Death Note : L’adaptation haïssable qu’on aurait voulu aimer

Avec son développement minimaliste et ses nombreuses libertés prises par rapport au manga, il va de soi que cette adaptation américaine de Death Note a de quoi s’attirer les foudres des fans. Mais au-delà de ça et de manière objective, le film d’Adam Wingard est loin d’être la catastrophe annoncée car il dispose de quelques atouts et même d’un certain charme. Dommage que le réalisateur n’ait pas eu les épaules nécessaires pour diriger un tel projet, le tout se montrant maladroit et sans envergure…

Synopsis : Light Turner, étudiant en droit ivre d’une envie de faire servir la justice, tombe un beau jour sur un mystérieux carnet, le Death Note, qui lui confère le pouvoir de tuer les gens rien qu’en inscrivant sur les pages leur nom, tout en connaissant également leur visage. Se lançant ainsi dans une vendetta afin de créer un monde meilleur, Light devient une entité populaire se faisant appeler Kira. Si certains le voient comme une divinité, d’autres le considèrent tel un meurtrier qu’il faut arrêter à tout prix. Parmi eux, un enquêteur de renommée internationale du nom de L, décide de lui faire face en tentant de découvrir qui il est

L’adaptation haïssable qui avait pourtant tout pour être aimée

Depuis que les Américains nous ont pondu l’infâme Dragonball : Evolution, les adaptations de manga made in USA sont devenues en un éclair les bêtes noires du public. Et notamment des fans, qui conspuent à la moindre annonce de projet, pouvant reléguer ce dernier au rang de film mort-né. Dans le cas du navet signé James Wong, nous n’allons pas les blâmer pour ça ! Pourtant, si les aficionados pouvaient mettre un instant de côté leur esprit « j’adore donc on n’y touche pas ! » et laisser faire certains producteurs, ils seraient surpris du résultat. Étonnés de voir que, chez l’oncle Sam, ils savent prendre au sérieux ce genre de projets au point de livrer des longs-métrages potables (Ghost in the Shell), voire même fort appréciables (Edge of Tomorrow, bien qu’il s’agisse de l’adaptation d’un light novel). Dans le cas du Death Note d’Adam Wingard, il serait donc futile de le critiquer pour ses divergences avec l’œuvre originale, le film ayant des idées et atouts non négligeables en matière de divertissement. Le seul vrai problème étant que le réalisateur choisi pour un tel titre n’a pas eu les épaules assez larges pour mener à bien cette adaptation au bord du lynchage public…

Quelque part, la réaction des fans est compréhensible vu à quel point ce Death Note version 2017 prend énormément de libertés avec le manga de Tsugumi Ohba et Takeshi Obata. À commencer par les personnages, qui voient leur mentalité changer au plus haut point. Des exemples ? Le détective L délaisse son indifférence si légendaire pour adopter par moment des émotions envers son second Watari. Le dieu de la Mort Ryuk n’est plus une simple figure spectatrice un peu bêta mais une sorte d’entité démoniaque dont il faut se méfier, poussant même le héros à écrire son premier nom dans le Death Note. Misa Amane, au lieu d’être un mannequin folle amoureuse et très enfantine, est une étudiante psychopathe obnubilée par le cahier éponyme et son pouvoir. Et enfin Light, cet étudiant froid, calculateur, diablement intelligent, égocentrique et charismatique, est devenu une sorte de paria naïf, manipulable et beaucoup trop « pleurnichard ». Rien qu’avec ça, les fanatiques risquent de s’acharner sur les réseaux sociaux et d’y laisser le titre du film dans leur Death Note personnel. Et le reste du long-métrage ne va pas les épargner en omettant certains pans pourtant importants du manga (comme le pouvoir de l’œil d’un dieu de la Mort) et des personnages (Rem, la famille de Light qui n’est ici résumée qu’à son père, les lieutenants de ce dernier…). En privilégiant le divertissement plutôt que la tension entre le face-à-face Light/L (quasiment absent de cette adaptation) et l’aspect psychologique très poussé de l’œuvre originelle. En abusant des clins d’œil au manga (l’addiction de Ryuk pour les pommes) sans jamais en retrouver la symbolique (la pomme étant le fruit défendu selon la Bible). En survolant de nombreuses thématiques qui ont fait le sel et le succès de la bande-dessinée d’Ohba et Obata (la religion, le sens de la vie, le Bien et le Mal…). Alors oui, on veut bien comprendre que ce film soit détesté par une importante communauté d’aficionados. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une adaptation. Ce qui implique de nombreux changements pour correspondre à un format (un manga d’une bonne dizaine de volumes contre un film de 1h40), à un public avec pour but de s’ouvrir à de nouveaux adorateurs restés jusqu’à sur le banc de touche. Bref, une œuvre qui s’inspire plutôt que de copier-coller le matériau de base (les japonais l’ayant déjà fait avec l’animé et trois longs-métrages). Et c’est ce que réussit ce Death Note, qui, pour le coup, ne mérite pas autant de haine.

