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Alfred Hitchcock : Les Années Selznick – coffret ultra collector de Carlotta

Le 29 novembre 2017 est sorti en vidéo le coffret Blu-ray (& DVD) Alfred Hitchcock Les Années Selznick. Édité par Carlotta Films, l’objet vous invite ainsi à revenir sur quatre films majeurs réalisés par le maître du suspense pendant sa fameuse période de collaboration avec le grand producteur David O. Selznick : Rebecca, La Maison du Docteur Edwardes, Les Enchainés et Le Procès Paradine

Les Enchainés : à propos de la relation Hitchcock / Selznick

Septième coffret de la collection « ultra collector » made by Carlotta, Alfred Hitchcock Les Années Selznick permet de redécouvrir quatre films importants du film dont le sous-estimé La Maison du Docteur Edwardes, (re)connu pour sa fameuse séquence de rêve créée en collaboration avec Salvador Dali. Les quatre films, accompagnés de cinq heures et trente minutes de suppléments exclusifs et d’un livre de trois cent pages, titré La Conquête de l’Indépendance, constitués d’articles d’époque de Claude Chabrol, Pascal Bonitzer, d’entretiens avec Jean Douchet et Peter Bogdanovich ainsi que des éternelles photographies inédites – entre autres -, retracent l’envol hollywoodien du Britannique Hitchcock. Un envol qui a pu se faire grâce à la relation entre le cinéaste anglais et le producteur américain indépendant David O. Selznick ou « comment le savoir-faire du deuxième va permettre au premier de devenir un véritable cinéaste hollywoodien » (texte promotionnel du coffret).

« La décennie qu’Hitchcock passa dans le giron de Selznick fut plus qu’une période de transition. La collaboration, parfois frustrante, parfois étouffante, fut pourtant fructueuse et productive. En mettant à disposition du metteur en scène son savoir-faire et celui des techniciens hollywoodiens, Selznick permit à Hitchcock de donner corps à ses visions.« 

Chef d’orchestre et maître de marionnettes, sur la relation entre AH et DOS, par Fabien Delmas (texte présent dans le livre du coffret) –

David O. Selznick est un nom qui résonne dans l’esprit de nombreux cinéphiles et cinéphages. Cromwell, Cukor, Fleming, Hitchcock, Reed, Dieterle, Vidor… Nombreux sont les cinéastes dont les films ont été produits et mis en lumière par Selznick. King Kong, Les Quatre filles du docteur March, Autant on emporte le vent, Duel au soleil… DOS est un homme à succès. Lorsqu’Alfred Hitchcock et David O. Selznick se lancent dans la production de Rebecca, le premier n’est pas surpris des exigences du deuxième. Sans surprise, le cinéaste britannique sait que le montage sera supervisé par Selznick. Et il sait aussi qu’il aura un cadre de création sécurisé répondant à toutes ses attentes, dirigé par un producteur qui a toujours mis un point d’honneur à défendre l’histoire et les personnages de ses productions. Concernant les adaptations littéraires, notons même que DOS était réellement attaché à ne pas trahir l’œuvre originale. Certes, le producteur avait tendance à être invasif, mais Hitchcock ne pouvait conquérir Hollywood sous une meilleure bannière. Son contrat n’est pas exclusif, ainsi le cinéaste tourne pour la RKO, la Twentieth Century Fox, Universal, entre autres. Aussi la relation Hitchcock / Selznick, véritable jeu d’équilibre, trouve une bonne illustration en deux faits : même si le producteur supervisait le montage et pouvait exiger des retakes, rappelons que DOS, « producteur créatif » (page 28, Un télex de Selznick à Hitchcock, Nicolas Saada), ne voulait que le meilleur pour le film, et il voulait éviter tout conflit avec Hitchcock, dignes de ceux qu’il a connus sur Autant on emporte le vent, réputation oblige ; par ailleurs, le cinéaste britannique concevait le montage de sa pelloche dès la pré-production, ainsi le long métrage était bien réalisé par Hitchcock, tout en étant marqué par l’orchestrateur Selznick.

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David O. Selznick, producteur à succès.

La relation Hitchcock-Selznick tient évidemment de la conquête de l’indépendance. Si Hitchcock accepte les conditions de travail de Selznick, c’est aussi parce qu’il admire le producteur indépendant. Hitchcock acquiert sur Les Enchainés (troisième film de la collaboration) le statut de producteur qu’il désirait tant avoir. Alors que les dépassements de production de Duel au Soleil de Vidor sont de plus en plus difficiles à supporter pour Selznick et sa société Vanguard Productions, ce dernier décide de vendre le film en lot. Hithcock saisit l’occasion et devient producteur du métrage, supervisant ainsi le montage. Pendant leur période d’association, Hitchcock en profite aussi pour fonder avec un compère une société de production implantée en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, la Translatantic Pictures. Si la société ne durera que quelques années, elle expose plus qu’explicitement la ferme volonté d’Hitchcock de pouvoir contrôler ses films dans toutes les phases de fabrication. Remarquons que la relation AH-DOS n’a pas eu que des impacts conséquents sur la carrière du cinéaste, et en a aussi marqué le cosmos Hollywoodien :

« Rebecca fait ainsi date et marque les débuts d’une entente possible entre producteurs et réalisateurs, dans le cadre d’un mode de production inédit jusqu’alors à Hollywood, le « packaging » – à savoir la pré-vente « clefs en main » d’un film à des structures en place qui laisseraient à ses initiateurs contrôle économique et artistique.« 

– p.28, ibid.

Spellbound (en français : envouté) : à propos de l’édition Blu-ray signée Carlotta

Concernant le test video des films, le coffret s’en sort admirablement malgré une inconstance qualitative concernant la restauration des longs métrages. On vous conseille à ce propos le test détaillé de retro-hd.com. Comme d’habitude, Carlotta soigne les bonus. Chacun des films est accompagné sur sa galette de bonus. Le coffret contient tout de même un cinquième disque empli de compléments. L’ensemble vidéo est complété par le formidable ouvrage déjà cité. L’éditeur propose ainsi une approche riche et détaillée – soit complète – de cette période spécifique d’Hitchcock. Certes, le prix de cent euros et trente deux centimes en refroidira plus d’un, on vous conseillera alors d’attendre le prochain Black Friday ou – si l’attente est trop longue – l’une des nombreuses opérations promotionnelles de Carlotta pour obtenir le coffret à un prix plus raisonnable – moins cinquante pour cent tout de même.

Bande-Annonce – Coffret Alfred Hitchcock Les Années Selznick

Le mot de l’éditeur : L’année 1939 correspond à un tournant dans la carrière d’Alfred Hitchcock. Année de son départ aux États-Unis, c’est aussi celle qui marque le début d’une collaboration de près de dix ans avec le célèbre producteur américain David O. Selznick (Autant en emporte le ventDuel au soleil). Cette association entre le maître du suspense et l’un des plus importants représentants du système hollywoodien donnera naissance à quatre chefs-d’œuvre : la romance gothique Rebecca (1940), le thriller psychanalytique La Maison du docteur Edwardes (1945), le film d’espionnage Les Enchaînés (1946) et le thriller judiciaire Le Procès Paradine (1947). Réunis pour la première fois dans un Coffret Ultra Collector 5 Blu-ray et un Coffret Ultra Collector 5 DVD, ces quatre longs-métrages figurent parmi les trésors du cinéma hollywoodien des années 1940, à admirer dans leur sublime version restaurée !

Inclus les films

REBECCA (NOUVELLE RESTAURATION 4K)

LA MAISON DU DOCTEUR EDWARDES (NOUVELLE RESTAURATION HD)

LES ENCHAÎNÉS (NOUVELLE RESTAURATION HD)

LE PROCÈS PARADINE (NOUVELLE RESTAURATION HD)

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Alfred Hitchcock Les Années Selznick – septième coffret ultra collector signé Carlotta

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES (5) Blu-ray

Masters Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC Version Originale / Version Française DTS-HD Master Audio 1.0 – Sous-titres Français Formats 1.33 et 1.37 respectés – Noir & Blanc – Durée des Films : 130 mn / 111 mn / 101 mn / 114 mn

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES (5) DVD

Nouveaux Masters Restaurés – PAL – Encodage MPEG-2 – Version Originale Dolby Digital 1.0 – Sous-titres Français – Format 1.33 respecté – 4/3 – Noir & Blanc – Durée des Films : 125 mn / 107 mn / 97 mn / 110 mn

PLUS DE 5H30 DE SUPPLÉMENTS EXCLUSIFS + LE LIVRE DE 300 PAGES La Conquête de l’Indépendance RÉALISÉ EN ASSOCIATION AVEC LES CAHIERS DU CINÉMA

Coffret DVD Alfred Hitchcock – 100.32 €

Coffret Blu-ray Alfred Hitchcock – 100.32 €

My french film festival : le palmarès

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Nous vous parlions il y a quelques jours de nos coups de cœur de la sélection  2018 de MyFrenchFilmFestival. Le palmarès est tombé le 19 février et nous vous le dévoilons désormais.

Le Prix du Jury Cinéastes

Le Jury des Cinéastes, présidé par Paolo Sorrentino et composé de Nabil Ayouch, Kim Chapiron, Julia Ducournau et Brillante Mendoza récompense le film :

Pour la deuxième fois depuis la création du festival, le Jury a choisi de récompenser un deuxième film en lui attribuant une Mention Spéciale afin de saluer la proposition artistique de ses réalisateurs :

  • Willy 1er, de Ludovic Boukherma, Zoran Boukherma, Marielle Gautier, Hugo P. Thomas

Les Prix de la Presse Internationale

Le Jury de la Presse Internationale composé de Fabio Ferzetti, Sabine Mann, Fernando Ganzo, Finn Halligan, Yana Labushkina a décidé de distinguer les films suivants :

  • Noces, de Stephan Streker (long-métrage)
  • La Mort, Père & Fils, court-métrage de Winshluss et Denis Walgenwitz

Le Prix Lacoste du Public

Le public de MyFrenchFilmFestival a choisi de récompenser :

  • Noces, de Stephan Streker (long-métrage)
  • La Mort, Père & Fils, court-métrage de Winshluss et Denis Walgenwitz

Cette année plus de 50 000 votants parmi le public et des records de connexion au Mexique et au Brésil comme en Pologne.

J.J. Abrams ou l’éternel recommencement : entretien avec l’auteur Erwan Desbois

En octobre 2017 est sorti chez les fructueuses éditions Playlist Society un nouvel essai consacré au cinéma. Écrit par Erwan Desbois, l’ouvrage revient sur J.J. Abrams et son œuvre constituée par cet essentiel « éternel recommencement ». CineSériesMag vous propose une interview abramsienne avec l’auteur…

Le mot de l’éditeur : En moins de quinze ans, J. J. Abrams s’est imposé comme l’une des figures phares d’Hollywood. Créateur de séries qui ont redéfini le genre (Alias, Lost et Fringe), réalisateur à la tête d’énormes franchises (Mission Impossible, Star Trek et Star Wars), et producteur de renom via sa société Bad Robot, il est devenu le nouvel homme-orchestre du cinéma américain, s’inscrivant ainsi dans la lignée de son mentor Steven Spielberg. Se distinguant par son désir de préserver l’équilibre entre la part de l’auteur et celle de l’entertainer, il s’assure que ses créations peuvent toucher le plus grand nombre tout en puisant constamment dans des thèmes qui lui sont chers. Son œuvre est traversée par l’idée fixe de la réinvention. Quels que soient les différents noms qu’on lui donne – reboot, remake, reprise, hommage –, il s’agit toujours pour lui d’interroger la question de l’héritage du cinéma. J. J. Abrams ou l’éternel recommencement explore à quel point l’histoire cinématographique est une boucle, et cherche à répondre à cette question : comment dépasser ses modèles tout en marchant dans leurs pas ?

1 / CinéSériesMag – Erwan Desbois, qui êtes-vous ?

