RoboCop 2014 : Critique du film de José Padilha

RoboCop 2014 : Un I-Robot incarné, au design stylisé

José Padilha, le réalisateur brésilien de Troupe d’élite et de sa suite et sa suite « Troupe d’Elite 2 : L’Ennemi Intérieur » est ici aux commandes, d’un reboot plus que d’un remake, situé dans un futur proche, 2028, dans un contexte politico-économique du “tout sécuritaire”. Le conglomérat OmniCorp et son dirigeant charismatique Raymond Sellars (Michael Keaton), devenu l’entrepreneur principal de l’armée américaine cherche à imposer son monopole sur le marché de la sécurité.

La firme OmniCorp avec l’aide des médias à leurs bottes utilise une émission très populaire présentée par l’illuminé Samuel L. Jackson (Pat Novak) pour manipuler l’opinion et réduire au silence l’opposition, un parti conservateur dirigé par le Sénateur Dreyfuss/Zach Grenier afin de faire accepter une force de police composée de robots sans visage.

L’audacieuse idée se concrétise quand un jeune détective Alex Murphy (Joel Kinnaman), mortellement blessé après une tentative d’assassinat brutal est présenté au public. Un candidat de choix, homme de famille, incorruptible mais le nouveau produit Murphy, propriété du conglomérat militaro-industriel n’est pas prêt à jouer la marionnette malgré les tentatives cherchant à opprimer son humanité.

Le scénario bien que conservant la même trame que l’original, (la présence de l’E.D. 209, le robot mitrailleur bipède), accorde une part plus importante à la famille. Cette version RoboCop 2014 se révèle bourré d’allégories socio-politiques (manipulations médiatiques, influences des lobbys militaires, critique d’une société de consommation décérébrée, privatisation à tout-va, dénonciation des multinationales qui utilisent leurs monopoles commerciales pour contrôler le monde…).

Un reboot plus intelligent qu’il n’y parait, fable politique plus que film d’action, le réalisateur José Padilha et le scénariste Joshua Zetumer s’intéresse au personnage-même de RoboCop/Alex Murphy douloureusement conscient de sa robotisation progressive. Quant à la relation entre RoboCop et son créateur le docteur Dennett Norton, incarné par le charismatique Gary Oldman, elle renvoie directement à la relation entre Frankenstein et sa créature.

Dans la version de Verhoeven, l’une des choses qui avait fait le succès de Robocop 87 était l’humour noir absente dans cette version, l’ambiance glauque permanente, l’aspect ghetto, l’âpreté et l’ultra-violence métallique glorieuse, oublié aussi l’aspect gore avec ses giclées de germes de sang, les membres éclatés, la crucifixion symbolique au fusil à pompe de Peter Weller…

Dans la version 2014, la violence est édulcorée, mais José Padilha amène une vraie humanité au personnage, orientant son travail vers un visuel plus contemporain, (l’armure noire au design épuré vêtu par le Cyber flic) tout en véhiculant des idées audacieuses (vision cynique de la nation américaine et de son obsession sécuritaire, critique des médias manipulant l’information,…)

Ce RoboCop version 2014 n’est pas le désastre annoncé, certes, ce Reboot ne vaut pas son illustre modèle, la critique féroce de la société déshumanisée y était plus féroce moins aseptisé, mais Padilha apporte une touche d’émotion et un côté torturé au héros. A l’instar d’un I-Robot, le film pose la question « Qu’est-ce qui différencie les hommes des robots et les robots des hommes ? »

Au casting de Robocop nouvelle génération, on retrouve Michael Keaton et Gary Oldman toujours aussi excellent et un étonnant Samuel Jackson. Dans la peau du remplaçant du rôle phare interprété par Peter Weller, Joe Kinnaman, un rôle sous pression, pour ce comédien suédois, déjà vu dans le « Millenium » (2011) de David Fincher et surtout connu pour son rôle dans « The Killing ». Pour compléter la distribution, Abbie Cornish (Sucker Punch) incarne l’épouse de Murphy, nettement plus présente que dans la version de 1987.

Note : D’après un journal brésilien traduit par Latino Review, José Padilha n’aurait pas eu carte blanche pour réaliser un film à la mesure son ambition, il a raconté à son ami Fernando  Meirelles « C’est l’enfer ici. Le film sera bon, mais je n’ai jamais autant souffert et je ne voudrais plus jamais revivre une telle expérience. ». Meirelles a aussi raconté que son ami avait subi une pression particulièrement forte de la part de la production : « Sur 10 idées qu’il a, 9 sont refusées ».


Synopsis : 2029. La multinationale OmniCorp maîtrise entièrement la technologie robotique. Elle, qui envoie ses drones combattre aux quatre coins du globe sous le drapeau des États-Unis, projette d’appliquer cette technologie à la sécurité intérieure du pays. Alex Murphy, mari et père aimant, est un policier honnête faisant de son mieux pour endiguer la vague de criminalité et de corruption qui envahit Detroit. À la suite d’une blessure mortelle, Alex est sauvé par OmniCorp et la science robotique. Mi-homme, mi-robot, il reprend ses patrouilles avec de nouvelles capacités qui impliquent aussi des problèmes auxquels aucun homme ordinaire n’a jamais eu à faire face.

Fiche Technique : RoboCop Version 2014

Titre original : RoboCop
Réalisateur : José Padilha
Scénaristes : Michael Miner, Edward Neumeier, Joshua Zetumer, Nick Schenk
Casting : Joel Kinnaman (Alex Murphy), Gary Oldman (Norton), Michael Keaton (Sellars), Abbie Cornish (Ellen Murphy), Samuel L. Jackson (Novak), Jay Beruchel (Pope), Jennifer Ehle (Liz Kline), Michael K., Williams (Jack), Jackie Earle Haley (Maddox)…
Musique : Pedro Bromfman
Genre : Action, Science Fiction
Sortie en salle : 05 février 2014
Nationalité : USA
Durée du film : 1h57
Budget : 100 millions $
Photographie : Lula Carvalho
Montage : Daniel Rezende
Costumes : April Ferry
Décors : Martin Whist
Producteur : Strike Entertainment, Metro-Goldwyn-Mayer, Columbia Pictures et Revival 629

 

Plus d'articles
histoire-simple-claude-sautet-romy-schneider-film
Une histoire simple, la femme dans le cinéma de Claude Sautet