On peut continuer à déblatérer sur les différences entre le manga et ce film, et sur certains choix critiqués mais pourtant judicieux. Comme certaines références bien pensées (le nom de Kira choisi par Light, pour faire croire aux enquêteurs qu’il est japonais) et l’américanisation des noms des personnages : auriez-vous vu des Blancs jouer Light Yagami et Misa Amane plutôt que Light Turner et Mia Sutton ? Et dans ce cas, pourquoi un Noir ne pourrait-il pas interpréter L ? D’ailleurs, pour ce dernier cas, le bashing qu’a subi l’acteur Keith Stanfield rien qu’avec sa couleur de peau relève de la connerie humaine… Mais oublions le manga et pensons à ceux qui ne le connaissent pas. Que verront-ils en découvrant le Death Note d’Adam Wingard ? Tout simplement un thriller partant sur un postulat accrocheur et proposant des thèmes fort intéressants (le droit de vie et de mort sur les gens, la justice, la dissimulation, l’image que l’on donne à la société…). Un divertissement pour le moins rythmé, qui parvient à livrer des séquences d’exécution aussi jouissives que Destination Finale (une petite touche d’humour noire bienvenue). Et surtout un film qui sait utiliser ses nombreux aspects techniques (la photographie de David Tattersall, les compositions des frères Ross…) pour confectionner une atmosphère à la fois envoûtante, captivante et inquiétante. Sans oublier le fait que l’équipe du film a su s’approprier le « petit » budget alloué par la production pour mettre en scène son histoire de manière inventive. Un constat qui se vérifie par les apparitions de Ryuk : un personnage en images de synthèse souvent en retrait (peu présent dans l’intrigue, souvent dans l’ombre ou en arrière plan…) pour masquer les limitations techniques. Ce qui n’empêche pas de rendre sa présence inquiétante pour autant.

Mais le plus étonnant dans ce Death Note, c’est le soin tout particulier apporté aux personnages. Si, encore une fois, beaucoup pesteront contre les modifications apportées les concernant, ils restent en tout point cohérents avec ce que veut raconter le long-métrage. L a des émotions envers Watari à la limite de l’amour entre un fils et son père ? Light ne fait qu’hésiter et avoir peur ? Cela leur procure un aspect diablement humain, voire même attachant (voir L mettre ses convictions de côté juste par vengeance personnelle touche). Light entame sa croisade parce que sa mère a été assassinée par un criminel en liberté ? Cela rend son ambition meurtrière bien plus justifiée et crédible. Misa… pardon, Mia en psychopathe ? Cela donne un enjeu à l’intrigue et surtout une autre image que celle de la potiche de service. Et enfin Ryuk en figure inquiétante et manipulatrice ? Cela confère au personnage une aura encore plus diabolique et imprévisible, apportant ce qu’il faut de menace à l’intrigue pour captiver l’attention (mention spéciale à la performance vocale de Willem Dafoe). Bref, si l’on doit aimer ce Death Note, c’est avant toute chose pour ses protagonistes écrits et interprétés comme il se doit, la plupart se montrant même bien plus intéressants que leur modèle respectif. Et même s’il modifie le manga, il ne le dénature pas pour autant, au point de donner envie aux profanes de plonger dans cet univers si particulier. Une bonne adaptation donc ! Mais un bon film, ça c’est une autre histoire…