Erwan Desbois : Un passionné de cinéma, devenu critique par goût d’écrire sur ce que les films provoquaient en moi et les réflexions qu’ils déclenchaient ; et par goût du rôle de passeur que cela fait endosser, faire découvrir des films méconnus, ou bien des angles particuliers d’analyse de films et de séries. J’écris aujourd’hui pour le site Accreds.fr (consacré à l’actualité des festivals de cinéma), en anglais pour l’International Cinephile Society (icsfilm.org), et pour la revue en ligne Playlist Society, qui mène également une activité de maison d’édition d’essais consacrés à la pop culture.

« Chez Abrams, le méta mène à une croyance sincère dans les mythes, ceux qui se transmettent de génération en génération aussi bien dans les films que dans la réalité. »

J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, Erwan Desbois, p. 75 –

2 / L’éternel recommencement – via les reboots, resets, remakes, reprises, hommages – est, comme vous l’avez démontré, essentiel dans l’œuvre d’Abrams. Aussi le cinéaste affirmerait « que la valeur et la vitalité du cinéma résident dans la perpétuation de son premier degré et de son innocence » et il serait « dans la manipulation méta des références tout en faisant jaillir de ses films un imaginaire renouant avec une pureté enfantine » (pages 83 & 84 de l’ouvrage). Mais peut-on vraiment dire que l’œuvre d’Abrams est innocente tant elle est consciente de l’héritage qu’elle porte et doit préserver ? Peut-on dire qu’elle fonctionne complètement au premier degré à la vue de l’importance de sa caractéristique méta ?

Erwan Desbois : C’est précisément tout l’enjeu de l’œuvre d’Abrams, et plus généralement du cinéma : préserver sa part d’innocence, son âme d’enfant. Sans cela, la magie disparaît et il ne reste que sa forme appauvrie, la prestidigitation, spectacle désincarné avec ses « trucs », ses ficelles. C’est une problématique qu’Abrams intègre souvent dans ses histoires, via ses protagonistes : Rey dans Star Wars VII (elle garde une foi inébranlable en les mythes de son enfance), Ethan Hunt dans Mission : impossible 3 (il s’amuse comme un gamin espiègle à préparer ses missions, avec force déguisements, jeux de cache-cache ou du chat et de la souris), Walter Bishop dans Fringe (c’est une fois qu’il renoue avec son âme d’enfant, et que celle-ci vient équilibrer son savoir scientifique potentiellement dangereux, qu’il devient un héros)…

Le cinéma est par construction tellement artificiel qu’il faut en face un puissant premier degré pour équilibrer la balance – c’est la fameuse (et cruciale) « suspension d’incrédulité », qui donne leur force aux meilleurs films. Il faut croire au cinéma pour que le cinéma fonctionne, et le méta ne fait qu’amplifier ce point en rendant encore plus visible la part d’artificialité.

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Dans ‘Star Wars’, G. Lucas filmait un Luke tourné vers l’horizon, « toujours tourné vers l’avenir » (dixit Yoda – Episode V). Enfant, Abrams a vu comme ses personnages des vaisseaux s’envoler et a rêvé de prendre part à leurs aventures. Il les a vus traverser l’espace au cinéma, participer à des périples créatifs excitants via la fenêtre d’un grand écran. Et comme eux, il a un jour pris le contrôle du « spaceship » pour mener son propre parcours. La Foi, encore et toujours, en l’imagination, en l’humain et sa capacité à accomplir l’impossible – ou ce qui lui semble l’être.

3 / Dans l’épisode 21 de la saison 2 de Fringe, La Rencontre (Northwest Passage), le personnage de Peter confirme par un dialogue quelque chose d’essentiel concernant votre essai : « Si vous pouvez l’imaginer, c’est que ça existe ». Vous avez justement réfléchi à la question de l’imagination et des rapports fiction/réalité/spectateurs dans l’œuvre d’Abrams. Peut-on dire que ses créations sont d’abord celles d’un spectateur – enfant rêveur – en quête de foi et donc d’espoir en l’impossible ?

Erwan Desbois : Oui, et cela vient en prolongement de la question précédente. Le cinéma (et les séries) ont ce pouvoir immense de créer devant nos yeux des univers, et de nous les faire explorer, sans aucune autre limite que celles que nous choisissons de nous imposer. Abrams fait partie de cette catégorie de cinéastes – à mes yeux les plus intéressants, de loin ! – qui ont bien compris que la clé est dès lors de ne pas s’imposer de limites, de ne pas brider le pouvoir du cinéma. C’est ainsi que l’on défriche les pistes les plus passionnantes, que l’on pose les questions les plus pertinentes et que l’on vit les aventures les plus folles. Tout ça est condensé et parfaitement illustré dans l’autobiographique Super 8, où Abrams renoue avec son enfance de spectateur et cinéaste amateur, qui rêve de mondes impossibles, les fait exister par le cinéma et ce faisant transforme et sublime le monde réel dans lequel il vit.

« Le traitement du paranormal dans Fringe, à travers l’attitude et les réactions de Walter, renouvelle la devise « je veux croire » (« I want to believe ») de son modèle X-Files. Ici, le mantra se veut nettement plus affirmatif : « Bien sûr que je crois ». Ou selon les mots de Walter dès le deuxième épisode de la série : « La foi. Toujours une bonne chose de l’avoir. »

Ibid., Erwan Desbois, page 82 –

4 / À propos de la Foi, vous la dites essentielle dans l’œuvre de JJA, et elle l’est aussi dans votre ouvrage. Vos recherches sur le bouddhisme traversent l’ensemble de votre travail. Vous revenez sur le concept de bodhisattva*(1) et vous terminez ainsi : « Nous pouvons voir son parcours (celui de Jake dans 11.22.63 série produite par Abrams), et ceux de Jack, Joe, Kirk, Peter, comme des exemples nous mettant sur la voie des constantes, quelle que soit la forme qu’elles prennent ». Alors, votre épilogue pourrait être interprété comme ceci : Abrams – à travers ses créations – ne serait-il un bodhisattva audiovisuel ?

Erwan Desbois : Abrams s’inscrit très clairement dans le courant de pensée selon lequel le cinéma peut (pour reprendre l’expression de Stanley Cavell) nous rendre meilleurs : les questions éthiques posées à travers les parcours des personnages que l’on suit à l’écran, et les réponses qui y sont apportées, peuvent tout à fait résonner avec nos propres expériences et incertitudes.

Chez Abrams, cette résonance est appuyée par le fait que ses héros doivent construire leur histoire, dont ils sont acteurs (y compris dans leurs erreurs) comme nous sommes acteurs de nos vies. Une des constantes de son œuvre est de rejeter toute forme de simplification abusive des récits : les personnages ne sont pas manichéens, les enjeux véritables ne sont pas basiques, il n’y a pas de recours à des effets de type « deus ex machina » pour orienter le scénario. Si le happy-end est au rendez-vous au final, ce n’est donc pas en tant que conclusion garantie d’un chemin balisé ; c’est le fruit des choix (humains, moraux) et des prises de conscience des protagonistes. Abrams nous donne à voir des exemples auxquels nous pouvons nous identifier, d’histoires d’un salut que les personnages ont su aller chercher comme nous pouvons le faire à notre tour.

*(1) « soit celui qui a atteint l’Éveil, qui possède le souvenir intégral de toutes ses existences passées et peut en conséquence ouvrir la voie du salut pour lui-même et les êtres qui l’entourent » – J.J. Abrams ou l’éternel recommencement, page 111

Ci-dessous, le thème de Fringe composé par J.J. Abrams.

5 / Vous insistez bien dans le livre sur le fait qu’Abrams cherche à marcher dans les pas de George Lucas et surtout de Steven Spielberg pour qui il a une admiration sans bornes. Plus tôt vous présentez ses thématiques, notamment le rapport au père, mais vous n’expliquez pas le pourquoi de cette thématique qui est en fait très liée à Spielberg et à son histoire familiale. Celle d’Abrams est tout de même très différente de celle de son modèle, de même que son parcours professionnel : ses parents sont producteurs de téléfilms, son père le conseillera quant à son approche du cinéma… Assez jeune, suite à un festival de court métrage, il est repéré par Kathleen Kennedy, l’associée de Spielberg, qui l’invite lui et Matt Reeves à venir restaurer les films de son idole. À seize ans, il travaille sur la bande-originale d’un film d’horreur… Il est plus véritablement que métaphoriquement « un fils d’Hollywood ». Et son travail du reboot, reprise, hommage, traverse ses thématiques qui ne sont pas vraiment les siennes.

Erwan Desbois : Il me semble justement que la thématique centrale du travail d’Abrams, qui rassemble toutes les autres, est la question de la place que l’on peut se créer pour et par soi-même dans un monde où tout est a priori déjà en place. L’héritage est au cœur de ce problème (est-il possible, envisageable de modifier, corriger ce qui nous a été légué ?), et la figure du père – biologique ou non – est le symbole le plus évident de notre rapport compliqué à l’héritage.

Qu’Abrams ait, comme vous le signalez, grandi à Hollywood (où la reprise des histoires et œuvres du passé est une pratique constante), avec de plus les deux types de père (un père biologique producteur pour la télévision, un mentor artistique en la personne de Spielberg), le rend encore plus investi par ce sujet. Il l’a vécu et il le raconte sous ses multiples facettes.

« Laisse le passé au passé »

« Let the past be the past »

William Bell à Walter Bishop

– Fringe, S2, Ep.22 –

6 / On pourrait penser qu’Abrams s’amuse comme un enfant avec des jouets du passé – Star Trek (dont il n’était pas un fan), Star Wars (qui l’a bercé), Mission: Impossible –, et pourtant on peut noter dans ses séries et films que le passé ne peut être réparé. Au contraire, il faut accepter que ce qui a été fait est figé, cela pour mieux avancer. Vous écrivez page 102 : « Abrams est obnubilé par cette idée de la reconstruction, ici formulée par la phrase (de Kirk dans ST Into Darkness: Souvenons-nous de ce que nous étions et que nous devons être à nouveau ». La reconstruction chez Abrams est un grand souhait. À l’inverse de la modification du passé – pour l’améliorer ou retrouver un être perdu – et de la nostalgie qui n’apportent rien hormis de la souffrance : on peut évoquer Fringe et l’épisode du voyageur du temps interprété par Peter Weller ou plus simplement le personnage de Walter Bishop, Star Trek, Star Wars VII… Le passé se doit d’être affronté. Il ne faut pas le fuir, ni chercher à le modifier, ou encore moins se perdre dans ses échos. Ne serait-pas là, dans son rapport au passé, que nait le héros abramsien ?

Erwan Desbois : C’est vrai, et on pourrait le formuler ainsi : le passé, et tout ce que l’on en a hérité, ne peuvent être changés ; et si l’on veut que le présent et le futur puissent être changés, ce que l’on peut et doit faire évoluer, c’est soi-même. Cela rejoint la question de l’enchevêtrement du destin et du libre-arbitre dans les œuvres d’Abrams : ils ne sont pas opposés mais fonctionnent en symbiose, la trame du destin étant tissée par la somme de nos choix individuels.

7 / Jeff Pinkner, producteur exécutif, scénariste et réalisateur sur la série Fringe déclare dans une interview : « le public est intéressé par les réponses, nous, par les conséquences des réponses ». On trouve cet intérêt narratif dans toute la filmographie d’Abrams : ce n’est pas tant le dévoilement du mystère qui compte que ces merveilleuses ou terrifiantes conséquences sur les êtres humains, personnages principaux ou non. Ne serait-ce pas ici une manière pour le cinéaste (et ses acolytes) de réenvisager le feuilletonesque et ses nombreux twists, révélations, et autres caractéristiques narratives à travers le prisme plus subtil de l’humain ?

