Sélectionné dans la catégorie Cannes Première, Serre-moi fort de Mathieu Amalric est un bijou sur l’oubli et la recherche incessante de l’autre.
Serre-moi fort est difficile à déchiffrer au premier abord, tant le nombre de synapses qui jalonnent le récit rend le tout imperméable à une quelconque théorisation. Les échelles de lecture se percutent les unes aux autres. Pourtant, en face de nous grandit une boule d’émotion qui fait le pont entre deux univers distincts mais dont les effluves de peur et de disparition vont devenir asphyxiantes avec le temps, notamment grâce à la prestation terriblement fine et tout en nuance de Vicky Krieps. Comme dans son dernier film Barbara, qui entrevoyait une quête identitaire comme un récit sur les fantômes, et Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, sans l’aspect artisanal et bricolé du projet visuel mais tout en épousant la même envie de se faire se télescoper les images et les souvenirs, Serre-moi fort est le récit d’une femme sur la fuite, quittant alors son mari et ses enfants.
Mais qui quitte qui? Mais qui recherche qui? Qui oublie qui? Dans une mosaïque d’images toutes aussi belles les unes que les autres, dans ce capharnaüm où l’émotion n’est jamais recherchée mais se doit d’être trouvée par le spectateur comme si nous étions dans une sorte de chasse au trésor, il est parfois difficile, grâce au montage, de définir une ligne directrice dans la temporalité même du film. Où sommes-nous? Dans un souvenir, dans une projection, dans le présent, dans un cauchemar, dans un roman-photo où il faudra de nouveau tout remettre dans l’ordre ? Nous ne le savons pas, parfois nous le devinons, mais l’œuvre n’est jamais phagocytée par ce mouvement perpétuel. Au contraire, ce tourbillon cinématographique est d’une force implacable. La puissance de l’œuvre ne se situe pas dans ses digressions.
Toutes ces questions ne sont que purement rhétoriques, car l’intérêt de l’œuvre n’est pas tant dans la compréhension de chaque petit détail narratif et visuel, l’objectif premier est de ressentir l’effondrement d’un bloc familial, de capter l’essence d’un monde englué dans du vide, de voir une mère sur la brèche, pleine de remords et de culpabilité qui se noie dans ce road movie spectral. Tout comme Barbara, Serre-moi fort puise ses intentions dans le trouble du souvenir et du passé que l’on pourrait recréer à sa guise, où le cinéma lui-même et la création en général seraient un vecteur d’éveil d’un monde composé de fantômes qui se répondraient par écho. Même dans deux univers différents, dans des lieux différents, le regard est là et l’écoute de l’autre se fait primordiale comme en atteste cette sublime scène où le mari fait tout ce que lui dit la voix de sa femme, qui n’est bizarrement pas dans la pièce, ni même dans la maison.
C’est d’autant plus intéressant de mettre ce film en perspective avec une autre sortie projetée lors de ce Festival de Cannes 2021, Memoria d’Apichatpong Weerasethakul : deux films sur les vibrations, sur le bruit d’une terreur. Celle du manque, et du souvenir qui est un vieux de loup de mer qui tente par tous les moyens de trouver une vérité. Même si elle est difficile à entendre.
Serre-moi fort de Mathieu Amalric : Bande-annonce
Serre-moi fort de Mathieu Amalric, avec Vicky Krieps, Arieh Worthalter… En salles le 8 septembre 2021. Le film est présenté en séance spéciale sous le label Cannes Première au Festival de Cannes 2021. Distributeur : Gaumont Distribution
Après Diamant noir en 2016, film noir à la mise en scène puissante et hautement symbolique, Arthur Harari signe avec Onoda, 10 000 nuits dans la jungle un second film d’une maturité impressionnante, tant par l’épure de son style que la densité de son écriture. Un récit fleuve sur la guerre du Pacifique où le temps et la solitude ont raison du réel, laissant une vérité parallèle se dessiner pour des soldats qui n’ont plus à combattre que leur propre déshumanisation.
Onoda commence en 1944 et s’intéresse à un groupe de soldats envoyés en mission sur une île des Philippines, et condamnés à tenir leur position en attendant la fin de la guerre. Mais en l’absence de signes du monde extérieur, et par un sens de l’honneur à toute épreuve, Onoda et certains de ses hommes resteront cachés dans la jungle pendant des décennies, aux aguets, ne sachant pas la guerre terminée. Le projet du film attise d’emblée la curiosité : pourquoi un réalisateur français se lance-t-il dans un film entièrement japonais (du sujet historique au casting) ? Qu’a-t-il pu trouver d’universel ou d’intemporel dans cette histoire vraie (!), qui justifie d’en faire un film en 2021 ? La question peut sembler infondée, mais Onoda, à travers un contexte et des enjeux vieillots (la guerre, le code d’honneur militaire), développe des thématiques qui résonnent toujours avec notre époque actuelle (la méfiance quant à l’information, l’union autour d’une conviction commune – ou la division à son sujet –, le déracinement, le rapport à l’étranger, la déconnexion vis-à-vis d’une certaine marche du monde, etc).
Par ses thèmes, Onoda convoque plusieurs grands films de l’histoire du cinéma : Rambo (le traumatisme d’une guerre dont on ne revient jamais vraiment, mentalement voire physiquement ; la paranoïa et l’impression de voir en autrui un ennemi potentiel), Dersou Ouzala de Kurosawa (la solitude d’une vie au cœur de la jungle, l’apprivoisement d’une nature aussi hostile que nourricière, le décalage total d’un personnage enraciné en marge du monde), Apocalypse Now (la fragilité de la vie et l’impression qu’une mort subite peut frapper n’importe qui)ou encore The Truman Show (la construction d’un univers parallèle, le complotisme lié au monde extérieur, et surtout ce dilemme existentiel entre le confort d’une illusion dont on est le protagoniste et le risque d’une vérité pouvant balayer le sens de toute une vie). Bien sûr, ces renvois thématiques ne sont mêmes pas des références à proprement parler, Onoda traçant sa propre voie et construisant son propre mélange des genres, sa propre grammaire visuelle et narrative. En fait, le film s’inscrit dans un classicisme – au sens le plus noble du terme – dont on n’a plus vraiment l’habitude depuis quelques décennies, et qui donne à Onoda une aura de grandeur. Soit l’impression de voir un film qui a toujours été là.
La robinsonnade aurait pu être répétitive ou cocher les cases habituelles du genre. Heureusement, on ne voit pas le temps (du film) passer malgré ses 2h45. D’une part, la lenteur s’articule intelligemment aux ellipses, faisant ressentir le poids du temps (du récit) qui passe et créant un véritable lien d’intimité avec les personnages. D’autre part, la linéarité chronologique est ponctuée de retours dans le temps qui apportent certaines clés de compréhension, en temps voulu – sortes de récompenses intellectuelles pour la patience et l’investissement émotionnel du spectateur. Onoda est donc, d’une certaine manière, assez ludique dans son approche du film de survie. Harari prend son temps pour filmer les constructions de fortune des soldats (et leurs nombreux montages et démontages), cartographier les lieux visités en même temps que les personnages, et donner une place importante aux dialogues (conflictuels comme amicaux), à l’introspection et au doute.