Malgré ses nombreux atouts, aussi bien scénaristiques et techniques, Death Note déçoit une fois le visionnage arrivé à son terme. La faute revenant principalement à son réalisateur Adam Wingard qui, après un passage dans le cinéma horrifique (You’re Next, Blair Witch), n’a pas su sur quel pied danser pour diriger un tel film. Il n’a pas réussi à imposer une certaine cohésion à l’ensemble, comme si le cinéaste ignorait tout du ton à aborder pour mettre en scène le projet. Le tout switche maladroitement entre le film pour adolescents (étudiants, scène de bal, playlist en guise de BO…), le thriller angoissant (le côté enquête tendue de l’intrigue, la présence de Ryuk), le produit horrifique décervelé (les mises à mort engendrées par Light/Kira) et le blockbuster spectaculaire (le final, à grand renfort d’effets spéciaux), conférant à l’ensemble une allure des plus bancales. Un constat qui se voit renforcé par un montage un peu anarchique qui enchaîne les séquences bien trop rapidement au point d’empêcher le film d’exploiter convenablement son univers et ses personnages. Au lieu de cela, Death Note donne souvent l’impression de passer du coq à l’âne, de sortir de nulle part des retournements de situation juste pour faire avancer son histoire. D’oublier en cours de route ses excellentes idées, de les développer. Pour se clôturer de manière brutale sur une fin ouverte, sans n’avoir jamais pris le temps de se construire pleinement. À cause de cette narration expéditive, Adam Wingard loupe littéralement le coche et fait de ce long-métrage un gloubi-boulga de bonnes intentions juxtaposées sans aucune envergure. Et vu les atouts cités dans les paragraphes précédents, il est vraiment navrant d’en arriver à un tel constat, à un tel gâchis…

Ce Death Note version 2017 a clairement ce qu’il faut pour être aimé du public : des personnages, un univers, des atouts techniques, des idées scénaristiques bienvenues… Et on veut l’aimer, le défendre, cela ne fait aucun doute ! Même s’il faut se mettre les fans à dos, ce long-métrage a du charme et on espère que la suite (déjà prévue si cet opus fonctionne) pourra se faire tout en corrigeant les erreurs fatales de ce coup d’essai. Comme, en premier lieu, changer de réalisateur et en prendre un autre, sachant mener à bien ce genre de projet (rappelons qu’au début de la production, Gus Van Sant et Shane Black avait été appelés pour le réaliser). Si tel n’est pas le cas, nous nous retrouverons donc avec une exclusivité Netflix maladroite, qui gâche son potentiel par ses hésitations et son manque de développement. Une bonne adaptation, mais malheureusement un mauvais film…

Death Note : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=qWzT-cgAw6w

Death Note : Fiche technique

Titre original : Death Note
Réalisation : Adam Wingard
Scénario : Charley Parlapanides, Vlas Parlapanides, Jeremy Slater Anthony Bagarozzi, Chuck Mondry et Kyle Killen, d’après le manga de Takeshi Obata et Tsugumi Ôba
Interprétation : Nat Wolff (Light Turner), Keith Stanfield (L), Margaret Qualley (Mia Sutton), Shea Whigham (James Turner), Willem Dafoe/Jason Liles (Ryuk), …
Photographie : David Tattersall
Décors : Tom S. Hammock
Costumes : Emma Potter
Montage : Louis Cioffi
Musique : Atticus Ross et Leopold Ross
Producteurs : Jason Hoffs, Roy Lee, Dan Lin et Masi Oka
Productions : Lin Pictures et Vertigo Entertainment
Distribution : Netflix
Budget : 50 M$
Durée : 101 minutes
Genres : Thriller, fantastique, horreur
Date de sortie : 25 août 2017 (sur Netflix)

États-Unis – 2017

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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