Accueil Blog Page 496

Sortez vos écouteurs… Notre playlist des meilleures comédies musicales !

Choisir parmi pléthore de comédies musicales pour en sélectionner les meilleures œuvres relève d’un défi presque impossible. Certaines nous font hurler de rire, d’autres pleurer,  tandis qu’une belle majorité nous donne envie de taper du pied et de danser dans la rue. Et si on choisissait nos comédies musicales comme on choisit d’écouter nos chansons ? La plus bouleversante, la plus motivante.. Plongez dans notre playlist des meilleures comédies musicales.

La plus culte –  The Rocky Horror Picture Show

Était-il seulement imaginable de parler de comédie musicale sans citer celle qui, depuis sa sortie, ne cesse de motiver un véritable culte parmi ses fans ? Et pour cause, The Rocky Horror Picture Show, pourtant vieux de 44 ans déjà, reste toujours aussi original et détonnant. Transgressif : pour avoir mis en scène des personnages opposés à la morale de l’époque, et – comment l’oublier – pour avoir montré et mis en valeur la pansexualité. Rock ‘n’Roll : pour ses morceaux extrêmement rythmés et dansants, et la présence au casting de Meat Loaf, époustouflant chanteur d’opéra rock. Historique même : pour avoir été le premier film de la carrière du génialissime Tim Curry, dont la prestation en tant que dr. Frank-n-Furter est toujours aussi mythique et référencée. Tim Curry racontera même avoir rencontré le prince Charles et la princesse Diana grâce à ce rôle : la jeune princesse lui confiant alors que The Rocky Horror aurait « complété son éducation ». Le film n’avait pourtant pas motivé les foules lors de sa sortie en salle. C’est par le bouche à oreille et les fameuses séances de minuit qu’il s’est créé une image quasiment divine aux yeux des cinéphiles adeptes de cinéma de genre. Plus que culte, The Rocky Horror Picture Show pourrait aussi être la plus transgressive, sexy et inoubliable des comédies musicales.

Jean-Pierre Horcksmans

La plus cinéphile – Chantons sous la pluie

En plus d’être l’une des comédies musicales les plus connues et intemporelles du septième art, Chantons sous la pluie est en même temps un film qui célèbre son propre medium en proposant à la fois une ode à l’art cinématographique et une critique salée des rouages de son industrie. Plongeant le récit dans le Hollywood du début du parlant, alors que l’opinion publique y était défavorable et les producteurs frileux, le film de Stanley Donen est un perpétuel hommage à l’usine à rêves – et deviendra lui-même, ironiquement, un monument auquel de nombreux autres films rendront hommage. En effet, les séquences chantées et dansées permettent aux personnages de parcourir tantôt les décors de studios en train d’être confectionnés (dans Make ’em laugh), tantôt les salles de cours de diction (Moses supposes), les petites scènes de quartier (Fit as a fiddle), de passer à l’intérieur même du film fantasmé (la cultissime Broadway melody), ou d’en sortir dans un pluvieux retour au réel (Singin’ in the Rain). Et puis, bien sûr, au regard de la thématique du film, de faire de l’ultime scène musicale un véritable sketch sous forme de quiproquo vocal en jouant sur le play-back. Même si le cinéma est l’art de la tromperie, Chantons sous la pluie dévoue indiscutablement toute sa sincérité à ce spectacle d’illusions.

Jules Chambry

La plus sentimentale – Un jour à New York

Un jour à New-York a bouleversé la mode des comédies musicales à Broadway d’abord, puis à Hollywood. D’abord parce que c’est la première fois qu’un compositeur de musique classique (en l’occurrence Leonard Bernstein) fait une comédie musicale (qui est, en fait, l’adaptation d’un ballet qu’il avait composé à la demande du chorégraphe Jerome Robbins ; les deux hommes seront aussi à l’origine de West Side Story). Ensuite, en surtout, le film, co-réalisé par Stanley Donen et Gene Kelly, ouvre la voie aux grandes comédies musicales de la MGM des années 50. Désormais, il y n’a plus ces grands tableaux chorégraphiques orchestrés par le génial Busby Berkeley, mais des morceaux musicaux répartis tout au long du film autour des acteurs principaux et qui forment autant de morceaux d’anthologie. Quant au casting, il est prestigieux, puisque le film réunit Gene Kelly et Frank Sinatra. Comme d’habitude avec Bernstein, la musique épouse les émotions des personnages, depuis la joie débordante des marins en permission jusqu’à la tendre balade sentimentale dans la ville de son enfance (When you walk down Mainstreet with me), en passant par l’humour (avec, entre autres, le personnage de la chauffeuse de taxi).

Hervé Aubert

https://www.youtube.com/watch?v=oGD05aBX2qc

La plus émouvante – Hair 

La grande force du film tient en deux faits : sa date et le choix de son réalisateur. Hair a été réalisé en 1979, dix ans après le succès de la comédie musicale sur les planches, mais surtout à une époque socialement, économiquement et politiquement opposée. Ensuite, le choix de Milos Forman est idéal. Le cinéaste tchèque a passé sa carrière à décrire des personnages qui s’affranchissaient des règles sociales de leur temps, quitte à être rejetés (parfois violemment) ou rappelés à la triste réalité. Tout cela confère à Hair une ambiance unique. La musique fait parfaitement revivre l’ère hippie, sans jamais tomber dans la facilité ou la caricature, mais en montrant avec lucidité la richesse et les limites d’un mode de vie alternatif et utopique. Le casting est remarquable (et l’on regrette que Treat Williams n’ait pas eu une carrière à la hauteur de son talent). Mais ce qui fait de Hair un grand film, c’est la réalisation de Forman, qui donne à la comédie musicale un air à la fois nostalgique et lucide, comme le rêve d’une innocence perdue. L’ensemble se clôt par un Let the sunshine in d’anthologie, qui constitue une formidable montée en tension dramatique.

Hervé Aubert

https://www.youtube.com/watch?v=tuUUg8aKT2U

La plus macabre Sweeney Todd : le Diabolique Barbier de Fleet Street

Réalisé en 2007 par Tim Burton, adaptant la comédie musicale du même nom de Stephen Sondheim – LE compositeur iconique de Broadway – le film met en scène un barbier en quête de vengeance dans le Londres du XIXe siècle, après 15 ans d’exil injustifiés. Avec un scénario ayant tout d’une tragédie grecque, par son lyrisme exacerbé et son final en apothéose, servi par une direction artistique crasseuse, tout de noir et blanc (ce qui n’est pas sans rappeler les classiques de l’horreur qu’affectionne le réalisateur) sublimé par le rouge du sang versé par la frénésie meurtrière du protagoniste ; Sweeney Todd se veut une comédie musicale particulièrement noire pour un public adepte de thriller et d’horreur. Après tout, qui a dit que les comédies musicales devaient respirer la joie de vivre ? On y retrouve évidemment l’univers gothique caractéristique et adulé de Burton, ainsi que ses acteurs fétiches dans les rôles principaux : Johnny Depp et Helena Bonham Carter, nous rappelant leurs talents respectifs dans le jeu et le chant. Ils remporteront d’ailleurs plusieurs récompenses suite à leurs prestations, dont l’Empire Award de la meilleur actrice et le Golden Globe du meilleur acteur.

Jean-Pierre Horcksmans

La plus passionnée – Moulin Rouge

Sublime, intense et remplie de passion, c’est comme ça qu’est la relation des deux protagonistes du film de Baz Luhrmann. Souvent dans l’excès et pourtant, les couleurs et l’énergie visuelle rendent compte d’une seule et même chose : le feu qui irrigue Satine et Christian. D’un tango sur Roxanne de The Police à des déclarations endiablées au rythme de nombreuses chansons d’amour, la passion transperce l’écran jusqu’au cœur du spectateur. Parfois trop, parfois superficiels et pourtant, les sentiments débordent et l’on se laisse embarquer dans la flamme de leur amour. Moulin Rouge est la définition de la passion débordante, aussi destructrice que puissante, de deux êtres qui s’aiment démesurément et contre tout. Et si la couleur rouge apparaît dès le titre du film, elle est omniprésente durant toute sa durée, pas de hasard quand le film parle de l’Amour. Truth. Beauty. Freedom and Love.

Gwennaëlle Masle

La plus obsédante – Mary Poppins 

En 1964, les studios Disney adaptent le roman Mary Poppins de Pamela L. Travers. Un vingt-troisième long-métrage haut en couleurs, plein d’entrain, dont le succès s’est récemment traduit par la réalisation d’une suite moins attrayante (Mary Poppins : le retour). L’histoire pourtant extraordinaire de cette nounou tombée du ciel, aussi énergique qu’énigmatique, qui parvient, grâce à sa magie et sa joie de vivre, à faire renaître le bonheur au sein d’une famille, est loin de composer l’élément le plus marquant de cette œuvre picturale. Ce que l’on retient de Mary Poppins, ce sont des images obsédantes, entremêlant réalité et animation dans un univers à l’imaginaire foisonnant. Un véritable trip visuel en somme, presque psychédélique, où dansent les manchots et s’évadent les chevaux de manège. Des chansons aussi, entêtantes au point de nous habiter des semaines durant. Comment ne pas fredonner l’air envoûtant de « Chem-cheminée. Chem-cheminée. Chem-chem chéri » ou s’exercer secrètement à la prononciation du célèbre «supercalifragilisticexpialidocious » ? Si les personnages comme l’intrigue du film ne tiennent pas vraiment en haleine, Mary Poppins conserve ainsi le don peu commun de nous en mettre plein les yeux et les oreilles.

https://www.youtube.com/watch?v=2BduV7k5W-o

La plus motivante – Flashdance :

Qu’il s’agisse de Fred Astaire faisant des claquettes ou Julie Andrews chantant dans les prés, les comédies musicales américaines classiques nous ont appris à ne pas nous trop inquiéter du sort de leurs personnages. Et pourtant, quand Alex (incarnée par Jennifer Beals, dont on peut dire que la suite de la carrière n’a pas été flamboyante) a appris à danser, ce n’est pas tant que le suspense nous a pris aux tripes, mais ce happy end, qui a su être enthousiasmant comme peu de films avant lui. Cette réussite était le fruit d’une inoubliable chorégraphie dans la scène finale mais aussi et surtout du contexte social dans lequel Lyne a ancré son histoire. Pittsburgh était à l’époque le symbole de la désindustrialisation américaine, et donc de la précarité vers laquelle s’enfermait tout le nord des États-Unis, gravement touché par la crise économique du début des années 80. Y voir cette jeune femme faire preuve de tant de détermination pour réussir son audition, pourtant jugée inaccessible, était donc davantage que le délire d’une midinette, mais bel et bien une allégorie de l’échelle sociale vers laquelle chacun devait se diriger. Et donc un modèle à suivre pour tous.

