Woman and Child : la vengeance d’une femme

Avec Woman and Child, Saeed Roustaee trace le destin d’une femme déterminée à trouver les coupables du malheur qui l’accable pour les châtier. Le portrait poignant d’une Médée autant que d’une Méduse qui, impuissante à se venger, finira par choisir une autre voie. Magistralement mis en scène. 

Une ouverture qui interpelle

La première image intrigue. Un masque de crème blanche sur le visage, des femmes attendent dans une vaste salle. Un subterfuge du réalisateur pour découvrir leur tête en évitant la censure ? Évacuons d’emblée le mauvais procès fait à Saeed Roustaee : puisqu’il montre des femmes sans cesse voilées, y compris à la maison, il serait « complaisant » avec le régime ; puisqu’il montre un pays moderne, respectueux de l’État de droit, il ménagerait le régime honni. Si Roustaee ne brave pas de front, en effet, les autorités comme avait pu le faire Mohammad Rasoulof dans Les Graines du figuier sauvage, il est tout de même très excessif de parler de complaisance. Surtout pour un cinéaste qui a été emprisonné par le passé, contrairement à son collègue Asghar Farhadi, plus prudent encore que lui sans doute.

Que dit cette ouverture, moins flamboyante que celle de La Loi de Téhéran mais significative ? En premier lieu, elle parle de dissimulation, thème qui sera au cœur de l’intrigue. En second lieu, on comprendra que l’héroïne se faisait belle pour son homme, Hamid, un ambulancier qui la flatte abondamment. C’est l’intense Payman Maadi, déjà vu dans Une séparation de Farhadi et dans les deux précédents opus de Roustaee, qui incarne ce séducteur venimeux. Cet homme unique, aimant magnétique autour duquel vont tourner les femmes, la presse d’accepter de l’épouser. Comme si souvent au cinéma, il a 15 ans de plus que celle qu’il convoite.

Mahnaz est réticente. Le mariage, elle l’a déjà vécu, qui la laissa veuve. Elle résiste donc : quel besoin de se marier, comme pourrait l’objecter n’importe quelle Occidentale ? Mais Hamid insiste. Saeed Roustaee a choisi de mettre en scène un personnage tiraillé, ce qui est souvent fécond car porteur de complexité : Mahnaz est écartelée entre une certaine modernité (puisque cette quadragénaire est indépendante financièrement) et la soumission à l’injonction qui lui est faite. Soumission à l’homme qu’elle aime, ce qui relativise son féminisme, et soumission aux traditions, puisqu’elle va finir par accepter de mentir pour ne pas froisser sa future belle-famille.

Dissimulations

Il s’agit de cacher à la famille de Hamid qu’elle a déjà deux enfants. Il faudra donc trouver un moyen de les évacuer le temps d’un week-end et de faire disparaître toute trace de leur présence dans l’appartement que Mahnaz partage avec sa sœur Mehri et sa mère, complices de la dissimulation. Les effacer, en quelque sorte, ce qui va résonner ensuite douloureusement. Ce jeu de faux-semblants était annoncé dans un dialogue en forme de rixe, où Hamid et Mahnaz se parlent derrière un rideau blanc, sèchement tiré, puis réapparaissant à l’image.

Or, ce mensonge n’était pas le seul : lors de la rencontre, on découvre qu’Hamid était secrètement épris de la petite sœur de Mahnaz. Là, le spectateur tique un peu : non pas à cause de l’argument, puisque Roustaee a affirmé que cette histoire était arrivée dans sa propre famille ; surtout parce qu’on ne comprend pas pourquoi Hamid presse Mahnaz de l’épouser s’il est épris de sa sœur. D’autant qu’il ne se gênera pas pour l’assumer au lendemain de la réception, suscitant une sainte colère de la part de la mère des deux jeunes femmes. On saluera à cette occasion un beau plan sur les deux portes des chambres des sœurs, celles-ci apparaissant en ombre floutée derrière la vitre de chaque porte.

Peut-être Mahnaz avait-elle inconsciemment intégré l’idée d’une sourde compétition avec sa sœur autour d’Hamid ? D’où sa volonté de se rajeunir, exprimée dans la scène d’ouverture. On note aussi que les premiers mots de notre homme pour Mahnaz sont désobligeants – il n’aime généralement pas les cheveux coupés courts –, avant que ce séducteur se ravise. On pouvait déjà y lire sa duplicité.

