Sorti dans les salles américaines la semaine dernière, Le jeune Karl Marx de Raoul Peck est disponible en DVD et Blu-ray disc depuis le 13 février 2018. Une œuvre biographique qui lève le voile sur une période décisive de Marx, sa rencontre avec Engels et la naissance d’une idéologie politique au-delà du communisme.
C’est sur une scène à la fois poétique et violente que le film s’ouvre sur les prémices de la période sacrée de la vie de Karl Marx. Nous sommes en 1943 et ce début pose d’emblée le débat sur la lutte des classes en mettant en parallèle la brutalité à l’encontre des « pauvres » et l’interdiction du journal communiste la Nouvelle Gazette Rhénane. La scène suivante viendra comme un écho pointer du doigt le contexte social et politique qui construira la pensée de Engels, témoin direct de l’injustice envers les ouvriers de son père.
Deux hommes aux origines et aux parcours distincts qui les mèneront à Paris où les théories de l’un rencontreront les idées et les mots de l’autre. Le jeune Karl Marx met en lumière cette rencontre particulière, étincelante, énergique. Une énergie portée en grande partie par Auguste Diehl (Confession d’un enfant du siècle, Inglourious Basterds), complètement habité par ce Marx dans la fleur de l’âge.
De soirées arrosées en conversations philosophiques, enfiévrées ou épistolaires, les deux complices posent un regard critique sur un système capitaliste, de castes et d’injustice, sur la condition humaine et sur la philosophie elle-même…
D’une façon sobre et relativement moderne, Le jeune Karl Marx met en avant le pouvoir des mots et comment ces hommes de génie ont mené un véritable combat à travers des écrits contestataires, ambitieux mais aussi puissants et qui ont su dépasser les frontières et le temps.
On pourrait regretter que la fin manque un peu de substance et s’arrête de façon plutôt abrupte, en pleine ascension de nos deux théoriciens. Pour autant, le générique qui défile sur la chanson Like a Rolling Stone de Dylan donne un second souffle au film, un souffle revendicateur à travers ses célèbres paroles :
« Once upon a time you dressed so fine
You threw the bums a dime in your prime, didn’t you? »
Il fut un temps où tu portais des vêtements très chics
Tu jetais alors des petites pièces aux clochards du temps de ta splendeur, n’est-ce-pas ?
Le jeune Karl Marx – Bande-annonce :
Le jeune Karl Marx – Fiche Technique :
Réalisation : Raoul Peck
Distribution : Diaphana Distribution
Durée : 119 Minutes
Genres : Drame, Historique, Biopic
Date de sortie DVD & Blu-Ray : 13 Février 2018
Sortie cinéma : 27 Septembre 2017
Synopsis : 1844. De toute part, dans une Europe en ébullition, les ouvriers, premières victimes de la “Révolution industrielle”, cherchent à s’organiser devant un “capital” effréné qui dévore tout sur son passage. Karl Marx, journaliste et jeune philosophe de 26 ans, victime de la censure d’une Allemagne répressive, s’exile à Paris avec sa femme Jenny où ils vont faire une rencontre décisive : Friedrich Engels, fils révolté d’un riche industriel Allemand. Intelligents, audacieux et téméraires, ces trois jeunes gens décident que “les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, alors que le but est de le changer ». Entre parties d’échecs endiablées, nuits d’ivresse et débats passionnés, ils rédigent fiévreusement ce qui deviendra la “bible” des révoltes ouvrières en Europe : “Le manifeste du Parti Communiste”, publié en 1848, une œuvre révolutionnaire sans précédent.
Entre le téléfilm Duel et le carton Les Dents de La Mer, Steven Spielberg trouva le temps à ses débuts de raconter l’histoire de jeunes parents en vadrouille pour retrouver leur enfant. Ce, avec toute la police de l’état du Texas aux trousses. L’occasion dans cette rétrospective de revenir sur l’excellent Sugarland Express.
Inspiré d’un fait divers, Sugarland Express suit la fuite en avant d’un jeune couple, Clovis (William Artheton) et Lou Jean Popling (Goldie Hawn), à qui l’État à retiré la garde de leur enfant suite à leurs mutuelles incarcérations pour petits délits. Après l’évasion de Clovis de son camp de travail, les deux amants vont prendre en otage un officier de police, Maxwel Slide (Ben Johnson), pour les conduire jusqu’à la ville de Sugarland et récupérer leur fils dans sa famille d’accueil. L’affaire prend vite une ampleur policière et médiatique dingue dans le sillage laissé par le trio.
Quatre ans avant de terrifier le monde avec Les Dents de la Mer, et de changer son destin ainsi que celui du cinéma, Steven Spielberg essuyait l’échec de ce premier long-métrage cinéma. Tronqué par Universal, Sugarland Express bénéficiait pourtant de la star Goldie Hawn, de l’expérience des producteurs Richard D. Zanuck et Richard Brown et d’un prestigieux prix du scénario au Festival de Cannes (il reste d’ailleurs l’unique film du réalisateur présenté en compétition).
Ainsi le sort en sembla-t-il jeté pour une œuvre qui reste encore aujourd’hui l’une des plus méconnues du cinéaste.
Et pourtant, il y a urgence à découvrir ou redécouvrir cette pépite, orfèvrerie de mise en scène posant les grandes lignes du cinéma de son auteur. Au-delà d’un rythme parfaitement maitrisé, Sugarland Express irradie d’une maestria visuelle plus qu’impactante quarante ans après. Avec le Texas comme espace infini et ligne d’horizon, Spielberg nourrit des images à la composition parfaite, jouant constamment des rapports entre premier, second et arrière-plan. Soit les solides germes de son évidente cinégénie, au même titre que des mouvements d’appareil embrassant l’intégralité d’une scène ou encore ces scènes d’actions précises au tempo haletant (ici des courses poursuites). Magnifié par la photographie du regretté Vilmos Zsigmond (qui préfigure Rencontres du Troisième Type dans sa gestion de la lumière) et les arpèges du futur compagnon, John Williams, Sugarland Express est formellement une merveille.
Écrit par Matthew Robbins et Hart Arwood, l’un des secrets les mieux gardés du cinéma américain, le film varie également autour d’une partition très Nouvel Hollywood avec son couple en cavale rappelant furieusement Bonnie & Clyde et ses grands espaces sillonnés autrefois par Easy Rider. C’est pourtant un traitement coenien avant l’heure qu’instaure le film, collant avec humour aux basques d’un couple attachant tout en avançant vers la fatalité absurde de leur destinée. Ainsi, si l’on sourit au début de la légèreté du film et de la démesure que prend l’histoire (la voiture poussée jusqu’à la station, la livraison des toilettes, le peuple traitant le couple comme des rocks stars…), il ne fait aucun doute que la destination n’aura finalement rien du sucré voyage pour ces héros simples, victimes du délit de faciès sociétal.
Sans la cruauté mordante des Frères Coen, mais avec une empathie profondément spielbergienne (qui plus est, ayant l’âge de ses protagonistes à l’époque), le film dépeint l’inconscience d’une jeunesse électrique piégée par une société archaïque imposant sa vaine mais dévastatrice tyrannie. C’est l’État qui retire l’enfant pour des motifs nébuleux. C’est la famille d’accueil qui estime que l’enfant est le sien et que la police va protéger. C’est cette même police qui mobilise un dispositif démesuré et absurde pour un couple très inoffensif. Un couple mû par une réclamation inaliénable, leur parentalité, et qui s’avance dans le tapage médiatique et populaire vers l’inéluctable tragédie. Celle d’une jeunesse sacrifiée d’avoir voulu vivre trop vite et trop fort, fonçant à toute allure sur l’autoroute de leurs illusions pour se prendre le mur de l’injustice crasse.
Et Spielberg de s’incarner dans un brillant personnage d’officier de police, témoin de la situation en empathie avec ses ravisseurs bien qu’impuissant face au destin en marche. De la part de quelqu’un qui est vu comme le pourfendeur du Nouvel Hollywood, Sugarland Express semble pourtant la preuve vibrante que Spielberg en faisait pleinement partie. Les débuts d’un maître.
Sugarland Express : Bande-annonce VO
Sugarland Express : Fiche Technique
Réalisateur : Steven Spielberg
Scénario : Hal Barwood, Matthew Robbins
Interprétation : Goldie Hawn, Ben Johnson, Michael Sacks, William Atherton
Musique : John Williams
Photographie : Vilmos Zsigmond
Montage : Eward M Abrons, Verna Fields
Maisons de production : Universal, Zanuck/Brown Productions
Distribution (France) : Metropolitan
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 12 juin 1974
Zombillénium, film d’animation français tout en monstres et drôleries, vient s’animer sur le petit écran en Blu-ray et DVD chez Universal. Retour sur le long métrage phénomène à l’occasion de sa sortie video.