Au fond, Onoda parle de la volonté de vivre, d’un instinct de survie si fort qu’il occulte tout esprit critique, combiné à un code d’honneur japonais poussé dans ses retranchements. Mais derrière les grands discours et l’héroïsme se cache une vulnérabilité vraiment déchirante. Ces soldats sont comme renvoyés à l’état d’enfance : la nécessité de réapprendre l’autonomie, le besoin de recréer des liens familiaux, l’angoisse de l’abandon, la peur de l’oubli. Le besoin de se souvenir traduit cette volonté de vivre une vie qui vaut la peine, qui a du sens, alors que le doute s’installe de plus en plus au fil des années quant à la valeur de la mission de départ : on ne sait s’ils caressent encore l’espoir d’être sauvés ou s’ils se complaisent dans le déni de ce qu’ils savent déjà, au fond d’eux… mais qui constitue leur histoire à eux. Et se souvenir, écrire son histoire, c’est pour les personnages une façon de surmonter cette fragilité. La mort frappe à la porte, mais les morts vivent à travers la mémoire, les objets, les lieux : on visite la tombe des amis perdus, on tient un journal intime, on replonge dans un souvenir à la vue d’un paysage, on conserve précieusement certains objets imprégnés du passé. Car la vie ne tient qu’à un fil, tout comme le château de cartes de l’illusion ne demande qu’à s’écrouler. La vérité frappe elle aussi à la porte, et elle fait tout aussi peur.
Onoda éblouit par ses scènes d’action aussi froides et percutantes qu’elles se font rares, ses moments de tristesse infinie à la mort d’un être cher, ses moments de légèreté quasi burlesque qui sublime une amitié indéfectible, ses moments exaltants de pure aventure, ou encore ses rares moments de paix et d’apaisement suspendus dans le temps. Ce maelström d’émotions et de scènes fortes place finalement le spectateur dans un état aussi vulnérable que ces soldats effrayés à l’idée de s’être « toujours trompés », mais qui, au fond, derrière cette obsession guerrière, sont en quête de leur propre humanité perdue. « Vous vivez dans la guerre, or moi je vis dans la paix ».
Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, le film d’ouverture d’Un certain regard : Bande-annonce
Onoda, 10 000 nuits dans la jungle d’Arthur Harari, avec Yuya Endo, Kanji Tsuda, Issey Ogata. Sélection officielle. Un Certain Regard – Ouverture. En salles le 21 juillet.
Mia Hansen-Love a présenté son septième long métrage, Bergman Island, lors du Festival de Cannes 2021. Elle y conte, à travers un montage en mouvement permanent, une histoire de mélancolie, de désir, de création, mais surtout une histoire de cinéma. Que ce soit à travers le fantôme de Bergman sans cesse convoqué ou par le destin heureux d’une réalisatrice un temps en panne d’inspiration, le cinéma est partout, il est la vie même. Son film est d’une extrême douceur au milieu de tous les monstres cannois et s’inscrit dans une filmoraphie marquée par la mélancolie et le mouvement. Une petite merveille baignée par la lumière de l’été.
S’évader
En 2015, Lionel Duroy proposait à travers son roman, Echapper, une rêverie sur la force des livres. En effet, son narrateur se perdait un temps dans les souvenirs d’un roman aimé et dont il souhaitait habiter les lieux. Il se rendait alors là où l’action du livre se déroulait et tentait de trouver les traces du roman idéal. C’est cette réflexion sur la force des oeuvres et notre capacité à les réstituer dans nos vies que poursuit Mia Hansen-Love avec Bergman Island. Chris est réalisatrice et admiratrice du travail d’Ingmar Bergman. Elle se rend donc sur l’île où le réalisateur a vécu et tourné quelques-uns de ses films majeurs. Pourtant, le travail du réalisateur est bien loin d’apaiser Chris, « c’est comme des films d’horreur mais sans la catharcis » dit-elle après une projection de Cris et chuchotements. Pourtant, elle aime ces films et ne peut expliquer pourquoi. Il est désormais question pour elle d’écrire son propre film. Pour cela, elle se rend dans un moulin aux allures de tour d’ivoire et s’imprègne du lieu. D’abord construit comme des scènes de la vie conjugale (autre film du réalisateur suédois) de Chis et Tony, son mari lui aussi réalisateur, le film bascule peu à peu. Il se centre sur Chris et son scénario. Ce dernier naît sous les yeux du spectateur petit à petit. Et ce, un peu à la manière des trois variations que proposait In another country en 2012, avec les ratures en moins. Chris a l’air sûre du chemin qu’elle souhaite emprunter, bien que la fin soit encore une surprise pour elle.
Double je
L’histoire contée par Chris est comme une variation de sa propre vie. Mia Hansen-Love sème en tout cas habilement le trouble. Ce qui compte au-delà d’histoires d’amour en partie étouffées, c’est le trajet des personnages. En effet, Mia Hansen-Love s’attache toujours à offrir des échappées à ses personnages. On pense notamment à Tout est pardonné, Un amour de jeunesse ou le plus récent Maya. Chaque fois, c’est en prenant des chemins nouveaux que les personnages, souvent féminins, se découvrent. Ils se plongent bien sûr dans la mélancolie, source de créativité dans le cinéma de la réalisatrice, mais c’est en marchant qu’ils trouvent leur voie. À l’image du chemin emprunté, encore une échappée belle, par Isabelle Huppert dansL’Avenir. Mia Hansen-Love refuse de figer ses personnages tout comme elle entreprend de ne pas figer Bergman, dont elle convoque sans cesse l’image dans son film, dans une seule posture. C’est ainsi qu’alors que Tony part pour une excursion « officielle » sur les pas de Bergman, Chris découvre un tout autre chemin. Ce sont les traces de Bergman dans l’esprit du jeune étudiant qu’elle rencontre qui lui seront offertes. Ces deux visions s’entrechoquent ensuite dans les discussions et les choix artistiques du couple de réalisateurs.
Création et déconstruction de soi
Amy et Joseph, les héros du scénario de Chris, sont eux aussi contraints au mouvement, ils se libèrent l’un de l’autre par ce mouvement. Tout est question de déplacement puisque pour se retrouver sur l’île de Faro, les personnages entreprennent de longs trajets où il est question d’avion, de bateau, de voiture. Les retrouvailles sont donc toujours un moment d’arrêt du voyage autant qu’elles sont le début d’une nouvelle fugue. La force de Bergman Island, et celle du cinéma de Mia Hansen-Love en général, est que tout en mettant en scène des rapports humains douloureux, le film est baigné d’une intense lumière et d’une douceur extrême. Ici, le temps est comme arrêté, même quand les corps tressaillent. Les portables se font discrets, les corps ne sont pas outranciers, bien que quelque chose se libère en eux. Le temps se suspend, les paysages magnifiques se déroulent sous nos yeux. Mia Hansen-Love montre la création comme un moment aussi douloureux que libérateur. Il est surtout un moment intrinsèquement lié à la vie de son auteur. Ce n’est donc pas du côté du diverstissement qu’elle se place, mais bien vers celui d’une mélancolie qui ose dire son nom. On ressort de Bergman Island comme de plusieurs films à la fois (sans réelle rupture de ton), et avec cet apaisement, ce bien-être si cher à Chris dans le cinéma. Un beau moment loin du tumulte cannois ou du bruit du monde, mais profondément ancré dans la vie et son mouvement permanent. Il s’agit d’avancer mais sans rien abîmer sur son passage, l’harmonie créatrice étant le seul objectif. Le film est sorti en salles en parallèle de sa projection cannoise, l’occasion de prolonger l’été, une saison chère au cinéma de Mia Hansen-Love. Et comme par miracle, son prochain film, Un Beau matin, est déjà en tournage.
Bergman Island : Bande annonce
https://youtu.be/ZKDp0gCFqo0
Bergman Island : Fiche technique
Synopsis : Un couple de cinéastes s’installe pour écrire, le temps d’un été, sur l’île suédoise de Fårö, où vécut Bergman. A mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille…
Réalisation : Mia Hansen-Love
Scénario : Mia Hansen-Love
Interpètes : Vicky Krieps, Tim Roth, Anders Danielsen Lie, Mia Wasikowska,
Photograhie: Denis Lenoir
Montage : Marion Monnier
Sociétés de production : Neue Bioskop Film GmbH, Scope Pictures, Plattform Produktion, Piano Producciones, Arte France Cinema, CG Cinema, RT Features
Distributeur : Les films du losange
Durée : 112 minutes
Date de sortie : 14 juillet 2021 + Selection Officielle Cannes 2021
Genre : Drame
Alors que le Festival de Cannes s’achève dans quelques jours, LeMagduCiné continue son voyage au travers des différentes sections de cette édition 2021. Pour ce cinquième rendez vous, nous vous parlons entre autres de Mi iubita, mon amour de Noémie Merlant ou même de Are You Lonesome Tonight de Wen Shipei.