Mahnaz, entre Médée et Méduse

Le scénario va alors s’employer à accabler cette pauvre Mahnaz. Alors qu’elle avait confié ses deux enfants à son beau-père, sa belle-sœur l’appelle affolée, lui enjoignant de se rendre d’urgence à l’hôpital. Elle va vite apprendre que son aîné Aliyar s’est jeté par la fenêtre. Pour montrer son angoisse, Roustaee passe par une scène de piqûre douloureuse à sa patiente qui se rebiffe. Premier geste agressif, qui va en appeler d’autres.

Car devant le décès de son fils, Mahnaz va se muer en une figure vengeresse comme en contient tant la mythologie grecque, de Méduse à Médée. Méduse puisque Parinaz Izadyar, qui incarne Mahnaz avec feu, fait passer sa colère essentiellement par le regard. Mais aussi Médée, la célèbre infanticide : Mahnaz n’est-elle pas responsable de la mort de son fils, elle qui confia à son beau-père réticent ce garçon ingérable ? Aliyar n’avait-il pas annoncé que si son grand-père continuait à lui parler ainsi, il se « barrerait » ? Comme dans la tragédie, tout avait été annoncé mais Mahnaz ne sut pas déchiffrer les signes.

Qui est responsable ?

Qui est responsable de la mort de son fils ? Est-ce Hamid, qui a exigé cette mascarade alors qu’il en aimait une autre ? Est-ce Mehri, qui a tenu soigneusement secrète cette liaison ? Est-ce le grand-père, dont on apprend plus tard qu’il avait corrigé Aliyar à l’aide d’un ceinturon ? Est-ce ce surveillant du collège qui, en excluant Aliyar, l’a mis dans un état de tension maximale ?

La Justice ne lui est d’aucun secours. Même en ayant usé d’un ceinturon, le grand-père ne peut être inculpé pour meurtre puisqu’une ceinture n’est pas une arme létale. On a pu lire ça et là que le film dénonçait ainsi le patriarcat, les hommes se liguant pour contrer une pauvre femme. En réalité, l’argument exposé par l’avocat de Mahnaz est parfaitement recevable. L’attitude du grand-père est certes moralement condamnable mais impossible à sanctionner pénalement.

Seulement voilà : peut-on demander à une mère qui vient de perdre son enfant de se montrer rationnelle ? Mahnaz est ivre de vengeance. Alors que les femmes pleurent sur la tombe de son fils, elle relève la tête et darde le public du regard : Méduse. Leila et ses frères, déjà, mettait en scène une femme dure, inaccessible à l’apitoiement.

Et si la responsabilité était collective ? Chacun des protagonistes, comme on l’a vu, à l’image de la société iranienne, suit des principes rigides issus du religieux. Après tout, sans l’obligation de cacher les enfants, Aliyar et Neda n’auraient jamais été confiés au grand-père. La structure familiale où évoluait Aliyar interroge également. Son cadre ferait le miel d’un psy : Mahnaz, qui a une quinzaine d’années de plus que sa sœur, l’a en partie élevée ; à la mort du père, Mahnaz étant contrainte de travailler, c’est Mehri qui s’est occupée de ses deux enfants ; tout cela sous l’autorité d’une mère au fort caractère. Aucune figure masculine dans le foyer : là où Leila et ses frères montrait des hommes défaillants, ils ont ici tout simplement disparu.

Aliyar ou le manque du père

Aliyar est porté à prendre cette place. Ne lance-t-il pas à sa mère qu’il « ressemble à papa », suggérant que c’est peut-être ce qui déplaît à cette veuve ? Avec sa mère, dans la scène décidément cruciale à l’avant de la voiture, il se comporte en séducteur, maniant le chaud et le froid, passant d’une impertinente agressivité à une cajolerie à laquelle sa mère ne résiste pas. Il agit déjà en homme : drague l’une des collègues de sa mère qui a l’âge de sa tante, s’adonne à des paris autour d’une toupie, brasse de l’argent, n’accepte aucune autorité au collège. On apprendra enfin par la suite qu’il fumait et consommait des drogues, et l’on se souviendra alors que, tandis que sa mère tentait de lui faire faire ses devoirs de maths, il « fumait » le marqueur comme une cigarette.