Synopsis : Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement, zombies, vampires, loups garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, fatigués de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes, bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité… Jusqu’à l’arrivée d’Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le vampire qui dirige le parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Après avoir été mordu par Francis et son collègue loup-garou, Hector est muté en drôle de monstre. Mais, séparé de sa fille Lucie et coincé dans le parc, Hector broie du noir… Et si il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium ? Attention, Steven, un jeune vampire charmeur digne de Twilight, veille au grain et compte bien avoir le dernier mot…
Monstres en crise de la représentation
On pourrait revenir sur de nombreux points deZombillénium : l’inscription de son décor dans un coin du Nord en pleine crise ouvrière (causée par le héros) ; le traitement de la différence dans un bourg loin d’y être ouvert… Concentrons-nous ici sur la crise que connaissent les monstres dans leur parc. Francis représente les monstres tels qu’ils ont pu s’épanouir chez Universal puis chez la Hammer : les zombies sont en décomposition ; les momies, couvertes de bandes blanches ; les loup-garous sont des hommes monstrueux de poils ; Francis est un vieux vampire grossissant mais qui n’a rien perdu de son charme et son mordant… Et Hector est une créature diabolique digne d’Hellboy. Et puis, il y a les jeunes vampires dirigés par Steven. Eux ne veulent plus trainer avec les autres créatures immondes. Bon chic, bon genre, ces jeunes dents pointues font le succès du parc auprès des adolescentes et d’un public notamment féminin. Et ils en sont conscients. Justement, alors que le parc est en crise, ils en profitent pour saboter les efforts d’effroi de leurs collègues pour en prendre le contrôle et le refaçonner à leur image. Que faire face à cette victoire de la romance monstrueuse ou de la monstruosité niaise propre à plaire aux adolescentes, ménagères et autres petites fleurs émotionnelles ?
Zombillénium, à travers son conflit de créatures, réfléchit le bouleversement des paradigmes de représentation des monstres que connaît le cinéma (Twilight, Warm Bodies) et la télévision (Vampires Diaries, Teen Wolf) depuis un certain temps. Finis l’action, l’aventure, le mystère, le folklore, les frissons, la peur, le dégout et l’ambiguïté de ce charme que l’on pouvait ressentir face aux agissements de ces créatures infernales. Les maîtres mots sont romance, niaiserie (et probablement « petite fleur des champs ») au pays des monstres aujourd’hui plongés dans le feuilleton du soap opera beta mais vendeur. Pleinement remachés par l’industrie de masse, ces objets de genre avaient aussi complètement perdu de leur force évocatrice. Mais, comme bien d’autres films et séries du genre l’ont fait de manière indépendante – soit presque selon le projet (Shaun of the Dead, Get Out, Burying the Ex) – soit dans un cadre industriel ouvert à ce type de projet (La Momie de 1999, Santa Clarita Diet), Zombillénium redonne aux monstres toute leur force d’effroi. La conclusion des réalisateurs Arthur de Pins et Alexis Ducord quant à leur réflexion de la représentation des monstres est sans appel : ces créatures passionneront toujours, effrayeront et intrigueront ad vitam eternam. Les vampires bcbg et leurs comparses ne sont enfin que poudre aux yeux.
Blu-rayllénium
Zombillénium se présente dans une édition Blu-ray soignée. Rien à redire concernant le film et son rendu vidéo, que ce soit au niveau visuel ou sonore. Le long métrage est accompagné de nombreux bonus qui vous plongeront dans les étapes de construction – impressionnantes et passionnantes – du film. Les compléments vous permettront aussi de découvrir davantage les deux réalisateurs via la présence de trois courts métrages.
Bande-Annonce – Zombillénium
CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-ray
1080p HD – 16:9 compatible 4/3 – format d’origine respecté 1.85 :1 – Audio : Français (Dolby Digital 2.0), Français (Dolby Digital 5.1), Anglais – Sous-titres pour sourds et malentendants : Français – Audio description : Français – Durée : 78 min
COMPLÉMENTS
Scènes coupées – Making of – Teaser international : La petite Lucie – Pilote clip « Nameless World » – Courts métrages : Géraldine d’Arthur de Pins (2000 – 9’), La Révolution des crabes d’Arthur de Pins (2004 – 5’), Fêlures d’Alexis Ducord et Nicolas Pavloski (2008 – 9’) – La musique du film – Clips : Get Up And Dance par Mat Bastard & Kameron « Grae » Alexander, Diggin in the Crates feat. F. Stokes par Mister Modo & Ugly Mac Beer, Stand As One par Mat Bastard (version karaoké)
Avec Rio Grande, le duo John Ford / John Wayne clôt sa mythique trilogie de la cavalerie tout en privilégiant ses personnages pour faire un film humain, drôle et émouvant.
Synopsis : le colonel Kirby Yorke commande un régiment de cavalerie dans un fort du Texas, non loin du Rio Grande qui sert de frontière entre les États-Unis et le Mexique. Un jour, parmi les nouvelles recrues, il découvre son fils. Le lendemain, c’est sa propre femme qui arrive, pour surveiller leur rejeton.
Rio Grande est la troisième partie de la trilogie de la cavalerie que John Ford réalisa à la fin des années 40. Elle succède au Massacre de Fort Apache et à La Charge Héroïque. De nos jours, ces trois films sont synonymes de westerns classiques par excellence, mais en y regardant de plus près on peut y voir non seulement des films très marqués par la personnalité de leur réalisateur, mais également des visions de la cavalerie qui sont loin d’être aussi héroïques et manichéennes qu’il n’y paraît. Ainsi, Le Massacre de Fort Apache est une relecture toute fordienne de l’histoire quasi-mythifiée aux États-Unis de Custer et de la bataille de Little Big Horn. Loin de la thèse officielle (présentée dans La Charge Fantastique, de Raoul Walsh, avec Errol Flynn) qui dit que Custer a été pris en traître par les Indiens et abandonné par les autorités, Ford présente sa version, où Custer est un esprit borné et violent refusant catégoriquement tout dialogue avec les Indiens et provoquant volontairement leur colère.
De prime abord, Rio Grande paraît être un western parfaitement classique. Dès le générique, on y voit les glorieux cavaliers qui chevauchent à travers le désert ou font boire leurs chevaux le long de la rivière. Mais, très vite, le spectateur déchante. Lors de la scène d’ouverture, les cavaliers rentrent au fort sous le regard inquiet des épouses. Comme elles, la caméra scrute les soldats un par un, et on perçoit vite les grimaces et les blessures. La glorieuse cavalerie a été défaite.
Finalement, une grande partie du film est déjà présente ici, dans ce constat de faiblesse. La cavalerie n’est pas constituée de surhommes pouvant battre les sauvages Apaches. John Ford nous en donne ici une image à taille humaine.
C’est cette humanité qui constitue, de très loin, le point fort du film. Le cinéaste va nous présenter toute une galerie de personnages, que ce soient parmi les jeunes recrues ou parmi les vieux briscards. Des personnages qui vont être montrés dans toute leur individualité, conflictuelle parfois, pour mieux pouvoir être réunis en un groupe homogène lorsque le danger se présente. La cavalerie, nous dit Ford, est un groupe constitué d’être humains, avec leurs faiblesses, mais aussi leurs côtés sympathiques.
Car Ford n’a pas son pareil pour générer l’empathie du spectateur avec ses personnages. Pour cela, il sait s’entourer de seconds rôles qui, bien souvent, volent la vedette aux grandes stars. En tête de ceux-ci, dans Rio Grande, il faut bien entendu citer Victor McLaglen, acteur fordien par excellence (il a décroché un Oscar du meilleur acteur en 1936 pour Le Mouchard). McLaglen tient ici le rôle d’un sergent instructeur qui aura fort à faire avec les petits bleus, mais aussi avec l’épouse du colonel. Le jeu de l’acteur apporte au film des notes d’humour particulièrement bienvenues. Ainsi, Rio Grande est un film qui sait jouer sur différentes émotions.
Des émotions qui sont parfois contenues. Bien souvent, les deux personnages principaux, le colonel (l’indispensable John Wayne) et son épouse (Maureen O’Hara) ne veulent ou ne peuvent pas exprimer leurs sentiments, mais la caméra de Ford est suffisamment affûtée pour scruter les petits gestes, les regards, tous les signes qui montrent les émotions sans avoir à les dire expressément, comme lors de cette scène magnifique où une chorale improvisée de soldats chantent I’ll take you home again, Kathleen. Comme tout grand cinéaste, Ford sait utiliser les moyens que lui offre le cinéma pour parvenir à ses fins.