Medusa de Anita Rocha da Silveira (Quinzaine des Réalisateurs)
Anita Rocha da Silveira crée un film qui sied parfaitement à la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs. Parfois de manière un peu bancale, elle offre une expérience de genre assez tenue : un film brésilien qui s’empare de la religion et de la société conservatrice, pour en détourner les codes. Dans une société contemporaine où une sorte de milice adolescente essaye de prêcher la bonne parole et de remettre dans le droit chemin des moutons égarés (des femmes qui sont dans le péché charnel), Medusa critique avec férocité la virilité toxique et l’emprise sur les femmes. Jouant sur les nerfs horrifiques avec une mise en scène chromatique flirtant avec les caractéristiques de celle de Dario Argento et une musique qui rappelle celle de Carpenter, nous nous retrouvons avec une oeuvre qui sent bon la folie, le fantomatique et le baroque. On pourrait lui reprocher sa longueur, ses facilités d’écriture et sa volonté de trop jouer sur ses effets esthétiques, mais à l’instar des Bonnes manières de Marco Dutra et Juliana Rojas, le cinéma brésilien s’avère extrêmement vivifiant dans la manière qu’il a de se réapproprier le cinéma de genre pour parler des failles de son époque. Le charme opère sur le spectateur, entre le film mystique et le teenage movie, qui ferait presque passer Medusa pour un mix entre la série Glee et le film It Follows de David Robert Mitchell.
Sébastien Guilhermet
Are You Lonesome Tonight de Wen Shipei (Séances Spéciales)
Globalement passé inaperçu dans ces deux semaines de festival de Cannes 2021 et présenté dans la catégorie « Séances Spéciales », le film de Wen Shipei est miraculeusement un petit bijou d’efficacité. Tant dans son écriture, qui évite toute forme de gras dans l’enchevêtrement de son scénario à tiroirs, dans sa mise en scène, qui épouse parfaitement la luminosité de son espace claustrophobe mais aussi dans son casting qui exploite les contours du genre. Un film aussi solaire que nocturne qui jongle avec les idées, en se jouant méthodiquement des codes du polar et du film noir avec une architecture narrative qui se veut maligne et réflexive. Le film avance de manière méticuleuse autour de cet homme pensant en avoir renversé et tué un autre. Par culpabilité, il veut tout avouer à la femme du défunt, sauf que plus le récit avancera, plus les pièces du puzzle autour de cette mort s’emboiteront avec agilité. Tant dans ses moments de pure violence (le final) que dans ses moments doux d’où l’émotion surgit, Are You Lonesome Tonight éclabousse de son talent un film dans lequel la stylisation est la première arme.
Sébastien Guilhermet
Mi iubita, mon amour de Noémie Merlant (Séances Spéciales)
Deux ans après être venue accompagner le flamboyant Portrait de la jeune fille en feu, Noémie Merlant revient à Cannes, cette fois-ci à la réalisation, pour présenter son premier long-métrage Mi iubita, mon amour. Non sans une simplicité parfois maladroite, ce premier long aux allures de road movie initiatique se constitue avant tout comme un hymne à la vie, à l’amour et à l’instant présent. Les personnages incarnent bien, chacun à leur manière, les multiples facettes de la jeunesse : entre imprévisibilité, naïveté, rires, et questionnements sur le sens de la vie. Au plus près des personnages, la caméra nous embarque dans ces déambulations vivantes, virevoltant sans cesse entre éclats de bonheur et instants graves. Si la captation de ces émotions est d’abord réussie, la belle énergie première finit pourtant par se perdre dans un scénario banal, qui somme toute perd son premier élan vital et par là-même imprévisible. Un beau moment, mais un film encore imparfait qui manque de force et de subtilités pour séduire et se démarquer d’un bout à l’autre.
Audrey Dltr
L’Histoire de ma femme de Ildiko Enyedi (Compétition)
L’Histoire de ma femme est typiquement le genre de film qui contient beaucoup de bonnes idées ou de fortes velléités mais qui au final, accouche d’un résultat plus que poussif. Jamais romanesque pour une durée de presque 3h, le film se voudrait être une grande et sublime fresque amoureuse et historique sur un capitaine de navire et sa femme. Derrière les énièmes poncifs sur le couple et sa longévité, sur la sensualité et le désir dans un couple, ce récit amoureux peine premièrement à être incarné malgré une impressionnante Léa Seydoux. Mais surtout, le film manque d’un souffle amoureux, de cette folie qui ferait frémir le spectateur de cette chaleur et de ces doutes sentimentaux : au contraire, nous faisons face à une oeuvre sage, apathique et propre sur elle-même, une sorte de téléfilm de luxe à la tenue visuelle décente et parfois miraculeuse, qui compile les personnages secondaires sans qu’ils n’aient réellement de poids sur le récit et qui n’a malheureusement, aucun regard sur l’époque décrite ni sur son personnage principal. Personnage principal à l’image du film : d’une fadeur sans nom dont l’évolution est globalement inerte durant 3h de disputes.
Traduit du portugais, ce roman du Brésilien Joca Reiners Terron (né en 1968) surprend et donne à réfléchir, tout en se situant dans une mouvance qui intègre aussi bien le réalisme magique qu’un souci social, sans oublier une vraie réflexion sur l’anthropologie et l’écologie tels qu’on les conçoit actuellement.
Le roman (187 pages) est divisé en quatre parties d’environ 50 pages chacune, sauf l’ultime un peu plus courte. La première de ces parties permet de poser la situation de base ainsi que les personnages. Mais l’odyssée amazonienne déjantée pour un roman survolté – annoncée par le bandeau autour du livre – peine à décoller. Heureusement, l’auteur sait où il va et pour peu qu’on ait quelques images en tête à propos de l’Amérique du Sud, et en particulier la région amazonienne, on sent le puzzle se mettre en place. À noter que le roman est censé se passer dans un futur non précisé, où le dérèglement climatique a fait son effet, avec élévation de la température moyenne et assèchement du climat produisant des effets dévastateurs sur la forêt amazonienne.
Boaventura et les derniers indiens kaajapukugi
On entre dans le vif du sujet avec la deuxième partie où le narrateur (un fonctionnaire brésilien chargé de surveiller l’épopée des 50 derniers indiens kaajapukugi) raconte ce qu’il observe d’une vidéo du nommé Boaventura, celui qui a découvert les Indiens en question. Malheureusement, la vidéo se termine en queue de poisson sur des paroles incompréhensibles. Il faut dire qu’elle constitue une sorte de message posthume de Boaventura. Celui-ci s’est filmé à l’arrière d’un taxi et il est même tout à fait possible qu’il soit mort (dans des conditions quelque peu suspectes), juste après s’être filmé. Et ce qu’il raconte mérite l’attention, car il livre quelques réflexions terribles : des révélations chocs sur son action vis-à-vis de ces Indiens (50 hommes pour aucune femme). Boaventura raconte leur découverte, ses observations et ses maladresses ayant conduit à une sorte de désastre.