Toute la première partie, jusqu’à l’accident, nous dépeint ce jeune insolent monté sur ressorts qu’incarne l’étonnant Sinan Mohebi. Négociant un prix pour faire le devoir d’anglais de sa grand-mère à sa place, puis sous-traitant cette tâche pour trois fois moins à sa petite sœur Neda. Imposant sa loi à une foule de jeunes dans l’une de ces scènes étourdissantes dont Saeed Roustaee a le secret : au sein d’un vaste atelier, un duel autour d’une toupie qui voit Aliyar empocher de nombreux billets, avant de s’enfuir par les toits à l’annonce des autorités. Nullement impressionné par son professeur, faisant le pitre pour amuser la classe aux dépens d’un bouc émissaire. Finalement il glisse un bout d’allumette dans un cadenas, empêchant ainsi la sortie des cours, autre scène de foule superbement orchestrée par Roustaee.

Un cauchemar, une tête à claques. Le spectateur risque fort de se ranger du côté de Samkhanian, le surveillant furieux qui n’entend pas les supplications de Mahnaz. Le pédiatre Aldo Naouri a expliqué qu’il est très difficile à une mère de poser des limites à son enfant du fait que, pendant neuf mois, il a fait en quelque sorte partie d’elle-même : c’est le rôle du père, extérieur par nature à l’enfant, de poser ces limites. Le drame d’Aliyar, c’est l’absence de père. Ne déclare-t-il pas à sa mère, à l’avant de la voiture – où il n’a pas mis sa… ceinture – que son « père [lui] manque » ? Cette affirmation va au-delà du seul plan affectif : c’est ce manque qui le rend ingérable. Mahnaz est dans le déni : « ce n’est qu’un gosse », lance-t-elle à Samkhanian qui a quelques arguments solides à lui opposer. Le jour où l’autorité apparaît brutalement armée d’un ceinturon, elle est contre-productive. Voilà un sujet universel, débordant le cadre de l’Iran. Le film de Roustaee s’avère assez peu spécifique au pays, si l’on excepte le poids de traditions qui restent vivaces, nonobstant la modernité du pays.

La vengeance de Mahnaz

Mahnaz culpabilise-t-elle ? C’est probable. Comme souvent dans ce type de cas, il faut trouver un coupable et le punir. On la voit ainsi percuter la voiture de Samkhanian, quitte à être envoyée elle aussi à l’hôpital (l’argument de Boulevard de la mort repris en mode mineur !). Puis battre froid sa sœur au sein même du foyer. Entamer une véritable guerre contre Hamid-le-félon : influencer Mehri pour qu’elle le quitte alors qu’elle est enceinte de lui, et surtout le faire renvoyer de l’hôpital en dénonçant le trafic auquel il se livre en hébergeant contre rétribution des migrants dans son ambulance. La scène où Mahnaz sursaute en ouvrant la porte est glaçante : elle croit que des gens blottis là sont morts, et c’est bien l’impression que donne l’image de cette famille comme figée à l’arrière de la cabine.

Mais le principal coupable aux yeux de Mahnaz est le grand-père d’Aliyar puisque sa belle-sœur, sur le balcon très photogénique de l’hôpital, l’a informée que son geste punitif avait poussé à bout le garçon. Lorsque le patriarche, victime d’une attaque, est transféré à l’hôpital, elle tient sa vengeance. La scène est magistrale : Roustaee prend tout son temps pour montrer Mahnaz qui tire calmement chacun des stores de la chambre, avant de débrancher le vieil homme jusqu’à ce que son cœur s’arrête de battre. Méduse le fixe froidement, c’est son regard qui le tue. Pourtant l’équipe de l’hôpital parvient à le ramener à la vie, contrairement à son fils, à qui les mêmes gestes ont été prodigués. Ironie mordante du destin, injustice criante pour Mahnaz.

Vers une possible résilience ?

Impossible de se venger, décidément. Du côté d’Hamid, ce n’est pas mieux puisqu’il a repris l’avantage : il veut faire retirer à Mahnaz la garde de Neda au motif que sa mère serait suicidaire. C’est au grand-père, déjà tuteur légal, que serait confiée la garde. Un comble, insupportable pour Mahnaz qui commence à battre en retraite. Heureusement, l’impitoyable Samkhanian qui devait témoigner contre elle (on s’étonne d’ailleurs qu’elle ne soit pas inquiétée par la Justice alors qu’elle a volontairement percuté son véhicule…) se rétractera devant le regard perdu de Neda, accrochée à sa mère. Certains ont pu trouver ici que le cinéaste en faisait trop. La surenchère de péripéties et le chantage à l’émotion sont en effet des travers qui affectaient déjà en partie Leila et ses frères et La Loi de Téhéran. On pourra toutefois également lire ici la volonté de montrer des personnages complexes, qui ne sont pas d’un bloc.