Bien entendu, Rio Grande est aussi un film d’action. C’est un western, c’est un film de cavalerie, et il y a des Indiens contre des soldats. Cela nous donne une scène admirable de poursuite en plein désert, et deux ou trois fusillades plutôt sympathiques. Mais, sur ce plan-là, Rio Grande assure juste le service minimum, sans plus. L’intrigue ne fouille pas trop de ce côté, et en plus la mise en scène de l’action a quand même terriblement vieilli (ah ! Ces cascadeurs grimés en Indiens, qui tombent bien sagement de cheval en faisant attention à ne pas se faire mal !).
Comparer les scènes d’ouverture et de clôture est assez significatif. Nous avons, finalement, exactement la même scène au début et à la fin du film. Plus qu’un procédé habituel pour clore le film, il s’agit ici de montrer que le problème avec les Indiens n’a, finalement, pas avancé d’un pouce. La cavalerie, abandonnée aux confins du pays par une bureaucratie fédérale qui ne connaît rien, ne parvient pas à trouver une solution aux attaques des Indiens. En tout cas, elle ne constitue pas la solution elle-même. Finalement, une fois de plus, Ford parvient à nuancer un propos qui, chez tout autre cinéaste, aurait été purement élogieux.
Débarrassé de ses scènes d’actions qui semblent plus être des excuses que de vrais ressorts scénaristiques, Rio Grande apparaît alors vraiment pour ce qu’il est, un film centré sur ses personnages, un film d’hommes, d’amitiés viriles (au mépris des lois, s’il le faut), et un film sur la paternité également. Peut-être le moins réussi de la trilogie, mais un classique que l’on peut revoir avec plaisir quand même.
Rio Grande : Bande-annonce
Rio Grande : fiche technique
Réalisateur : John Ford
Scénario : James Kevin McGuiness
Interprètes : John Wayne (Colonel Kirby Yorke), Maureen O’Hara (Kathleen Yorke), Victor McLaglen (Sergent Major Timothy Quincannon), Claude Jarman Jr (soldat Jefferson Yorke), Ben Johnson (soldat Travis Tyree).
Montage : Jack Murray
Photographie : Bert Glennon
Musique : Victor Young
Production : John Ford, Merian C. Cooper
Sociétés de production : Republic Pictures, Argosy Pictures
Société de distribution : Republic Pictures
Genre : western
Durée : 105 minutes
Date de sortie en France : 17 août 1951
Date de reprise : 28 février 2018
Concours : À l’occasion de la sortie en coffret 6 DVD de la série New York Unité Spéciale le 27 février 2018, remportez votre coffret de la saison 18
SYNOPSIS, INFOS ET BANDE ANNONCE
Le producteur de légende Dick Wolf (récompensé aux Primetime Emmy®Awards) nous présente la dix-huitième saison de New York Unité Spéciale, série en prime-time la plus longue actuellement diffusée à la télévision. Mariska Hargitay (récompensée aux Primetime Emmy®Awards) est de retour dans le rôle du lieutenant Olivia Benson, à la tête d’un casting de rêve composé d’IceT, Kelli Giddish, Raúl Esparaza et Peter Scanavino. Rejoignez-les pour 21 nouveaux épisodes palpitants!
6 DVD –24 ÉPISODES DE 45 MIN – IMAGE 16/9 1.78:1 AUDIO Anglais et Français – Dolby Digital 5.1SOUS-TITRES Anglais et Français
Editeur : Universal Pictures Video
Titre original : Law and Order: Special Victims Unit
Création Dick Wolf
Réalisation : Alex Chapple, Jean de Segonzac et Mike Slovis
Avec Mariska Hargitay, Ice-T, KelliGiddish, Raul Esparza et Peter Scanavino
Genre : série policière, drame
Diff. originale : 20 septembre 1999 – en production
Nb. d’épisodes : 422
Chaîne d’origine : National Broadcasting Company
Nombre de saisons : 19
Durée : 42 minutes
Site web : http://www.nbc.com/law-and-order-special-victims-unit/
Modalités du concours
Pour participer à notre concours, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 12 Mars 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter . Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.
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Le plasticien étonne et détonne avec Winter Brothers, son premier long métrage très maîtrisé, un concentré de performances visuelle et auditive qui n’oublie pas pour autant de raconter une vraie histoire.
Synopsis : Emil travaille avec son frère dans une carrière de calcaire et vend aux mineurs l’alcool frelaté qu’il fabrique. Les relations changent lorsque la mixture préparée par Emil est accusée d’avoir empoisonné l’un d’entre eux.
Faute d’amour
Faute d’amour. Voilà la phrase (pêchée dans le dernier Zvyaguintsev) qui nous obsède au visionnage de Winter Brothers. De fait, nous apprendrons plus tard que l’Islando-Danois Hlynur Palmason a sous-titré son film « The Lack of Love Story », et nous ne sommes pas trop mécontente d’avoir au moins percuté cela.
Car Winter Brothers n’est pas un film facile, un film à la limite du film expérimental pur, avec une longue séquence d’ouverture en temps quasi-réel ayant lieu au fin fond d’une mine, elle-même au fin fond d’un Danemark méconnu et hostile. Les toutes premières minutes sont plongées dans un noir total graduellement éclairé par de minuscules touches de lumière provenant des lampes frontales d’un ou deux mineurs, ponctuées par les bruits insensés de l’endroit : les machines qui tournent, les pioches, le minerai qu’on balance dans les brouettes, l’eau qui ruisselle dans les cavités… C’est un travail extraordinaire et précis sur le son que Lars Halvorsen a concocté, étoffé par l’électronique industrielle de Toke Brorson Odin. La séquence, située en fin de quart, débouche sur la sortie des mineurs qui atterrissent littéralement dans le contraste saisissant de la neige. C’est un noir et blanc hyper graphique que le cinéaste plasticien met en scène dans ce choc entre la noirceur du monde industriel et la blancheur de la nature, cette même nature que ses compatriotes et contemporains tels que Rúnar Rúnarsson (Sparrows) mettaient déjà en avant dans ce jeune cinéma islandais qui est en train de se façonner sous nos yeux.
Malgré donc des images de toute beauté, la déception, voire l’ennui, aurait pu gagner le spectateur si Hlynur Palmason n’avait pas réussi à mettre une âme dans sa quête de la perfection formelle. Cette âme, c’est Emil (Elliott Crosset Hove) qui l’incarne de manière très juste. Au centre d’un scénario assez ténu, le personnage est un concentré de souffrance et de solitude. Affublé d’un masque blanc lui permettant d’éviter l’inhalation de la poudre de calcaire, Emil ressemble à s’y méprendre au Saul de László Nemes (le Fils de Saul, les affiches sont d’ailleurs très identiques), qui porte le masque de la même manière pour tenter de s’isoler d’horreurs autrement plus atroces, celles des odeurs des fours crématoires. Dans les yeux fous d’Emil, comme dans ceux de Saul, la mort. Celle qui est au centre de la vie de Saul et celle qui sous-tend la non-vie d’Emil. Emil est infiniment seul, malgré la présence d’un grand frère Johan (Simon Sears). Pour tromper l’ennui et la pauvreté, il vole des produits chimiques à son employeur, distille et vend un alcool frelaté auprès de ses collègues, eux-mêmes en recherche d’une étincelle, voire d’un simple mirage, dans une vie épouvantablement insipide. Emil devient rapidement obsédé par une arme échangée contre sa mauvaise booze, et des images surréalistes de militaires s’exerçant au tir au M1 émaillent le film, comme pour marteler la quasi-folie du protagoniste.
Fragile et presque naïf, Emil sourd la solitude par tous ses pores. Des parents inexistants, un frère beaucoup plus avenant et qui gagne du terrain sur lui, une jeune femme qui n’est sa petite amie que dans ses fantasmes. L’émotion nous étreint vraiment, lorsqu’un ouvrier, un de ses plus fervents « clients » tombe gravement malade après un empoisonnement dont tout le monde soupçonne Emil d’être à l’origine. Le voilà alors qui court partout, son visage enfariné de calcaire, à essayer de vendre son alcool. Tout le monde lui tourne le dos, lui refuse même un regard, et le désarroi qu’on lit dans les yeux hébétés d’Emil est une des choses les plus poignantes du film. Ce n’est pas son alcool qu’on rejette, c’est lui tout entier. Son propre frère, dans un combat extrême -et extrêmement dénudé-, une des scènes phares du film, semble vouloir sa mort. Rarement un cinéaste a réussi à montrer ainsi la solitude d’un homme entouré d’une violence et d’une hostilité omniprésentes, de la part des éléments et de la nature, de la part de son environnement quotidien, mais surtout de la part des autres humains totalement déshumanisés. A moins que ce ne soit Emil lui-même qui n’est pas dans la norme humaine…The Lack of Love Story, un défaut d’amour criant qui crève l’écran tel un trou béant.