Julien Dugois

La plus vulgaire – South Park, le film

La plus vulgaire. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le Guinnessbook qui, l’année suivant sa sortie, a répertorié pas moins de 399 jurons en 81 minutes, soit près de 5 à la minute. Un record encore jamais atteint depuis. Ce qui est une bonne nouvelle. D’ailleurs, connaissant le goût tout particulier de Matt Stone et Trey Parker pour les irrévérences en tous genres, il faut se douter que cette improbable performance était l’une de leurs motivations en écrivant ce long-métrage. Davantage que de se faire nominer pour l’Oscar de la meilleure chanson, comme ça a été le cas pour la chanson « Blame Canada », ne l’oublions pas. A peine deux ans après le début la série, les deux compères ont donc réussi à cumuler leur art du politiquement incorrect à des musiques parfaitement respectables, mais aussi à un scénario passionnant qui réussissait à offrir une apparition à tous leurs personnages, pour le plus grand plaisir de leurs fans de la première heure. Ceux-là même qui affirment d’ailleurs que la qualité de leur série n’a fait depuis que peu à peu décliner.

Julien Dugois

La plus nanardesque – Parking

Quand on dit Jacques Demy et Michel Legrand, on pense forcément à Les Parapluies de Cherbourg ou Les Demoiselles de Rochefort, mais bizarrement on cite moins souvent Parking. Pourtant, cette relecture du mythe d’Orphée avec Francis Huster en pseudo rock star à bandana et gros pulls informes, et Jean Marais peinturluré de bleu en Hadès vaut le détour. Il y a dans un premier temps cette prestation neurasthénique de Francis Huster qui ne sait même plus s’il veut un café ou non. Il y a aussi ces dialogues complètement habités tels que « J’ai pas envie de mourir, la preuve je meurs de faim ». Il y a Eurydice qui visiblement n’a pas fait français LV1 et qui débite des paroles incompréhensibles. Mais surtout, il y a un paquet de tubes monumentaux comme « Célébration », « Bonheur de vivre » ou « Entre vous deux » chantés avec une conviction sans pareil de la part de Huster. Parking a surtout été une véritable révélation, nous montrant qu’on a beau avoir une Palme d’or, cela ne nous empêche pas de nous vautrer royalement dans un nanar intersidéral, mais plus impressionnant encore, on a découvert que Francis Huster est encore plus mauvais chanteur qu’il n’est mauvais acteur.

Maxime Thiss

 

L’Île mystérieuse : Jules Vernes rencontre Ray Harryhausen en Blu-ray

Depuis quelques semaines, le génie créatif de l’animation, des effets spéciaux et d’une partie conséquente de l’imaginaire monstrueux de l’histoire du cinéma, Ray Harryhausen, est célébré en vidéo grâce aux éditions DVD/Blu-ray signées Sidonis Calysta. Jason et les argonautes (1963), L’Île mystérieuse (1961) et la trilogie de Sinbad (1958-1977) constituent la collection dédiée au maître. Retour aujourd’hui sur l’édition du deuxième titre, troisième adaptation du roman de Jules Vernes réalisée par Cy Endfield et menée par le grand duo constitué par Ray Harryhausen et le producteur Charles H. Schneer.

Synopsis : Pendant la guerre de Sécession, lors du siège de Richmond, deux hommes parviennent à s’échapper de prison grâce à deux complices qui organisent une évasion incroyable, à l’aide d’une montgolfière ! Le trajet dans les airs n’est pas de tout repos car une tempête éclate et les quatre compères s’écrasent sur une île déserte du Pacifique. L’un d’eux manque à l’appel et ils remarquent très vite que d’étranges et inquiétants phénomènes se produisent ici…

Jules Vernes meets Ray Harryhausen

Beaucoup a déjà été dit sur L’Île mystérieuse de Cy Endfield. Réalisé en 1961, le film fait partie des grands succès du producteur Charles H. Schneer et du maître créatif des monstres, de l’animation et des effets spéciaux au cinéma, Ray Harryhausen. L’une des grandes forces du film tient dans son adaptation du roman éponyme de Jules Vernes. La majorité du roman est sauvegardée, quelques détails sont altérés, et surtout, des monstres font leur apparition. Ainsi des soldats de l’union prisonniers en pleine guerre de sécession réussissent une formidable évasion à bord d’une montgolfière. Leur échappée prend une tournure catastrophique quand elle les amène tant bien que mal sur une île déserte ensoleillée. Tout semble leur sourire : nourriture, logis… Comme si une force mystérieuse semblait contrôler ou soutenir leur destin. Ce n’est pas tout, peu après leur arrivée, la troupe est augmentée de deux femmes à peine échouées sur l’île. La plus jeune a pour fonction d’être à la fois un charm et un love interest et ne demande qu’à vivre sa vie de jeune femme, qu’elle veut passionnée mais sans travail ; l’autre devient la « maîtresse de maison » du campement et gère aussi bien le rechargement d’un fusil que le tir et n’hésite pas à affronter l’effort du labeur aussi vigoureusement que les dangers se présentant au groupe. Et la bande tombe sur des créatures anormalement géantes (crabes, abeilles…). L’étrange réalité de l’île est enfin dévoilée avec la rencontre du Capitaine Nemo et de son formidable sous-marin, le Nautilus, que l’on croyait mort et détruit après les événements de 20 000 lieues sous les mers.

Malgré quelques faiblesses d’écriture (la fuite des abeilles et la chute vers la cachette de Nemo ; la fin du film un peu trop brutalement arrivée), L’Île mystérieuse constitue ainsi un formidable alliage de l’aventure vernienne empreinte d’humanisme porté par des avancées technologiques et des prises de position morales contemporaines avec celle cinématographique de Ray Harryhausen qui permit, tout au long de sa carrière, la rencontre entre l’humain et l’inconnu, qu’il soit monstrueux, effrayant et/ou effrayé, grotesque et/ou gigantesque, mythologique ou extra-terrestre, ou enfin plus humain que nous autres homo-sapiens. Accompagné par une formidable bande-originale composée par Bernard Herrmann (Vertigo, Les Nerfs à vif, entre autres), ce film d’aventure solide est porté par un casting manquant d’un acteur plus intense dans le rôle du meneur, le capitaine Harding, interprété par un Michael Craig manquant d’incarnation. Mais il est soutenu par un intéressant Nemo en l’acteur Herbert Lom (le commissaire Charles Dreyfus dans la saga de La Panthère Rose). Justement, L’Île mystérieuse a aussi cela de formidable que la figure humaniste et techno-bio-créatrice de Nemo constitue une mise en abyme du démiurge Ray Harryhausen qui, comme le célèbre officier du Nautilus, modifie les êtres vivants, les agrandit ou les réinvente physiologiquement pour enfin les animer avec une complexité sans pareille et ainsi leur faire don du mouvement, soit du caractère essentiel de la vie.

l-ile-mysterieuse-herbert-lom-est-le-capitaine-nemo-ray-harryhausen-copyright-columbia-pictures
Herbert Lom est le Capitaine Nemo

Une mystérieuse édition

Le travail éditorial signé Sidonis Calysta est bancal. Du côté des compléments, les deux éléments proposés sont formidables, mais hélas non proposés en haute définition. Certes c’est un défaut qu’on retrouve chez d’autres éditeurs, et l’intérêt du long documentaire de Richard Schickel sur Ray Harryhausen ainsi que celui, moindre, de l’interview – où le créatif répète nombre d’informations déclarées dans le premier – tendent à passer au-dessus du caractère SD des bonus. On retrouve aussi l’éternelle bande-annonce originale.

Le problème se situe hélas sur l’élément principal de l’édition : le film. En effet, toute la partie de l’évasion souffre d’un effet de bave ou de « morphing », comme l’explique dvdclassik dans son test. Visuellement, le rendu est médiocre : les spectateurs les plus exigeants hésiteront certainement à interrompre la séance. Les images s’entrecroisent et s’ajoutent les unes aux autres dans un capharnaüm visuel de persistance d’images. Comme si l’extraterrestre polymorphe de The Thing était une créature du cosmos audiovisuel. Heureusement, l’effet s’estompe de plus en plus une fois l’équipe échouée sur l’île mystérieuse. Mais les problèmes ne s’arrêtent pas là. Certains crieront au génie de voir le grain extrêmement gommé par l’éditeur, d’autres hurleront de colère et retrouveront un pouls correct face aux plans ayant sauvegardé le grain du master d’origine. Cette version haute définition tirée d’un scan 2K de haute qualité, puis retravaillée par l’éditeur sauvegarde en grande partie le grain de la copie.

On regrettera toutefois une colorimétrie qui manque d’impact. Oui, les couleurs du Nautilus sont bien là, mais elles ne sont pas vives, pas pétillantes. On sait grâce à dvdclassik que l’éditeur américain ayant lancé pour la première fois sur le marché du Blu-ray ce master a eu l’intelligence de pousser les contrastes un peu plus. On regrette que Sidonis n’ait pas eu la même idée. D’une part, cela aurait évité un ensemble colorimétrique manquant de nuances. D’autre part, on remarque sur les images US que certains des effets visuels – les plus vieillissants sur l’édition française (on peut penser à l’escalade des soldats jusqu’à ce qui deviendra leur cocon) – retrouvent leur vitalité et leur efficacité, exposant ainsi la force et l’intelligence techniques impérissables de Ray Harryhausen. On remarquera tout de même le formidable piqué de la copie, malgré quelques plans semblant avoir subi la maltraitance du passage du temps. Soutenue par une 5.1 classique mais agréable avec la musique en surround et les dialogues en façade, ou version stéréo (qu’on conseillera davantage pour son unicité) soignée, l’édition du film alterne ainsi entre médiocrité et grandiosité ; choix éditoriaux douteux et proposition d’un certain contenu. Enfin, concernant la DVD et la VF, le premier contient le même master que le Blu-ray et est supporté par la bande-annonce du film et l’interview de Ray Harryhausen. La VF est correcte, les effets sonores ne sont pas trop écrasés par les dialogues, même si la version n’est pas à l’abri d’une certaine saturation lors de certains passages musicaux.

L’Île mystérieuse (1961) – Bande-annonce

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES Blu-rayl-ile-mysterieuse-visuel-du-combo-blu-ray-dvd-sidonis-calysta

Nouveau master restauré Haute Définition – 16/9 – 1.66 :1 – Son : VO Anglaise (DTS-HD 5.1 & stéréo) et version française (stéréo) restaurées – Sous-titres : Français – États-Unis – 1961 – Durée : 101 min (DVD : 96 min)

COMPLÉMENTS Blu-ray

Les Chroniques de Harryhausen, de Richard Schickel, narré par Leonard Nimoy (1997, 55’36’’, VOST) – (indisponible sur le DVD)

L’Île mystérieuse, featurette : entretien avec Ray Harryhausen (9’08’’, VOST)

Galerie photos : diaporama en musique (20 photos, 1’23’’)

Bande-annonce d’époque (2’41’’, VO)

Date de sortie : 18 février 2019

Prix : 19,99 €

Note des lecteurs0 Note
3

Concours : Gagnez votre coffret de la série Hard Sun

Concours : A l’occasion de la sortie de la série Hard Sun, le 20 mars 2019, chez Elephant Films, remportez un coffret Blu-ray et un coffret DVD de ce thriller pré-apocalyptique crée par Neil Cross, le cerveau derrière la série de la BBC, Luther.

