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The Boys : la transgression pour les tout doux

La semaine dernière débarquait sur Amazon Prime Video The Boys. Adaptée de la série de comics éponyme signée par les géniaux Garth Ennis au scénario et Darick Robertson au dessin, le show développé par Eric Kripke met en scène un petit groupe d’humains en colère face à une simili-« ligue des justiciers » dans une ambiance moins transgressive qu’attendu.

Synopsis : dans un monde où sont apparus les super-héros, un petit groupe se charge secrètement de contrôler leurs actes plus obscurs qu’épiques et si besoin est, de les réguler mortellement. Pour ce faire, ils devront aussi affronter la terrible entreprise Vought, qui possède les droits d’exploitation de ces êtres exceptionnels qu’elle gère et protège avec ardeur.

Attention : cet article contient des images et discours explicites. En France, l’éditeur Panini Comics destine le comic book The Boys à des « lecteurs avertis ». Quant à son adaptation chez Amazon Prime Video, la série y est déconseillée aux moins de 18 ans.

The Boys, un monde de super-héros par Garth Ennis et Darick Robertson

Avant d’être le phénomène édité par Dynamite Entertainment (Cosmic Guard, Red Sonja), la création de Garth Ennis, au scénario, et Darick Robertson, au dessin, naissait sous l’étendard de Wildstorm, dont la maison mère n’était autre que DC Comics. Cette dernière avait décidé, au bout de dix numéros, de stopper l’édition de The Boys.

Il faut dire que The Boys ne les épargnait pas, ni eux ni les voisins de palier. Les héros DC Comics et leur Ligue des Justiciers revisités en Sept, la multitude de personnages Marvel et ses Avengers repensés en Revengers : Garth Ennis s’attaquait à la figure du super-héros en mettant en scène toutes ses ramifications. Ainsi les super capes étaient des héros de comics adaptés en films dans lesquels ils interprétaient leur propre rôle dans ce monde miroir au nôtre. Une multinationale experte en armement, Vought-American Consolidated, créée depuis la Seconde Guerre Mondiale des super-héros. Depuis, elle possède presque tous les droits des super-héros. Oui, les supers capes existent et ils sont créés par Vought grâce à un sérum, le composé V, inventé par un scientifique nazi et notamment utilisé sur les nouveau-nés ou mieux, sur des fœtus produits in vitro. Le composé V, dans le meilleur des états, peut mettre en place de formidables pouvoirs et améliorer les performances des adultes. Mal produit, mal raffiné, il n’est rien d’autre qu’une drogue améliorant ou offrant plus ou moins à long terme certaines capacités.

Ces super-héros artificiels sont promus via une sous-filiale de Vought, Victory Comicsdans des situations épiques maîtrisées et même souvent provoquées par la compagnie. Ainsi les super-vilains sont eux aussi sous contrat avec Vought qui les a notamment utilisés pour mettre à mal le gouvernement soviétique et gagner une guerre froide manquant de surhommes russes. L’entreprise espère, grâce à l’importante propagande exécutée via différents médias et certaines actions super-héroïques, obtenir davantage de place sur le devant de la scène nationale de l’armement en louant au gouvernement son armée de surhommes. Pire que ça, elle désire secrètement prendre la main sur la maison blanche et tenir alors d’une main de surhomme le pouvoir de l’une des plus grandes forces mondiales, les États-Unis d’Amérique. Mais pourquoi leurs prodiges de super-héros – notamment dominés par le Protecteur de la patrie (Homelander), un Superman sociopathe de plus en plus libéré quant à son devoir éthique envers l’humanité – devraient suivre le plan de cette entreprise humaine ? Et ce n’est pas tout…

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Le 11 septembre, du côté des super-héros
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The Boys, une histoire de l’humanité
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Vous l’aurez compris à la lecture de ces dernières lignes, The Boys est une uchronie, une réécriture de notre propre monde, et en bonne uchronie, la série a construit un cosmos à la complexité propre à cette énorme toile de lumières, de ténèbres et de nuances qui tissent le monde humain de notre bonne vieille planète Terre. Les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Écosse, la Russie…  Le comic book écrit par Garth Ennis (auteur de Preacher, et formidable scénariste sur les séries Hellblazer et The Punisher) et crayonné par un Darick Robertson (Transmetropolitan) en grande forme – de temps à autre épaulé sur quelques numéros par John McCrea et Russ Braun entre autres – voyage à travers ce monde marqué par le super-héroïsme privatisé et l’ultra-capitalisme guerrier de Vought. Ici, la déconstruction de la figure super-héroïque constitue pour Ennis celle de l’histoire humaine, notamment américaine, du 20èmeet 21èmesiècle. La série met ainsi à mal Bush et sa politique américaine, celle plus ancienne du Vietnam, et n’épargne pas le Japon et ses expériences robotiques et biologiques (voir le run sur La Fille), la France qui ne semble plus être qu’un ramassis de clichés pour les étrangers, la Russie et son patriotisme nostalgique… The Boys réfléchit l’histoire moderne occidentale à travers celle du secret super-héroïque. Comic book ultra-violent et sans concession, The Boys constitue ainsi une œuvre monde. L’expérience de lecture emplie de dégout, de mystère, d’épopée sanglante, de honte sexuelle, est intrinsèquement liée à la plongée de P’tit Hughie, victime du super-héroïsme, dans cet univers aux nombreux enjeux dépassant sa petite vengeance, son p’tit bled écossais et nos désirs de divertissement.