Winter Brothers est un film obtus qui en rejoint d’autres comme Jauja de Lisandro Alonso. Difficile, mais indispensable et beau. Comme Jauja, et comme Le fils de Saul, encore lui, Winter Brothers adopte les coins arrondis pour accentuer l’effet artistique de son métrage. Le travail de Maria von Hausswolff sur la photo est phénoménal, la palette des couleurs allant du blanc du calcaire jusqu’au bleu délavé des combinaisons des mineurs marque le côté fantomatique, presque irréel du film, les contrastes graphiques entre les composants de la mine, les cylindres, les grues, les différentes échelles, d’une part, et la rondeur de la nature enneigée, d’autre part, tout est magnifiquement tiré au cordeau.
Alors, bien qu’on n’arrive pas toujours à percer le mystère des messages de Hlynur Palmason, on ne peut rester indifférent devant Winter Brothers qui est une proposition forte de cinéma, en ce qu’il joue pleinement sur le son et l’image, en ce qu’il exploite un scénario qui ne verse jamais dans la facilité, et surtout en ce qu’il suscite l’émotion brute chez le spectateur, en étant une expérience sensorielle intense aussi bien que l’histoire solide d’un personnage touchant qui entraîne sans réserve l’empathie du spectateur.
Winter Brothers : Bande-annonce
Winter Brothers : Fiche technique
Titre original : Vinterbrødre
Réalisateur : Hlynur Palmason
Scénario : Hlynur Palmason
Interprétation : Elliott Crosset Hove (Emil), Simon Sears (Johan), Victoria Carmen Sonne (Anna), Lars Mikkelsen (Carl), Peter Plaugborg (Daniel), Michael Brostrup (Michael), Anders Hove (l’homme aux cheveux longs)
Musique : Toke Brorson Odin
Photographie : Maria von Hausswolff
Montage : Julius Krebs Damsbo
Producteurs : Julie Waltersdorph Hansen, Per Damgård Hansen, Hlynur Palmason, Coproducteur : Anton Máni Svansson
Maisons de production : Masterplan Pictures ApS, Coproduction : Join Motion Pictures Corporation
Distribution (France) : Arizona distribution
Récompenses : Festival du Film de Locarno, 4 prix, dont Prix de la meilleure interprétation masculine pour Elliott Crosset Hove, Premiers plans d’Angers : Grand Prix du Jury
Budget : EUR 828 000
Durée : 100 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Février 2018
En apparence film calibré pour les grands festivals, The Square s’avère être en réalité une satire mordante, pleine de réflexions et clichés, de notre société contemporaine. Pas étonnant donc de voir la clique à Pedro Almodovar l’avoir récompensé de la Palme d’Or au dernier Festival de Cannes, tant le film de Ruben Ostlund égratigne avec une brutalité chic tout le monde de l’art et l’hypocrisie de l’homme.
Suède, de nos jours. Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d’un musée d’art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée « The Square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme et leur rappelant leur devoir à l’égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l’honore guère… Au même moment, l’agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour TheSquare : l’accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.
Un film décalé & iconoclaste
En Mai, la surprise fut immense quand le jury de Pedro Almodovar décerna la récompense suprême au film de Ruben Ostlund. Il faut dire que les comédies ont rarement eu la faveur des jurés et que le genre est souvent relégué aux sections parallèles. Mais réduire le film à une simple comédie reviendrait à éluder toute la substantifique moelle du propos défendu par Ostlund. Car ici, il n’est point question de faire rire pour stimuler les zygomatiques mais rire en soulignant les hypocrisies béantes de l’homme moderne. Pour ce faire, le réalisateur a la bonne idée de convoquer pléthores de thèmes actuels et qui, une fois passés sous son scope, deviennent des outils de dénonciation dévastateurs. Que ça soit l’art contemporain, la bourgeoisie, le monde des médias, les agences de communication, les relations sexuelles, l’individualisme, la pauvreté, l’utilisation excessive de smartphones, la liberté d’expression, tout y passe avec une sauvagerie presque contenue ; un peu comme si le Suédois usait du média cinéma pour adoucir son propos qui est à n’en pas douter d’un mordant délirant. Ça donne un ensemble de scènes où l’absurdité explose, les dialogues frôlent le ridicule et les liens entre les personnages volent en éclat. Le tout filmé avec un cynisme et une verve tellement enthousiasmantes qu’on en ressort l’air goguenard mais surtout songeur après avoir assisté à une œuvre qui ose questionner son spectateur sur sa propre hypocrisie. Une intention louable, quoique trop souvent difficile à réaliser dans le cinéma moderne, qui trouve par ailleurs son meilleur exemple dans la (meilleure ?) scène du métrage sans doute vouée à devenir culte : celle du singe. On se gardera d’en dire plus mais pour quiconque a envie de comprendre le message déployé par Ostlund dans son film, les 10 minutes de cette scène épuisante et éprouvante sont définitivement à voir.
Des bonus carrés !
Comme souvent, plus un film est adulé, plus ses secrets de fabrications sont scrutés de toutes parts. The Square ne déroge pas à la règle et à l’instar de sa durée généreuse (2h30 quand même), les bonus ne se privent pas pour étayer la folle vision de Ruben Ostlund. Outre les interviews de l’équipe technique réalisée pendant le Festival de Cannes, on retrouvera les essais et phases de casting, le making-off de la scène dite du « singe » et surtout une plongée dans les coulisses du film. Un bon moyen pour comprendre l’intention d’Ostlund, ses idées ou même apprendre qu’avant Claes Bang, le réalisateur suédois avait en tête de caster Jean Dujardin ou Romain Duris pour jouer ce conservateur de musée un brin barré.
Caractéristiques techniques DVD / Blu-Ray
DVD
Version originale sous-titrée français et Version française
Son : D.D5.1 et 2.0
Images 16/9 – 1.85- Couleur
Durée : 145mn + suppléments
Bonus : Making Of d’une scène d’anthologie / Essais et scènes de casting / Dans les coulisses / Exposition The Square « Tableaux Critiques » / Cannes 2017 : Interviews.
Blu-Ray
Version originale sous-titrée français et Version française
Son : DTS- HD master audio 5.1 et 2.0
Durée : 151mn + suppléments
Bonus : Making Of d’une scène d’anthologie / Essais et scènes de casting / Dans les coulisses / Exposition The Square « Tableaux Critiques » / Cannes 2017 : Interviews.
Favori dans la courses aux Oscars, La Forme de l’eau émerveille grâce à sa sublime poésie, son esthétique soignée et sa mise en scène ambitieuse. Entre fantastique et romance, elle s’admire comme une véritable ode au cinéma, à la magie infinie. Après l’inoubliable Labyrinthe de Pan, Guillermo del Toro signe un nouveau chef d’œuvre.
Synopsis : Elisa Esposito, une attachante muette, mène une vie routinière et solitaire. Son rituel matinal, son trajet en bus, et son travail de femme de ménage marquent l’éternel quotidien de sa vie difficile et monotone. La découverte d’une mystérieuse créature aquatique bouleverse soudainement son existence, en lui conférant un sens jusqu’alors insoupçonné.
Librement inspiré du mythe classique de La Belle et la Bête, La Forme de l’eau démarre sur un pitch assez simple. Par ses traits de conte populaire, La Forme de l’eau s’impose sans aucun doute aujourd’hui comme l’œuvre la plus accessible de Guillermo del Toro. Toutefois le réalisateur y insuffle son propre univers, entremêlant habilement réel et imaginaire. Dans un contexte sombre de Guerre Froide, où science rime avec pouvoir, la fin justifie atrocement les moyens. L’inconnu, source d’espérance, mais aussi de dangers s’il tombe aux mains de l’ennemi, exacerbe les passions humaines.
Dans ce monde authentique des années 1960, del Toro brosse d’un pinceau presque naturaliste le portrait de protagonistes marginaux, de laissés-pour-compte de la société enfermés dans leur propre isolement. Elisa Esposito, atteinte de mutité, est traitée avec force mépris par son propre entourage.
Elle trouve seulement du réconfort auprès de son voisin de pallier, Giles, lui-même rejeté en raison de son homosexualité, et de sa collègue de travail noire, Zelda, empêtrée par un mariage raté.