SYNOPSIS, INFOS, BANDE-ANNONCE

Hard Sun est une production conjointe de Hulu et de la BBC, et son pedigree est impeccable, l’auteur et producteur exécutif est Neil Cross, créateur de l’excellent drame policier Luther avec Idris Elba. Composé de six épisodes, Hard Sun commence lorsque les nouveaux partenaires de la police londonienne, Charlie Hicks (Jim Sturgess) et Elaine Renko (Agyness Deyn) tombent sur un lecteur flash prédisant un «événement d’extinction» imminent nommé Hard Sun. Bien que déclarée canular – mais est-ce vrai ? – l’idée même de la fin du monde déclenche une vague de crimes, ce qui donne une saveur particulière aux motivations des meurtriers.

Série très dense entre corruption, infidélité, passé tragique, et conspiration gouvernementale…, ce thriller a une approche inhabituelle des drames post-apocalyptiques. Que feriez vous si vous appreniez que la soleil allait dévorer la Terre dans cinq ans ? C’est assez long pour ne pas vous plonger en mode hystérie totale, mais assez court pour que la vie normale perde tout son sens. Comment vivriez-vous vos derniers jours si vous saviez que vous ne pouvez absolument rien faire pour empêcher la fin du monde ? Que feriez-vous de votre temps ?  Et si vous étiez chargé de maintenir la loi et l’ordre, persisteriez-vous ? Et si oui, comment ? Et pourquoi ?… La série télévisée pose ses questions existentielles, philosophiques…, même si elle ne peut y répondre.

Filmé dans un Londres en clair-obscur, sans brouillard, avec ses terrasses victoriennes côtoyant des tours froides, en verre et en acier, ce polar intense est un spectacle palpitant, et comme dans la chanson de David Bowie Five years left to cry in, qui termine le premier épisode, la Terre « a encore 5 ans pour pleurer »,   Hard Sun pourrait se résumer par ses paroles : « My brain hurt like a warehouse – It had no room to spare – To store everything in there »

Mon cerveau fait mal comme un entrepôt. Je n’ai pas d’espace pour stocker. J’ai tant de choses à entasser pour tout y faire tenir.

Caractéristiques techniques DVD et Blu-ray de la série Hard Sun avec Jim Sturgess (Geostorm, London Fields.. ), Elaine Renko et Nikki Amuka-Bird (Quarry, Le procès du siècle…)
6 épisodes de 52 mn env. – 3 DVD9
Format d’image : 16/9 2:1
Français et Anglais 5.1 DD – Sous-titres : français
BLU-RAY
6 épisodes de 52 mn env. – 2 BD50
Format d’image : 1920×1080 i
Français et Anglais 5.1 DTS HD – Sous-titres : français
SUPPLÉMENTS
« Londres » featurette avec NEIL CROSS – Interviews de JIM STURGESS, JOJO MACARI et NIKKI AMUKA BIRD – Scène coupée – Bandes annonces

Modalités du jeu concours

Pour participer à notre concours, réservé à la France Métropolitaine, il vous suffit de compléter le formulaire avant le 05 Avril 2018. Pour augmenter vos chances, abonnez-vous à notre page Facebook ou notre compte Twitter. Renseignez vos réponses, vos coordonnées et cliquez à chaque étape sur les boutons « Suivant », puis « Envoyer » situés en bas du formulaire. Attention, aucune réponse mise en commentaire ne sera validée. En cas de problème, contactez-nous en utilisant le formulaire de contact.

Concours Hard Sun


Ceux ou celles qui nous suivront sur notre compte Twitter ou/et ceux ou celles qui auront liké notre page Facebook auront droit à une chance supplémentaire…

Doublez vos chances de remporter une dotation en suivant notre compte Twitter !Triplez vos chances de remporter une dotation en devenant fan de notre page Facebook !

Pourquoi chante-t-on dans les comédies musicales ?

0

Derrière cette question qui peut prêter à sourire, se trouve un questionnement plus général sur les comédies musicales qui nous font chanter et danser. Issues des années 30, d’abord pour illustrer la quête de la célébrité et de la gloire, les comédies musicales sont ensuite allées explorer un terrain social et contestataire. Pourquoi les héros se confondent en pas de danse ? Quelle part joue la politique dans les solos de claquettes ? Dans le cadre de notre cycle sur la musique au cinéma, Le Mag du Ciné analyse en notes et en couleurs ce genre cinématographique si particulier.

Qui, naturellement, serait soudain épris du besoin de chanter dans la rue ? Qui en plus aurait la chance d’être accompagné par tous les passants dans la rue dans un numéro de danse collectif ? Et qui peut se permettre d’interrompre une dispute pour se lancer dans un solo de claquettes ? Sûrement un héros ou une héroïne de comédie musicale, sorte de super-héros capable de naviguer entre la folie de son imaginaire musical et la réalité de sa vie. Ce genre cinématographique brise constamment la frontière entre le réel et le fantaisiste, alternant à la fois des scènes classiques et des moments entièrement chantés et dansés. Un film intégralement chanté n’est donc pas complètement une comédie musicale (Désolé Les Parapluies de Cherbourg) tout comme un film qui n’inclut que quelques scènes musicales (Désolé Bohemian Rhapsody). La comédie musicale, par essence, est un registre bien à part où la force du récit s’exprime entre les notes, les acteurs et leurs pas de danse (souvent) endiablés. Pour étudier le genre en profondeur, il faut donc considérer les mondes dans lesquels se déroulent les comédies musicales comme des univers parallèles où les êtres s’expriment et communiquent d’une différente manière. À la question simple pourquoi chante-t-on dans les comédies musicales, on peut d’abord y offrir une réponse tout aussi simple : pour exprimer ses émotions. Dans une comédie musicale, les personnages se mettent à chanter lorsque les émotions qu’ils ressentent deviennent trop grandes pour être contenues. Le chant et la danse deviennent les deux seuls moyens d’expression à la hauteur de leurs sentiments. Les personnages de comédies musicales vivent trop, crient trop, aiment trop. C’est d’ailleurs pour cela que la grande majorité des films du genre contiennent des romances. Quel sentiment plus envahissant et débordant que celui de la passion amoureuse ? La profusion de couleurs, la précision des chorégraphies, la folie des décors… Tout est alors là en principe pour représenter au mieux le débordement d’émotions que vit le personnage. Le long-métrage 500 jours ensemble de Marc Webb se permettait d’inclure une scène digne d’une comédie musicale pour représenter l’état de transe amoureuse dans lequel se trouve son personnage.

Chanter pour mieux raconter

Une comédie musicale, ça ne se raconte pas, ça se vit. L’effet cathartique des séquences musicales est essentiel à souligner pour comprendre comment un film du genre s’articule. Les trames des comédies musicales sont très souvent simples (mais pas simplistes). Le spectaculaire ne réside pas tant dans un scénario alambiqué ou complexe mais dans un épanouissement total lors de grandes scènes de musique et de danse. Elles ne marquent pas des pauses dans le récit. Au contraire, elles le racontent d’une autre manière. Dans La La Land, le flirt et le début de la relation entre Mia et Sebastian ne sont pas représentés par des dialogues sur-explicatifs et niais mais par un duo de claquettes symbolisant le rapprochement des deux personnages. Les chansons balisent le récit et font suivre à ces films une structure quasi-similaire. On peut prendre pour exemple la première chanson d’une comédie musicale. Pratiquement toujours chantée par le ou la protagoniste, elle représente l’état initial du personnage et sa quête de quelque chose d’autre. Très souvent, c’est un rêve de grandeur vers lequel se dirige notre personnage. Hairspray s’ouvre sur Good Morning Baltimore où l’héroïne Tracy dépeint son quotidien et son envie de gloire et de paillettes (I know there’s a place where I belong Je sais qu’il y a une place où j’appartiens I see all those party lights shining ahead Je vois tous ces feux de fête briller devant So someone invite me Alors, que quelqu’un m’invite Before I drop dead ! Avant que je sois morte !). Cette structure apparaît de manière très visible parmi les comédies musicales les plus populaires aujourd’hui: les dessins animés Disney.

Pour comprendre les thèmes propres aux comédies musicales, il faut un peu plonger dans l’histoire du cinéma. Le genre naît véritablement dans les années 30 avec la naissance du cinéma parlant et le premier film sonore : Le Chanteur de Jazz en 1933. Le premier film parlant de l’histoire est presque une comédie musicale ! Broadway existait déjà. Il s’agit d’abord d’offrir une expérience inédite de la scène et donc de se servir des chorégraphies pour offrir des tableaux esthétiques et musicaux. Cet héritage théâtral vient d’ailleurs toujours planer sur les comédies musicales. À partir de quand le spectacle cinématographique offert ne paraphrase-t-il pas la performance purement scénique ? Les thèmes de prédilection deviennent l’accomplissement de soi, très souvent par la réussite et encore plus précisément dans les métiers de l’art et du cinéma. Dans les années 50, des œuvres s’imposent: Chantons sous la pluie de Stanley Donen (1952) et Tous en scène de Vincent Minnelli (1953). Des noms émergent et deviennent de grandes stars : Gene Kelly, Fred Astaire. La comédie musicale hollywoodienne parle d’Hollywood, de ses défauts et de l’immuable quête de gloire. C’est à partir des années 60 qu’on commence à assister à un glissement thématique. La comédie musicale va vite vers des récits sociaux et de contestation. Quand on chante dans une comédie musicale, on atteint son état le plus ultime et passionné. Son état le plus engagé et engageant. C’est un registre de choix pour explorer les contestations sociales. En 1961, West Side Story raconte la confrontation entre les blancs américains et les minorités ghettoïsées des États-Unis sur fond d’amour impossible shakespearien. Quatre ans plus tard, La Mélodie du Bonheur vient offrir une ode à la joie face aux totalitarismes. Les Parapluies de Cherbourg (1964, comédie musicale ou non ?) délivre une romance tragique dans un contexte de guerre d’Algérie.

Chanter pour dénoncer et exister

Puis après une exploitation jusqu’à la moelle, le genre disparaît des écrans populaires pendant deux décennies. Des exceptions comme Blues Brothers ou The Rocky Horror Picture Show font leur chemin. Mais c’est simple : la comédie musicale n’est plus à la mode. Elle retrouve même le statut négatif qu’elle tenait dans les années quarante. Jugées triviales et légères, on a souvent reproché aux comédies musicales leur artificialité. « La question de l’artifice, qui se pose pour toute étude de genre, s’impose donc avec d’autant plus de force pour la comédie musicale que les nécessités du spectaculaire semblent condamner celle-ci à un morcellement narratif et formel en tous points contraire au « naturalisme » du cinéma classique hollywoodien. » écrit Anne Martina dans Mettre en scène les codes du genre : artifice et théâtralité dans la comédie musicale hollywoodienne classique. Elles représentent à cette période les vices de la jeunesse. En 1984, Footloose en jouera. Le récit raconte l’arrivée de Ren McCormick, un jeune danseur, dans la ville de Bomont où la loi est stricte : les danses et les musiques sont interdites. Tout un symbole. La comédie musicale s’approprie la musique populaire des jeunes pour rendre plus accessible des thèmes anti-conservateurs et progressistes.

