluer et s’adapter à différents formats. Le défi de chaque adaptation est grand. Respecter l’œuvre d’origine ? S’en détourner pour apporter de nouvelles idées ? La trahir pour se faire de l’argent facile ? En faire une série plutôt qu’un film ? Inclure ce personnage ou non ? Tant de possibilités qui n’en finiront pas de rythmer nos débats autour du cinéma.

 

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