Les particularités de ces personnages constituent le cœur de la première thématique du film : l’acceptation de l’autre, qui implique avant tout de vaincre le rejet de soi. Ainsi Elisa, qui se sent fatalement « incomplète », apprend au contact de la créature qu’en réalité il ne lui manque rien, qu’elle peut être aimée simplement pour ce qu’elle est. Quant à Giles, il ne craint plus d’affronter son reflet, dans lequel il refusait auparavant de s’identifier. Cette réconciliation avec soi permet ensuite aux protagonistes de se reconnaître entre eux, leurs différences générant un incroyable esprit de cohésion et d’unité. Elisa, Giles et Zelda s’entraident alors pour sauver l’étrange amphibien, qui leur renvoie l’image de leur propre situation, incomprise et menacée.
Comme dans ses films précédents, Guillermo del Toro étudie avec ambivalence les rapports de l’humain et du monstrueux. Dans La Forme de l’eau, le monstre n’est pas tant celui qui en a l’apparence ni ceux qui sont traités comme tels à cause de leurs divergences. Il gît dans le cœur d’un homme, dépourvu de toute compassion et guidé par sa seule quête de pouvoir. A ce titre Richard Strickland, incarné par un convaincant Michael Shannon, rappelle à certains égards l’odieux capitaine Vidal du Labyrinthe de Pan, aussi froid que violent.
Ainsi l’amphibien, loin de la créature démoniaque, est presque immédiatement humanisée grâce aux émotions qu’il manifeste. Il apprécie la musique et parvient à communiquer avec Elisa d’une façon déconcertante en apprenant rapidement le langage des signes. La mutité, que l’héroïne percevait comme un effroyable handicap, se transforme ici un atout pour échanger avec un être également incapable de parler.
Ceci donne un nouveau sens à l’existence d’Elisa. La relation qu’elle tisse progressivement avec la créature est remplie de poésie. L’inimaginable histoire d’amour, une des plus belles de ces dernières années au cinéma, devient alors possible. L’appartenance à une espèce définie ne constitue plus une barrière à franchir. L’harmonie entre les êtres naît d’une compréhension mutuelle, d’une fusion des incomplétudes, du désir de dépasser sa propre condition.
Comme dans un conte, les personnages suivent en le découvrant le chemin de leur destinée. Elisa explique à son fidèle voisin que sa route l’a conduite inexorablement vers sa rencontre avec l’amphibien. Cette affirmation est confirmée par ses trois cicatrices au niveau du cou, qui se révéleront avoir une fonction essentielle.
La grande force de La Forme de l’eau consiste également à mélanger des genres antinomiques. Au-delà du fantastique, le drame gagne sa place dans la dernière partie du film, même si l’horreur et la violence ne rivalisent pas avec la fin du Labyrinthe du Pan. Le comique de situation est aussi présent grâce aux réparties de Zelda et aux réactions de la créature. La somptueuse musique d’Alexandre Desplat incorpore parfaitement ces altérations de registres et donne une vraie ampleur au récit.
Guillermo del Toro prouve avec La Forme de l’eau qu’il ne cessera jamais de nous surprendre. Autour d’une histoire assez simple, il parvient à créer un univers fabuleux, avec des réflexions plus profondes qu’il n’y paraît et un visuel magnifique.
L’eau s’est malheureusement troublée récemment en raison des accusations de plagiat dont fait l’objet le réalisateur mexicain. Après des remontrances de Jean-Pierre Jeunet, David Zindel vient de porter plainte. Il estime que le film de Guillermo del Toro s’inspire directement d’une pièce de théâtre pour enfants écrite par son père, Let me hear you whisper, racontant l’histoire d’une femme de ménage se liant avec un animal aquatique prisonnier, au beau milieu de la Guerre Froide.
Quelle que soit la véracité de ces reproches, la beauté de La Forme de l’eau justifie sans contexte une immersion en salles. Certainement un des meilleurs films de ce début d’année.
La forme de l’eau : Bande annonce
La forme de l’eau – Fiche technique
Titre original : The Shape of water
Réalisateur : Guillermo del Toro
Scénario : Guillermo del Toro, Vanessa Taylor
Interprétation : Sally Hawkins (Elisa Esposito), Michael Shannon (Richard Strickland), Richard Jenkis (Giles), Octavia Spencer (Zelda Fuller), Michael Stuhlbarg (Dr. Robert Hoffstetler), Doug Jones (l’Amphibien)
Musique : Alexandre Desplat
Photographie : Dan Laustsen
Montage : Sidney Wolinsky
Costumes : Luis Sequeira
Producteurs : Guillermo del Toro, J. Miles Dale
Maisons de production : Fox Searchlight Pictures, Double Dare You (DDY)
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Récompenses : Lion d’Or à la Mostra de Venise 2017, 2 prix (meilleur réalisateur et meilleure musique) et 5 nominations (meilleur film dramatique, meilleure actrice dans un drame, meilleur acteur dans un second rôle, meilleure actrice dans un second rôle, meilleur scénario) aux Golden Globes 2018, 13 nominations aux Oscars 2018 (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleur acteur dans un second rôle, meilleur actrice dans un second rôle, meilleure musique, meilleur scénario, meilleure photographie, meilleur montage, meilleurs costumes, meilleurs décors, meilleur montage de son, meilleur mixage de son)
Budget : $ 19 000 000
Durée : 125 min
Genre : Fantastique, drame, romance
Date de sortie (France) : 21 février 2018
États-Unis – 2017
Death House vient de voir sa sortie en salles aux USA décalée d’une semaine, suite au carton plein réalisé par le film Black Panther au box-office américain.
Alors que l’année 2017 avait permis de célébrer le triomphe du cinéma de genre à travers le succès commercial dans les salles obscures du film Get Out de Jordan Peele (sur fond de satire sociale dénonçant le racisme et les clichés en pleine Amérique de Donald Trump), une situation délicate et paradoxale est en train de se produire dans les multiplexes américains pour la sortie d’un film d’horreur indépendant. Le carton de la superproduction Black Panther, de Ryan Coogler, est en train de menacer la sortie dans les salles américaines d’un projet réunissant les gloires du cinéma fantastique des années 1980 et 1990. Le long-métrageDeath House, signé Harrison Smith, vient en effet de voir sa sortie au cinéma décalée d’une semaine, suite au raz-de-marée et face à la cash machine engendrée par le héros de la Marvel et des studios Disney. Black Panther a généré 242,2 millions de dollars, en quatre jours seulement ! Ce score représente le deuxième meilleur démarrage de tous les temps derrière Star Wars : Le réveil de la force, en 2015.
Selon des informations des rédactions de Dread Central et de IHorror.com, la sortie de Death House dans les salles obscures américaines vient donc d’être officiellement repoussée cette semaine suite au succès de Black Panther, qui va grignoter des écrans dans les multiplexes et conquérir de nouvelles salles à partir des 23, 24 et 25 février. Le long-métrage horrifique d’Harrison Smith devait sortir le 23 février 2018 sur près d’une centaine d’écrans aux Etats-Unis. Le film sera finalement visible au cinéma dans un délai très bref fort heureusement. La nouvelle date officielle de sortie de Death House, dans les salles obscures américaines, a été fixée au week-end du 02 mars 2018.
Cette nouvelle, à peine croyable, symbolise bel et bien la dure réalité des processus de distribution à Hollywood et de la gestion ainsi que du fonctionnement des multiplexes dans un pays où le dollar est roi. Jodie Foster avait-elle donc raison ? Les films du Marvel Cinematic universe et les blockbusters récents nuiraient-ils véritablement au circuit de distribution de longs métrages indépendants, soutenus par des studios et des distributeurs qui ne luttent pas à armes égales ? L’exemple du projet porté par Harrison Smith et Gunnar Hansen (Leatherface dans le tout premier Massacre à La Tronçonneuse) en est malheureusement la preuve. Lloyd Kaufman et les studios Troma étaient donc dans le vrai depuis tout ce temps ! Diantre !
Eric Parkinson, à la tête de la société Hannover House, qui distribue Death House au cinéma, s’est exprimé sur la situation ubuesque de ce film d’horreur indépendant, littéralement menacé par Black Panther, pour sa sortie en salles le 23 février 2018.
Nous sommes évidemment très déçus de devoir subir la pression des exploitants de salles qui retiennent et mobilisent de nouveaux écrans pour Black Panther. Nous sommes heureux du succès de ce film pour les propriétaires de salles de cinéma. Nous sommes persuadés que le léger décalage pour Death House aura des conséquences financières positives pour le film au final.