Erwan Desbois : Oui, et cette réponse de Pinkner me fait penser à une autre, donnée par David Lynch à propos de la nouvelle saison de Twin Peaks : « Un mystère résolu, vous l’oubliez et vous passez au suivant. Un mystère non résolu, c’est frustrant, mais c’est comme un cadeau ». Un mystère dans une histoire ne doit jamais être une fin en soi, c’est un moyen pour atteindre autre chose. Donner une réponse fermée, définitive est une faute à tous points de vue : narratif (votre histoire est morte après ce point final), éthique (vous perpétuez l’illusion que les problèmes peuvent être résolus une fois pour toutes, qu’il existe des réponses et des vérités absolues), et humain. On en revient à l’écart entre prestidigitation et magie : soit votre mystère est un tour de passe-passe dont vous vous contentez de donner le « truc » (la réponse), soit vous y insufflez de l’âme (en concentrant votre attention sur les effets de ce tour sur les humains, ce que cela révèle d’eux ou change en eux), et alors vous obtenez de la magie, une histoire et une œuvre bien plus intéressantes.

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En 2015, J.J. Abrams réveillait la Force avec l’épisode VII ‘Star Wars The Force Awakens’.

8 / Le rejeu de séquences et motifs spielbergiens dans Super 8 m’a apparu comme une manière pour Abrams de rendre autant hommage à son mentor que d’exposer les différences qui les séparent. Et une chose est flagrante : son rapport à l’horreur. Elle est davantage visible dans le cosmos abramsien que dans la très large cinématographie de Spielberg. Ce rapport à l’horreur ne serait-il pas lié à un autre héritage à porter, celui des films de monstres et d’épouvante-horreur ?

Erwan Desbois : Effectivement, tout en étant très lié à Spielberg, Abrams fait intervenir dans ses créations l’héritage de nombreuses formes et références de cinéma : l’horreur (Cloverfield, Super 8, pas mal d’épisodes de Fringe aussi), l’espionnage, la science-fiction… Et ce qui est encore plus intéressant, c’est de voir que ce travail l’amène à se charger de prolonger ou ranimer des franchises dont il n’était a priori pas proche à l’origine – ses reprises de Mission : Impossible ou Star Trek. Comme si à force de (bien) la travailler, Abrams devenait le principal porteur de l’idée d’héritage à Hollywood et de sa perpétuation – tentant même à son tour, de lancer une franchise originale avec Cloverfield.

« J.J. Abrams fait partie de ceux qui font un pas de côté par rapport à ce samsara du cinéma hollywoodien, cercle vicieux usant jusqu’à l’os les anciennes légendes, parce qu’inapte à s’en inventer de nouvelles et bien en peine de soutenir ceux qui s’y risquent (…) Sauter dans le futur tout en restant obnubilé par le passé, voici une attitude symptomatique de nos sociétés modernes où coexistent, d’une part, l’attrait toujours plus grand pour la technologie, et, de l’autre, une omniprésence de la nostalgie et du besoin de retrouver les émotions de notre enfance. »

Ibid., pages 65 & 73 –

9 / Revenons sur l’état de la cynique machine américaine à grand spectacle : ne pensez-vous pas que J.J. Abrams a participé sans le vouloir – à l’image de Spielberg et Lucas avec la problématique du blockbuster – à la vague de nostalgie filmique qui déglutine sur nos écrans – petits et grands – depuis quelques années ? Je pense, comme vous (page 75), à ces productions parmi lesquelles on trouve Jurassic World, Blair Witch (2016), Terminator Genysis, Knight Rider (2008-2009)…

Erwan Desbois : Certainement, mais c’est là un phénomène qui dépasse n’importe quel cinéaste : car Hollywood a toujours fonctionné de la sorte, cherchant à capitaliser au maximum sur les succès individuels en les transformant en phénomènes de masse – quitte à épuiser les filons les uns après les autres, en lassant le public à force de lui proposer des mauvaises copies de ce qu’il avait apprécié. Et depuis que le cinéma n’est plus dominant (avec l’arrivée de la télévision hier, des services de streaming aujourd’hui), cette pratique va en s’amplifiant.

Pour revenir aux réalisateurs, et pour reprendre l’image de la « vague », il me semble que ce qui fait une part du talent et de l’intérêt d’Abrams comme de Spielberg avant lui, est leur faculté à se comporter en surfeurs qui parviennent à rester juste devant la vague sans se faire avaler par elle. Leur attention est fixée sur le coup d’après, celui qui leur permettra de prolonger ou réinventer leur carrière en restant fidèles à eux-mêmes tout en renouvelant l’intérêt du public. 

10 / Vous avez dû faire un énorme travail de spectateur pour proposer un tel essai sur Abrams. Quel extrait devrait être (re)visionné pour bien terminer la lecture de cet entretien ?

Erwan Desbois : Je vais tricher et en proposer deux : le discours final de Kirk (évoqué plus haut) dans Star trek Into Darkness, pour sa portée humaine (« Souvenons-nous de ce que nous étions et que nous devons être à nouveau ») et le beau raccord fait à la fin avec le mantra de la série originelle ; et la scène d’ouverture de Mission : Impossible III, première séquence de cinéma conçue par Abrams, et parfaite sur tous les registres du cinéma de divertissement – tension, mystère, méta, direction d’acteurs…

 J.J. Abrams ou l’éternel recommencement

Erwan Desbois

Publié le 18 Octobre 2017

128 pages – Cinéma / Essai

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7 euros en Version Numérique

14 euros en Version Papier

https://www.youtube.com/watch?v=s41sTKSQlyk

Ci-dessus, la deuxième séquence conseillée par Erwan Desbois pour bien terminer la lecture de cet entretien.

Les Enfants du Paradis, l’univers enchanté de Prévert et Carné

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Souvent classé parmi les meilleurs films du cinéma français, Les Enfants du Paradis est représentatif d’un certain type de cinéma poétique et émouvant qui accorde beaucoup d’importance aux dialogues et à un casting impressionnant.

Synopsis : Paris, 1828. Une actrice, Garance, est engagée au Théâtre des Funambules. Elle séduit le mime Deburau, qui, quant à lui, est aimé par l’actrice Nathalie.

Tourner un film sous l’Occupation n’était pas chose évidente, et la fabrication de ces Enfants du Paradis fut déjà toute une aventure. Voulant à tout prix faire son film avec des personnes aussi compétentes que Joseph Kosma (compositeur de musique) et Alexandre Trauner (concepteur des décors qui fut une référence mondiale en la matière, travaillant, entre autres, pour Orson Welles, Joseph Losey ou Billy Wilder), tous deux Juifs, Marcel Carné fut dans l’obligation d’aller dans le Sud de la France, en zone « libre ». Il commença donc le tournage des Enfants du Paradis aux studios de la Victorine, à Nice. Puis, le film fut achevé en partie dans la clandestinité, le travail, constamment interrompu, s’étalant sur plusieurs années.

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Une histoire immortelle

Il est facile de retrouver ici toutes les qualités techniques habituelles du cinéma de Carné et de son équipe. D’abord, ce sont les décors qui nous sautent aux yeux. La reconstitution du Boulevard du Crime (boulevard parisien où se concentraient les théâtres) est absolument magnifique. Mais, plus que cela, par son travail sur la photographie et la lumière, par ses mouvements de caméra amples et sa science du cadrage, Carné nous plonge d’emblée dans cet univers des saltimbanques où nous nous sentons tout de suite comme chez nous. Nous sympathisons immédiatement avec ces personnages, Garance, Deburau, Frédérick Lemaître, et cette empathie ne disparaîtra pas un seul instant pendant les trois heures du film.

Même si le film se déroule à une date précise (1828 pour la première partie), même s’il nous montre des personnages ayant réellement existé (Lacenaire, Deburau, Lemaître), Marcel Carné parvient, avec Les Enfants du Paradis, à mettre en place une sorte de sentiment d’éternité. L’action de son film semble échapper au temps. Comme l’œuvre précédente du réalisateur, Les Visiteurs du soir, nous sommes pratiquement ici dans le domaine de la fable, d’une histoire éternelle sur le thème des sentiments, de l’amour, de la trahison, de la liberté. Il est facile, surtout avec le recul, de voir dans Les Enfants du Paradis beaucoup d’allusions à la France de son époque, avec ses collaborateurs, avec ceux qui cherchent à être libres, et avec sa méfiance envers les autorités en général, et la police en particulier.

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Prévert, l’amour et la liberté

Ce qui, sans aucun doute, marque le plus le spectateur dans Les Enfants du Paradis, c’est le scénario. Jacques Prévert a mis là tout ce qui constitue son univers, et il est facile d’y retrouver les thèmes qui peuplent déjà ses poèmes.

Ainsi, le thème de l’amour est central dans le film. Tout tourne autour de l’amour porté à Garance. L’amour désinvolte de Frédérick Lemaître, qui passe d’une femme à l’autre. L’amour jaloux et violent de Lacenaire qui, ne pouvant obtenir satisfaction, préfère se réfugier dans le crime et attaquer la jeune femme. L’amour passionné de Deburau, qui donne lieu à une des plus scènes du film, une pantomime particulièrement émouvante et poétique jouée sur la scène du théâtre des Funambules. Et l’amour exclusif du comte de Montray, qui, une fois qu’il aura épousé Garance, l’enfermera dans une cage dorée.

Mais la jeune femme est aussi un personnage typique de Prévert. Et, en tant que telle, elle n’aspire qu’à une chose, sa liberté. Garance est trop libre pour se laisser enfermer, même dans un couple, même par amour.

Car l’amour peut devenir aussi un piège où s’enferment les personnages. C’est le problème de Deburau, qui s’est finalement marié avec Nathalie. Toute la seconde partie du film nous montre le personnage du mime tiraillé entre ce mariage, symbole d’un contrat qui, pour lui du moins, s’est fait sans sentiment, et son amour pour Garance, femme qu’il adule comme une déesse (voir, là aussi, le rôle qu’il lui a donné dans sa pantomime). Fidèle à ses convictions, qui l’avaient rapproché du mouvement surréaliste, Prévert nous donne ici un exemple de cet amour fou qui fait éclater toute convention sociale, quitte à causer de la peine et de l’incompréhension autour de lui (à ce titre, il faut signaler l’interprétation exceptionnelle de Maria Casarès, toute en finesse et en retenue, d’autant plus émouvante qu’elle refuse de surjouer le chagrin de Nathalie).

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Le monde des saltimbanques

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Donc, nous avons ici la liberté de Garance, qui vient de nulle part et repart on ne sait où, se permettant de refuser la vie dorée que lui propose un comte (on peut voir là un pied de nez aux contes, puisque la jeune femme pauvre rejette le noble et riche amoureux). Ce thème de la liberté, si cher à Prévert (et qui, là aussi, prend une signification toute particulière dans le contexte politique français de l’époque) se retrouve tout au long du film. En implantant son film sur le Boulevard du Crime, le scénariste décide de rendre hommage à un certain type de théâtre, celui des saltimbanques. C’est le théâtre de l’improvisation et de l’expression des sentiments, directement opposé à celui du répertoire, de la Comédie-Française, qui s’enferme dans des textes appris par cœur et un respect des classiques.

Il est facile, derrière le personnage de Deburau et sa qualité de mime, de voir un hommage au cinéma muet. Comme beaucoup de surréalistes, Prévert s’était opposé au passage au parlant, pensant que le cinéma perdrait alors beaucoup de sa poésie. Il est évident que les scènes où l’on voit le mime Deburau en action sont absolument magnifiques et rappellent, par bien des aspects, les films comiques muets, en particulier ceux de Chaplin.

Les Enfants du Paradis constituent un film d’une grande richesse. Grande qualité technique, interprétation remarquable, y compris dans toute une foule de petits rôles qui donnent une profondeur à l’univers mis en place par Prévert et Carné, dialogues inoubliables, le film mérite amplement sa place au panthéon des grands classiques du cinéma français.