Il faudra attendre le début des années 2000 pour voir un retour éclatant du genre avec Moulin Rouge de Baz Luhrmann (2001) qui dépoussière les comédies musicales en alliant la modernité des tubes populaires et une histoire d’amour d’époque. Dans un Paris de la fin du XIXe siècle, Police rencontre Nirvana en faisant un détour près de Madonna. Le succès du film propulse à nouveau le genre sur le devant de la scène. On a donc, sur les vingt dernières années, connu une profusion d’adaptations de musical de Brodway  : Mamma Mia, Chicago, Hairspray etc.. Du chant, des couleurs et de la danse partout donc. Si le cinéma se veut art total, la comédie musicale apparaît comme une forme encore plus ultime où le moindre élément à l’écran doit être millimétré pour servir ses personnages et son spectacle. Dans une comédie musicale, chacun chante sa chanson. La sur-expression par le chant devient un moyen encore plus clair d’éclairer les trames et les pensées des personnages. Dans Les Demoiselles de Rochefort (1967), chacun chante littéralement sa chanson tout au long du film. Tout le monde se croise avec sa destinée en tête (et en notes). Toujours chez Jacques Demy, on tente en 64 le pari du film entièrement chanté avec Les Parapluies de Cherbourg, ne laissant aucune ambiguïté sur le ressenti des personnages. Le chant ne disparaissant que dans sa scène finale, pour qu’on ne puisse plus rien savoir. La La Land s’inspire d’ailleurs de cette scène pour conclure son film par un regard, un silence donc. Quand une comédie musicale ne veut plus rien dévoiler, elle se tait. Car la chanson permet de passer dans un état surréaliste où seule sa fin permet un retour à la réalité. Par exemple, avec la déclaration d’amour chantée d’Ewan McGregor dans Moulin Rouge, il faut attendre la fin de la chanson pour revenir à une situation réaliste qui quitte les ballets près de la lune. Comme pour souligner ce surréalisme et cette folie, des séries télé se sont même offert des épisodes musicaux. De Buffy contre les vampires à Flash, les acteurs se sont prêtés au jeu de la comédie musicale le temps d’un épisode. Rien ne justifiant les personnages à faire des claquettes ou à pousser la chansonnette, il s’agissait de vilains et démons qui piégeaient nos héros dans une réalité alternative. Dans l’épisode de Buffy, le démon fait d’ailleurs ça pour que l’héroïne révèle ses pires secrets. Comme si le seul moyen était la chanson… Pour Joss Whedon, showrunner de la série, cet épisode a été l’occasion de fouiller les esprits des personnages et dévoiler leurs états profonds. Chanter pour révéler, pour se raconter, pour exister donc.

Triple Frontier, à la frontière des genres

Comme beaucoup de cinéastes en ce moment, J. C. Chandor passe lui aussi par la case Netflix et livre avec Triple Frontier une grosse production virile dans la continuité de son cinéma. Il ne sacrifie jamais la psychologie de son récit au profit de l’action et signe une œuvre atypique et pourtant familière par ses choix qui saura agréablement surprendre.

Synopsis : À la frontière entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine, cinq anciens soldats des forces spéciales réunis vont voir leur loyauté remise en question lorsqu’ils doivent faire tomber un baron de la drogue sud-américain. Ce qui ne sera pas sans de très lourdes conséquences.

Jeune cinéaste aux thématiques déjà affirmées, J. C. Chandor s’est toujours attaqué avec ses films au capitalisme et plus précisément à la corruption que cela engendre. Dans Margin Call tout d’abord, qui prend littéralement place en plein milieu financier à Wall Street, puis de manière plus métaphorique avec All Is Lost, qui voyait un vieil homme malmené par une nature polluée par l’industrialisation humaine. Mais avec son troisième film, A Most Violent Year le cinéaste pousse ses réflexions plus loin pour les mener aux frontières de la légalité où l’on suit un personnage qui tente de rester du bon côté de la loi alors qu’il se voit pris dans une machination criminelle. Chandor présente alors l’argent comme une menace, une force physique qui corrompt et asservit dans des univers particulièrement masculins. Car le capitalisme est une création d’un monde patriarcal, réduit à l’étroite vision d’une toxicité masculine en quête de pouvoir et de possession. Ce en quoi prendra forme ce Triple Frontier, film d’apparence ultra virile qui mélange le drame guerrier, le film d’aventure et le film de casse.

D’abord écrit par Mark Boal, puis repris par Chandor, Triple Frontier n’est pas un film issu d’une idée originale du cinéaste. Au contraire, il fait plutôt office de film de commande, une commande qu’il aura pourtant su faire sienne. Passé entre beaucoup de mains, changeant plusieurs fois son casting, on peut dire que ce film aura connu une gestation difficile et il est presque miraculeux de voir une œuvre aussi accomplie à l’arrivée. Pourtant Triple Frontier pâtit de quelques maladresses, notamment dans sa première partie obligatoire et qui intéresse clairement moins son cinéaste. On nous présente des personnages stéréotypés, au background émotionnel assez limité et avec qui il sera de prime abord difficile de s’investir. Ce premier acte suit un chemin classique de film de casse, avec le chef d’équipe qui recrute son équipe, ils montent leur plan et l’exécutent. C’est efficace et rondement mené mais au final déjà vu, même la particularité du fait que ce soit d’anciens soldats ne se montre pas aussi originale que cela. Néanmoins Chandor en profite pour y poser, certes sans grande subtilité, les bases de ses thématiques confrontant l’éthique morale de ces hommes censés représenter la noblesse et l’héroïsme de leur pays face à l’appât du gain. Puis lors de la sidérante scène de braquage, une leçon de découpage et d’escalade de la tension, la magie opère. Faisant office de deuxième acte par sa densité narrative, les personnages changent et le récit mute vers quelque chose de bien plus insidieux et complexe. Les figures présentées comme héroïques deviennent menaçantes et la discorde commence à pointer le bout de son nez.

De par son ambiance, le film basculerait presque dans l’horreur. La scène où les hommes découvrent enfin l’argent s’opère de la même façon que s’ils ouvraient un sarcophage qui libérerait une malédiction ou une créature qui viendrait les hanter. La malédiction est jetée et Triple Frontier peut enfin débuter. Et le récit bascule dans un troisième et dernier acte bluffant par sa façon de désacraliser ses figures et de brillamment renouveler ses péripéties. Inattendue et loin de tout manichéisme, la dernière ligne droite du film se fait plus contemplative et se focalisent plus sur ces personnages qui gagnent en épaisseur et s’affirment. Le groupe éclate au profit de l’individualisme, gangrené par la corruption, l’aventure prend des accents bibliques et on se retrouve face à un final pour le moins original. J. C. Chandor en profite pour confirmer ses influences, on pense ici particulièrement à James Gray, William Friedkin ou encore Sidney Lumet, mais surtout pour affirmer son propre style arrivant à ne jamais se laisser étouffer par cette grosse production. La réalisation est impeccable, grâce aussi à la superbe photographie de Roman Vasyanov, et la mise en scène de Chandor peut paraître classique, notamment dans des scènes d’action efficaces mais assez mineures, mais elle dispose d’un regard acéré et ténu qui arrive à habilement faire vivre ce mélange des genres improbable. Ne tombant par exemple jamais dans le ridicule malgré les choix parfois illogiques de ses personnages. Tous d’ailleurs incarnés par un excellent casting, même si Pedro Pascal et Garrett Hedlund sont un peu en retrait, ils forment un soutien solide. Ben Affleck lui prouve que bien dirigé il est encore capable du meilleur, Oscar Isaac est parfait de bout en bout, confirmant le brio de sa collaboration avec Chandor, et Charlie Hunnam montre qu’il a l’étoffe d’un grand en apportant un charisme noble et posé dans une performance nuancée.

Triple Frontier est un très bon film sur la duplicité et l’éthique dans un monde où règnent la corruption du capitalisme et l’avidité des hommes. Continuant les obsessions de son cinéma, J. C. Chandor confirme son style et l’assoit dans une grosse production étincelante et même par moment surprenante lorsqu’elle sort du chemin balisé dans lequel l’entraîne son genre. Accompagné d’un casting sans fausse note, et ce malgré quelques errances narratives, Chandor parvient à offrir un mélange des genres habile qui donne un rendu brut, sophistiqué et incarné. Triple Frontier est donc une œuvre qui mérite que l’on s’y attarde car derrière son apparence faussement virile et régressive d’actionner, se cache un film à la richesse impressionnante.

Triple Frontier : Bande annonce

Triple Frontier : Fiche technique

Réalisation : J. C. Chandor
Scénario : Mark Boal et J. C. Chandor
Interprétation : Ben Affleck, Oscar Isaac, Charlie Hunnam, Garrett Hedlund, Pedro Pascal et Adria Arjona
Photographie : Roman Vasyanov
Montage : Ron Patane
Musique : Disasterpeace
Décors : Greg Berry
Costumes : Marlene Stewart
Producteur(s): Alex Gartner, Andy Horwitz et Charles Roven
Société de production: Atlas Entertainment
Distributeur : Netflix
Durée : 2h05
Genre : Thriller, aventure
Date de sortie : 13 mars 2019

ÉTATS-UNIS – 2019

Note des lecteurs0 Note
4

Rebelles : c’est ça le girl power ?

Surfant sur une vague déjà amorcée depuis un moment, et légèrement hypocrite, Rebelles met en scène des femmes qui ne se laissent pas abattre par la vie, quitte à prendre les hommes un peu trop pour des imbéciles et à desservir son propos. Cependant, dans une optique à la Tarantino ou un peu cartoonesque, le film a un côté jouissif, qui fait plaisir à voir. Espérons simplement que cette tendance à vouloir vendre un film simplement sur un soit-disant « girl power » ne finisse pas par devenir un simple argument marketing un peu trop creux.

Girl power et marketing

Que l’on soit du côté blockbuster avec Captain Marvel ou au cœur du cinéma français avec Rebelles, les femmes ont la part belle au cinéma en ce mois de mars. Il semblerait même qu’elles tiennent la tête d’affiche de nombreuses productions et deviennent un argument marketing. Il n’y a qu’à lorgner du côté de la promo du dernier film de Lisa Azuelos Mon bébé, pour voir à quel point cela peut aller loin. En effet, la réalisatrice et l’actrice Sandrine Kiberlain se sont exprimées dans de courtes vidéos présentées en même temps que les annonces au cinéma. Elles y poussaient les spectateurs dans les salles pour voir Mon bébé, au prétexte qu’il sortait en parallèle de la journée de la femme le 8 mars et qu’il s’agissait de « la seule journée pour parler des femmes » (et c’est bien dommage de présenter ça ainsi).