Les équipes de Death House ont également publié de nouvelles informations sur les réseaux sociaux en ce début de semaine afin de prévenir les fans d’horreur et de cinéma fantastique du délai supplémentaire à attendre pour la sortie en salles, du 23 février au 02 mars 2018.
Le long-métrage horrifique d’Harrison Smith est attendu pour une sortie limitée le week-end du 02 mars 2018 au cinéma aux USA. Une séance spéciale et prestigieuse avec vingt personnalités présentes au casting est notamment d’ores et déjà prévue dans le quartier de Van Nuys à Los Angeles. Le nombre de salles devrait être ensuite étendu à travers le pays lors des semaines du 09 et du 16 mars 2018. En cas de succès lors de la semaine du 16 mars, de nouveaux écrans pourraient en effet être alloués à Death House à travers le pays fort heureusement.
Parmi ces précieuses informations, plus de détails ont également été donnés sur l’avenir du film. La disponibilité du long métrage dans le commerce en DVD, en Blu-Ray et en VOD pourrait être également décalée et planifiée pour le mois de juin ou le mois de juillet. Death House devrait arriver sur Netflix aux USA le 20 avril 2018. La sortie de Death House pour le marché international, et donc potentiellement pour la France, est également officiellement prévue pour le mois d’avril 2018.
Les amateurs de films de genre auront même la possibilité et le grand bonheur de se faire une séance « double feature », une double programmation dans la même journée ou soirée aux USA. Le nouveau film d’Eli Roth, Death Wish (avec Bruce Willis), le remake d’Un Justicier dans la ville, de Michael Winner et avec Charles Bronson, sortira en effet également le même week-end que Death House aux USA. Death Wish est prévu pour le 09 mai 2018 dans les salles françaises.
Le réalisateur Harrison Smith a donc encouragé les fans d’horreur et de cinéma de genre à soutenir le film et à se déplacer en masse lors de sa sortie en salles, finalement prévue pour le début du mois de mars. Le succès phénoménal du dernier opus des studios Disney – Marvel, Black Panther, provoque donc des dommages collatéraux pour le cinéma indépendant et les circuits de distribution plus restreints. La sortie de Death House a donc dû être officiellement décalée au mois de mars. De nombreux multiplexes dans les villes majeures américaines vont en effet réquisitionner des écrans supplémentaires pour capitaliser au maximum sur le succès commercial et la pluie de dollars de Black Panther, lors du week-end du 23 février.
Death House réunit de véritables légendes vivantes du cinéma de genre aux yeux de tous les mordus d’horreur. Le défi et le pari des équipes du film est encore plus fou que la trilogie Expendables. Le casting est en effet composé des personnalités suivantes : Kane Hodder (Vendredi 13 : VII, VIII, Jason va en enfer, Jason X), Tony Todd (Candyman), Dee Wallace (E.T., Hurlements), Barbara Crampton (Re-Animator, From Beyond), Debbie Rochon (Terror Firmer, Tromeo and Juliet), Adrienne Barbeau (The Fog, Creepshow), Bill Moseley (Massacre à la tronçonneuse 2, The Devil’s Rejects), Michael Berryman (La Colline a des yeux), Lloyd Kaufman (les studios Troma), Sid Haig (La maison des 1 000 morts, The Devil’s Rejects), Vernon Wells (Mad Max 2, Commando), Felissa Rose (Massacre au camp d’été), Kenny Ray Powell, Cody Longo, Cortney Palm, Lindsay Hartley (Smallville), R.A. Mihailoff (Massacre à la tronçonneuse 3), Beverly Randolph (Le retour des morts-vivants) ou bien encore Sean Whalen (Twister, Le sous-sol de la peur).
Les spectateurs, cloués sur leur fauteuil, suivront donc l’immersion surréaliste de deux jeunes agents du FBI dans les entrailles d’une prison fédérale, qui accueille les pires criminels de la planète, au cœur de la fameuse « Zone 51 ». Les prisonniers les plus violents seraient maintenus sous contrôle par l’intermédiaire d’un système de réalité virtuelle qui leur donne l’illusion d’étancher leur soif de meurtre et leur pulsion de mort. L’établissement pénitentiaire abrite en réalité en son sein une porte sur l’Enfer. La plupart des prisonniers ne tarderont pas à créer une émeute. Nos deux agents du FBI, le personnel scientifique et sécuritaire de la prison ainsi que les rares détenus qui ont encore une part d’humanité devront alors faire face à des entités démoniaques capables des pires atrocités. Harrison Smith a écrit le scénario du film sur une idée originale de Gunnar Hansen, l’inoubliable interprète de Leatherface dans le tout premier Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Le film est produit par Rick Finkelstein et Steven Chase pour le compte d’Entertainment Factory. Le popcorn et les sodas risquent donc de voler dans les salles américaines tant le niveau de terreur et d’effroi pourrait être grand en cas de succès. Le film s’annonce comme une plongée dans un univers carcéral ultra hostile et fortement déconseillé aux personnes claustrophobes. Harrison Smith a l’intention d’établir une nouvelle franchise horrifique, avec Death House, qui s’étalerait sur six films. Un succès confortable au box-office lui permettrait de se lancer sur le prochain opus, Dawn of 5 Evils.
Death House est un long-métrage qui devrait permettre aux exploitants de multiplier les séances. Le film, classé R, dure en effet 1h35. Le bouche à oreille, l’effet de curiosité, les réseaux sociaux, les youtubeurs, les blogueurs passionnés de cinéma de genre et l’absence de films gores à cette période de l’année aux USA devraient être des éléments favorables au succès de Death House lors de sa sortie en salles au début du mois de mars.
Hannover House n’a fort heureusement pas annulé purement et simplement la sortie de Death House en salles. Le long-métrage horrifique d’Harrison Smith va en réalité bénéficier d’une sortie décalée et étalée dans le temps à partir du week-end du vendredi 02 mars 2018. Les équipes de Death House n’ont pas cherché à polémiquer ou à critiquer le film Black Panther. Cette situation surréaliste et délicate, le décalage d’une sortie en salles à la dernière minute suite au succès d’un film concurrent, fait partie de la loi du marché et de la dure réalité à Hollywood. Cela aura en tous les cas permis de réaliser un joli coup de publicité et de mobiliser les fans de cinéma fantastique pour les sorties en salles de Death House aux USA lors des week-ends des 02, 09 et 16 mars 2018. Espérons que le film soit de bonne facture et à la hauteur de l’attente pour les fans d’horreur et que le succès au box-office se concrétise pour toutes les équipes de ce long-métrage fait avec passion et dévouement et qui réunit les légendes vivantes du cinéma de genre américain des années 1980 et 1990.
A une époque qui a à ce point creusé un gouffre entre la promesse de l’œuvre et l’œuvre elle-même, au point que l’expérience spectatorielle est en passe de devenir le parent pauvre du processus cinématographique, le simple fait de parvenir à être ce que l’on est supposé être constitue en soi un petit miracle. Ça tombe bien, c’était tout ce qu’on demandait à Criminal Squad, le premier film de Christian Gudecast, que la bande-annonce nous avait vendu comme un ersatz de Heat tartiné au jus de couilles emmené par un Gérard Butler éructant d’un machisme d’un autre âge.
Pour nous les hommes
Bref, du bon gros polar urbain testostéroné traversé par les excès de ses personnages borderlines et enivré de sa propre amoralité. Et pour bien faire, le réalisateur s’assurait les services de tout ce que l’industrie du divertissement peut compter de fiers représentants d’une masculinité trempée dans le jus de testostérone non dilué. Hormis notre Léonidas (Gérard Butler donc) qui a troqué sa jupette contre un marcel blanc et ses abdos de club de gym de San Francisco contre une bedaine de pilier de bar, comptez donc des seconds rôles vus dans tout ce que le cinéma et la télé peuvent compter d’univers « manly man approved »: un emblème du gangsta rap qui travaille sa reconversion (l’inénarrable Curtis « 50 Cent » Jackson) et le fils d’un rappeur célèbre connu pour avoir joué son paternel (O’Shea Jackson jr), des Samoans aux physiques de Goliath, et même des combattants de l’UFC qui viennent faire coucou. Devant tant de bonheur, on était même prêt à fermer les yeux sur les inévitables appels du pied au moralisme pontifiant de l’éternel troisième acte expiateur pour peu que le film commette vraiment les outrages dont il essaierait hypocritement de se racheter in extremis. En résumé, on voulait que Criminal Squad ressemble le plus possible à ça :
Soit des gros bras mal rasés parfumés à la bouteille de Jack de la veille, des concours de qui a la plus grosse en veux-tu en voilà, des clubs strip-tease pour apaiser les esprits, et les basses d’une bande-son rap pour la caution street de rigueur. Des fois, le cinéma c’est simple comme les petits plaisirs de la vie.