Vie des indiens kaajapukugi
Bien que construit d’une manière relativement classique (avec ses quatre parties), ce roman se lit comme une bombe à retardement, puisqu’on comprend progressivement l’action désastreuse de Boaventura sur ces indiens que pourtant il observe avec intérêt et qu’il connaît mieux que personne. Et puis, l’auteur se montre bien plus subtil que ce qu’on imagine d’abord. En effet, les Indiens kaajapukugi sont une pure invention de sa part. Pourtant, à lire le roman, tout est fait pour laisser croire à leur réalité. En effet, l’auteur leur invente un vocabulaire particulier (il ne manque que les notes de bas de page ou un lexique en fin de roman pour préciser les significations), ainsi que des coutumes, une manière de vivre, des croyances et même une façon d’exploiter les ressources naturelles de leur région pour se fabriquer une substance aux vertus hallucinogènes qu’ils consomment à des occasions bien précises. L’auteur étant un fervent défenseur de la forêt amazonienne, on sent qu’il connaît bien la région et qu’il écrit pour tenter d’alerter l’opinion. Sans dénoncer la détérioration de la forêt à proprement parler, l’auteur dénonce les comportements des « civilisés » qui se croient toujours supérieurs à ces peuplades reculées, décident d’aller les observer dans leur habitat naturel et qui, malheureusement, s’en approchent trop. Un simple contact, même providentiel pour une cause imprévue, modifie totalement la situation. On verra qu’ici, les conséquences sont dramatiques.
Les Indiens kaajapukugi et l’actualité
Ce que Joca Reiners Terron sous-entend, c’est que l’avenir de ces peuplades (il en existe encore, dans la réalité) est voué à l’extinction, à cause de l’action humaine en général (sans désigner un ou des coupables, c’est la civilisation et ses progrès qui sont visés, notamment l’expansion sans frein). Allons même un peu plus loin, car si le sort des Indiens kaajapukugi fait l’actualité puisqu’ils sont dirigés dans un premier temps vers le Canada puis échouent au Mexique, ceci est à mettre en parallèle avec l’envoi d’une mission chinoise vers la planète Mars. Très prosaïquement, la future disparition des indiens n’est qu’un épisode de la vie sur Terre et il deviendra anecdotique, car « The show must go on ».
Une parabole amazonienne
L’auteur réussit donc un étonnant roman qui mérite bien cette traduction en français, la première pour lui. Il s’arrange pour faire sentir le sort qui attend les peuplades reculées (aussi menacées que bien des espèces animales ou végétales). Pour ce faire, il propose un roman qui finit par virer au fantastique (même si le final me laisse un peu perplexe car, pour coller au titre, l’auteur apporte à mon avis une légère contradiction avec le reste, en particulier le fait que son narrateur puisse nous expliquer tout ce qui s’est passé). Joca Reiners Terron se montre particulièrement doué pour établir une ambiance de plus en plus fiévreuse qui correspond bien à tout ce qu’on peut imaginer de plus mystérieux dans la vaste région amazonienne.
Paru en 2006, lauréat du prix Bram Stoker, Histoire de Lisey est une des grandes réussites de Stephen King, un roman dense, complexe, aussi intelligent qu’émouvant, où il aborde les thèmes du deuil et de la création littéraire tout en rendant hommage à son épouse.
« Certaines choses sont comme une ancre, Lisey, tu te souviens ? »
Il arrive un certain point où les appellations comme “le roi de l’horreur” ou “le maître de l’épouvante” peuvent desservir Stephen King. En effet, l’écrivain est beaucoup plus qu’un auteur de romans d’épouvante : King est un des grands écrivains psychologiques contemporains. L’horreur, quand elle est là (et ce n’est pas le cas dans tous les romans, c’est même de moins en moins le cas au fil du temps) dérive toujours de la psychologie de ses personnages, qu’ils soient seuls ou en communauté (comme dans Salem, Bazaar ou Dôme). King s’attache toujours à décrire les obsessions, les peurs, les “parts des ténèbres” qui gisent en chaque personnage, et c’est lorsque ces ombres prennent le dessus que l’horreur s’installe. L’horreur n’est jamais une fin en soi et elle ne débarque jamais comme un cheveu sur la soupe.
Lorsque l’on comprend que c’est la psychologie de ses personnages qui prime chez King (avec, parfois, un aspect politique, comme Dôme), on est moins surpris de découvrir des romans dénués d’horreur, comme Joyland ou 22/11/63. Ce qui unit l’oeuvre du romancier de Bangor n’est pas l’épouvante, mais une description de l’Amérique par la face sombre, entre fanatisme religieux, alcoolisme, fascination pour les armes et la violence et une nature qui peut parfois être terrifiante.
L’oeuvre de Stephen King est aussi très fortement empreinte d’un caractère autobiographique. On ne compte plus le nombre d’écrivains ou d’artistes représentants King lui-même ou mettant en scène ses propres peurs (on peut songer à Duma Key, par exemple). Au sommet de cette logique, l’écrivain de Bangor se met en scène lui-même dans la saga de La Tour Sombre.
C’est un peu tout cela qu’il faut avoir en tête lorsque l’on s’embarque dans ce long roman qu’est Histoire de Lisey (750 pages). Très vite, le dispositif mis en place ne peut que nous amener à établir des liens entre le roman et la réalité vécue, non seulement par King lui-même, mais aussi et surtout par son épouse Tabitha (à qui le roman est dédié).
Lisey est la veuve d’un écrivain très célèbre, apprécié aussi bien par le public que par les instances intellectuelles universitaires, Scott Landon. De fait, elle a mené sa vie constamment à l’ombre du “grand homme”, le suivant dans ses conférences ou ses lectures publiques, mais surtout vivant au rythme de ses terreurs maladives. Elle est celle qui restait tout le temps en coulisses, dans l’ombre, mais au fil du roman on comprend qu’elle est aussi celle sans qui il n’y aurait pas eu de Scott Landon, tant celui-ci aurait été consumé par les terreurs remontant de son passé. Lisey est celle qui sauve Scott Landon à plusieurs reprises. Il n’y a pas le moindre doute qu’en faisant de cela le coeur même de son roman, King a pensé à sa propre épouse et aux difficultés qu’elle a dû traverser pour sauver le grand romancier pris dans sa propre “crapouasse”. Et à travers le personnage de Scott Landon, on retrouve toutes les difficultés rencontrées par King lui-même dans sa vie, entre les phases de dépressions, les fans plutôt angoissants, l’épisode où il a failli mourir et la période où King s’est enfoncé dans la toxicomanie. Histoire de Lisey est donc non seulement un grand roman sur “la femme du grand homme”, mais aussi un regard acerbe et lucide sur la vie d’un écrivain à succès.
L’une des grandes forces de King, et elle est particulièrement visible ici, c’est sa capacité à créer des images symboliques fortes qui rendent compte de la complexité de la situation sans jamais rien expliquer. C’est le cas, ici, de Na’ya Lune et de cette “mare” où “tous nous descendons”. Une mare qui renvoie à la fois à l’inspiration où s’abreuvent les écrivains et les choses sombres de la vie. Et plus on va pêcher au large, plus les prises sont glorieuses mais sombres. Na’ya Lune, c’est à la fois le lieu qui sauve et celui qui peut tuer, un endroit à la splendeur vénéneuse où il ne faut aller qu’avec parcimonie et à condition de respecter des règles strictes, sinon on n’en revient pas.
Histoire de Lisey est aussi un grand roman sur le deuil, un des thèmes centraux de l’oeuvre de King. Le roman s’ouvre deux ans après la mort de Scott, mais sa veuve est toujours prise dans ce deuil dont elle ne s’extrait pas. Elle vient juste de trouver le courage d’entrer dans ce qui fut le bureau de feu son époux et de commencer à trier les articles, les livres, les manuscrits, toute une montagne (un “serpent-livre”). Cela va déclencher tout un processus mémoriel qui est le véritable sujet du roman. Toute la première moitié du roman est presque entièrement consacrée à ce parcours dans les souvenirs, un parcours parfaitement balisé qui va obliger Lisey à affronter des épisodes de sa vie qu’elle a sans cesse cherché à occulter. Petit à petit, King montre les blocages mentaux de Lisey qui vont inexorablement céder devant ce flux mémoriel.
Or, c’est justement cette capacité à affronter ses pires souvenirs qui va fortifier Lisey et lui permettre de faire face au danger bel et bien présent.
