Le plasticien étonne et détonne avec Winter Brothers, son premier long métrage très maîtrisé, un concentré de performances visuelle et auditive qui n’oublie pas pour autant de raconter une vraie histoire.
Synopsis : Emil travaille avec son frère dans une carrière de calcaire et vend aux mineurs l’alcool frelaté qu’il fabrique. Les relations changent lorsque la mixture préparée par Emil est accusée d’avoir empoisonné l’un d’entre eux.
Faute d’amour
Faute d’amour. Voilà la phrase (pêchée dans le dernier Zvyaguintsev) qui nous obsède au visionnage de Winter Brothers. De fait, nous apprendrons plus tard que l’Islando-Danois Hlynur Palmason a sous-titré son film « The Lack of Love Story », et nous ne sommes pas trop mécontente d’avoir au moins percuté cela.

Malgré donc des images de toute beauté, la déception, voire l’ennui, aurait pu gagner le spectateur si Hlynur Palmason n’avait pas réussi à mettre une âme dans sa quête de la perfection formelle. Cette âme, c’est Emil (Elliott Crosset Hove) qui l’incarne de manière très juste. Au centre d’un scénario assez ténu, le personnage est un concentré de souffrance et de solitude. Affublé d’un masque blanc lui permettant d’éviter l’inhalation de la poudre de calcaire, Emil ressemble à s’y méprendre au Saul de László Nemes (le Fils de Saul, les affiches sont d’ailleurs très identiques), qui porte le masque de la même manière pour tenter de s’isoler d’horreurs autrement plus atroces, celles des odeurs des fours crématoires. Dans les yeux fous d’Emil, comme dans ceux de Saul, la mort. Celle qui est au centre de la vie de Saul et celle qui sous-tend la non-vie d’Emil. Emil est infiniment seul, malgré la présence d’un grand frère Johan (Simon Sears). Pour tromper l’ennui et la pauvreté, il vole des produits chimiques à son employeur, distille et vend un alcool frelaté auprès de ses collègues, eux-mêmes en recherche d’une étincelle, voire d’un simple mirage, dans une vie épouvantablement insipide. Emil devient rapidement obsédé par une arme échangée contre sa mauvaise booze, et des images surréalistes de militaires s’exerçant au tir au M1 émaillent le film, comme pour marteler la quasi-folie du protagoniste.

Winter Brothers est un film obtus qui en rejoint d’autres comme Jauja de Lisandro Alonso. Difficile, mais indispensable et beau. Comme Jauja, et comme Le fils de Saul, encore lui, Winter Brothers adopte les coins arrondis pour accentuer l’effet artistique de son métrage. Le travail de Maria von Hausswolff sur la photo est phénoménal, la palette des couleurs allant du blanc du calcaire jusqu’au bleu délavé des combinaisons des mineurs marque le côté fantomatique, presque irréel du film, les contrastes graphiques entre les composants de la mine, les cylindres, les grues, les différentes échelles, d’une part, et la rondeur de la nature enneigée, d’autre part, tout est magnifiquement tiré au cordeau.

Winter Brothers : Bande-annonce
Winter Brothers : Fiche technique
Titre original : Vinterbrødre
Réalisateur : Hlynur Palmason
Scénario : Hlynur Palmason
Interprétation : Elliott Crosset Hove (Emil), Simon Sears (Johan), Victoria Carmen Sonne (Anna), Lars Mikkelsen (Carl), Peter Plaugborg (Daniel), Michael Brostrup (Michael), Anders Hove (l’homme aux cheveux longs)
Musique : Toke Brorson Odin
Photographie : Maria von Hausswolff
Montage : Julius Krebs Damsbo
Producteurs : Julie Waltersdorph Hansen, Per Damgård Hansen, Hlynur Palmason, Coproducteur : Anton Máni Svansson
Maisons de production : Masterplan Pictures ApS, Coproduction : Join Motion Pictures Corporation
Distribution (France) : Arizona distribution
Récompenses : Festival du Film de Locarno, 4 prix, dont Prix de la meilleure interprétation masculine pour Elliott Crosset Hove, Premiers plans d’Angers : Grand Prix du Jury
Budget : EUR 828 000
Durée : 100 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 21 Février 2018
Danemark, Islande – 2017