Ça tombe bien, c’est exactement ce que nous offre le film. Et même un peu plus.
Pablo Schreiber et ses potes. Pas de malaise.
On se gardera bien de comparer Criminal Squad à toute autre œuvre s’étant essayé à marcher sur les plates-bandes du monument de Michael Mann mentionné plus haut vu qu’au bout du compte, le film réussit à ne ressembler qu’à lui-même. Visiblement conscient non seulement de ses influences mais aussi des attentes qu’il avait fait naître, Christian Gudecast se fait un point d’honneur à cocher toutes les cases du programme qu’il s’était fixé. Le classique schéma du flic au bord du point de rupture engagé dans un jeu du chat et de la souris avec un voleur supérieurement doué fait le lit ici d’un duel de pitbulls qui a le bon goût de ne pas s’embarrasser de trop de considérations existentielles.
Il ne peut en rester qu’un
Convoquant avec talent l’urbanité caniculaire et déliquescente de Los Angeles pour mieux faire accentuer la pression, Criminal Squad orchestre parfaitement la confrontation de ces deux camps qui ne vivent que pour imposer leur suprématie aux autres. Il faut à cet égard souligner à quelle vitesse Gudecast expédie la mise en place inhérente au genre. Les braqueurs sont identifiés en quinze minutes par les flics et les flics sont reconnus encore plus vite par les braqueurs, chacun jouant la carte d’une transparence qui permet au réalisateur de sortir du carcan du genre pour se focaliser sur le conflit en chien de faïence qui s’installe. Ce n’est pas un polar, mais une compétition sportive entre deux équipes chauffées à blanc (ce que le scénario ne manque pas de souligner). Chaque confrontation se transforme ainsi en décharge de tension silencieuse, tel cet anthologique dialogue méta au stand de tir qui donne envie au spectateur de se planquer dans un trou de souris. Pour vous donner un ordre d’idée, c’est un peu comme si vous vous retrouviez au milieu de ça :
https://www.youtube.com/watch?v=l_EexEAVAzo
Tu sens la pression qui émane de nous ?
Vous l’aurez compris, le cahier des charges est rempli, et bien rempli. A d’autant plus forte raison que le contexte dépeint de la militarisation des conflits entre braqueurs et forces de l’ordre et la volonté de filmer des décors susceptibles de sortir L.A de ses images d’Epinal ajoutent un ancrage bienvenu au récit. De fait, dans son degré de lecture le plus immédiat, Criminal Squad est le film que David Ayer n’a jamais fait – et ne saura jamais faire. Christian Gudecast est un réalisateur qui a définitivement compris ce que son public est venu voir. Tellement même que l’ensemble pourrait paraître presque trop calculé pour être honnête, d’autant plus à l’aune d’un twist final qui aurait pu se révéler méchamment roublard en d’autres mains (David Ayer, encore lui !). Or, c’est bien la conscience de ces attentes qui apporte à l’ensemble une perspective lui permettant de préparer la transgression de sa ligne de conduite en amont sans dévier des clous de sa proposition initiale. Un numéro d’équilibriste qui pourrait tenir tout entier sur un élément oh combien déterminant à la réussite de l’ensemble : la composition de son casting.
Gérard Butler on fire
Soyons clair, si Criminal Squad affiche une belle brochette de gros bras aux tronches de bourrins endurcis (Pablo Schreiber, Curtis Jackson, la galerie impressionnantes de trognes convoquée pour l’occasion), c’est bien le chef d’escadrille qui donne le ton à l’ensemble. Et cette tête de gondole c’est Gérard Butler. Butler bon comme il l’a rarement été, endossant la panoplie du flic fucked up accro à l’adrénaline comme s’il était le premier à la porter. Butler, dont le profil de brute antipathique trop ivre de sa violence (mal) contenue pour être tout à fait soluble dans le moule du héros classique, trouve enfin le terrain sur lequel se déployer. Dans le royaume des bullys de cour de prison, il est confortablement assis sur le trône. Contre son adversaire qui danse autour de lui, joue la tactique et refuse l’affrontement de face, Butler fonce comme un buffle prêt à l’attaque. Son « Big Nick » terrorise son entourage, s’assoit sur le protocole pour assouvir son besoin d’imposer sa loi, et victimise son prochain quand il est trop tendre pour lui faire face (il surnomme la petite frappe jouée par O’Shea Jackson jr « Fraulein », après une allusion à son intégrité anale). Butler est violent, Butler est hargneux, Butler est over the top, Butler sort ses grosses couilles et les frotte sur la table jusqu’à décaper l’amour-propre des quidams qui y sont assis.
Gérard Butler: un homme, sa plaque et ses tatouages.
Or, c’est bien à l’aune de ce show complètement désinhibé qu’il faut aller chercher le propos qui sous-tend l’ensemble. A savoir que ces démonstrations de forces hyperboliques sont précisément pensées pour extérioriser les névroses des personnages (en particulier celui-là). Jusqu’à son climax, Criminal Squad est un spectacle qui appuie généreusement sur tous les curseurs convoqués jusqu’à ce qu’un twist inattendu reconfigure son logiciel en totalité, sans pour autant faire mentir ce qui a précédé. Toute la réussite du film réside dans la capacité du réalisateur à gérer le mélange de premier degré absolu et de distance induite par le propos sans trahir son jeu aux yeux du spectateur. Une réussite tributaire de la performance de Butler, tant l’Écossais intègre sans se forcer la défaillance de ce personnage qui n’a pas conscience de la taille de sa touquette, son environnement lui renvoyant constamment le reflet qu’il aime à contempler. Mais c’est aussi l’honnêteté du réalisateur qui fait la différence, dans sa volonté de ne pas articuler ses intentions au détriment de ses personnages. Pas question d’instrumentaliser des caricatures pour appuyer un discours (voir ainsi les apartés sur la vie privée des uns et des autres, assez justes) et casser le premier degré de l’ensemble.
La fin d’une époque
Évidemment, dans ce genre d’exercice entreprenant de duper le spectateur sans se foutre de sa gueule, il est toujours difficile de réussir à jouer sur les deux tableaux si on ne s’appelle pas M. Night Shyamalan. De fait, on pourra toujours reprocher à Christian Gudecast de dissimuler ses cartes un peu trop vertement ; on pointera également du doigt les quelques incohérences qui survivent au procédé qui est censé leur donner sens. Reste que c’est tout à l’honneur du réalisateur d’entreprendre cette mécanique dans son découpage même plutôt qu’en intériorisant un discours qui se mettrait en travers de la proposition initiale. Se faisant, Criminal Squad fait de son propos un enjeu purement cinématographique qui sait choisir son moment pour se cristalliser. Comme dans cette fusillade finale qui refuse la catharsis tant espérée, laissant la frustration l’emporter sur la satisfaction. Un climax que l’on pourrait résumer dans cette réplique du personnage de 50 Cent, qui demande son arme du ton le plus fataliste et laconique dont il est capable, comme s’il était conscient du programme qu’il devait remplir. Si même celui qui a réinventé le gangsta rap il y a 15 ans fait la tronche en empoignant son arme…
La bourse où la vie ?
Sous couvert du film mâle hyperbolique annoncé, Criminal Squad dessine le crépuscule d’un archétype en fin de vie. Ce faisant, le film de Christian Gudecast réussit à être parfaitement ce qu’il se devait d’être, tout en devenant son inverse. Autant dire que de la part du scénariste de la Chute de Londres et Un homme à part, on n’en attendait vraiment pas tant.
Criminal Squad : Extrait
Synopsis : Chaque jour, 120 millions de dollars en liquide sont retirés de la circulation et détruits par la Réserve fédérale de Los Angeles. Un gang de braqueurs multirécidivistes va tenter l’audacieux tour de force de mettre la main dessus. Mais, ils vont se heurter à une unité d’élite de la police qui n’a pas l’intention de jouer dans les règles de l’art. Tous les coups sont permis pour coincer ces gangsters prêts à tout.