Car, même si le roman se déroule souvent au passé (la structure du roman, en constant aller-retour entre passé et présent, avec parfois trois chronologies différentes imbriquées dans la même scène, est très savamment construite), il n’en reste pas moins que Lisey n’a pas que ses souvenirs à affronter. Elle va aussi se retrouver face à un agité du bocal bien violent, comme les romans de King en regorgent depuis des décennies maintenant. Et ce sont, justement, les plongées dans sa mémoire qui aideront Lisey à affronter cet individu.
Qu’on ne s’y trompe pas, cet affrontement est bel et bien secondaire dans le roman. Secondaire en nombre de pages qui lui sont consacrées, secondaire en importance surtout.
Histoire de Lisey est un roman très riche et complexe. Les thèmes abordés sont nombreux et essentiels dans la bibliographie kingienne. La structure du roman est complexe. Certaines scènes sont très émouvantes, une scène est vraiment horrible (et elle est au centre du roman, ce qui est loin d’être un hasard). Mais ce qu’il en reste, en définitive, c’est le magnifique portrait d’une femme.
Le roman est également un incroyable laboratoire de création de vocabulaire. Scott employait tout une série de mots et expressions qui lui étaient personnels. En cela, il faut saluer le travail de la traductrice, Nadine Gassie, qui a parfaitement su adapter ces néologismes en français (et ça n’a pas dû être facile). Suffisamment de romans de King ont été mal traduits ces dernières années, saluons un travail de traduction remarquable dans ce cas précis.
En bref, tout contribue à faire de cette Histoire de Lisey un des grands romans de Stephen King, une de ses oeuvres les plus personnelles, déroutantes (il n’est pas facile d’entrer dans le romans, car les nombreuses questions du début ne trouvent leurs réponses, parfois, que trois cents pages plus loin) et émouvantes.
Titane était peut-être le film qui attisait le plus notre curiosité avec le Benedetta de Paul Verhoeven. Deux films qui parlent de construction et de déconstruction d’un soi : avec la même envie de raturer la notion de métamorphose. Après Grave, Julia Ducournau étonne et se déjoue des attentes avec hargne et pugnacité.
Titane est un film hybride. Hybride avant tout parce que ses personnages le sont : continuellement sur la brèche, au bord d’un précipice, au genre non déterminé (ou presque) et dont la recherche d’identité est le moteur de leur avancée. Dans un premier tiers du film, attendu et parfaitement exécuté, qui met Titane pied au plancher, Julia Ducournau affiche ses attentions. Elles sont claires. Celles d’un cinéma de genre décomplexé, suite logique de Grave et dont la violence n’épargne aucun corps : Alexia, aux allures androgynes, star de tuning dont le corps est starifié et sexualisé à outrance jusqu’à ses moindres détails, est également une tueuse en série. On le comprend assez vite. Féroce, le film l’est directement avec ce brutal accident de voiture nous expliquant la provenance des blessures de son personnage et du terme titane.
Dans une ambiance colorée, non loin du Spring Breakersd’Harmony Korine, qui aurait passé une nuit d’amour avec le Crash de David Cronenberg, la cinéaste agence ses meurtres avec panache, son regard sur une sexualité carnassière et l’ironie qu’on lui connait. Ces ruptures de ton présentes également dans Grave font mouche comme en atteste la série de meurtre dans l’immense villa. Scène marquante par son aspect défouloir aussi jouissif que récréatif. Julia Ducournau fait du Julia Ducournau : et c’est déjà très bien, tout en reconnaissant une nouvelle fois sa faculté à jouer sur le trouble et le malaise du body horror. Cassage de nez, cassage de nuque, morsure de tétons percés, baise automobile frénétique, perçage de tympan. Tout y passe pour notre plus grand plaisir derrière une mise en scène qui ne lésine pas sur les détails, sa photographie charnelle, et l’iconisation de la meurtrissure et du plaisir.
Mais alors qu’Alexia devient fugitive après un meurtre manqué, elle se cache chez un pompier, ayant perdu son fils depuis des années, et avec qui Alexia pense avoir retrouvé son fils. Inattendu, et presque burlesque dans son revirement de situation, c’est alors que la réalisatrice prend tout le monde de court et change de braquet : le body horror continue, s’intensifie, plébiscite même le dégueulasse avec cette grossesse « aliénante » mais cette atmosphère pop et cannibale de tueuse en série du début de récit dévie de sa trajectoire pour mieux se muer en film mutique, cyberpunk et dont l’errance est le leitmotiv de deux personnages en quête d’un autre. Elle tente d’avoir un père de substitution et lui, un fils antérieurement disparu: c’est simple et sec comme un road movie dont on pourrait déjà connaitre les formes mais Julia Ducournau profite de cette incartade dans cette caserne de pompiers où suintent la virilité crasseuse et l’homophobie décomplexée, pour se questionner sur le genre, le regard et la métamorphose notamment par le prisme d’Alexia, enceinte d’un être bien particulier et jouant les garçons pour dissimuler son identité.
Alors qu’on pensait prendre la route d’un film proche de l’univers de David Cronenberg, même si Crash et La Mouche sont des références visibles, Julia Ducournau inscrit son oeuvre lancinante mais jamais apaisée proche de l’univers fragmenté de Claire Denis, entre Beau travail et High Life : une oeuvre sur les fluides, la douleur corporelle, un amour décharné et une étude organique sur la volonté de se redéfinir (excellent Vincent Lindon en pompier masculiniste et fragile). Cette deuxième partie de film, moins viscérale mais toujours aussi ténébreuse, laisse parfois miroiter quelques doutes en Titane : l’aspect métallique est un peu délaissé malgré une autre scène « de sexe » , le versant slasher laissé au placard, donnant parfois lieu à quelques scènes ou quelques motifs répétitifs dans cette deuxième partie (la dissimulation des formes féminines et la grossesse). Pourtant, la puissance de l’expérience reste bien présente : avec cette envie continuelle de placer le corps au sein de son récit, de le voir se détériorer et mutiler pour mieux s’affranchir de lui même, la cinéaste a l’intelligence de se faire se répondre de nombreuses scènes (les danses de début et de fin, avortement/accouchement), pour mieux saisir l’opportunité de notre regard. Et laisser ses personnages se modeler comme il le souhaite. La sensation est bien là.
Titane de Julia Ducournau Avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier… En salle le 14 juillet 2021. Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2021. Distributeur Diaphana Distribution
Pouvoir découvrir un Wes Anderson au Festival de Cannes fait forcément son petit effet. L’attente était décuplée par le report d’un an du film, consécutif à l’annulation de l’édition 2020 du festival. Présenté en Compétition, The French Dispatch et son casting XX(X)L représentait l’une des plus grosses attentes de l’année pour la plupart des spectateurs. Pour un résultat très, très décevant.
The French Dispatch est un pur concentré de toutes les recherches plastiques de Wes Anderson ; en ce sens il ravira la rétine des amateurs de son esthétique si particulière. On aura le droit à du noir et blanc, des couleurs pastels, de l’animation, des plans fixes bien symétriques, des travellings avants, arrières et latéraux millimétrés, du split-screen, des scènes en « freeze » (où la caméra navigue sur une scène figée en plein mouvement) du plus bel effet et qui forcent le respect en termes de composition des cadres et de chorégraphie, etc. Tout le savoir-faire artisanal d’Anderson est convoqué et de nombreuses scènes sont de franches réussites formelles. C’est indéniable. Malheureusement, un film ne peut pas se contenter d’une mise en scène léchée ; surtout quand il s’agit de Wes Anderson, qui nous a tellement habitués à l’excellence sur ce point, que ce n’est presque plus un émerveillement mais une case du cahier des charges à cocher.