Les Enfants du Paradis : bande annonce

Les Enfants du Paradis : fiche technique

Réalisateur : Marcel Carné
Scénariste : Jacques Prévert
Interprétation : Jean-Louis Barrault (Deburau), Arletty (Garance), Pierre Brasseur (Frédérick Lemaître), Maria Casarès (Nathalie), Marcel Herrand (Lacenaire), Louis Salou (comte de Montray).
Photographie : Roger Hubert, Marc Fossard
Musique : Joseph Kosma, Maurice Thiriet
Montage : Madeleine Bonin, Henri Rust
Production : Raymond Borderie, Fred Orain
Société de production : Pathé Cinéma
Société de distribution : Pathé Consortium Cinéma
Date de sortie : 9 mars 1945
Date de reprise : 21 février 2018 (rétrospective Prévert)
Genre : drame
Durée : 190 minutes, en deux parties

France- 1945

Moi, Tonya de Craig Gillespie : le patinage artistique côté cash et trash

Hasard du calendrier ? Volonté de marquer les esprits ? Quoi qu’il en soit, Moi, Tonya, sort sur les écrans français le jour où débutent à PyeongChang les épreuves féminines de patinage artistique. On ne peut faire guère mieux comme publicité.

Synopsis : En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Un peu d’histoire : retour sur le Hardigan-gate qui a passionné la planète

6 janvier 1994, Cobo Center de Détroit. La veille des championnats américains qualificatifs pour les Jeux Olympiques d’Hiver de Lillehammer (12 – 27 février), la patineuse américaine Nancy Kerrigan est agressée physiquement au sortir de la glace. Frappée au-dessus du genou par un bâton télescopique, elle ne peut participer à la compétition mais sera cependant aux JO.

A l’issue de l’enquête fédérale, l’entourage de sa compatriote Tonya Harding est suspecté et condamné : son ex-mari Jeff Gilloly, son auto-proclamé garde du corps Shawn Eckardt et les deux exécutants (Stant et Smith). Tous seront condamnés à des peines de prison plus ou moins longues. Quant à la patineuse, elle sera reconnue coupable de faux témoignage et les sanctions seront lourdes : 110 000 us$ d’amende, 500 heures de travaux d’intérêt général et une exclusion à vie de la fédération américaine de patinage.

Avec 127 millions de téléspectateurs, le programme court de danse sur glace, qui voit Kerrigan et Harding s’affronter, reste l’un des événements sportifs les plus jamais suivis sur le petit écran.
Un cirque médiatique sans précédent se met en place avec pas moins de 400 ‘journalistes’ débarquant à Lillehammer pour s’entasser dans la patinoire olympique.

Le palmarès aux JO 1994 est anecdotique : Kerrigan décrochera la médaille d’argent derrière l’ukrainienne Oksana Baiul et Harding se classera huitième.

Un parti pris assumé pour réhabiliter Tonya Harding ?

A l’annonce du projet, le film Moi, Tonya était décrit comme un biopic mais dès les premières vidéos, on s’est rendu compte que l’optique n’était pas/plus tout à fait celui-là.
A la sortie du film, on a plus à faire à une docucomédie mêlant faits réels et fictifs, un style qui s’est développé depuis le début des années 80 (Les dieux sont tombés sur la tête de Jamie Uys, 1980).

Moi, Tonya s’intéresse à la vie de Tonya Harding depuis ses débuts sur la glace (à 3 ans) jusqu’à sa chute après les JO, il ne se basera que sur le point de vue de deux protagonistes : Tonya Harding et Jeff Gilloly.

Le générique d’ouverture est d’ailleurs clair sur ce point puisqu’il prévient que le film est basé sur des entretiens « dénués d’ironie, violemment contradictoires et totalement sincères » avec Tonya Harding et Jeff Gillooly.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, si le film de Gillepsie se focalise sur la vie de Tonya Harding, le scénario de Steven Rogers n’est donc pas l’adaptation de l’autobiographie de Harding sortie en 2008 (The Tonya Tapes).

Ainsi, nous n’aurons pas les points de vue de deux autres acteurs marquants : LaVona Golden (la mère abusive de Tonya) et Shawn Eckardt (décédé en 2005). La victime Nancy Kerrigan n’aura pas davantage droit au chapitre.

C’est donc un récit forcément biaisé que nous proposent Gillespie et Rogers.

Un film qui pêche plus sur le fond que sur la forme

Pour autant, Moi, Tonya n’a pas pour vocation d’excuser Tonya Harding. Elle n’y est ni victime ni héroïne. Sous l’œil de Gillepsie, elle est présentée de manière cash. Elle détonne dans ce milieu artistique plus habitué au rose et aux patineurs bien sous tous rapports. C’est d’ailleurs ce que la fédération a toujours reproché à Harding : son côté cash, limite trash. Plus athlétique que ses concurrentes (à l’image de la française Surya Bonaly), Tonya Harding ne rentrait pas dans le moule. Et à chaque pas, on s’est bien assuré de le lui rappeler.

Malgré ça, le film de Gillepsie ne tombe jamais dans le pathos ni dans la victimisation de son personnage principal.

Certes elle a été élevée par une mère violente et abusive qu’elle a fui pour se retrouver mariée à un être tout aussi violent et abusif. Certes Tonya Harding n’a pas toujours pris les bonnes décisions. Mais elle les a prises avec les armes dont elle disposait ; elle a grandi avec le peu d’armes que son éducation (elle a arrêté l’école à 15 ans) lui avait donnés.

Et elle a dû affronter un emballement médiatique sans précédent qui l’a clouée au pilori, faisant d’elle à jamais la vilaine dans cette affaire (rappelons juste qu’elle n’a été reconnue coupable que de non dénonciation de délit). Si en 2018 nous sommes plus ou moins habitués à voir les médias couvrir en live les événements, l’affaire Harding/Kerrigan était une première. C’est la première fois que les télévisions campaient devant les habitations. Une première qui sera détrônée quelques semaines plus tard par l’affaire O.J Simpson et la poursuite de la Bronco sur l’autoroute. Un événement très bref dans le film de Gillepsie mais qui souligne bien la responsabilité d’une certaine presse dans le devenir de Tonya Harding.

La manière de filmer du réalisateur australien est pour beaucoup dans cette absence de victimisation. Craig Gillespie a en effet fait le choix de filmer au plus près de l’action. On est témoin par des plans serrés des violences subies, qu’elles soient verbales ou physiques. Et pour ajouter à cette volonté d’immersion, le fameux quatrième mur est brisé à de très nombreuses reprises, les personnages de Harding et Gilloly s’adressant directement aux spectateurs.

Côté décors et costumes, les équipes techniques ont fait un excellent travail avec une solide reconstitution de l’époque. Que ce soit dans les tenues des patineuses ou dans la vie de tous les jours, tout est très fidèle à l’époque. Une mention particulière pour la bande-son très rythmée qui accompagne bien l’action à l’écran.

Un duo d’actrices au top

Pour porter un tel film, il fallait une distribution douée.

Ce qui frappe en premier, c’est Allison Janney, plus qu’inspirée dans le rôle de LaVona. Une interprétation qui devrait logiquement lui valoir un Oscar le 4 mars prochain puisqu’elle a déjà remporté le prix de Meilleure actrice dans un second rôle à trois reprises (Screen Actors Guild Awards 2018, Golden Globes 2018 et British Academy Film Awards 2018). Une interprétation mesurée qui ne nous fait pas totalement détester le personnage.

Et dans le rôle de Tonya Harding, on retrouve l’australienne Margot Robbie (ex Harley Quinn dans Suicide Squad), méconnaissable et elle aussi en route pour l’Oscar. Si perruque et prothèses ont été nécessaires pour la faire ressembler à Tonya, elle parvient à disparaître derrière le rôle. On pouvait s’attendre à une caricature de la patineuse, il n’en est rien. On peut tout au plus lui reprocher une stature plus élancée que celle de Harding (1 mètre 68 vs 1 mètre 55) et de la camper de ses 15 à 24 ans alors qu’elle-même en a 27. Il aurait peut-être été judicieux de choisir une troisième actrice pour camper Tonya Harding adolescente (en sus de Mckenna Grace et Margot Robbie).

A noter que Robbie a donné de sa personne puisqu’elle a suivi un entraînement de cinq mois pour effectuer elle-même la majorité des séquences de patinage. A une (grosse) exception près : le triple axel lors de la compétition de 1991. Aucune patineuse n’étant disponible si près des JO de PyongChang, les effets spéciaux ont « collé » sur la prestation originale de Harding le visage de Robbie. Un montage qui se voit mais avec un budget limité de 11 millions de dollars, Moi, Tonya ne bénéficiait pas des mêmes largesses techniques que les blockbusters.

Aussi étonnant que celui puisse paraître, le personnage de Gilloly, instigateur principal de l’agression contre Kerrigan, est plus effacé. Si la composition de Sebastian Stan ne semble pas en cause, on aurait aimé un personnage plus tranché.

Moi, Tonya, un film à voir ?

Pour les plus de 30 ans qui ont vécu l’attaque et les JO de Lillehammer, le film de Graig Gillepsie a le mérite d’éclairer d’un jour nouveau les événements (un peu comme la série d’anthologie American Crime Story l’avait fait pour O.J Simpson) en ajoutant les éléments de contexte (environnement de Tonya Harding notamment).

Pour les plus jeunes spectateurs, difficile de les inciter à aller voir un film sur des événements aussi anciens, même si la discipline a bénéficié d’un important coup de projecteur suite à ces événements peu glorieux.

Le monde si parfait du patinage artistique en ressort égratigné et Tonya Harding quelque peu réhabilitée.

Et plus de 24 ans après les faits, il était temps …

Moi, Tonya : la bande-annonce

Moi, Tonya – Fiche technique

Titre original : I, Tonya.
Réalisateur : Craig Gillespie.
Scénario : Steven Rogers.
Interprétation : Margot Robbie (Tonya Harding), Allison Janney (LaVona Harding), Sebastian Stan (Jeff Gilooly), Paul Walter Hauser (Shawn Eckhardt), Julianne Nicholson (Diane Rawlinson), Mckenna Grace (Tonya Harding jeune), Caitlin Carver (Nancy Kerrigan), Bojana Novakovic (Dody Teachman).
Musique : Peter Nashel.
Photographie : Nicolas Karakatsanis.
Montage : Tatiana S. Rigel.
Producteurs : Bryan Unkeless, Margot Robbie, Tom Ackerley et Steven Rogers.
Maisons de production : LuckyChap Entertainment et AI Film.
Distribution (France) : Mars Films.
Récompenses : Meilleure actrice dans un second rôle pour Allison Janney (Screen Actors Guild Awards 2018, Golden Globes 2018 et British Academy Film Awards).
Durée : 120 minutes.
Genre : Drame, biopic, comédie.
Date de sortie : 21 février 2018.
USA – 2017

Auteur : Grae Leigh

Black Panther de Ryan Coogler : Critique du film Marvel

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Black Panther, un film enraciné dans l’histoire et dans la culture tribale africaine, transcende le genre des super-héros et devient lyrique avec son visuel simplement magnifique et sa distribution stellaire. Ryan Coogler, le réalisateur du drame indie Fruitvale Station et de Rocky Creed offre certainement l’un des meilleurs Marvel, s’inscrivant parfaitement dans le MCU post – Captain America : Civil War

Un des événements cinématographiques de cette année 2018, que dis-je, de ce XXIème siècle est sans aucun doute la sortie dans les salles de Black Panther, le héros félin de Wakanda qui a ému toute une communauté, pour ceux qui ont déjà eu la chance de le découvrir dans les salles obscures. (Il n’est pas trop tard pour les autres : courez dans votre cinéma le plus proche réserver des places !)

Après nous avoir teasé pendant de longs mois avec les images officielles sorties lors du dernier Comic-Con 2017, le public avait dans un premier temps pu découvrir T’Challa dans Captain America : Civil War. Et il est désormais aisé de conclure, pour ceux qui l’ont vu, que l’intrigue développée pour T’Challa dans Civil War a servi de prémisse à une toute autre intrigue, une toute autre histoire qui allait bouleverser beaucoup : l’histoire de Black Panther.