Criminal Squad : Fiche technique
Titre original : Den of Thieves
Titre québécois : À armes égales
Réalisation : Christian Gudegast
Scénario : Christian Gudegast et Paul Scheuring
Interprétation : Gerard Butler :(Nick « Big Nick » Flanagan), Pablo Schreiber (Ray Merrimen), O’Shea Jackson Jr. (Donnie Wilson), Curtis « 50 Cent » Jackson (Levi Enson), Evan Jones (Bosco), Cooper Andrews (Mack), Brian Van Holt (Murphy « Murph » Collings)
Musique : Cliff Martinez
Photographie : Terry Stacey
Montage : Joel Cox
Production : Mark Canton, Christian Gudegast, Ryan Kavanaugh et Tucker Tooley
Sociétés de production : Diamond Film Productions, Tooley Productions et G-BASE
Sociétés de distribution : STX Entertainment (États-Unis), Metropolitan FilmExport (France)
Date de sortie : 21 Février 2018
Durée : 2h20
Genre : Thriller, policier
Les deux réalisateurs belges révélés par le film Black, Adil El Arbi et Bilall Fallah, reviennent avec un nouveau projet cinématographique. Alors que le précédent film avait été malheureusement interdit dans les salles françaises (suite à des débordements dans certaines séances en Belgique et à une interdiction aux moins de 16 ans), Gangsta est attendu dans l’Hexagone pour le 28 février prochain.
Adil El Arbi et Bilall Fallah partent à l’assaut du marché français avec Gangsta, après leur première œuvre saluée par la critique, Black, mais injustement interdite en France. Le film a connu un succès en e-cinéma. Il est actuellement accessible gratuitement sur l’application My Canal, grâce à un abonnement aux chaînes OCS. Le film choc d’Adil El Arbi et Bilall Fallh ne doit d’ailleurs pas être confondu avec son homonyme Black, signé Pierre Laffargue et avec le rappeur MC Jean Gab’1.
Les amateurs de cinéma belge ne seront donc pas déçus avec leur nouveau film Gangsta, un polar mâtiné d’éléments propres à la comédie d’action et à l’esthétique très soignée. Les deux réalisateurs dépeignent encore les affres de la criminalité en Belgique à travers une sacrée galerie de personnages. Black se déroulait dans la banlieue de Bruxelles. Le cadre de Gangsta est la ville d’Anvers. Quatre copains d’enfance, tous fans de Scarface et dealers à la petite semaine, rêvent de devenir les futurs pontes du crime organisé. Ils seront à l’origine d’une guerre ouverte après le vol d’un chargement de cocaïne. Un baron de la drogue, originaire d’Amsterdam, et les cartels colombiens seront à leur trousse ! Le prix à payer par ces quatre jeunes loups suite à cette bévue pourrait être bien plus lourd qu’une mission ratée dans le jeu vidéo Grand Theft Auto. Les fans de Pusher, Dealer, Comme un aimant,La Haine, Les Barons ou Chouf devraient donc tout particulièrement apprécier ce film.
Comme le précise la rédaction d’Allocine, Adil El Arbi et Bilall Fallah sont passés par l’école de cinéma Sint-Lukas de Bruxelles. Ces jeunes réalisateurs, âgés de 29 et 32 ans, ont réalisé deux premiers films choc : Image et Black. Adil El Arbi et Bilall Fallah vont également s’atteler très bientôt à un projet déjanté pour un film d’ores et déjà culte, Le Flic de Beverly Hills 4. Le tournage serait prévu à Détroit avec Channing Tatum ou Tom Hardy aux côtés d’Eddie Murphy. Le comédien sélectionné incarnerait un nouveau policier de la ville sensible du Michigan. Il serait confronté à Axel Foley, devenu flic saisonnier. La rédaction d’Allocine évoque un budget de 50 millions de dollars.
Gangsta débarque donc dans les salles françaises le 28 février prochain et est prêt à braquer le box-office. Le casting regroupe les comédiens Nora Gharib, Nabil Mallat, Matteo Simoni, Saïd Boumazoughe et Junes Lazaar. Le film était intitulé Patser lors de sa sortie en Belgique en janvier 2018.
Teaser de Gangsta, un film d’Adil El Arbi et Bilall Fallah, dans les salles françaises le 28 février 2018 :
L’actrice Pam Grier, véritable icône de la blaxploitation et héroïne dans Jackie Brown de Quentin Tarantino, préparerait un biopic inspiré de sa propre vie, intitulé Pam. La comédienne a également évoqué le délicat sujet des violences faites aux femmes.
Pam Grier prépare un biopic inspiré de sa propre vie. Le film, intitulé Pam, est actuellement en cours d’écriture et de développement. Le scénario, confié à Bennie Richburg, serait sur le point d’être vendu selon des informations d’Allocine.
Cette actrice légendaire a tourné dans de nombreuses œuvres cultes de la période de la blaxploitation dans les années 1970 à Hollywood. Les cinéphiles, qui n’auraient pas eu la chance ou le bonheur de découvrir certains de ses films, peuvent trouver sur le marché français des dvd de Foxy Brown, Black Mama – White Mama ou bien encore Coffy, la panthère noire de Harlem. Le réalisateur John Carpenter lui a même offert deux rôles dans Los Angeles 2013 et Ghost of Mars. Pam Grier est également restée célèbre pour ses rôles dans Bones, Sheba Baby, The Big Doll House, Friday Foster ou bien encore Scream Blackula Scream. Quentin Tarantino a rendu un hommage poignant à Pam Grier de son vivant en lui confiant le rôle principal dans Jackie Brown, aux côtés de Samuel L. Jackson, Robert Forster, Robert De Niro, Bridget Fonda, Michael Keaton ou bien encore Chris Tucker.
Interrogée par Deadline, Pam Grier a indiqué que le comédien Jay Pharoah était prêt pour incarner Richard Pryor, avec qui elle a eu une passion amoureuse à la fin des années 1970, dans le cadre de son projet de biopic. Pam Grier et Jay Pharoah (White Famous) se sont rencontrés à l’occasion d’une session de doublage pour le jeu vidéo Infinity Wars. Jay Pharoah a trouvé l’histoire « déchirante, brutale, honnête et magnifique ».
Je l’ai regardé, j’ai entendu sa voix puis j’ai fermé les yeux et je me suis dit : « C’est Richard. »
La comédienne a publié ses mémoires en 2010 (Foxy, My Life in Three Acts). Alors qu’Hollywood est empêtré dans les scandales sexuels (les affaires Weinstein, Allen, Polanski) et les accusations graves de comportements inappropriés (Kevin Spacey, Ed Westwick, James Toback, Steven Seagal), Pam Grier a courageusement évoqué dans ses écrits les violences sexuelles dont elle a été victime. Pam Grier aurait été violée à l’âge de six par deux garçons plus âgés, puis de nouveau lors de ses études à l’université. Elle raconte également dans ses mémoires une soirée atroce chez le chanteur Sammy Davis Jr. Ce dernier, en présence de sa femme, aurait essayé de contraindre Pam Grier à coucher avec lui. La scène était d’une violence rare. Elle serait parvenue à s’enfuir avec l’aide de Liza Minnelli et de son mari Jack Haley Jr., en se cachant sur la banquette arrière de leur voiture.
Pam Grier a également évoqué sa bonne étoile dans le cadre de sa carrière, son agent John Gaines. Lorsqu’elle était une star montante à Hollywood, il s’est toujours assuré qu’elle ne se rende pas seule aux rendez-vous afin qu’elle ne se retrouve pas dans une situation risquée pour sa sécurité.
Si vous allez à un rendez-vous professionnel, quelqu’un doit toujours être avec vous. John a toujours établi ces règles pour moi et a créé une zone de confort. […] Je n’ai pas vraiment vécu le harcèlement sexuel que vous pourriez penser. Je me demande si c’est parce qu’ils ont vu mes films et pensé que je pourrais probablement leur casser la figure.
Pam Grier a indiqué qu’elle soutenait toutes les femmes victimes d’abus sexuels ou de harcèlement. La comédienne admire le courage de celles qui ont décidé de ne plus se taire. Elle a d’ailleurs évoqué son propre soulagement lorsqu’elle a enfin parlé de ce qui lui était arrivé, lorsqu’elle n’était encore qu’une enfant :
C’était comme se débarrasser d’un poids énorme, on ne réalise pas la force qu’on a jusqu’à ce qu’on ait vraiment besoin que ça sorte.
Les fans de la comédienne espèrent que le biopic Pam verra bientôt le jour. Le film pourrait être tout aussi marquant et poignant que le long-métrage consacré au couple sulfureux de la chanson Tina et Ike Turner (What’s Love Got to Do With It en VO, Tina en VF de Brian Gibson en 1993). Pam Grier pourrait jouer son propre rôle dans certaines scènes du film ou participer à l’enregistrement d’une voix off.
Bande-annonce d’une soirée spéciale sur la chaîne TCM Cinéma consacrée à la comédienne Pam Grier en octobre 2017 :