The Grand Budapest Hotel réussissait à conjuguer ce formalisme avec une histoire haletante et des personnages touchants, un propos de fond intelligent sur l’histoire et la transmission, des acteurs investis, etc. The French Dispatch échoue sur tous ces points, c’est-à-dire sur tout le reste une fois sa beauté plastique saluée. L’histoire transversale est inexistante, et l’heure quarante n’offrira qu’une succession de sketchs qui iront decrescendo en termes de qualité, après une ouverture convoquant Tati (l’immeuble de Mon Oncle, le gag du vélo de Jour de fête, l’éveil de la ville de Playtime) et un premier segment convaincant. Le fil rouge consacré à l’intérieur d’une rédaction du journal « The French Dispatch » est d’une pauvreté terrible, déployant une intrigue vue et revue qui ne semble qu’être un prétexte pour le cinéaste pour s’adonner à trois petits courts-métrages indépendants, dans lesquels il pourra caser le plus possible de ses acteurs favoris.
La première histoire est de loin la plus réussie, la seule qui soit tenue de bout en bout et qui tente de raconter quelque chose : un artiste en prison (Benicio Del Toro) faisant tourner en bourrique un riche amateur d’art (Adrien Brody), qui promet de le faire sortir à condition qu’il crée une nouvelle œuvre dont il s’attribue d’avance la possession. À noter la très bonne performance de Léa Seydoux en gardienne de prison devenant muse de l’artiste. Le trio fonctionne à merveille, les dialogues arrachent quelques sourires et la mise en scène, pas trop clinquante pour une fois, se met véritablement au service de cette petite critique du marché de l’art illustratant le caractère libérateur de la création pour un détenu. La seconde histoire, déjà plus déséquilibrée, aurait pu s’inscrire dans ce que Wes Anderson sait faire de mieux : l’insouciance rebelle de la jeunesse contre un monde adulte diabolisé (on pense à Moonrise Kingdom et Rushmore, ou à l’histoire d’amour adolescent de The Grand Budapest Hotel). Une réflexion sur la poésie et la politique, à travers le processus créatif non plus artistique mais littéraire (la rédaction d’un manifeste poético-militant). Si quelques scènes sont bien foutues (une guerre réglée par partie d’échecs à distance), ce segment tire en longueur et les acteurs peinent à lui insuffler un rythme. Frances McDormand et Timothée Chalamet, les deux têtes d’affiche de cette histoire, sont fantomatiques et leur relation ne fonctionne jamais. Enfin, le troisième segment, vraiment catastrophique, finit d’enterrer le film qui n’aura été qu’une lente descente aux enfers, pour aboutir à ce polar paresseux, où tous les personnages sont sous-exploités, et où les scènes d’action en animation (franchement laide) donnent l’impression qu’Anderson n’avait plus le temps ni le budget pour offrir quelque chose d’abouti.
The French Dispatch n’est jamais vraiment drôle, encore moins émouvant, fade au possible d’un point de vue musical (Alexandre Desplat en très petite forme) ; avec des acteurs qui sont là soit pour le cachet, soit pour le plaisir de tourner avec leur ami, mais en aucun cas pour s’impliquer dans leurs rôles (à l’exception du premier trio, quand même) ; avec un formalisme qui s’essouffle et tourne à vide (les transitions n&b-couleurs ne semblent suivre aucune logique, pas même de temporalité), et une écriture d’une faiblesse à laquelle Wes Anderson ne nous avait certainement pas habitués. The French Dispatch n’est pas fondamentalement mauvais, mais assurément décevant. On est en droit d’être exigeants et d’en attendre plus de ce cinéaste si intelligent et aux personnages habituellement si touchants. Le film se paie même le luxe d’être mal rythmé et ennuyeux malgré sa courte durée et sa cadence effrénée, qui contrairement – encore une fois – à The Grand Budapest Hotel, n’a rien d’euphorisant mais tout d’indigeste. Un Wes Anderson en pantoufles qui semble avoir épuisé son propre cinéma, caricaturant son style et peinant à réinventer ses thématiques. Mais il fallait peut-être cela pour lui faire tourner une page et, pourquoi pas, rebondir avec quelque chose de différent.
The French Dispatch de Wes Anderson, avec Owen Wilson, Elisabeth Moss, Timothée Chalamet… En salle 27 octobre 2021. Le film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2021. Distributeur The Walt Disney Company France.
Eskil Vogt, réalisateur de Blind et scénariste d’Oslo 31 août et du dernier Julie (en 12 chapitres) de Joachim Trier, revient derrière la caméra avec The Innocents pour électriser la sélection Un Certain Regard. Tendant vers une frontalité assez déconcertante, le film n’a pas froid aux yeux et ne laissera pas le spectateur indemne.
Avec un style âpre et une violence soudaine qui n’éludera aucune des atrocités commises, The Innocents touche un point sensible et pas des moindres : la violence faite aux enfants et surtout, celle orchestrée entre enfants. L’œuvre se veut extrêmement inconfortable par sa lenteur qui amène une tension qui ne cessera de progresser jusqu’à un final tétanisant. Lenteur qui au demeurant nous plonge dans une atmosphère naturaliste et fantastique que ne renieraient pas Michael Haneke, Tomas Alfredson (Morse) et même dernièrement Veronika Franz et Severin Fiala (Goodnight Mommy). En ce sens, l’histoire se déroule dans une banlieue périphérique où 4 enfants de différentes famille habitant dans des bâtiments voisins se retrouvent en bas de leur HLM pour s’amuser dans les aires de jeux. Mais alors que certains d’entre eux découvrent qu’ils possèdent des pouvoirs de télékinésie, les jeux vont se transformer en affrontement et en règlement de compte mortel.
Il est difficile de déchiffrer toutes les nuances du scénario mais le film parle de l’innocence, innocence foudroyée par la frontière étroite entre le bien et le mal comme le faisait notamment Akira. Dans un univers où les parents font leur possible (la famille d’Ida et Anna) mais s’avèrent malheureusement inconsistants, les enfants sont seuls face à leurs choix. La caméra, qui ramifie au maximum ses mouvements pour faire transpirer la terreur de tous ses pores, scrute de manière distante et minimaliste une bataille psychologique où la violence prendra le pas sur la raison. Au-delà de ses nombreuses séquences brutales, The Innocents filme une enfance qui se jette à corps perdu dans la tentation : soit dans la haine de l’autre, soit dans l’osmose avec l’autre, tout en croquant la pomme à pleines dents. Cette froideur et cette folie qui se dégagent de l’œuvre ne pourraient exister sans l’incarnation incroyablement puissante du jeune casting.
Certes, malgré un contexte familial et social qui sera plus ou moins expliqué, avec l’apparition de séquences de brimades entre adolescents et de portraits de mère démissionnaire ou de père complètement absent, c’est avant tout ce quatuor qui fait la sève du film. C’est un film de super-héros avant l’heure qui pourrait sans le savoir se questionner sur le poids des responsabilités et la puissance divine comme avait pu le faire Chronicle deJosh Trank. Sauf qu’au lieu de théoriser son récit, le cinéaste prend à revers toutes ces questions. Seul le cadre enfantin compte pour Eskil Vogt : il fait de son film un pur film d’ambiance, un film d’apocalypse où l’avenir de toute une humanité est en jeu, une guerre fratricide qui joint les deux bouts entre terreur et épouvante carnassière. Entre les sévices faits aux animaux, les fractures, les mutilations, les coups et autres coupures, le film mettra à rude épreuve le calme du spectateur : la terreur n’a jamais été aussi visible dans un regard. L’enfance prend le pouvoir.
The Innocents de Eskil Vogt Avec Rakel Lenora Fløttum, Alva Brynsmo Ramstad, Sam Ashraf…Ce film est présenté dans la sélection Un Certain regard du Festival de Cannes 2021. Distributeur Kinovista.
Premier film du réalisateur chinois C.B. Yi, Moneyboys est une des très belles découvertes de ce Festival de Cannes 2021, présenté dans la section Un Certain Regard. Un film sur les travailleurs du sexe, leur quête d’amour et leur marginalisation tant sociale que familiale.