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Black Panther est tiré d’un comics inventé en 1966 par Stan Lee (script) et Jack Kirby (design). T’Challa, aka Black Panther, devient à la mort de son père, roi de Wakanda : une mystérieuse nation africaine immensément riche et hyper moderne (grâce à son intelligente exploitation du vibranium, le métal le plus puissant du monde) qui a su préserver sa culture ancestrale en protégeant religieusement ses frontières de toutes vies étrangères. La splendeur de cette nation afrofuturiste se retrouve en son roi, T’Challa. Moins félin que son alter ego, mais tout aussi grand par sa prestance, son courage, sa dévotion et sa grâce, le fils de T’Chaka rencontre malheureusement différents adversaires  (M’Baku, Ulysses Klaue, et Killmonger) lors de sa route pour le trône de Wakanda.

Toutefois, beaucoup plus emblématique, Erik « Killmonger » Stevens, est sans aucun doute le personnage le plus important de ce long métrage. C’est un ancien commando des forces spéciales décidé à venger la mort de son père. Impeccablement interprété par Michael B. Jordan (qui avait déjà tourné dans deux productions de Ryan Coogler – Fruitvale Station, Creed), Killmonger se détache particulièrement des autres personnages du dernier Marvel par sa complexité. Irrévérencieux, arrogant, et robuste, Killmonger est un personnage qui a du chien. Mais l’idéologie portée par Erik et qui constitue le fer de lance de l’intrigue Black Panther, s’avère plus troublante et plus profonde qu’il n’y paraît. Sympathique sous un certain angle, nihiliste sous un autre, Killmonger est un méchant qui attire notre empathie par son histoire au fur et à mesure qu’on la découvre. Orphelin dès le plus jeune âge, Erik a connu l’oppression vécue par sa communauté afro-américaine et souhaite renverser la balance en faisant de tous les opprimés du monde des oppresseurs, grâce à la technologie du vibranium.

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De fait, la dimension politique de Black Panther se retrouve dans ce personnage transversal et intrépide qui, à bien des égards, côtoie beaucoup la philosophie du mouvement des Black Panthers. Singulièrement intéressant à relever, Lee et Kirby ont créé le comics du super-héros félin dans la même période que s’est développé le parti politique des Black Panthers ; et à en croire le père de Spiderman, il s’agissait uniquement d’une coïncidence. On peut néanmoins faire un rapprochement entre les motivations de l’intrépide Killmonger et ceux du parti d’Angela Davis. A cela près qu’Erik est aussi porté par un désir de vengeance suite à un drame personnel qui l’a rendu amer et qui justifie presque toutes ses actions. L’identité aux multiples facettes d’Erik Stevens constitue un des succès du film, Killmonger devenant l’une des figures antagonistes de l’univers Marvel les plus abouties et réussies.

L’importance des femmes est aussi à souligner. Lors du rituel de passation de pouvoir, T’Challa, boit un breuvage qui lui permet de revoir le défunt T’Chaka. Lorsque le fils demande à son père comment il peut assurer un bon règne, la figure paternelle lui dit de s’entourer de personnes de confiance. Or, il est intéressant d’observer que ces personnes de confiance concernent exclusivement des femmes. Chacune ayant un rôle bien distinct (mère, sœur, intérêt amoureux, garde du corps), la force de caractère de ces femmes font d’elles et de leurs concitoyennes, la pierre angulaire de Wakanda. Et une mention spéciale est à faire à Letitia Wright qui interprète la sœur de T’Challa, Shuri, et Danai Gurira (Walking Dead) dans le rôle de la guerrière Okoye, dont les performances ont été particulièrement brillantes.

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Okoye fait partie de l’élite des forces spéciales des Dora Milaje, des femmes bodyguard et de la sécurité royale qui se distinguent par un style vestimentaire sans pareil, à en faire pâlir les amazones de Themyscira (l’île de Wonder Woman). Beaux, positifs, avancés, vibrants, les costumes créés pour le film ont un but identitaire. Le peuple de Wakanda se sert des vêtements comme un moyen de s’exprimer, pour maintenir l’ordre social et pour honorer les ancêtres. A la fois contemporaine et traditionnelle, la mode Wakandaise « a un côté mythique, lyrique, et somptueux ». On y retrouve le style touareg, zulu, ou bien encore maasaï pour ne citer qu’eux, mais aussi tout l’éclectisme, la modernité et la technicité attendus d’une production Marvel. Le chef d’œuvre opéré sur ces costumes est du à une femme, la costume designer Ruth Carter (nommée deux fois aux Oscars pour son travail dans Malcolm X et Amistad) qui explique qu’elle voulait « montrer au monde la beauté d’une robe tribale et la mettre en avant d’une manière moderne ». Cosmopolite, avant-gardiste et afro-futuriste, la mode africaine constitue à elle seule un diamant brut taillé spécifiquement pour Black Panther.

Étudié jusqu’au moindre détail, le film rencontre tout de même un gros bémol qu’il convient d’évoquer : les images de synthèse qui, souvent, paraissent inachevées en comparaison avec les blockbusters du même genre. Dure dure la comparaison avec les autres blockbusters Marvel. Mais, ce que l’on peut déjà clamer haut et fort, c’est que Black Panther est un film d’envergure désormais marqué dans les annales. Après Straight Outta Compton et Get Out, Black Panther prouve une fois de plus qu’une production cinématographique à dominante noire est « bankable ». Les chiffres en attestent d’ailleurs puisque le film de Coogler a réalisé plus de 192 millions de dollars en seulement trois jours de sortie en Amérique du Nord, ce qui en fait la 5ème plus grosse sortie de tous les temps et la deuxième production Marvel à avoir le mieux réussi au box office (derrière Avengers sorti en 2012). Que d’exploits ! Et ce n’est que le début à en croire la critique acclamante. Black Panther est un film novateur qui a excédé les attentes et fait évoluer tout un genre cinématographique, pour le plus grand bonheur d’une partie de la population mondiale qui, enfin, a un superhéros à son image. Chapeau bas Coogler et merci !

Synopsis : Après les événements qui se sont déroulés dans Captain America : Civil War, T’Challa revient chez lui prendre sa place sur le trône du Wakanda, une nation africaine technologiquement très avancée. Mais lorsqu’un vieil ennemi ressurgit, le courage de T’Challa est mis à rude épreuve, aussi bien en tant que souverain qu’en tant que Black Panther. Il se retrouve enchaîné dans un conflit qui menace non seulement le destin de Wakanda, mais aussi le monde entier…

Black Panther : Bande-annonce

Black Panther : Fiche Technique

Réalisateur : Ryan Coogler
Scénario : Ryan Coogler, Joe Robert Cole, basé sur Marvel Comics par Stan Lee, Jack Kirby
Distribution : Chadwick Boseman, Michael B. Jordan, Lupita Nyong’o, Daniel Kaluuya, Martin Freeman, Danai Gurira, Andy Serkis, Angela Bassett, Forest Whitaker, Winston Duke, Letitia Wright
Bande originale : Ludwig Göransson
Costumière : Ruth E. Carter
Maquilleur : Joel Harlow
Superviseur des effets visuels : Dan Sudick, Geoffrey Baumann
Budget : 200 millions USD
Genre : Film de super-héros
Distributeur France : The Walt Disney Company France
Production : Marvel Studio, Walt Disney Pictures
Date de sortie : 14 février 2018
Durée : 2h14mn
Nationalité américaine

Pour en savoir plus sur Black Panther

Altered Carbon de Laeta Kalogridis : la réussite SF de Netflix sur l’aliénation de l’immortalité

Avec ses allures de grands blockbusters hollywoodiens, la nouvelle série de Netflix, Altered Carbon, est une réussite. Même si le résultat n’est pas toujours très finaud, la série arrive parfaitement à faire cohabiter l’action gore du polar au questionnement existentialiste de l’univers SF esthétisé à outrance.

Dans son processus, Altered Carbon contient de nombreuses ressemblances avec American Gods de Bryan Fuller : loin d’être subtiles dans leur approche philosophique et passant par des sous intrigues à l’intérêt discutable, ces deux séries ont surtout l’avantage de présenter un environnement moderne, un acteur principal aussi athlétique que sombre, une esthétique aussi organique que pompeuse, et une imagerie trash sans tabou. Passant de ruelles pluvieuses illuminées par des néons criards aux demeures grandiloquentes d’une caste privilégiée, de scènes d’actions sanguinolentes aux effluves sexuelles crues, la série gagne en profondeur grâce à sa direction artistique et son visuel design digne de grands blockbusters SF. Sans toucher la perfection d’un Blade Runner 2049, l’univers est protéiforme, technologique, violent et détonne d’une certaine déliquescence.

Altered Carbon, le grand budget de Netflix, avec l’extravagance de ses CGI, pose de grandes questions sur le sens de la vie, notre condition à la mortalité, ce qui nous rend humain, comment la science et la religion peuvent se connecter. Le point central de la série est l’incarnation de la technologie via l’esprit et l’utilisation du corps. Au lieu d’être d’un énième erzast de Blade Runner ou de Ghost in The Shell, la création de Laeta Kalogridis qui adapte le roman de Richard K. Morgan, s’accapare le thème de l’immortalité : l’âme des gens est intégrée dans des « piles », des puces de sauvegarde de la conscience qui peuvent être transplantées dans n’importe quelle enveloppe corporelle. Tuer le corps ne suffit pas pour tuer l’humain.

Cette création permet donc à la population la plus riche de ne plus vieillir, de se servir de la technologie pour passer de corps en corps et de pousser leur désir fantasmatique encore plus loin dans la folie à l’instar de la richesse représentée dans Salo et les 120 jours de Sodome. On suit donc l’histoire de Laurens Brancroft, homme riche qui vient de se faire tuer et qui souhaite savoir qui a tenté de le tuer. Pour cela, il demande à Takeshi Kovacs, un soldat rebelle dont l’esprit est congelé depuis des années ; s’il réussit l’enquête et trouve le coupable, Brancroft lui donnera sa liberté. Cette étude de la corporalité de l’âme, ce portrait d’une humanité sans chair identitaire, où le corps n’est qu’un vêtement d’apparence, permet à la série de tirer sa singularité. Altered Carbon, au-delà de son postulat de polar existentialiste SF, est un récit sur la confusion des visages, la mécanisation des corps, la disparition des genres et l’imbroglio des sentiments humains : on pense à Cronenberg, Verhoeven, aux sœurs Wachowski.

Même si les rouages de la série sont parfois un peu grossiers, un brin tape à l’œil, un peu confus dans l’enchevêtrement à la fois des thématiques et de l’intrigue qui patauge avec parcimonie, Altered Carbon propose un éventail cyberpunk assez imposant de pistes scénaristiques, de personnages complexes (Quell ou Poe). Dans l’univers qui nous est proposé, la technologie n’est pas qu’une affaire médicale : elle est un vrai sujet de société qui amène une partie des citoyens à se rebeller pour dissoudre l’immortalité et la déshumanisation. Politique, religion, sentiment, mœurs de la société, corruption permettent donc de voir resurgir la question de la disparité entre les classes.

Là où Altered Carbon brille, non sans ironie et humour, c’est dans ses visuels futuristes et ses explorations thématiques de la nature de l’identité et de l’âme. Le paysage urbain de Bay City est à la fois morne et magnifique, à la fois gris et néon, à la fois au sol et dans les airs. La toile de fond narrative qui va de l’objection religieuse à la réimplantation des âmes dans le corps de quelqu’un d’autre jusqu’à l’impact sociétal des riches ayant le choix des corps les plus désirables, a des concepts impressionnants à utiliser comme point de départ d’une série qui n’a pas encore tout dit sur ses mystères. Vu la profondeur de champ que peut offrir cette série, et les concepts qui l’entourent, c’est à se demander vers quelle direction pourrait se tourner une éventuelle saison 2. On a déjà hâte.