Or, va-t-on voir Mon bébé en premier lieu parce qu’il met en scène des femmes ou parce qu’il évoque la séparation mère-fille, le besoin de se reconstruire à tout âge ? Rebelles a été moins hypocrite dans sa promotion en mettant en avant le côté « novateur » de son concept : mettre en scène des femmes qui se battent, qui se défendent, ne plus en faire des faire-valoir du cinéma d’action. On pense donc de suite, jusque dans le jaune de l’affiche, à la filiation avec Tarantino et son Kill Bill vengeur.

Être une femme libérée

Pourtant, là où les ennemis d’Uma Thurman étaient aussi bien des hommes que des femmes, Rebelles se contente d’opposer frontalement hommes et femmes. Il n’y a visiblement pas d’harmonie possible. A l’instar de films plus subtiles sur une inversion dans la société des rôles joués par les hommes et par les femmes (on pense notamment à Jacky au royaume des filles), on aurait aimé que Rebelles, tout en assumant son côté foutraque et décalé, aille plus loin dans son propos. Est-ce réellement servir le « girl power » que de renverser les clichés au risque de les accentuer, de créer une fracture ? Oui, il est dommageable que dans Rebelles les hommes soient tous plus stupides les uns que les autres, sans aucune nuance.

Bien sûr, on prend plaisir à voir un potentiel violeur se faire corriger d’une manière aussi épique et drôle dans une scène très réussie. On ne crachera pas non plus sur la bagarre qui se déclenche dans une caravane entre un père et sa fille. Cependant, chacun semble un peu trop enfermé dans son rôle et finalement le côté gag prend le pas sur la réflexion que semble vouloir mener le film. Le féminin a certainement d’autres choses à offrir au cinéma, en complémentarité du masculin. Le risque qui s’offre au cinéma, notamment français, est d’entrer dans une binarité néfaste à une prétendue libération de la femme défendue ces derniers temps. En effet, l’humanité ne gagnera pas à s’opposer frontalement, le cinéma non plus.

Maladresses et réussites 

Mais cette maladresse se ressent aussi dans l’écriture de personnages très figés, qui rend l’humour un poil trop lourd car se servant aussi de son contexte social, sans en tirer profit. La conserverie qui est si bien mise en avant dans la scène d’ouverture n’est ensuite que sous-exploitée. Certes, c’est le jeu de la comédie et finalement, cette usine n’est qu’un décor propice au grand pétage de plombs général que raconte le film, mais cela montre à quel point le cinéma français a parfois du mal à se positionner dans ses choix artistiques, peinant à se démarquer d’un contexte parfois pesant. Ainsi s’opposerait un cinéma plus bourgeois, dramatique, et un cinéma plus populaire voire simpliste, comique. Là encore le mélange des genres est rarement envisagé.

Or, c’est de cette capacité à prendre de vrais risques, au-delà du plaisir de voir des femmes fortes à l’écran, à brouiller les pistes, que le cinéma ou même la cause féministe pourront gagner un combat difficile à mener, mais pourtant essentiel. Ainsi il ne s’agit pas seulement de s’appeler Rebelles pour l’être réellement, il faut donner à ces personnages de vrais enjeux. Au-delà de ce discours raté, Rebelles reste un très bon divertissement, souvent drôle, parfois piquant,  avec un beau numéro d’actrices : Cécile de France, Audrey Lamy et Yolande Moreau. Peut-être que le girl power c’est aussi dire que l’on peut être une femme et se battre par cupidité, ici l’argent volé au patron/violeur, être kitsch, féminine ou non, un brin ravagée, parfois complètement déjantée. Les trois personnages forment ainsi un regard sur le déclassement, l’envie d’en découdre avec les humiliations et de ne pas se laisser dicter son destin et ce jusqu’au fameux happy end « ils vécurent heureux… », que le film détourne avec beaucoup d’humour.

Rebelles : Bande-annonce

Rebelles : Fiche technique

Synopsis : Sans boulot ni diplôme, Sandra, ex miss Nord-Pas-de-Calais, revient s’installer chez sa mère à Boulogne-sur-Mer après 15 ans sur la Côte d’Azur. Embauchée à la conserverie locale, elle repousse vigoureusement les avances de son chef et le tue accidentellement. Deux autres filles ont été témoins de la scène. Alors qu’elles s’apprêtent à appeler les secours, les trois ouvrières découvrent un sac plein de billets dans le casier du mort. Une fortune qu’elles décident de se partager. C’est là que leurs ennuis commencent…

Réalisateur : Allan Mauduit
Scénario : Jérémie Guez, Allan Mauduit
Interprètes : Yolande Moreau, Cécile de France, Audrey Lamy, Samuel Jouy, Simon Abkarian
Photographie : Vincent Mathias
Montage : Christophe Pinel
Producteur : Matthieu Tarot
Sociétés de production : Albertine Productions, Le Pacte, Wild Bunch,  France 3 Cinéma
Distributeur : Le Pacte
Durée : 87 minutes
Genre : Comédie
Date de sortie : 13 mars 2019

France – 2019

 

Les Deux Orphelines, au cœur de la tempête révolutionnaire

Dernier des grands films fondateurs du pionnier américain David W. Griffith, Les Deux Orphelines nous offre une leçon de mise en scène et de montage qui parvient à faire oublier les nombreux défauts du scénario.

Au sujet de David Wark Griffith, l’écrivain et scénariste James Agee (qui a signé le scénario de La Nuit du chasseur, entre autres) a écrit :

« Quand on se penche attentivement sur son œuvre, on a l’impression d’assister à la genèse d’un chant ou à la première utilisation consciente du levier ou de la roue, d’être témoin de l’apparition, de l’organisation et des débuts du langage et de la naissance d’un art. » 

Sergueï Mikhailovitch Eisenstein, le réalisateur du Cuirassée Potemkine, affirme quant à lui qu’il lui doit tout.

De fait, de nos jours, Griffith jouit d’une réputation très ambivalente : il est à la fois reconnu comme un des pionniers du cinéma, inventeur formel sans qui le cinéma n’aurait peut-être pas connu le destin qui est le sien aujourd’hui (rappelons qu’Auguste Lumière lui-même ne croyait pas à l’avenir du cinématographe). Mais lorsque l’on mentionne ses films, une gêne s’installe immédiatement : Naissance d’une nation est un film ouvertement raciste faisant l’apologie du Ku Klux Klan. Par la suite, il tournera Intolerance, aujourd’hui considéré comme un classique incontournable de l’histoire cinématographique, mais qui fut, à sa sortie en 1916, un échec commercial retentissant dont Griffith ne se relèvera jamais vraiment.

Le mélodrame

Adapté d’un roman français qui connaîtra un grand succès, Les Deux Orphelines est le dernier des grands films de Griffith. On peut y voir deux projets distincts.

Le premier est un mélodrame. Le film raconte l’histoire de deux jeunes femmes prises dans le tourment de l’aristocratie débauchée, puis de la violence de la Révolution Française. Tous les ingrédients du gros mélo bien lourd sont présents ici : un enfant abandonné à la naissance, une jeune aveugle, un kidnapping, des gens méchants prêts à abuser de jeunes femmes innocentes, des séparations tragiques, etc. A cela s’ajoute le jeu d’acteur si spécifique au cinéma muet, avec des expressions sur-jouées (surtout de la part des acteurs secondaires ; les deux sœurs Gish, Lilian et Dorothy, qui tiennent les rôles-titres, sont extraordinaires).

La révolution… bolchévique ?

L’autre projet est d’ordre politique. L’emploi invraisemblable du terme « bolchévique » pour qualifier la Révolution française en dit long sur l’état d’esprit de Griffith quand il réalise Les Deux Orphelines. Nous sommes en 1921, deux révolutions ont successivement abattu le trône impérial russe et porté au pouvoir un gouvernement bolchévique, et c’est sans doute de cela que parle réellement Griffith dans son film.

Parce que, sur le plan historique, la présentation qu’il fait de la Révolution française fait doucement sourire. Nous avons droit à l’éternelle opposition entre un Danton gentil et humaniste et un Robespierre froid, intrigant et insensible ; d’ailleurs, pour bien faire comprendre au public américain de qui on parle, Danton est présenté dans les intertitres comme « the French Abraham Lincoln ». Cela en dit long sur les facilités et les raccourcis historiques qui peuplent le film. D’un côté, nous avons une aristocratie décadente et enfoncée jusqu’au cou dans la débauche, comme si elle n’était peuplée que de Marquis de Sade. Les nobles sont oisifs, cruels et méprisants, sûrs de leur supériorité. Face à eux, le peuple des révolutionnaires « bolchéviques » est un peuple de gueux, sale, mais surtout il ne vaut moralement pas mieux que les aristocrates.

Si cette présentation n’était qu’un procédé scénaristique permettant de prendre en étau les deux héroïnes, ce serait déjà suffisamment caricatural. Mais Griffith va plus loin, n’hésitant pas à émettre l’idée que seul le gouvernement américain est un bon mode de gouvernement, et que tout ce qui s’en éloigne est dangereux.

L’art du réalisateur

Alors, résumons : un mélo plutôt lourd et sans grande originalité, et un film politique caricatural. Mais alors, pourquoi regarder encore Les Deux Orphelines de nos jours (du moins la version Griffith ; on pourrait privilégier celle réalisée par Maurice Tourneur ou la très belle version du grand Ricardo Freda) ?

Parce qu’une fois de plus, Griffith y fait un travail technique exceptionnel. Ici, c’est principalement sa science du montage qui est mise en avant. Cela s’illustre de façon magistrale dans deux scènes.

Dans la première, les deux sœurs, séparées, sont très proches l’une de l’autre, prêtes à se retrouver, mais les événements (là encore décidés par la méchanceté des hommes) en décidera autrement.

L’autre scène est à la fin du film, et pour des raison évidentes nous ne dévoilerons rien ici. Mais elle constitue le sommet du film.

Griffith, plus que jamais, affine sa science du montage et montre que celui-ci ne sert pas uniquement à coller des scènes les unes à la suite des autres. Le réalisateur américain fait du montage une des étapes essentielles de l’écriture d’un film.

Et finalement, tous les défauts du film, tous ses raccourcis historiques, tout ce qui nous avait paru ridicule jusque là, est simplement balayé par la force de la mise en scène, par la qualité technique de l’ensemble, par un cinéaste qui ne se contente pas de nous parler de la Révolution mais nous fait vivre ce tourbillon insensé. Griffith nous montre quelle est la force du cinéma.