En 2016, Bangkok Nites, réalisé par le Japonais Katsuya Tomita, esquissait déjà le tableau d’un monde de la prostitution aussi intraitable que touchant, à travers la vie d’une jeune travailleuse du sexe à cheval entre deux mondes : la capitale nocturne où elle vend son corps, et le village rural où vit la famille qu’elle entretient avec son maigre salaire. Monyeboys de C.B. Yi est à bien des égards le pendant masculin et chinois de ce film. Une œuvre à la fois violente et pleine de tendresse, où l’on suit un, puis deux jeunes garçons à la recherche d’un bonheur qu’ils ne savent eux-mêmes pas définir, ni où chercher.
C.B. Yi dépeint ce monde de la prostitution masculine avec beaucoup de neutralité : on ne jugera jamais les travailleurs du sexe, ni pour ce qu’ils font ni pour ce qu’ils sont. Au contraire, la quête des personnages sera celle d’une forme d’épanouissement dans ce métier-là, malgré sa dureté, tout comme celle d’un amour absolu et exclusif au sein d’un milieu qui pousse irrémédiablement au détachement. Sans surprise, Fei, en tant qu’homosexuel et travailleur du sexe, subit régulièrement mépris et rejet, de la part de la société bien entendu, mais aussi de sa propre famille – laquelle se sent honteuse de vivre grâce à un argent qu’elle considère comme sale et déshonorant. Même les clients qui font appel à ses services ne montrent guère plus de respect : vol, violence physique, dénonciation à la police, représailles, etc. La vie de Fei est précaire et étrangère à toute forme de sécurité (financière comme physique). Pourtant, quelque chose semble le retenir et le pousser à continuer : un certain abandon à l’autre, un don de soi, un sacrifice du corps et du cœur à des hommes souvent vulnérables et en détresse affective. Pourquoi vendre son corps serait infamant ? Et surtout, pourquoi serait-ce l’apanage de la prostitution ? Un ouvrier qui s’éreinte toute sa vie à l’usine ne vend-il pas lui aussi son corps, d’une façon similaire ?
Moneyboys fait preuve d’une grande pudeur dans ses moments d’intimité, tout comme il n’hésite pas à filmer frontalement les confrontations, physiques comme verbales. Sa construction narrative est également passionnante : on présente d’abord Fei comme un personnage principal typique (le jeune nouveau dans un milieu hostile qu’il va découvrir à ses dépens, mais pris sous l’aile d’un homme plus âgé et inspirant, avec qui il nouera une relation amoureuse intense), avant d’inverser les rôles en introduisant un nouveau jeune homme, quelques années plus tard, que Fei prendra à son tour son sous aile et avec qui il reproduira le même schéma d’apprentissage et d’amour. Fei commence en ingénu vulnérable et peu sûr de lui ; puis il devient l’homme qui a du métier, désabusé et à la recherche de changement.
Ce changement ramène les personnages à un éternel choix de vie : faut-il faire de l’argent et économiser, pour se sortir le plus vite possible de la rue et fonder une « vraie » famille, en se mariant, en ayant des enfants, etc ? C’est là la trajectoire de certains. Faut-il continuer dans des conditions de vie qui relèvent davantage de la survie ? « Vivre, c’est chier, manger, dormir et gagner de l’argent », assène Fei avec cynisme. Mais sa relation avec Long lui fera changer de perspectives : peut-être une troisième voie est-elle possible ? Peut-être qu’une nouvelle forme de vie familiale, tout aussi heureuse, est-elle possible et compatible avec le travail du sexe ? Fei est un jeune homme dont l’amour est dévorant, exclusif, (auto-)destructeur. C’est un garçon qu’on découvre croquant la vie à pleines dents, saisissant les opportunités, et que l’on retrouve détruit par la vie avec le sentiment d’avoir laissé passer sa chance d’être heureux (que ce soit avec son ancien amant, avec Long, ou dans la perspective d’une vie familiale plus traditionnelle).
Un tableau bouleversant qui questionne à la fois le monde des travailleurs du sexe et les modèles de vie adulte traditionnels. Au centre de la toile, des portraits pleins de vie et de mélancolie, qui cherchent leur place dans le cadre, redéfinissent les formes et tentent d’en revigorer les couleurs. La quête d’une forme de vie heureuse encore à inventer, dont la réussite n’est pas garantie mais dont certains souvenirs (les sourires d’une danse en boîte de nuit, la compassion d’un repas entre amis, la complicité d’une balade à moto) sont malgré tout des preuves de sa possibilité.
Moneyboys de C.B. Yi, avec Kai Ko, Bai Yufan, Lin Zhengxi… En salle le 10 novembre 2021. Ce film est présenté dans la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2021. Distributeur ARP Sélection.
Quand donc un Français regagnera le Tour de France ? A quand un successeur à Yannick Noah à Roland-Garros ? Quand un nouveau film de super-héros français sortira enfin ? Une œuvre sortie ce 9 Juillet dernier sur Netflix, autrefois promise en salles, vient de répondre à une de ces interrogations. Et non, ce n’est pas 5ème set. Ni Garçon chiffon, même si cela n’a aucun rapport.
Synopsis : Paris 2020. Dans une société où les surhommes sont banalisés et parfaitement intégrés, une mystérieuse substance procurant des super-pouvoirs à ceux qui n’en ont pas se répand. Face aux incidents qui se multiplient, les lieutenants Moreau et Schaltzmann sont chargés de l’enquête. Avec l’aide de Monté Carlo et Callista, deux anciens justiciers, ils feront tout pour démanteler le trafic. Mais le passé de Moreau ressurgit, et l’enquête se complique…
La banalité du bien
France 2020. A l’ère où les vannes fusent sur toutes les fois où des films hexagonaux ont tenté l’aventure des blockbusters, un projet porté depuis dix ans, adapté d’un roman, écrit par un Français et se déroulant à New York, sort enfin sur Netflix. Si vous avez survécu à cette phrase pleine d’informations, dites-vous simplement que vous venez de passer dans la lessiveuse qu’un film français de super-héros doit franchir. Débarquer avec une cape et un masque en plein Paris, dans des paysages encore enchantés par Amélie Poulain, ce n’est pas commode. Alors, Douglas Attal a eu l’intelligence de choisir le 10ème script d’une longue liste, celui qui oublie la grande scène de bagarre entre masqués, pour lancer ses personnages dans l’écrin du film policier.
Police secours
Les lieutenants Moreau et Schaltzmann ont tout pour ne pas bosser ensemble. L’un est brun et dépressif, incarné par Pio Marmaï, l’autre est peroxydée, carrée, incarnée par Viamala Pons et a un nom de famille compliqué à épeler. Voilà le duo caractérisé qui va travailler ensemble, réuni par le commissaire type blasé de toutes les fictions américaines. A ce stade du film, on a pour le moment juste croisé un petit effet de super héros, guère plus, le spectacle visuel prendra le temps de s’installer quand les codes narratifs des comics auront posé leurs propres échafaudages : certains tiqueront sur cette entrée en matière bourrées de clichés, pourtant interprétée et mise en scène avec soin. Les images dignes de Marvel restent au garage quelques instants. Dans cette introduction, quelques rues crades rappellent celles des vieux L 627, et le récit se nourrit de ces influences déjà contradictoires. A ce dispositif s’ajoutent des extraits de journaux TV plus vrais que nature, LCI, CNews, BFM banalisant le mythe des super-pouvoirs à grands coups de normalité : un éclair, une rue sombre, un mec enflammé.