Bande annonce – Altered Carbon

Fiche Technique – Altered Carbon

Créateurs : Laeta Kalogridis
Réalisation : Nick Hurran, Pete Hoar, Uta Briesewitz, Alex Graves
Scénario : Laeta Kalogridis,
Interprètes : Joel Kinnaman, Martha Higareda, James Purefoy
Société de production : Skydance Productions
Société de distribution : Netflix
Genre : Polar, SF
Durée : 10 épisodes de 50 minutes environ
Date de diffusion : 2 février 2018

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L’Apparition : une profession de foi qui manque de rythme mais pas d’ambition

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Entre thriller religieux et réflexion mystique sur la vérité, L’Apparition serait le versant français, moderne et quasi-documentaire du Silence de Martin Scorsese. Mais malgré un pitch prometteur et des acteurs irréprochables, Xavier Giannoli échoue à haranguer le spectateur dans un récit lénifiant, plombé par des facilités et une réalisation trop télévisuelle. Frustrant.

Contrairement aux apparences, L’Apparition ne traite pas du christianisme en tant que religion, celle-ci n’étant placée qu’au second plan du récit. Le long-métrage de Xavier Giannoli se veut être une réflexion assez cartésienne du phénomène religieux, au travers de son personnage principal, Jacques, un grand reporter travaillant à Ouest-France. Après la mort de son collègue photographe, le Vatican le contacte pour une enquête canonique. Une jeune femme de 18 ans, Anna, affirme avoir eu une apparition de la Vierge Marie, et le bouche-à-oreille va si loin que des milliers de pèlerins accourent pour se recueillir sur les lieux de l’apparition. N’étant pas pratiquant, les convictions terre-à-terre du journaliste vont se heurter à l’univers religieux.

Profession de foi

Des dissertations filmiques (La Dernière tentation du Christ, Silence) à l’adaptation formelle de la Bible (La Passion du Christ), le cinéma a souvent noué une relation fusionnelle avec la religion. Et parce qu’on dit souvent qu’une œuvre filmique témoigne de la profession de foi de son réalisateur, quoi de mieux que le 7e art pour traiter cette thématique au combien sensible dans toute société. Pourtant, l’Apparition ne semble pas susciter l’émoi des spectateurs, n’étant distribué que sur 200 copies en France. Il faut tout simplement comprendre que son réalisateur Xavier Giannoli, nommé plusieurs fois aux Césars du meilleur réalisateur (Marguerite, Quand j’étais chanteur), échoue à créer un récit percutant, enchaînant des situations cousues de fil-blanc.

Outre son rythme s’étirant à outrance vers l’ennui profond, L’Apparition souffre avant tout de personnages fonctions bien trop visibles à l’écran. Dès lors qu’on a compris leur point de vue et leur position face au récit, les situations deviennent hautement prévisibles, empêchant toute immersion comme s’évertue pourtant le vouloir son réalisateur. Mais avec une mécanique bien trop maniérée pour surprendre, cette lente histoire de quête pour la vérité perd automatiquement de son impact. La faute également à des situations non résolues, véritable frustration dans un récit aussi lénifiant. Autant de difficultés que le long-métrage a du mal à surmonter, préférant jouer sur une ambiance austère et nihiliste, montrant la déliquescence de la jeune femme presque victime de sa vision divine.

En quête de vérité

Malgré toutes ses faiblesses, avant tout liées à sa narration mollassonne, L’Apparition peut se vanter d’une ambiance assez singulière, lorgnant avec une certaine réussite du côté du mysticisme religieux et de la réflexion rationnelle du personnage de Jacques sur sa quête viscérale de la vérité. Sans être une révolution du genre, L’Apparition propose un point de vue étonnant dans son approche de la religion. C’est d’ailleurs dans son approche très terre-à-terre que le film trouve tout son intérêt, Xavier Giannoli ne tombant pas dans la complaisance vis-à-vis de ces adeptes de la foi. Dans son propre intérêt d’auteur, il questionne le spectateur dans ses convictions, aussi bien religieuses que raisonnées, tout en scrutant son propre rapport à cette Église. En ressort de surcroît une ambiance particulière, soutenu par la photographie soignée d’Eric Gautier, oscillant entre la chaleur de cette quête humaine et l’obscurité qui s’abat sur le personnage d’Anna.

Et malgré ces personnages parfois mal construits dans leur parcours, le casting reste sans reproche. Vincent Lindon y trouve l’un de ses meilleurs rôles depuis La Loi du marché, grâce à une justesse dont lui seul à le secret. On pourra aussi répéter ces louanges pour la révélation du film, Galatea Bellugi, jeune actrice française issus des planches du théâtre et aperçue au cinéma dans Réparer les vivants. En jouant le rôle d’une voyante qui perd pied face à la remise en cause de sa vision divine, l’interprète a tout d’une grande, et fera sûrement partie des révélations des prochains Césars.

Vous l’aurez compris, L’Apparition ne remplit pas toutes ses promesses. En dépit de son pitch et ses thématiques qui prêtent à embarquer le spectateur dans une réflexion sur ses convictions, Xavier Giannoli échoue à donner un souffle à son récit. Empli de facilités et de certaines incohérences, le long-métrage se contente de soigner sa photographie et de mettre en avant son excellent casting pour espérer faire passer la pilule. Mais c’est avec une certaine sympathie qu’on aborde la question de ce long-métrage intéressant et assez ambitieux, qui prouve le talent de son réalisateur à créer une ambiance si particulière. On regrettera finalement qu’il n’y ait pas apporté le soin nécessaire pour en faire autre chose qu’une introspection canonique.

Synopsis : Jacques est un reporter respecté pour un grand quotidien régional français. Journaliste talentueux et impartial, il est contacté par le Vatican qui l’engage pour une mission particulière : faire partie d’un comité chargé d’enquêter sur plusieurs apparitions de la Vierge Marie aperçue par une jeune fille Anna dans une petite ville du sud-est de la France. Alors que des milliers de pèlerins viennent se recueillir sur le lieu des apparitions présumées, Jacques rencontre la sensible et dévote Anna, partagée entre sa foi et les nombreuses sollicitations qu’elle reçoit, mais il découvre également les motivations cachées et les pressions à l’œuvre. Alors qu’il est confronté aux opinions opposées des membres du Clergé et les sceptiques du comité d’enquête, les croyances de Jacques vont être bouleversées…

L’Apparition – Bande annonce

L’Apparition – Fiche technique

Réalisateur : Xavier Giannoli
Scénario : Jacques Fieschi, Xavier Giannoli et Marcia Romano
Interprétation : Vincent Lindon (Jacques), Galatea Bellugi (Anna), Patrick d’Assumçao (Père Borrodine), Elina Löwensohn (Dr de Villeneuve)
Photographie : Éric Gautier
Montage : Cyril Nakache
Costumes : Isabelle Pannetier
Producteurs : Olivier Delbosc, Émilien Bignon
Maisons de production : Curiosa Films, Proximus, France 3 Cinéma, Gabriel Inc. et Memento Films Production
Distribution (France) : Memento Films Distribution
Budget : 5 millions d’euros
Durée : 127 min
Genre : Drame
Date de sortie (France) : 14 février 2018
France – 2018

 Voir la fiche film L’Apparition sur betaseries

Gomorra saison 3 : Une entrée en matière suffocante pour la prise de pouvoir de Genny Savastano !

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La nouvelle saison de Gomorra faisait son grand retour sur les antennes de Canal + ce jeudi 15 février 2018. Les retrouvailles entre Genny Savastano et Ciro Di Marzio ont tenu leurs promesses dans ces deux premiers épisodes haletants qui dévoilent et dénoncent toujours un peu plus les pratiques de la mafia à l’échelle planétaire.

Après de longs mois d’attente, les téléspectateurs français ont donc pu enfin découvrir les épisodes inédits de la saison 3 de Gomorra sur les antennes de Canal +. Les « cliffhangers », les séquences chocs à la fin de chaque saison, avec un duel l’arme à la main, étaient à couper le souffle. Les vastes plaines des westerns spaghettis d’Almeria étaient en réalité remplacées par les quartiers du Nord de Naples. Ces séquences ont réservé de nombreuses surprises et ont eu des conséquences dramatiques sur les affrontements entre les clans Conte et Savastano et sur la hiérarchie au cœur de la famille Savastano.

Ces deux premiers épisodes de la saison 3 servent littéralement d’électrochocs. La conquête du pouvoir de Genny Savastano sera impitoyable. Cette entrée en matière de la nouvelle salve d’épisodes de Gomorra est à nouveau une véritable torture pour les nerfs des spectateurs attachés aux personnages emblématiques et aux rares survivants des affrontements pour les places de deals. La saison 1 et la saison 2 avaient déjà mis la barre très haut, après le film culte de Matteo Garrone. La saison 3 est bien partie pour renverser la table !

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Don Gennaro : le nouveau boss de Rome et de Naples !

Le fils de Don Pietro, Genny Savastano, abat donc ses cartes. Ses choix stratégiques, ses engagements et ses sacrifices prennent tout leur sens dans le début de cette troisième saison. Genny Savastano a en effet longtemps ourdi un plan machiavélique afin de revenir à Naples dans les meilleures conditions possibles. Sa renaissance au Honduras lui a permis de s’endurcir, de devenir un homme et d’être l’un des principaux fournisseurs de drogue en Europe lors de scènes clés dans les deux premières saisons. Sa passion amoureuse avec Azzurra a contribué à son épanouissement et à son rêve : fonder une famille et espérer en l’avenir. Son éloignement à Rome lors de la saison 2 a contribué à diversifier ses activités. Il a ainsi commencé à bâtir un nouvel empire du crime et à apprendre les ficelles du « métier » aux côtés de son beau-père, Don Giuseppe (un mafieux dans le bâtiment et les travaux publics).

Ces scénettes de la saison 2, qui ont permis d’enrichir la profondeur et la qualité des personnages de la série, vont servir en réalité d’effet domino dans le début de la saison 3. Genny Savastano, pour asseoir définitivement son pouvoir, va en effet devoir résoudre trois problèmes épineux, tous liés au château de carte scénaristique des saisons précédentes (ses relations au Honduras, son emprise mafieuse à Rome et le contentieux judiciaire que va devoir résoudre Patrizia avec Marinella pour le compte du clan Savastano dans les intérêts de Donna Annalisa « Chanel »).

Genny sera capable de se renier lui-même pour arriver à ses fins. Après avoir triomphé de son père, qui passait son temps à le rabaisser et qui ne souhaitait pas lui laisser les rênes du pouvoir, Don Gennaro ira même jusqu’à trahir ses proches dans une scène exceptionnelle avec le retour d’un personnage emblématique maudit ! Genny va mener la vie dure à son beau-père également, sur le plan des affaires, à sa sortie de prison.

Une réunion au sommet est d’ailleurs organisée afin de clarifier la situation à Naples et pour passer de nouvelles alliances. Malgré la situation alarmante, Genny rencontre et parvient à tenir tête à cet aréopage de mafieux intraitables et roublards (Don Aniello, Elia et Ferdinando Capaccio, Don Eduardo Arenella).

Sans votre père et avec vous à Rome, Secondigliano et Scampia sont des bombes à retardement. Elles peuvent exploser à tout moment. Sans un chef au Nord de Naples, ce sera l’anarchie.

Alors que les deux premières saisons pouvaient glorifier de manière involontaire et apporter un certain romantisme au quotidien des mafieux napolitains dans les quartiers sensibles de Naples, le début de cette troisième saison fait basculer les personnages principaux dans l’horreur. La réalité criminelle, la course au pouvoir, les manœuvres d’entrave à la justice, l’horreur des actes commis, les trahisons répétées font basculer la série dans un profond malaise en ce début de saison 3. Le prix à payer et le sens du sacrifice deviennent des poids très lourds à supporter au quotidien pour les différents protagonistes de la série. L’argent ne coule plus à flot, les soirées festives et le temps des romances sont oubliés. Chaque membre du Système a du pain sur la planche et des basses besognes à effectuer.