Les deux Orphelines : Bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=NWGGvu_mG8o

Les Deux Orphelines : fiche technique

Titre original : Orphan of the storm
Réalisateur, scénariste et producteur : David Wark Griffith (scénario signé sous le pseudonyme de Gaston de Tolignac)
Interprètes : Lilian Gish (Henriette), Dorothy Gish (Louise), Joseph Schildkraut (Vaudrey), Monte Blue (Danton), Sidney Herbert (Robespierre).
Photographie : Paul H. Allen, G. W. Bitzer, Hendrik Sartov
Montage : James Smith, Rose Smith
Société de production : D. W. Griffith
Société de distribution : United Artists.
Genre : mélodrame
Durée : 150 minutes

États-Unis – 1921

Note des lecteurs0 Note
4

« Le Salaire de la peur » : un Clouzot haletant et post-colonial

Parmi les grands classiques du cinéma français, Le Salaire de la peur s’arroge une place de choix, bien en vue, en jouant sur plusieurs tableaux : un spectacle étourdissant, des thèmes avant-gardistes, des personnages finement caractérisés. Avec sa critique acerbe du colonialisme, des multinationales et de la misogynie, le film d’Henri-Georges Clouzot apparaît en outre d’une actualité brûlante.

Au vu de la longue introduction anti-américaine du Salaire de la peur, on devine aisément pourquoi le film d’Henri-Georges Clouzot fut remanié et amputé de quarante-cinq minutes avant d’être projeté aux États-Unis. Sise en 1952 dans un pays semi-colonisé d’Amérique centrale, l’intrigue montre des routes non asphaltées, des gamins crasseux, des buildings continuellement en chantier, des mendiants insistants et des « cochons d’étrangers » désœuvrés, vivant de « combines », chaque jour attablés aux mêmes bistrots pour ressasser le même désespoir. « Ici, y en a pas un qui a un job », voilà la ritournelle accablante qui rythme les journées caniculaires de Las Piedras. Pas de réseau routier, pas de chemins de fer et des billets d’avion à prix prohibitif : les baroudeurs européens qui échouent ici sont condamnés à y rester, malgré un désenchantement lancinant, exprimé en un montage-séquence mémorable.

C’est une prison à ciel ouvert que les décorateurs du film ont entièrement reconstituée en Camargue, à vingt-cinq kilomètres de Nîmes. Exploitant la détresse de quatre Européens (deux Français, un Italien et un Scandinave) avec tout le cynisme d’une multinationale pétrolière, la compagnie états-unienne SOC va les embaucher pour transporter 900 kilos de nitroglycérine sur 500 kilomètres de pistes branlantes, trouées d’ornières, parsemées d’embûches et bordées de panneaux macabres. « Pour la prime, ils iraient là-bas à cloche-pied, la charge sur le dos. » Les Américains, non contents de « coller tout sur le dos des victimes » d’une explosion de poche de gaz, savent très bien que ces Européens misérables n’ont que trois options devant eux : l’indigence, le suicide ou ce travail périlleux, correctement rémunéré, consistant à transporter, peut-être au prix de leur vie, de quoi éteindre un incendie déclaré sur un puits de pétrole. « Je me charge de la presse. Des témoins aussi. » Circulez : là où les pétroliers sont rois, il n’y a rien à voir ! « Ils achètent tout », résumera d’ailleurs l’une des protagonistes.

Un spectacle trépidant

Celui qui commença par prendre en charge la supervision artistique d’opérettes allemandes et la transcription de pièces à succès pour le compte de la firme Osso mérite amplement son surnom de « Hitchcock français ». Henri-Georges Clouzot filme une odyssée au long cours, haletante et spectaculaire, sublimée par trois séquences parmi les plus réussies de l’histoire du cinéma français : une escapade sous tension sur un pont en bois chancelant, le dynamitage improvisé d’un rocher obstruant une route et la traversée tumultueuse d’un lac de pétrole… « On n’est pas des morts qui marchent ? », demanderont de manière quasi prophétique les héros du Salaire de la peur, conscients des dangers encourus mais incapables de se résoudre à une existence douloureuse d’expatriés va-nu-pieds.

Pendant leur périple, Le Salaire de la peur alignera les clairs-obscurs, les travellings adossés aux camions, les inserts destinés à souligner les moments de tension, les plans serrés sur leurs visages éreintés et, enfin, en bout de course, un montage alterné parmi les plus célèbres jamais tournés : pendant que Linda danse joyeusement à Las Piedras dans l’attente du retour de Mario, ce dernier, qui écoute dans son véhicule la même mélodie du Beau Danube bleu de Johann Strauss, connaît un accident mortel, que Clouzot avait préfiguré par des segments alternés aux axes de caméra toujours plus écartés.

Ces prouesses techniques interviennent après une introduction déjà des plus remarquables : objectif plaqué au sol ou sur un barillet ; plan-séquence mouvant partant d’une danse en pleine rue, s’arrêtant sur deux personnages conversant, pour finalement aboutir à l’intérieur d’un bar ; arrière-plans composés de femmes nues se douchant à la vue de tous ou comportant des murs tapissés de photographies de charme avoisinant une croix christique (aux États-Unis, le code Hays proscrit la nudité et le blasphème) ; sexualisation de la femme – décolleté plongeant, positions lascives, commentaires osés – très en avance sur l’époque ; humour noir aussi permanent que peut l’être l’état de détresse des quatre héros…

Un propos plus osé qu’il n’y paraît

En filigrane, plusieurs thématiques affleurent sans que l’époque ne permette de les explorer plus avant. L’amitié virile entre Mario et Jo, leurs corps éprouvés, la scène où trois des quatre héros urinent conjointement, les commentaires ambigus d’un opérateur pétrolier pourraient constituer autant d’allusions formant ensemble une représentation feutrée de l’homosexualité, pourtant réprouvée par le conformisme des années 1950. La relation entre Mario et Jo, scrutée et mouvante tout au long du métrage, fait par ailleurs état de rapports de domination s’inversant progressivement : le premier admire ouvertement le second jusqu’au moment où celui-ci fait étalage, durant leur périlleuse expédition, d’une lâcheté encore insoupçonnée.

La misogynie que subit Linda au quotidien, ainsi que le harcèlement dont elle fait l’objet de la part de son patron, questionnent quant à eux la place des femmes dans une société rétrograde et phallocratique qui leur refuse toute dignité. Enfin, comment ne pas songer à la (mauvaise) plaisanterie de Jo devant un groupe de femmes noires : « Elles tombent tout droit du cocotier celles-là… » N’est-ce pas là le racisme le plus primaire que l’on assigne en place publique ? Ces libertés scénaristiques n’empêcheront pas Henri-Georges Clouzot de récolter plusieurs distinctions internationales : BAFTA du meilleur film, Ours d’or, prix d’interprétation masculine et Palme d’or (encore intitulée « Grand Prix » à l’époque) à Cannes… Jean Gabin, qui se rétracta par crainte que le rôle de Jo ne nuise à son image, dut sans doute amèrement regretter de ne pas figurer au générique de cette adaptation de Georges Arnaud. Le succès fut tel que William Friedkin réalisa un remake du film en 1977.

Un tournage cauchemardesque

Clouzot a un jour dit du Salaire de la peur qu’il était « une épopée dont l’accent majeur porte sur le courage et son antithèse ». Il y a injecté des personnages à la fois pathétiques et héroïques (Yves Montand, Charles Vanel, Peter van Eyck, Folco Lulli, tous admirables). Il y expose une noirceur et une cruauté devenues inexpiables, déjà aperçues dans Le Corbeau et bientôt prolongées dans Les Diaboliques. La photographie d’Armand Thirard rend l’ensemble tellement cinégénique qu’on en oublierait presque les nombreux aléas rencontrés au cours du tournage.

Car si Le Salaire de la peur n’est pas Apocalypse Now ou Fitzcarraldo, dont la réalisation fut en tout point cauchemardesque, ses imposants décors subirent néanmoins les effets prolongés des rafales de vent et des pluies diluviennes, ce qui occasionna leur destruction partielle, ainsi que d’importants dépassements de délais et de budget (de 102 à 197 millions de francs, avec de nouveaux coproducteurs à la clé). Le tournage sera même suspendu durant sept mois : Clouzot se casse la cheville, sa femme Véra tombe malade et les figurants gitans, s’estimant sous-payés, entrent en grève. « Pour faire un film : premièrement, une bonne histoire ; deuxièmement, une bonne histoire ; troisièmement, une bonne histoire. » Henri-Georges Clouzot aurait pu ajouter : beaucoup de patience et autant d’abnégation.

Bande-annonce : Le Salaire de la peur

Synopsis : En Amérique Centrale, une compagnie pétrolière américaine propose une somme d’argent considérable à qui acceptera de conduire deux camions chargés de nitroglycérine à travers plus de 500 kilomètres de pistes branlantes. Il faut de toute urgence éteindre un incendie déclaré dans un puits de pétrole. Quatre hommes à la situation financière délicate se lancent dans un périple des plus périlleux.

Fiche technique : Le Salaire de la peur

Titre : Le Salaire de la peur
Réalisation : Henri-Georges Clouzot
Adaptation et Dialogues : Henri-Georges Clouzot et Jérôme Geromini, d’après le roman homonyme de Georges Arnaud, Éditions Julliard, octobre 1950, 203 pages.
Photographie : Armand Thirard
Photographe de plateau : Lucienne Chevert
Production : Raymond Borderie et Henri-Georges Clouzot pour Vera Films, CICC, Filmsonor (France) ; Fono Roma (Italie)
Distributeur : Cinédis
Musique : Georges Auric
Montage : Madeleine Gug, E. Muse et Henri Rust
Pays d’origine : Italie, France
Langue : français, espagnol, anglais, italien, russe
Genres : drame, aventure
Durée : 142 minutes
Format : 35  ; 1,37 : 1 ; noir et blanc

Note des lecteurs0 Note
4.5

« Jack le Magnifique » : un Américain à Singapour

Une nouvelle fois, Peter Bogdanovich fait étalage de tout son métier. À une réalisation élégante et sophistiquée se greffent le monde de la prostitution, une charge politique impitoyable et un personnage principal ambivalent. Jack le Magnifique est à redécouvrir en Blu-ray. De toute urgence.

Entre Paul Theroux, Roger Corman et Orson Welles, Peter Bogdanovich a été plutôt bien encadré. Le premier est l’auteur du texte sur lequel s’appuie Jack le Magnifique. Le second a produit le film. Le dernier conseilla à l’architecte de Paper Moon et de La Dernière séance de se pencher sérieusement dessus. Tout fut filmé en décors réels, mais au prix de mensonges audacieux. Pour ne pas éveiller les soupçons des autorités singapouriennes, plutôt circonspectes, Peter Bogdanovich et son équipe arguèrent qu’ils voulaient mettre en images une histoire tout à fait innocente, à mille lieues de ce portrait de proxénète italo-américain gérant des maisons closes dans la cité-État insulaire. En définitive, « un bordel est toujours un bon placement », la libération sexuelle bat son plein et le héros n’est rien de moins qu’un maquereau angélisé – vétéran de la guerre de Corée et ancien étudiant boursier en littérature.