Les super-héros se cachent pour mûrir
Douglas Attal s’est vu demander si son film n’arrivait pas 10 ans trop tard. Certains spectateurs ont dû y penser : le défi est immense, pour une production que le réalisateur a voulu ancrer à Paris, de défier malgré elle le flot d’images marveliennes qui parasitent nos esprits au moment de poser quelques regards sur son film. Pio Marmaï en clown triste, perdu dans son personnage comme il l’a été en partie sur le tournage, ce qui a été le cas d’une partie du casting, apporte ce décalage essentiel à la suspension de la crédulité. Acceptons-nous de voir des super-pouvoirs à Paris? Le procédé est à la limite de la parodie, entre deux répliques qu’on ne verrait nulle part ailleurs, Vimala Pons lâchant un magnifique « va bien te faire cuire le cul » so français. Mais il y des fantômes à écarter : en premier Superdupont, bien sûr, celui-dont-on-ne-doit-pas-dire-le-nom, le chef d’oeuvre parodique de Gotlib, qui a autant réjoui les lecteurs de Fluide glacial qu’ancré le mythe superhéroïque en France dans une logique de grosse poilade. En second lieu, les autres références de héros ancrés dans un quotidien triste, sale et banal : The boys récemment, sur Amazon prime, mais bien sûr The Watchmen, auxquels les costumes de nos francophones volants ressemblent tant.
Un casseur de blocs français
En recherchant juste un peu, on lit la presse en ligne : quelques pages parlent de « blockbuster » français. A 15 millions d’euros de budget, dont 1 seul pour les effets spéciaux qui remplissent tout à fait leur cahiers des charges, du spectaculaire laissant la place à l’imagination, sans aucun tape-à-l’œil, le terme peut faire tiquer. Un blockbuster ? Où ça ? Captain America, pour citer un exemple, ce sont 1600 plans truqués. Refaire ici l’histoire du blockbuster, ce mot-valise, n’a pas de sens ici, mais il permet de toucher du doigt l’esthétique à laquelle le réalisateur a pu toucher : des raccords et un montage ambitieux, une bande son collant aux dernières du genre. L’ensemble n’est pas d’une immense originalité, mais rappelle toutes les images déjà vues, bien mieux dotées. A l’image d’un coureur cycliste limité, mais courageux, Comment je suis devenu super-héros suce la roue des grands studios avec efficacité et savoir-faire pour passer le col sans trop souffler.
Il était un film ?
Lancer ce projet, malgré l’envie d’une communauté geek très soudée pour voir des super-héros en France, n’avait rien de facile. Les planètes s’alignent dans le cinéma de genre français depuis la sortie de l’excellent Grave de Julia Ducournau, mais la volonté de convoquer des images plutôt que d’en créer en dit long sur un film que l’on verra peut-être comme un hommage, surtout comme un soupir nostalgique de ne pas avoir pu le faire à temps. Qu’aurait-il donné 10 ans plus tôt ? Aurait-il permis de lancer un Marvel à la française, un Capitaine France ? Certainement pas. Mais il se serait chargé d’une autre énergie que la langueur qu’on peut ressentir dans tous ses plans. Cette pesanteur à la Droopy qui passe par le regard de son personnage principal, transforme les rires en sourires quand Monté Carlo (Benoît Poelvoorde) ne sait plus se téléporter correctement, teinte un film hybride de quelque chose d’apparemment désuet qui en dit pourtant long. On y voit ici autant des héros largués de ne plus l’être, ou de ne plus vouloir en être, face à ceux échouant à le devenir à tous prix. De ce combat improbable, sort l’image même du héros qu’on chope au hasard sans lui demander son avis, pour l’habiller un peu comme les autres et le lancer dans le spectacle, pourquoi pas en pleine prise d’otages. Attention l’Amérique, voici le cinéma de genre français.
Bande annonce : Comment je suis devenu super-héros
Fiche technique
Réalisation : Douglas Attal
Scénario : Cédric Anger, Douglas Attal, Gérald Bronner, Melisa Godet et Charlotte Sanson, d’après le roman Comment je suis devenu super-héros de Gérald Bronner
Musique : Nino Vella et Adrien Prévost1
Direction artistique : Jean-Philippe Moreaux
Costumes : Maïra Ramedhan Levi
Photographie : Nicolas Loir
Montage : Francis Vesin1
Production : Alain Attal, Marie Jardillier et Emma Javaux
Production associée : Philippe Logie
Budget : 15 millions d’euros
Pays d’origine : France
Langue originale : français
Format : couleur
Genre : super-héros, policier
Durée : 97 minutes
Le convertisseur vidéo est l’un des outils les plus populaires de l’édition vidéo. De nombreux utilisateurs souhaitent travailler sur des applications créées spécialement à cet effet avec un service en ligne. La raison pour laquelle de nombreux utilisateurs optent pour un convertisseur vidéo sur Internet est en fait de gagner du temps. La plupart du temps, nous passons du temps à rechercher et à télécharger des convertisseurs. En outre, de nombreuses personnes choisissent d’utiliser des services plutôt que des logiciels conçus spécifiquement pour leurs besoins.
Qu’est-ce qu’un convertisseur YouTube en MP3 ?
Aujourd’hui l’internet s’est développé avec lui toutes les fonctionnalités que nous pouvons trouver. De nombreuses personnes ne sont pas encore conscientes des avantages que des sites web comme notre convertisseur youtube mp3 peuvent apporter à votre vie.
Et c’est que pour télécharger une vidéo au format MP3, il n’est plus nécessaire de télécharger un logiciel pour télécharger les vidéos de YouTube ou d’installer un convertisseur sur votre ordinateur. C’est pourquoi nous allons vous expliquer aujourd’hui ce qu’est un convertisseur YouTube en MP3 et comment il peut vous être utile.
Le meilleur moyen de télécharger des vidéos MP3
La première chose que vous devez savoir, c’est qu’un convertisseur YouTube en MP3 est un site web comme un autre, à la seule différence qu’il vous permet de télécharger facilement une vidéo dans différents formats tels que MP4, AVI ou MP3.
Et ce, sans avoir besoin de télécharger un quelconque programme, car il vous suffit de suivre 3 étapes simples et le site web fera tout pour vous. À la fin, le fichier vidéo ou audio sera téléchargé automatiquement, de manière simple et rapide, sans installer aucun logiciel sur votre PC.
Comment utiliser le convertisseur YouTube en MP3 ?
Comme nous l’avons mentionné, l’utilisation de ce convertisseur est très simple car vous n’avez pas besoin de télécharger un programme sur votre PC, il vous suffit d’entrer sur notre site web et de suivre les étapes suivantes :
Copiez le lien (URL) de la vidéo que vous souhaitez télécharger.
Collez-la dans la boîte de collage à l’intérieur du convertisseur YouTube en MP3.
Sélectionnez le format, qui dans ce cas sera MP3.
Cliquez sur le bouton Convertir en MP3
C’est aussi simple que cela de télécharger votre vidéo en quelques minutes. C’est tout ce que vous avez à faire.
Avantages du convertisseur YouTube en MP3
Ce convertisseur YouTube en MP3 se distingue comme l’un des moyens les plus simples et les plus rapides de télécharger une vidéo et de la convertir au format MP3. C’est l’un des principaux avantages offerts par ce convertisseur car en seulement 4 étapes, vous aurez votre fichier.
Un autre grand avantage est le fait que vous n’avez pas besoin de télécharger de fichier, et pour couronner le tout, ce convertisseur est très sûr car il dispose de différentes méthodes de protection contre les virus, donc, soyez sûr que votre fichier sera téléchargé totalement exempt de malware.
Où peut-on utiliser le convertisseur YouTube en MP3 ?
L’un des grands avantages du convertisseur YouTube en MP3 est le fait qu’il peut être utilisé sur différents appareils. La première option consiste à utiliser ce convertisseur sur un ordinateur, ce qui ne nécessite pas de fonctionnalités spécifiques puisque ce convertisseur est accessible.
D’autre part, nous pouvons également utiliser ce convertisseur sur des appareils mobiles tels que les tablettes ou les ordinateurs car il dispose d’une option optimisée pour les mobiles. Ainsi, son utilisation sera non seulement beaucoup plus facile mais aussi polyvalente. Le processus est le même et les exigences restent très accessibles.