Gomorra saison 3 : Une entrée en matière suffocante pour la prise de pouvoir de Genny Savastano !

La nouvelle saison de Gomorra faisait son grand retour sur les antennes de Canal + ce jeudi 15 février 2018. Les retrouvailles entre Genny Savastano et Ciro Di Marzio ont tenu leurs promesses dans ces deux premiers épisodes haletants qui dévoilent et dénoncent toujours un peu plus les pratiques de la mafia à l’échelle planétaire.

Après de longs mois d’attente, les téléspectateurs français ont donc pu enfin découvrir les épisodes inédits de la saison 3 de Gomorra sur les antennes de Canal +. Les « cliffhangers », les séquences chocs à la fin de chaque saison, avec un duel l’arme à la main, étaient à couper le souffle. Les vastes plaines des westerns spaghettis d’Almeria étaient en réalité remplacées par les quartiers du Nord de Naples. Ces séquences ont réservé de nombreuses surprises et ont eu des conséquences dramatiques sur les affrontements entre les clans Conte et Savastano et sur la hiérarchie au cœur de la famille Savastano.

Ces deux premiers épisodes de la saison 3 servent littéralement d’électrochocs. La conquête du pouvoir de Genny Savastano sera impitoyable. Cette entrée en matière de la nouvelle salve d’épisodes de Gomorra est à nouveau une véritable torture pour les nerfs des spectateurs attachés aux personnages emblématiques et aux rares survivants des affrontements pour les places de deals. La saison 1 et la saison 2 avaient déjà mis la barre très haut, après le film culte de Matteo Garrone. La saison 3 est bien partie pour renverser la table !

gomorra-saison-3-canal-plus-premiers-episodes-roberto-saviano-claudio-cupellini-marco-d-amore-fortunato-cerlino-salvatore-esposito-cristiana-dell-anna-genny-ciro

Don Gennaro : le nouveau boss de Rome et de Naples !

Le fils de Don Pietro, Genny Savastano, abat donc ses cartes. Ses choix stratégiques, ses engagements et ses sacrifices prennent tout leur sens dans le début de cette troisième saison. Genny Savastano a en effet longtemps ourdi un plan machiavélique afin de revenir à Naples dans les meilleures conditions possibles. Sa renaissance au Honduras lui a permis de s’endurcir, de devenir un homme et d’être l’un des principaux fournisseurs de drogue en Europe lors de scènes clés dans les deux premières saisons. Sa passion amoureuse avec Azzurra a contribué à son épanouissement et à son rêve : fonder une famille et espérer en l’avenir. Son éloignement à Rome lors de la saison 2 a contribué à diversifier ses activités. Il a ainsi commencé à bâtir un nouvel empire du crime et à apprendre les ficelles du « métier » aux côtés de son beau-père, Don Giuseppe (un mafieux dans le bâtiment et les travaux publics).

Ces scénettes de la saison 2, qui ont permis d’enrichir la profondeur et la qualité des personnages de la série, vont servir en réalité d’effet domino dans le début de la saison 3. Genny Savastano, pour asseoir définitivement son pouvoir, va en effet devoir résoudre trois problèmes épineux, tous liés au château de carte scénaristique des saisons précédentes (ses relations au Honduras, son emprise mafieuse à Rome et le contentieux judiciaire que va devoir résoudre Patrizia avec Marinella pour le compte du clan Savastano dans les intérêts de Donna Annalisa « Chanel »).

Genny sera capable de se renier lui-même pour arriver à ses fins. Après avoir triomphé de son père, qui passait son temps à le rabaisser et qui ne souhaitait pas lui laisser les rênes du pouvoir, Don Gennaro ira même jusqu’à trahir ses proches dans une scène exceptionnelle avec le retour d’un personnage emblématique maudit ! Genny va mener la vie dure à son beau-père également, sur le plan des affaires, à sa sortie de prison.

Une réunion au sommet est d’ailleurs organisée afin de clarifier la situation à Naples et pour passer de nouvelles alliances. Malgré la situation alarmante, Genny rencontre et parvient à tenir tête à cet aréopage de mafieux intraitables et roublards (Don Aniello, Elia et Ferdinando Capaccio, Don Eduardo Arenella).

Sans votre père et avec vous à Rome, Secondigliano et Scampia sont des bombes à retardement. Elles peuvent exploser à tout moment. Sans un chef au Nord de Naples, ce sera l’anarchie.