Mahnaz est bel et bien prisonnière, ce qu’exprime, assez classiquement, Roustaee par de nombreux sur-cadrages (personnages derrière un grillage, vitre qui sert de tableau coupant en deux l’appartement, cadres géométriques à l’hôpital ou dans l’immeuble capté de haut…). Constatant son impuissance à expurger son chagrin par la vengeance, elle finit par choisir l’amour, dans une ultime scène en forme de twist.

Mahnaz vient d’apprendre que Mehri, sans tenir compte de son avis, a nommé son nouveau-né Aliyar, ultime provocation. Dans l’appartement, Hamid est là, fumant sur le balcon. Échange de regards avec lui puis avec Mehri. Mahnaz entre alors dans la chambre du bébé, se cloisonne, exactement comme elle l’a fait avec le grand-père à l’hôpital. Va-t-elle jeter cet Aliyar par la fenêtre, pour se venger de la vie, pour que ce bébé ressenti comme un usurpateur rejoigne dans le malheur le sien, l’unique, le légitime ? Sa mère, sa sœur et sa fille se sont approchées de la porte vitrée, telles des ombres tremblantes d’appréhension. C’est alors que Mahnaz bascule du bon côté, recréant un noyau familial. Une fin intense, proche de celle de Leila et ses frères.

Une belle constance dans la qualité

D’une grande richesse, savamment orchestré, le nouveau film de Saeed Roustaee se hisse au niveau de La Loi de Téhéran et de Leila et ses frères. Les 2h11 passent à toute vitesse, et le long-métrage s’avère tout aussi « long en bouche » que ses deux opus précédents. Saeed Roustaee, Asghar Farhadi, Mohammad Rasoulof, Jafar et Panah Panahi, sans oublier la jeune prodige Samira Makhbalaf : le cinéma iranien est décidément pourvu en talents de haut vol, qui ont su prendre la relève de leur figure tutélaire, l’immense Abbas Kiarostami.

🎬 Bande-annonce : Woman and Child 

Lire aussi la critique de Jérémy Chommanivong : https://www.lemagducine.fr/cinema/critiques-films/woman-and-child-saeed-roustaee-critique-film-iran-2026-10081540/

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3.9

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Jérôme Duvivier
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Chanteur et enseignant en jazz, j’ai une deuxième passion : le cinéma. Un lointain atavisme familial peut-être, puisque Julien Duvivier était mon grand oncle ! Mes critiques sont plutôt des analyses car ce que j’aime avant tout c’est exprimer tout ce qu’il y a à tirer d’une œuvre. Ces analyses sont volontiers descriptives pour que le lecteur puisse revivre le film. Mes héros en cinéma ? Ils sont nombreux et aux quatre coins du globe. Liste non exhaustive ! D’est en ouest, chez les cinéastes vivants : Hamagushi, Bong Joon-ho, Lee Chang-dong, Rasoulof, Nuri Bilge Ceylan, Pawlikowski, Skolimowski, Cristian Mungiu, Béla Tarr, Milos Forman, Kaurismäki, les Dardenne, Jonathan Glazer, Ruben Östlund, Lars Von Trier, Pedro Costa, Jodorowsky, Iñarritu, Francis Ford Coppola… Et chez les anciens : Kurosawa, Ozu, Eisenstein, Kalatozov, Tarkovski, Satyajit Ray, Kiarostami, Murnau, Fassbinder, Fritz Lang, Dreyer, Fellini, Pasolini, Chantal Akerman, Agnès Varda, Bresson, Renoir, Carné, Buñuel, Hitchcock, Kubrick, Bergman, Raoul Ruiz, John Ford, Orson Welles, Buster Keaton, Chaplin… Des chefs d’oeuvre ? "Le voyage à Tokyo", "Barberousse", "Le cuirassé Potemkine", "Quand passent les cigognes", "Nostalgia", "M le Maudit", "L’aurore", "Fanny et Alexandre", "Jeanne Dielman", "Le Bonheur", "Au hasard Balthazar", "L'année dernière à Marienbad", "Le procès", "L’homme qui tua Liberty Valence", "Vertigo", "Le Parrain", "Les harmonies Werckmeister"…

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