Sur Singapour se pose un regard incrédule. La brigade mondaine n’intervient dans les bordels que lorsque la corruption est à l’arrêt. La pègre chinoise rôde en permanence de manière menaçante. Jack Flowers travaille sous parrainage parce qu’il a des problèmes de visa. Les autorités américaines s’en sortent à peine mieux : les soldats de l’Oncle Sam démobilisés du Vietnam fréquentent les bordels – des « exutoires sexuels » – et y font preuve de violence envers les prostituées. La CIA, personnifiée par Peter Bogdanovich en personne, engage Jack en vue de comploter contre un élu démocrate devenu gênant. Il s’agit de le piéger afin de prendre quelques photographies compromettantes.

« On fait l’amour pour des raisons idiotes. Pourquoi pas pour du fric ? » Jack le Magnifique est une œuvre absolument décomplexée. Et souvent très amusante : walk and talk potache, séquence absurde où est âprement négocié un moyen de transport, conversation déroutante sur le squash, « bullshit » qui fait débander, blague scabreuse sur les massages thaïlandais… Jack Flowers lui-même porte un nom d’une ironie mordante, puisqu’il se fera tatouer des fleurs sur le corps après avoir été kidnappé par ses rivaux chinois et peinturluré d’insultes. Le sous-texte se veut toutefois plus sérieux : nous sommes en 1971, six ans après l’indépendance de Singapour, et la main corruptrice des Américains est à la manœuvre partout – aussi omniprésente que le Coca-Cola.

La qualité des dialogues, l’élégance de la mise en scène, la précision du découpage, l’habileté des plans-séquences, les performances convaincantes de Ben Gazzara et Denholm Elliott : tout contribue à faire de ce voyage exotique dans un Singapour altéré une expérience cinématographique d’ampleur… biblique. C’est en tout cas ce que laisse suggérer le Saint Jack du titre original. Car, oui, on peut être proxénète, lâche et un peu banal, et se voir malgré tout gratifié du titre honorifique de saint.

BONUS

Une fois encore, le spectateur est gâté. Outre les photographies témoignant de l’évolution des lieux de tournage à travers le temps, on retrouve de longues interviews de Peter Bogdanovich et de son équipe. Le cinéaste raconte la genèse du film, l’acquisition des droits d’adaptation, la manière dont il échappa au contrôle sourcilleux des autorités singapouriennes, le succès relatif de Saint Jack (surtout en Europe) ou encore la tendresse qu’il éprouve envers son œuvre.

Bande-annonce : Jack le Magnifique

Synopsis : Dans les années 1970, l’Américain Jack Flowers ouvre une maison close à Singapour. Il espère faire fortune, mais la pègre chinoise se montre hostile à son activité. La guerre du Vietnam et la CIA vont bientôt bouleverser son quotidien…

Fiche technique : Jack le Magnifique

Titre français : Jack le Magnifique
Titre original : Saint Jack
Réalisateur : Peter Bogdanovich
Scénario : Peter Bogdanovich, Howard Sackler et Paul Theroux, d’après la nouvelle Saint Jack de Paul Theroux
Direction artistique : David Ng
Décors : Lucius Wong
Casting : Agnes D. Chia et Sally Tunnicliffe
Montage : William C. Carruth
Photographie : Robby Müller
Producteurs : Hugh Hefner, Edward L. Rissien
Société de distribution : New World Pictures
Langue originale : anglais
Genre : comédie dramatique

Carlotta Films. BD 50 – Master Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC
Version originale DTS-HD MA 2.0 / Version française DTS-HD MA 1.0
Sous-titres français – Format 1.78 – Couleurs – 115 min.

Note des lecteurs0 Note
4

« Scénaristes de cinéma : un autoportrait » : la face cachée du septième art

Les scénaristes de cinéma ont un goût prononcé pour les bonnes histoires. C’est pourtant la leur qu’ils narrent dans cet ouvrage collectif. Comment travaillent-ils ? Dans quelles conditions salariales ? S’estiment-ils valorisés au sein du cinéma français ? Ces questions, accompagnées de beaucoup d’autres, servent à structurer un portrait panoptique d’un métier difficile, mais exaltant.

Passion, lassitude, frustration. Voilà sans doute les maîtres-mots d’un autoportrait de scénaristes à multiples facettes. Basé sur un questionnaire auquel ont répondu plus de soixante professionnels du cinéma et de la télévision, cet ouvrage collectif repose sur trois états de fait : les scénaristes se déclarent unanimement passionnés par leur métier ; leur activité s’inscrit cependant en pointillé ; leur travail apparaît rarement reconnu à sa juste valeur. Tout, des confessions aux descriptions, concourt à corroborer ces postulats quelque peu dépareillés.

Comme un symbole, le livre s’ouvre sur un témoignage fictionnalisé. Rédigé comme un script, il présente les difficultés inhérentes à la profession de scénariste : travail au long cours, réécritures régulières, paiements tardifs et souvent conditionnés à la mise en production, à-valoir non indexés au budget des films, clauses d’adjonction et de substitution… Cela mène naturellement à des formes de précarisation dégradantes et parfois à un sentiment de dépossession auquel les auteurs ont du mal à s’accommoder. Si elle paie généralement mieux, la télévision connaît des travers similaires au septième art et un nivellement vers le bas des conditions de travail et de rémunération.

La protection procurée par le statut de scénariste est quasi nulle : pas de chômage, pas de congés payés, des cotisations sur les droits d’auteur de l’ordre de 27% (contre 3,1% seulement pour l’employeur), un régime d’assurance-vieillesse coûteux et peu efficace, une absence de mutuelle à coûts partagés, contrairement aux intermittents du spectacle… Pourtant, ce n’est un secret pour personne, le scénario est le principal détonateur de tout projet : il sert à initier les films, à appâter les commissions, à convaincre les producteurs et les comédiens. Qu’importe, en France, la part du budget global dévolue à rémunérer les scénaristes s’élève à environ 1%… contre 10% aux États-Unis.

Ce métier, les scénaristes continuent pourtant de l’aimer. L’émulation, la créativité, le plaisir de voir une histoire prendre forme à force d’abnégation apparaissent presque sans équivalent. Même s’ils se savent peu reconnus, voire négligés, dans un pays où le réalisateur demeure l’auteur sacralisé par excellence, ils ne peuvent s’empêcher de coucher leurs idées et obsessions sur papier, de donner vie à des personnages et corps à des intrigues. Même si la critique oublie fréquemment leurs noms, même s’ils doivent mener plusieurs projets de front pour espérer des revenus suffisants et réguliers, les scénaristes n’abandonnent pas pour autant la partie : le cinéma leur colle à la peau, avec ses satisfactions et ses injustices, aussi importantes les unes que les autres.

Dans sa dernière partie, l’ouvrage s’intéresse aux ateliers et résidences d’écriture, ces endroits où cinéastes et scénaristes, souvent débutants, peuvent avancer dans leurs projets en profitant des conseils – pas toujours bienveillants ! – de professionnels rompus à l’exercice. Ces lieux de dialogue et d’apprentissage font-ils gagner du temps à ceux qui les fréquentent ? Permettent-ils d’élever la qualité du travail réalisé ? Les avis sont loin d’être unanimes… C’est d’ailleurs l’un des constats qui ressort de cette lecture : au-delà de quelques constantes – statut, travail harassant, passion –, les auteurs ont des expériences, trajectoires et vues qui divergent énormément selon l’interlocuteur. En conséquence, on touche en quelque sorte à la moelle du métier, dans ses évidences comme dans ses contradictions.

Fiche technique

Editeur Anne Carrière Eds
Date de parution 01/03/2019
EAN 978-2843379406
ISBN 2843379407
Nombre de pages 244
Prix : 17 euros

Note des lecteurs1 Note
3

Mon bébé, la jolie fresque familiale

Après son célèbre LOL qui avait fait plus de 3 millions d’entrée au Box Office, la réalisatrice Lisa Azuelos revient avec son septième film. Mon bébé déjoue les pièges d’une comédie trop facile pour proposer une belle histoire sur les liens réciproques entre une mère et ses enfants.

Une chose est sûre, Liza Azuelos est douée pour raconter les femmes. Que ce soit en prenant Sophie Marceau comme mère modèle, ou presque, dans LOL puis ensuite dans Une Rencontre, ou en dressant un portait collectif de quatre femmes dans Comme t’y es belle et enfin dernièrement avec un biopic sur Dalida, la réalisatrice connaît les femmes, en est une et a des choses à leur faire dire. Les comédies faites par des hommes sur des femmes, on en voit tous les jours et elles proposent rarement des rôles intéressants qui reflètent la réalité, mais la cinéaste, elle, creuse le sujet de manière plus véridique et délicate, balaye les clichés pour offrir une vision entière de ce qu’est une femme. En somme, un être normal capable de ressentir les choses à l’excès, ou pas, d’être fragile, puissante, sensuelle et surtout assumée. « Déculpabiliser les femmes », c’est ce qu’elle aime dire quand elle raconte le but de ses films, et c’est bel et bien devenu important aujourd’hui qu’une femme puisse prendre la parole en instaurant des personnages féminins qui lui ressemblent ou en tout cas qui se veulent porte parole de la majorité d’entre elles. À l’heure où l’identification aux personnages féminins dans les films est devenue assez bancale, la vision féminine d’Azuelos fait du bien au cinéma français, comme la voie que prend cette nouvelle génération de réalisatrices, fraîche et spontanée, qui propose une représentation décomplexée et bien plus vraie que l’image véhiculée par les nombreuses comédies où les femmes ne sont que « femme de » ou « mère de ».

Après avoir été éclatante dans Pupille, Sandrine Kiberlain campe un nouveau rôle qui lui colle à la peau. Elle improvise, rigole comme si elle ne jouait pas, joue comme si c’était elle et la caméra tourne sans couper. Lisa Azuelos met dans ce film son expérience de mère, elle y fait d’ailleurs jouer sa propre fille dans le rôle de Jade, et Kiberlain y ajoute la sienne pour dresser un portrait le plus juste possible. Mis en musique par la douceur de Yael Naim, la sensibilité et l’humour qui s’en dégagent font de cette comédie mature un vrai moment de tendresse et de vérité. Questionnant les rapports précieux entre une mère et sa fille, en particulier la petite dernière, le scénario tient la route dans les réflexions qu’il propose sur l’époque où les enfants quittent de plus en plus tôt le cocon familial. Accepter que les enfants deviennent des adultes et leur faire accepter que leur mère est aussi une femme, c’est toujours le délicat équilibre vers quoi ces relations tendent et dans lequel le film se glisse avec un charme délicat. Passer de la confidente à la figure d’autorité, c’est aussi le défi que pose celui d’être une mère et que l’actrice principale expose avec un naturel assez convaincant. On retrouve en Kiberlain un peu de Sophie Marceau à l’époque de LOL, mais il semble que cette maman ait grandi avec ses enfants et appris de sa vraie vie de mère pour offrir une histoire complète où la mère n’est pas qu’une mère et où les femmes, qu’elles soient ados ou adultes, sont passionnantes et rayonnantes.