Alors que les deux premières saisons pouvaient glorifier de manière involontaire et apporter un certain romantisme au quotidien des mafieux napolitains dans les quartiers sensibles de Naples, le début de cette troisième saison fait basculer les personnages principaux dans l’horreur. La réalité criminelle, la course au pouvoir, les manœuvres d’entrave à la justice, l’horreur des actes commis, les trahisons répétées font basculer la série dans un profond malaise en ce début de saison 3. Le prix à payer et le sens du sacrifice deviennent des poids très lourds à supporter au quotidien pour les différents protagonistes de la série. L’argent ne coule plus à flot, les soirées festives et le temps des romances sont oubliés. Chaque membre du Système a du pain sur la planche et des basses besognes à effectuer.

L’entrée en matière de cette saison 3 dévoile ainsi la part la plus sombre de la Camorra et de ses dirigeants. Gomorra s’incscrit encore un peu plus au panthéon des séries cultes avec ces nouveaux épisodes. A la manière de la trilogie Pusher de Nicolas Winding Refn ou de Breaking Bad, la série Gomorra, dans ce lancement de la saison 3, repousse les limites de l’horreur criminelle avec une séquence terrible d’atteinte à l’intégrité de cadavres, dans une supérette, inspirée des pires techniques des cartels sud-américains ! La mise en scène de cette séquence choc est particulièrement réussie à travers le personnage référent de Gegè, un ami de Genny, dont la vie bascule ce soir-là. Ce modeste comptable va se retrouver à faire une partie du « sale boulot » aux cotés de Genny et de son acolyte impitoyable du Honduras, Joaquin. La séquence est brute, âpre et fait particulièrement froid dans le dos. Le personnage du comptable sert un peu de bouée de sauvetage et de soupape aux téléspectateurs éprouvés.

Le scénario des deux premiers épisodes de la saison 3 permet de découvrir encore un peu plus la diversité des activités criminelles de la Camorra à Naples ou des organisations mafieuses à Rome. Le trafic de drogue à l’échelle internationale, les systèmes de sociétés écrans, les affaires dans l’immobilier, le basculement de citoyens ordinaires dans les griffes de la mafia comme le personnage du comptable Gegè, la pression exercée sur des témoins avant des procès ou des auditions par la police sont particulièrement bien rendus et permettent à la série de partir sur un très bon rythme.

« Ici, on ne vit pas. On meurt, c’est tout ! »

Le climat de suspicion et la tension sont également particulièrement bien rendus dans ces deux premiers épisodes étouffants, haletants et rythmés à la perfection. Naples est sur le point de voler en éclat après les mises sur la touche des deux grands parrains qui faisaient régner la loi, Salvatore Conte et Don Pietro Savastano. Les plus fidèles au clan historique des Savastano, comme Patrizia et son oncle Malamore, vont rapidement se retrouver dans un étau et sous la pression des sécessionnistes, qui gèrent les places de deals, et sous la menace des coups tordus de Genny, dans sa volonté farouche d’accéder au pouvoir, quel qu’en soit le prix à payer !

La série parvient également à réussir le tour de force de mettre en scène avec maestria la fin d’un cycle à travers les nombreuses séquences dédiées au boss des deux premières saisons. Les hommages réservés à Don Pietro Savastano comme la séquence du « convoi spécial » avec le discours de Malamore, la fresque dévoilée sur les tours des quartiers affiliés au clan ou les plans surréalistes dans l’abattoir, en ouverture de la saison 3, resteront gravés dans l’imaginaire des téléspectateurs.

Ces deux premiers épisodes lancent donc de la plus belle des manières la saison 3 de Gomorra. Reste à savoir si la disparition de certains personnages attachants et particulièrement charismatiques, au fur et à mesure des fusillades et des guerres de clans des deux premières saisons, ne va pas manquer cruellement lors de la suite de la saison. Les nouveaux protagonistes pourraient s’avérer très clivants pour les fans des deux premières saisons.

L’écriture de cette saison 3 est encore exceptionnelle, tant sur le plan du scénario que des dialogues. Certaines tirades resteront dans l’esprit des téléspectateurs comme les aveux terrifiants de Genny Savastano auprès de la femme avec laquelle il partage sa vie, Azzurra. La musique, toujours assurée par Mokadelic, est encore une fois l’atout majeur de ces prémices, haletants et éprouvants, de la saison 3.