L’entrée en matière de cette saison 3 dévoile ainsi la part la plus sombre de la Camorra et de ses dirigeants. Gomorra s’incscrit encore un peu plus au panthéon des séries cultes avec ces nouveaux épisodes. A la manière de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn ou de Breaking Bad, la série Gomorra, dans ce lancement de la saison 3, repousse les limites de l’horreur criminelle avec une séquence terrible d’atteinte à l’intégrité de cadavres, dans une supérette, inspirée des pires techniques des cartels sud-américains ! La mise en scène de cette séquence choc est particulièrement réussie à travers le personnage référent de Gegè, un ami de Genny, dont la vie bascule ce soir-là. Ce modeste comptable va se retrouver à faire une partie du « sale boulot » aux cotés de Genny et de son acolyte impitoyable du Honduras, Joaquin. La séquence est brute, âpre et fait particulièrement froid dans le dos. Le personnage du comptable sert un peu de bouée de sauvetage et de soupape aux téléspectateurs éprouvés.

Le scénario des deux premiers épisodes de la saison 3 permet de découvrir encore un peu plus la diversité des activités criminelles de la Camorra à Naples ou des organisations mafieuses à Rome. Le trafic de drogue à l’échelle internationale, les systèmes de sociétés écrans, les affaires dans l’immobilier, le basculement de citoyens ordinaires dans les griffes de la mafia comme le personnage du comptable Gegè, la pression exercée sur des témoins avant des procès ou des auditions par la police sont particulièrement bien rendus et permettent à la série de partir sur un très bon rythme.

« Ici, on ne vit pas. On meurt, c’est tout ! »

Le climat de suspicion et la tension sont également particulièrement bien rendus dans ces deux premiers épisodes étouffants, haletants et rythmés à la perfection. Naples est sur le point de voler en éclat après les mises sur la touche des deux grands parrains qui faisaient régner la loi, Salvatore Conte et Don Pietro Savastano. Les plus fidèles au clan historique des Savastano, comme Patrizia et son oncle Malamore, vont rapidement se retrouver dans un étau et sous la pression des sécessionnistes, qui gèrent les places de deals, et sous la menace des coups tordus de Genny, dans sa volonté farouche d’accéder au pouvoir, quel qu’en soit le prix à payer !

La série parvient également à réussir le tour de force de mettre en scène avec maestria la fin d’un cycle à travers les nombreuses séquences dédiées au boss des deux premières saisons. Les hommages réservés à Don Pietro Savastano comme la séquence du « convoi spécial » avec le discours de Malamore, la fresque dévoilée sur les tours des quartiers affiliés au clan ou les plans surréalistes dans l’abattoir, en ouverture de la saison 3, resteront gravés dans l’imaginaire des téléspectateurs.

Ces deux premiers épisodes lancent donc de la plus belle des manières la saison 3 de Gomorra. Reste à savoir si la disparition de certains personnages attachants et particulièrement charismatiques, au fur et à mesure des fusillades et des guerres de clans des deux premières saisons, ne va pas manquer cruellement lors de la suite de la saison. Les nouveaux protagonistes pourraient s’avérer très clivants pour les fans des deux premières saisons.

L’écriture de cette saison 3 est encore exceptionnelle, tant sur le plan du scénario que des dialogues. Certaines tirades resteront dans l’esprit des téléspectateurs comme les aveux terrifiants de Genny Savastano auprès de la femme avec laquelle il partage sa vie, Azzurra. La musique, toujours assurée par Mokadelic, est encore une fois l’atout majeur de ces prémices, haletants et éprouvants, de la saison 3.

Canal + va donc diffuser chaque jeudi soir deux épisodes de la saison 3 de Gomorra. Les épisodes sont également programmés avec des horaires différents sur Canal + Série et Canal + Décalé. Les amateurs de « binge watching » vont être aux anges. Comme la saison 3 est diffusée depuis le mois de novembre dernier en Italie (avec des cartons d’audience impressionnants), Canal + propose déjà de visionner l’intégralité des douze épisodes de cette saison 3 sur sa plateforme My Canal, accessible en ligne, sur smartphone, tablette, console de jeux  ou sur votre téléviseur. De belles nuits blanches en perspective dès ce week-end donc dans l’enfer de la mafia ! La suite des épisodes devrait entraîner Genny et ses acolytes loin de Naples. De nouveaux protagonistes, issus d’un clan rival, pourraient se montrer extrêmement menaçants après la chute de Conte et de Don Pietro.

Gomorra Saison 3 : épisodes 1 et 2 – Fiche Technique
Episode 1 : « Le mal-aimé »
Episode 2 : « Système sanglant »
Genre : Drame, Série policière
Réalisation : Claudio Cupellini
Directeur d’écriture : Leonardo Fasoli
Assistant réalisateur : Ciro Visco
Assistant réalisateur scène d’action : Enrico Rosati
Histoire : Stefano Bises, Leonardo Fasoli, Roberto Saviano
Développement des épisodes : Leonardo Fasoli, Maddalena Ravagli, Roberto Saviano
Scénario : Leonardo Fasoli, Maddalena Ravagli
D’après un livre et une idée originale de Roberto Saviano
Interprétation : Marco D’Amore (Ciro Di Marzio), Fortunato Cerlino (Don Pietro Savastano), Salvatore Esposito (Genny Savastano), Cristina Donadio (Annalisa « Chanel » Magliocca), Fabio de Caro (Malammore), Ivana Lotito (Azzurra Avitabile), Gianfranco Gallo (Giuseppe Avitabile), Cristiana Dell’Anna (Patrizia Santoro), Denise Capezza (Marinella), Giovanni Buselli (Capaebomba), Christian Giroso, Carlo Cerciello, Pasquale Esposito, Andrea Di Maria, Carlo Caracciolo, Nello Mascia, Alfredo Herrera, Edoardo Sorgente.
Distribution des rôles : Laura Muccino, Davide Zurolo (u.i.c.d.)
Producteurs : Riccardo Tozzi, Giovanni Stabilini, Marco Chimenz, Gina Gardini
Directrice de production : Alessia Sinistro
Délégué à la production : Gianluca Leoncini
Producteur exécutif : Matteo de Laurentis
Producteurs exécutifs Sky : Nils Hartmann, Roberto Amoroso, Sonia Rovai
Supervision artistique de la photographie : Ivan Casalgrandi
Directeur de la photographie : Vittorio Omodei Zorini
Montage : Patrizio Marone en collaboration avec Andrea Prosperi
Coordination des effets spéciaux : Luca Ricci
Coordinateur des cascades : Alessandro Borgese
Conception des décors : Paki Meduri
Décors : Alessandra Mura
Supervision des costumes : Veronica Fragola
Costumes : Susanna Mastroianni
Son : Alessandro Bianchi
Musique : Mokadelic
Pays d’origine : Italie
Chaîne de diffusion en France : Canal +
Nb. De saisons : 4
Nb. D’épisodes :  12
Format : 45 – 50 mn
Année de production : 2017

Phantom Thread : Chronique envoûtante d’une passion toxique

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Phantom Thread, drame intimiste étonnant aux accents hitchcockiens, expose la relation tumultueuse et passionnée entre un haut couturier londonien perfectionniste, M. Woodcock, et une jeune serveuse, devenue mannequin, au tempérament venimeux. Pour son dernier film, où la fusion amoureuse s’opère par un jeu pervers de pouvoir et de manipulation, Daniel Day-Lewis livre une nouvelle performance magistrale.

L’annonce de la fin de carrière du prodigieux acteur Daniel Day-Lewis, oscarisé à trois reprises, suscite bien des regrets dans le monde du cinéma. On ne pouvait cependant espérer de plus beaux adieux de la part de cet artiste exceptionnel, taillé presque sur mesure pour le rôle de Reynolds Woodcock. Phantom Thread est sa seconde collaboration avec le réalisateur Paul Thomas Anderson, après l’inoubliable et sanglant There Will be Blood.

Habitué à incarner des hommes torturés, Daniel Day-Lewis s’est toujours impliqué corps et âme dans ses interprétations, en se préparant pendant de longs mois et en vivant même à l’image de celui qu’il doit incarner. Ainsi, sur le tournage de My Left Foot, il refusait de quitter le fauteuil roulant de son protagoniste. Sur celui de Lincoln, il demandait à chacun de l’appeler « Président ». Pour Phantom Thread, il s’est imprégné de l’existence de grands couturiers d’époque, a appris à coudre et à reproduire des modèles. C’est précisément cette méthode d’identification totale à ces personnages, sans aucune prise de recul, qui rend l’acteur si impressionnant, tout en l’atteignant également personnellement.

phantom-thread-daniel-day-lewisBien que Daniel Day-Lewis envisage à l’avenir de se consacrer à la production et à la réalisation, cette très probable dernière occasion de l’admirer sur grand écran donne une dimension supplémentaire à Phantom Thread. Toujours phénoménal, l’acteur britannique reste un des favoris dans la course aux Oscars 2018. Verdict le 4 mars.

Avec Phantom Thread, son huitième film, Paul Thomas Anderson quitte les États-Unis pour le Londres des années 1950. Il s’inspire de la vie du couturier Cristobal Balenciaga, obsédé par son propre travail, en y ajoutant l’idée d’une romance complexe et venimeuse avec une muse bien mystérieuse.

Toute l’organisation de la maison et du travail de M. Woodcock fonctionne comme une pendule réglée à la seconde près. Reynolds, le créateur, dessine les modèles de vêtements féminins et supervise les défilés. Ses habitudes, qui doivent être scrupuleusement respectées, font de lui un véritable maniaque, parfois proche du dictateur. Éternel célibataire, il n’entretient que de courtes relations avec des jeunes femmes recrutées temporairement en qualité de mannequin. Sa grande sœur, Cyril, se charge de l’organisation matérielle et financière, ainsi que du personnel. Enfin, l’équipe de couturières travaille jour et nuit pour réaliser dans les délais les œuvres de Woodcock.

L’arrivée d’Alma, une jeune serveuse rencontrée par hasard, va progressivement bouleverser les innombrables routines quotidiennes bien rodées du grand couturier. Frontalement projetée dans un monde totalement inconnu, elle est bien décidée à le façonner par elle-même plutôt qu’à s’y soumettre. De la cuisson des asperges, scène mémorable du film, aux soirées surprises, en passant par le niveau sonore du petit déjeuner, la vie de Woodcock se transforme à un point tel qu’il ne la reconnaît plus. La muse, source d’inspiration et de création, s’impose paradoxalement comme une cause de destruction de l’univers de l’artiste.

phantom-thread-daniel-day-lewis-vicky-kriespLoin d’être une simple admiratrice, elle n’hésite pas non plus à remettre en question les choix artistiques de son compagnon, à le provoquer en cassant ses habitudes, et à le rappeler à l’ordre lorsqu’il ne lui porte pas assez d’attentions.

La ressemblance d’Alma avec la célèbre Rebecca d’Alfred Hitchcock est indéniable, qu’il s’agisse de son entrée soudaine dans la haute société, de son désir de diriger la Maison malgré la présence d’une ennemie potentielle, la sœur de Reynolds, ou de l’idée d’une surprise qu’elle veut faire à son amant avec la complicité de Cyril. Cette dernière, intrigante et proche d’une Mrs. Danvers, se confronte à Alma pour préserver sa propre influence sur le couturier.

Ce lien avec Hitchcock est renforcé par une atmosphère de huis clos à suspense. Alma et Reynolds ont chacun l’art de parfaitement cacher leur jeu. L’ancienne serveuse, complexée par son physique imposant, semblant innocente et fragile, se révèle somptueuse dans les robes du couturier et bien plus forte et intelligente qu’on aurait pu l’imaginer. A l’inverse, M. Woodcock, cherchant constamment à prouver aux autres sa puissance et sa résistance, n’échappe pas à de nombreuses faiblesses physiques comme mentales.