Non exempt de défaut, notamment dans sa façon de traiter la jeunesse de manière un peu trop raccourcie et tout en facilité, Mon bébé ne paie pourtant pas de mine avant la séance mais se trouve être une jolie fresque familiale à la française. Indicateur et révélateur d’une société en mouvement et d’une jeunesse qui bouge comme La Boum a pu l’être en 1980, le film de Lisa Azuelos est une franche réussite. Le cinéma sensible et drôle des comédies françaises réussies, c’est ce que Lisa Azuelos sait faire de mieux.

Mon bébé : Bande-Annonce

Mon bébé : Fiche Technique

Réalisation : Lisa Azuelos
Scénario : Lisa Azuelos
Interprétation : Sandrine Kiberlain, Thaïs Alessandrin, Yvan Attal, Arnaud Valois, Patrick Chesnais, Victor Belmondo, Kyan Khojandi
Photographie : Antoine Sanier
Musique : Yael Naïm
Producteur(s): Jérôme Seydoux, Lisa Azuelos, Julien Madon
Société de production : Love is in the air, Pathé, France 2 Cinéma, C8 Films, Chaocorp, CN8 Productions
Genre : comédie dramatique
Distributeur : Pathé Distribution
Durée : 87 minutes
Dates de sortie : 13 mars 2019

Basil Poledouris : l’épique ou rien

0

Loin d’être aussi connu qu’un John Williams ou un Howard Shore, le compositeur américain d’origine grecque Basil Poledouris n’en reste pas moins l’un des plus talentueux musiciens ayant officié dans le 7ème art. Si sa vaste filmographie comporte quelques navets mettant en scène Steven Segal ou des bluettes kitschs des années 80 comme Le Lagon bleu, on y trouve également de belles pépites d’une portée épique sans égale. Il est donc temps de rendre à César ce qui est à César et de (re)découvrir l’apport du grand Basil Poledouris au monde du cinéma.

Né en 1946, Basil Poledouris voit très vite le cinéma comme le médium de sa génération et le meilleur moyen de révolutionner la musique. Il se lance alors dans des études de cinéma à l’université de Los Angeles. Par ce moyen, il fait la connaissance de plusieurs futurs cinéastes qui seront décisifs dans sa carrière. On y compte Randal Kleiser, pour lequel il offrira une partition riche en émotions alliant parfaitement le côté romantique et aventure exotique du film Le Lagon bleu qui propulsera Brooke Shields au rang de sex-symbol. Poledouris viendra lui prêter main-forte à trois autres reprises, notamment sur son adaptation du roman de Jack London, Croc Blanc. Mais la rencontre qui apportera le plus au cinéma est bien entendue celle avec John Milius.

L’Art de la Guerre

Le co-scénariste d’Apocalypse Now va en effet faire de Basil Poledouris son compositeur attitré, collaborant avec lui sur pas moins de cinq films (sur les sept réalisés par Milius). À vrai dire, cette collaboration débute dès leurs études où Poledouris va écrire le score du court de fin d’étude de Milius, The Reversal of Richard Sun. Deux artistes qui vont être réunis autour d’un thème similaire tout au long de leur carrière, celui de la guerre. C’est en effet dès Big Wednesday, film traitant d’une amitiés entre surfeurs qui va être mise à mal par la guerre du Vietnam que les qualités lyriques des compositions de Poledouris vont ressortir. Poledouris accompagnant les affrontements entre les surfeurs et les vagues par des musiques où cordes, percussions et instruments à vent font ressortir toute l’intensité du combat. Mais bien évidemment, ce n’est pas pour le bande-originale de Big Wednesday que le nom de Basil Poledouris va forcément marquer les esprits. Il s’agissait juste ici de préparer le terrain pour ce qui est certainement l’un des scores les plus épiques du cinéma. Vous l’aurez deviné, on parle bien sûr de Conan le barbare, deuxième fruit de l’union Milius/Poledouris.

Sorti en 1982, le film qui aura fait de Arnold « Monsieur Univers » Schwarzenegger une star, dispose en effet de l’une des compositions les plus impressionnantes qui soit. En enrobant de ses saillies martiales les aventures du plus connu des cimmériens, Poledouris grave son nom dans l’histoire du cinéma. Il ne faut d’ailleurs pas attendre très longtemps pour découvrir la puissance de ses compositions. Le morceau Riddle of Steel accompagnant la discussion entre Conan enfant et son père sur le dieu Crom suffit à poser, à l’aide de ses bois, l’atmosphère merveilleuse du film. Un voyage dans un monde lointain, tout en offrant un moment de communion entre un père et son fils avant une tempête qui ne sera que plus redoutable. Car quand les cuivres se mettent à sonner, que les tambours battent, que les chants guerriers en latin commencent à retentir, le ciel s’obscurcit. Débute ainsi l’inénarrable Riders of Doom accompagnant le terrible massacre du village de Conan par les hommes de l’effroyable Thulsa Doom, un morceau d’une force brute, résumant à elle seule l’adjectif épique. En seulement quinze minutes, Poledouris démontre toute la portée opératique de son œuvre. Quelque chose qu’il va cultiver tout au long du film, enrobant les scènes d’action par des morceaux tous plus belliqueux les uns que les autres, tout en sachant convoquer une aura héroïque dans des séquences plus intimistes, en témoigne la découverte de l’épée de l’Atlante.

Si le point culminant de la paire Milius/Poledouris a été atteint avec Conan, il ne faut pas pour autant dénigrer les autres pierres de l’édifice. Toujours dans le thème militaire propre à John Milius, qui lui vaudra d’être taxé de cinéaste fasciste, on retrouve le très Reaganien, L’Aube Rouge. Le film met en scène une invasion communiste aux États-Unis et montre comment une troupe d’ados va mener la combat en mode guérilla. Un étrange mélange de Breakfast Club et de Rambo qui termine sur une marche militaire aux roulements de tambours des plus patriotiques. Autre film où le conflit joue un rôle important, L’Adieu au roi où Nick Nolte déserteur de la Seconde Guerre mondiale se voit devenir le leader d’une tribu d’indigènes sur l’île de Bornéo. L’occasion pour Poledouris d’offrir à nouveau des thèmes de batailles d’un certaine lyrisme très exaltant où les cuivres répondent à des bois offrant une sonorité des plus anglaises pour bien marquer les racines de son héros. Restant dans ce domaine martial, Poledouris fait au début des années 90 une petite incartade à ce cher John Milius pour retrouver un autre grand metteur en scène d’action, John McTiernan. Pour son adaptation de Tom Clancy, À la poursuite d’Octobre Rouge, McTiernan a compris qu’il fallait quelqu’un de la trempe de Poledouris pour accompagner cette partie d’échecs entre sous-marins soviétiques et américains. Cette fois-ci, il fait la part belle aux sonorités russes, convoquant des chants patriotiques tout aussi grandiloquents que ceux en latin de Conan. Le plus bel exemple est un titre qui porte extrêmement bien son nom, Hymn to Red October, renvoyant à la fois au nom du sous-marin Typhoon dernière génération mais également à l’un des moments clés de l’histoire de l’URSS, les Révolutions d’Octobre. Rien de mieux pour insuffler un peu de fierté de la Mère Patrie au long-métrage. Après cela, Poledouris collaborera une ultime fois avec Milius pour un film mineur qui s’inscrira toujours dans la même veine, Flight of The Intruder.

De Detroit à Klendathu

Parce que Milius n’est pas le seul à avoir su détecter le talent de Poledouris pour l’homérique, le musicien a pu au détour de trois films contribuer à l’œuvre du hollandais violent, Paul Verhoeven. D’ailleurs, leur première association pour La Chair et le Sang renvoie à Conan le barbare. Autre époque certes, délaissant l’Antiquité pour le Moyen âge mais gardant cette fureur guerrière. Force est de constater que les percussions résonnent encore dans ce chef d’œuvre de Paul Verhoeven. En y insufflant des mélodies plus médiévales, Poledouris concocte une nouvelle fois une partition d’une ardeur aussi bouillonnante que Jennifer Jason Leigh dans son bain face à Rutger Hauer. Derrières ces envolées, il montre également qu’il est aussi capable d’offrir des moments d’un romantisme certain comme en témoigne le sublime Martin and Agnes Love Theme. Malgré la grande qualité de cette soundtrack, là où le tandem Verhoeven/Poledouris va bénéficier d’une plus grande reconnaissance, c’est grâce au blockbuster Robocop.

Poledouris entre alors dans un tout autre univers. Lui qui avait imposé sa patte au travers de fresques historiques, il se retrouve ici propulsé dans le monde de la science-fiction. On quitte également les grands espaces du Moyen-Orient, de l’Indonésie ou du Colorado pour plonger dans la crasse d’un Detroit dystopique où le crime règne en maître. La violence reste omniprésente, tout comme la tonalité épique de la partition. Sauf qu’au lieu d’offrir des petites variations plus folkloriques ou médiévales, ici Poledouris injecte le côté mécanique, robotique de la métropole américaine, reconnue à l’époque pour son industrie automobile. Résultat, ce sont les cuivres qui se font ici plus féroces, conférant un côté métallique à l’ensemble. Le thème principal de Robocop avec son rythme entêtant fonctionne en ce point à merveille et permet d’icôniser directement la nouvelle identité d’Alex Murphy. À la manière de Bill Conti pour Rocky, Poledouris offre un véritable hymne à Robocop, un morceau qui résonne encore aujourd’hui dans nos têtes à la seule mention du flic 50% humain 50% robot.

C’est au cours de la 3ème collaboration avec Verhoeven que Poledouris va pouvoir mettre en place une véritable synthèse de son œuvre. Pour Straship Troopers, Verhoeven va convoquer la fibre combattante de son compositeur dans un film au point de départ ressemblant à L’Aube Rouge, sauf qu’ici les communistes sont des insectes et que le message est à l’opposé d’être pro-militaire (ce qui n’a pas empêché Verhoeven d’être lui aussi taxé de fasciste, une récurrence dans les collaborations de ce cher Basil). Verhoeven n’abandonne pas non plus la science-fiction, laissant cette fois-ci les rues insalubres de Detroit pour l’espace et des planètes grouillant d’invertébrés plus dégoûtants les uns que les autres. L’occasion donc pour Poledouris de revenir à cette verve héroïque tout en s’inscrivant dans une dimension space-opera. Résultat : un mix des sonorités épiques de Conan, couplées à un caractère martial présent dans bon nombre de ses œuvres et un aspect futuriste hérité de Robocop. Avec Straship Troopers, et notamment son morceau culminant Klendathu Drop, Poledouris s’installe définitivement sur les toits de l’epicness musicale. Tous les ingrédients caractéristiques de la carrière du compositeur, des roulements de tambours aux cuivres tonitruants en passant par les cordes qui s’emballent, atteignent ici leur apogée.

Si finalement, la carrière de Poledouris n’aura pas connu la longévité et la reconnaissance de celle d’un John Williams, la faute à une mort prématurée en 2006 notamment, le musicien d’origine grecque aura marqué le cinéma d’une empreinte indélébile, au travers de plusieurs pièces monumentales faisant encore aujourd’hui hérisser les poils et développer les muscles de quiconque les écoute.