Canal + va donc diffuser chaque jeudi soir deux épisodes de la saison 3 de Gomorra. Les épisodes sont également programmés avec des horaires différents sur Canal + Série et Canal + Décalé. Les amateurs de « binge watching » vont être aux anges. Comme la saison 3 est diffusée depuis le mois de novembre dernier en Italie (avec des cartons d’audience impressionnants), Canal + propose déjà de visionner l’intégralité des douze épisodes de cette saison 3 sur sa plateforme My Canal, accessible en ligne, sur smartphone, tablette, console de jeux  ou sur votre téléviseur. De belles nuits blanches en perspective dès ce week-end donc dans l’enfer de la mafia ! La suite des épisodes devrait entraîner Genny et ses acolytes loin de Naples. De nouveaux protagonistes, issus d’un clan rival, pourraient se montrer extrêmement menaçants après la chute de Conte et de Don Pietro.

Gomorra Saison 3 : épisodes 1 et 2 – Fiche Technique
Episode 1 : « Le mal-aimé »
Episode 2 : « Système sanglant »
Genre : Drame, Série policière
Réalisation : Claudio Cupellini
Directeur d’écriture : Leonardo Fasoli
Assistant réalisateur : Ciro Visco
Assistant réalisateur scène d’action : Enrico Rosati
Histoire : Stefano Bises, Leonardo Fasoli, Roberto Saviano
Développement des épisodes : Leonardo Fasoli, Maddalena Ravagli, Roberto Saviano
Scénario : Leonardo Fasoli, Maddalena Ravagli
D’après un livre et une idée originale de Roberto Saviano
Interprétation : Marco D’Amore (Ciro Di Marzio), Fortunato Cerlino (Don Pietro Savastano), Salvatore Esposito (Genny Savastano), Cristina Donadio (Annalisa « Chanel » Magliocca), Fabio de Caro (Malammore), Ivana Lotito (Azzurra Avitabile), Gianfranco Gallo (Giuseppe Avitabile), Cristiana Dell’Anna (Patrizia Santoro), Denise Capezza (Marinella), Giovanni Buselli (Capaebomba), Christian Giroso, Carlo Cerciello, Pasquale Esposito, Andrea Di Maria, Carlo Caracciolo, Nello Mascia, Alfredo Herrera, Edoardo Sorgente.
Distribution des rôles : Laura Muccino, Davide Zurolo (u.i.c.d.)
Producteurs : Riccardo Tozzi, Giovanni Stabilini, Marco Chimenz, Gina Gardini
Directrice de production : Alessia Sinistro
Délégué à la production : Gianluca Leoncini
Producteur exécutif : Matteo de Laurentis
Producteurs exécutifs Sky : Nils Hartmann, Roberto Amoroso, Sonia Rovai
Supervision artistique de la photographie : Ivan Casalgrandi
Directeur de la photographie : Vittorio Omodei Zorini
Montage : Patrizio Marone en collaboration avec Andrea Prosperi
Coordination des effets spéciaux : Luca Ricci
Coordinateur des cascades : Alessandro Borgese
Conception des décors : Paki Meduri
Décors : Alessandra Mura
Supervision des costumes : Veronica Fragola
Costumes : Susanna Mastroianni
Son : Alessandro Bianchi
Musique : Mokadelic
Pays d’origine : Italie
Chaîne de diffusion en France : Canal +
Nb. De saisons : 4
Nb. D’épisodes :  12
Format : 45 – 50 mn
Année de production : 2017

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Gabriel M.
Gabriel M.https://www.lemagducine.fr/
Passionné de cinéma et de séries. Nostalgique des séances mythiques au cinéma Grand Ecran Italie 2 et des rencontres-projections cultes organisées par l’équipe de Panic Cinema (Lloyd Kaufman, Joe Dante, Uwe Boll). Admirateur de la qualité immersive des séances au Max Linder Panorama. De nombreux réalisateurs ont marqué mon expérience de cinéphile : Kubrick, Jarmusch, Romero, Carpenter, Argento, Fulci, Lynch, Cronenberg, Verhoeven, Cameron, Tsui Hark, John Woo ou plus récemment Julie Delpy et Guillaume Nicloux.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.