Toutefois, Phantom Thread reste le récit d’une passion, tantôt néfaste, tantôt bénéfique aux personnages. Le couple s’aime infiniment, mais à sa manière particulière, perverse, voire sadomasochiste. A force d’admiration comme de confrontation, deux individus de milieux et de tempéraments totalement différents, luttant pour s’imposer réciproquement, se retrouvent dans une position d’égalité et d’union parfaites. Chacun accepte de devenir la créature de l’autre : Alma en servant de modèle, à l’instar d’une véritable poupée à détailler et à habiller, Reynolds en acceptant de se retrouver à la seule merci d’une compagne aux petits soins. C’est donc par l’abandon total de soi, à la dépendance complète de l’autre, au risque de se perdre, que la fusion amoureuse s’opère.

phantom-thread-daniel-day-lewis-vicky-krieps-danse-ballonsDe façon surprenante, l’humour parvient aussi à se frayer un chemin dans le récit, pourtant profondément dramatique. Les névroses de Woodcock, les provocations outrancières d’Alma et le fonctionnement même du couple, détonnant et radical, instaurent une pointe de comique aussi subtile que savoureuse.

Au delà de son intrigue amoureuse, Phantom Thread ne néglige pas l’univers de la haute couture et présente des costumes somptueux. Les créations de Mark Bridges, qui a déjà travaillé sur les autres films de Paul Thomas Anderson et sur The Artist, permettent parfaitement de s’imprégner du style et de la mode de cette époque. Par ailleurs, la musique de Jonny Greenwood, également nommé aux oscars, participe beaucoup à l’atmosphère froide et cloisonnée de l’histoire.

Grâce à Phantom Thread, Paul Thomas Anderson enrichit son œuvre d’un film original et ambitieux sur la passion, au traitement innovant et à la mise en scène toujours impeccable. Sa dissection méthodique d’un amour vénéneux constate que si les sentiments nous font tous souffrir, l’amour demeure le seul mets empoisonné qui se consomme sans modération.

Phantom Thread – Bande annonce

Phantom Thread – Fiche technique

Réalisateur : Paul Thomas Anderson
Scénario : Paul Thomas Anderson
Interprétation : Daniel Day-Lewis (Reynolds Woodcock), Vicky Krieps (Alma), Lesley Manville (Cyril), Camilla Rutherford (Johanna), Brian Gleeson (Dr. Hardy)
Musique : Jonny Greenwood
Photographie : Paul Thomas Anderson
Montage : Dylan Tichenor
Costumes : Mark Bridges
Producteurs : Daniel Lupi, Megan Ellison, Paul Thomas Anderson, Joanne Sellar
Maisons de production : Annapurna Pictures, Focus Features, Perfect World Pictures
Distribution (France) : Universal Pictures International France
Récompenses : 2 nominations aux Golden Globes 2018 (meilleur acteur dans un film dramatique, meilleure musique), 6 nominations aux Oscars 2018 (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice dans un second rôle, meilleurs costumes, meilleure musique)
Budget : $ 35 000 000
Durée : 130 min
Genre : Drame
Date de sortie (France) : 14 février 2018
États-Unis – 2017

Pour plus d’information sur Phantom Thread

Philip K. Dick’s Electric Dreams : un potentiel gâché

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Philip K. Dick’s Electric Dreams, la nouvelle série de science fiction de Channel 4 et Amazon Video semblait très prometteuse. Elle a fait le pari d’adapter certaines œuvres du très célèbre romancier américain Philip K. Dick pour la télévision. Mais le résultat est mitigé…

Il est certain que vouloir adapter les nouvelles de K. Dick était très risqué, d’autant plus que l’auteur est culte dans son domaine. Surtout après l’excellente suite de Blade Runner (adaptation du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?). La promesse était belle autant pour les fans que pour les néophytes, mais n’est pas tenue totalement. Essayons de voir en quoi.

Etant une série d’anthologie, il était impératif d’avoir une cohésion d’ensemble entre tous les épisodes, bien qu’elle constituée d’une histoire différente à chaque fois, adaptée d’une nouvelle du romancier américain. Ce n’est pas vraiment le cas. Si certains épisodes tiennent très bien la route, comme le premier (The Hood Maker, nous suivrons l’ordre des épisodes diffusés par Channel 4), d’autres sont plus confus, voire pas convaincants du tout. C’est le cas de l’épisode 4, Crazy Diamond, dans lequel pourtant Steve Buscemi fait de son mieux pour sauver les meubles. Le scénario donne parfois l’impression de ne pas être exploité à son maximum, et cela est sûrement dû au médium même utilisé: la télévision. En effet, les épisodes durent environ 50 minutes chacun, ce qui oblige les scénaristes à condenser l’histoire. Il arrive même parfois que la fin soit expédiée trop rapidement. Le deuxième épisode, Impossible Planet, bénéficie d’une intrigue très intéressante, et est très bien fait mais la fin arrive d’un seul coup, et nous laisse sans explications. Mais peut-être est-ce une volonté de la production de laisser les spectateurs interpréter le scénario à leur convenance.

Un autre défaut qui saute aux yeux : le manque de budget quant aux effets spéciaux. Bien que passables, parfois ils donnent une impression de fausseté à l’univers. Cela lui fait perdre en crédibilité. C’est fortement dommage car la série perd en cachet. Néanmoins il faut nuancer car tout cela est rattrapé par la réalisation efficace des différents réalisateurs.

Un point appréciable cependant: les thématiques traitées sont très intéressantes. L’épisode 5, Real Life, explore par exemple la psyché humaine en se demandant jusqu’où l’on pourrait aller pour devenir quelqu’un d’autre. L’épisode 6, Human Is, peut-être le meilleur, parle du changement de personnalité et de notre amour face à notre loyauté. Force est de constater que les questions que soulèvent les nouvelles de Philip K. Dick sont bien retranscrites dans la série, en interrogeant la société du futur et notre rapport aux nouvelles technologies. A l’image de la série anglaise Black Mirror, elle explore des thèmes peu traités dans les œuvres plus conventionnelles, tout en restant une bonne œuvre de SF.

Mais la force de la production est d’avoir su intégrer de grands acteurs dans son casting, rendant le tout appréciable malgré les différents défauts évoqués. Quel plaisir de retrouver Bryan Cranston, Steve Buscemi, ou la chanteuse Janelle Monáe, des personnes que l’on adore, en somme ! Ils confèrent à leurs personnages un aspect indéniablement humain et attachant. Ainsi l’on a envie de suivre le contrôleur de train, incarné par Timothy Spall dans The Commuter, dans la ville imaginaire dans laquelle il échappe à son quotidien.

Voilà. Philip K. Dick’s Electric Dreams est une série au potentiel gâché. Une série qui a indéniablement des défauts, mais qui malgré tout a aussi de beaux points positifs. Une série qui rayonne de par son casting flamboyant. A découvrir pour ses acteurs.

Philip K. Dick’s Electric Dreams: Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=RtX_LVwEJhA

Philip K. Dick’s Electric Dreams : Fiche Technique

Réalisation: Julian Jarrold, David Farr, Tom Harper, Marc Munden…
Scénarios: Matthew Graham, Jack Thorne, Tony Grisoni, Ronald D. Moore… tous basés sur les nouvelles de Philip K. Dick.
Acteurs principaux: Bryan Cranston, Steve Buscemi, Juno Temple, Timothy Spall…
Production: Lynn Horsford, Rupert Ryle-Hodges, Dan Winch
Producteurs délégués: Ronald D. Moore, Bryan Cranston, Michael Dinner, James Degus…
Premier épisode: Diffusé à l’origine le 17 Septembre sur Channel 4
Nombre de saisons: 1
Nombre d’épisodes: 10
Durée: 50 minutes
Genre: Science-fiction
Chaîne d’origine: Channel 4 mais disponible sur Amazon Video

Mother! et Les Proies sont disponibles en DVD & Blu-Ray

Deux des longs-métrages les plus passionnants de l’année débarquent DVD. D’un côté, l’iconoclaste et dévastateur Mother! de Darren Aronofsky, et de l’autre Les Proies le drame récompensé de Sofia Coppola.

Un des films les plus décriés de l’année est désormais disponible en Bluray/DVD depuis le 23 janvier. Il s’agit du dernier long-métrage de Darren Aronofsky (Noé, Black Swan, Requiem for a dream). Terriblement malsain pour certains, grandiose pour d’autres, Mother! a divisé la critique et le public. Était-ce évitable ? Le parti pris est radical et offre une immersion anxiogène dans l’intimité d’un couple porté par Jennifer Lawrence et Javier Bardem. L’œuvre devient rapidement une métaphore sur l’environnement et l’impact néfaste de l’homme sur la planète. A cela s’ajoute un propos biblique qui traverse le film et renforce son propos humaniste. Mother! ne peut faire l’unanimité et ici réside sa force : c’est un véritable choc psychologique qui joue avec tous les sens du spectateur. Que le film soit brillant ou lamentable, on n’en sort définitivement pas indemne. Retrouvez notre critique du film ici.

Un peu plus académique, Les Proies de Sofia Coppola est une relecture du film éponyme de Don Siegel sorti en 1971. Le film conte le drame intimiste d’un soldat blessé, en pleine guerre de sécession, recueilli dans un pensionnat de jeunes filles. Le DVD du long-métrage est disponible depuis le 2 janvier 2018. Récompensé au Festival de Cannes par le prix de la mise en scène, Les Proies brille d’abord par son casting impeccable : Nicole Kidman, Elle Fanning, Kirsten Dunst et Colin Farrel. Le film s’éloigne des éléments les plus terribles de l’œuvre originale (racisme, inceste..) pour se concentrer sur l’ambiguïté et la tension qui relient les personnages. Retrouvez notre critique du film ici.

Caractéristiques techniques DVD et Blu-Ray du film Mother!

mother-sortie-bluray-dvdImage : 16/9 1.78:1
Audio : Anglais, Français, Italien et Espagnol Dolby Digital AC3
Surround 5.1
Sous-titres : Anglais, Danois, Français, Italien, Espagnol
Durée : 1h56
Caractéristiques techniques du Blu-ray™:
Image : 16/9 1.78:1
Audio : Anglais Dolby Atmos, Anglais (audiodescription), Français, Allemand, Italien, Japonais et Espagnol Dolby Digital AC3
Surround 5.1
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Arabe, Malaisien, Chinois, Mandarin, Tchèque, Danois, Néerlandais, Estonien, Finnois, Français, Allemand, Grec, Hébreu, Hindi, Hongrois, Islandais, Italien, Japonais, Coréen, Letton, Lituanien, Norvégien, Portugais, Roumain, Slovaque, Espagnol, Suédois, Thaï et Turc
Durée : 2h01 – Bonus DVD et Blu-ray™ : Mother! la spirale infernale/ Le maquillage dans Mother !

Caractéristiques techniques DVD et Blu-Ray du film Les Proies.

sortie-dvd-bluray-les-proiesImage : 16:9 1.66:1 / Durée : 1h29
Audio : Anglais, Français et Italien Dolby Digital 5.1, Anglais
(bonus audio) Dolby Digital 2.0
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Néerlandais,Français et Italien
Caractéristiques techniques du Blu-ray™ :
Image : 16:9 1.66:1 / Durée : 1h33
Audio : Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, Français et Italien DTS
Digital Surround 5.1, Anglais (bonus audio) Dolby Digital 2.0
Sous-titres : Anglais (sourds et malentendants), Néerlandais, Français et Italien
Bonus DVD et Blu-ray™ : Un changement de perspective / Un style du sud

Bande-annonce : Mother!

Bande-annonce : Les Proies

https://www.youtube.com/watch?v=4hkmdX5dL6E