The Boys à New York

Justement, la série développée par Eric Kripke (Supernatural, Tarzan & Jane, Timeless co-créé avec Shawn Ryan) échoue à reproduire l’ampleur de ce cosmos à l’écran. Oui, l’idée des produits dérivés super-héroïques est bien présente. Et bien sûr, certains gimmicks propres aux événements geeks sont présents : on pense à l’interview de Seth Rogen (l’un des producteurs du show) jouant son propre rôle de cinéaste fier de faire son premier film du Vought Cinematic Universe. Certes, on retrouve bien la compagnie Vought dont le principal produit ne semble être que le super-héros. Aussi, la même entreprise désire incorporer ses surhommes dans les troupes des armées US. Mais devenons un peu moins passifs : quand Vought a-t-elle été créée ? Depuis quand les super-héros existent-ils ? Le 11 septembre a-t-il eu lieu ? L’histoire humaine telle qu’on la connaît a-t-elle connu l’arrivée des super capes ? Et puis, qu’en est-il en Russie, en Europe, ailleurs dans le monde ?

The Boys ne répond hélas à aucune de ces questions, ne proposant donc pas une contextualisation claire et précise de ce monde censé être parallèle au nôtre. La série n’a pas su mettre en place son Histoire, encore moins son monde. Quasiment tout le show – à l’exception de quelques scènes (à Cuba, au Moyen-Orient) se passe à New York et dans des lieux communs américains (un stade, une supérette, une plaine, un bled paumé qu’on ne découvrira que par une supérette et un appartement). Garth Ennis l’a d’ailleurs mentionné dans une récente interview : l’une des premières importantes différences entre le Hughie Campbell du comic book et celui du show tient du fait que le premier est écossais. Le bonhomme connaît un douloureux événement en Écosse qui l’amènera par la suite à New York, alors que dans la série, Hughie est déjà new-yorkais… Ainsi la dimension mondiale du comic book n’est plus. Idem pour son univers super-héroïque foisonnant et la complexité de la multinationale Vought. Exit les Young Americans, les Payback, etcétéra. Les Teenage Kix, incarnation super-héroïque de la génération Y, semblent appartenir au passé. Et même si les G-Menont ont été cités autour d’un dialogue dans le pilote, aucune image – même publicitaire – ne leur permet d’exister. La citation semble posée à des fins de fan service rassurant : « Oui on a bien lu votre bouquin » – « D’accord, mais où sont les G-Men, où est Terreur ? »

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On vous laisse imaginer la suite
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Comme l’a noté un grand nombre de médias aujourd’hui surexcités par The Boys grâce à la série d’Amazon, l’un des membres du groupe est aux abonnés absents. Et ils s’agit, ni plus ni moins, du chien le plus terrifiant au monde, Terreur (Terror en version originale). Terreur est le Bulldog de Butcher. Et il est notamment formé à un certain acte. Pour citer Butcher : « Fuck ! ».

Et Terreur est entrainé à fourrer tous les animaux sur pattes, canins comme humains. Cette caractéristique propre à notre héros court sur pattes pouvait en refroidir certains, dont des hauts placés d’Amazon déjà trop bousculés par une simple et régressive scène de chierie sur toit new-yorkais, pourtant intéressante dans la construction narrative de notre cher Homelander. Eric Kripke justifie l’absence de l’animal ainsi : « I really sadly had to make the choice to not play Terror ’cause with everything else we have going on with this show, shooting with dogs is JUST TOO FUCKING HARD. » Peut-être que Kripke arrivera à développer un show avec un chien ? Alors verra-t-on Terreur dans la saison 2 ? Peut-être devra-t-on se cantonner au vide cameo photographique de cette première saison ? Si la bête n’apparaît pas dans la seconde saison, l’hypothèse suivante aura gain de cause : ce show vanté ici et  pour sa transgression ne serait-il pas à la télévision ce que Deadpool est au cinéma, une œuvre qui transgresse gentiment, taquine comme un vilain garçon satisfait de son petit niveau de « bad boy » ?

The Boys, la transgression pour les fragiles ou l’adieu à la subversion ?

Des médias aux spectateurs, les petits assoiffés de sang contre DC et – surtout – Marvel  sont satisfaits du petit « cassage en règle » de ces deux entreprises, tant dans leurs méthodes de marketing que de représentation. Les réseaux sociaux abreuvent de commentaires anti-Marvel enflammés par le visionnage de cette première saison. Pourtant, la perte du caractère historico-mondial du comic book met à mal toute déconstruction complexe – donc riche et nuancée – du super-héros et annule donc la subversion menée par Garth Ennis. N’en soyons pas désolés pour Eric Kripke puisque le show se complaît dans ses petites parodies de notre Hollywood super-héroïsé. On peut alors noter une différence importante avec Deadpool, premier du nom : le film ne prétendait pas transformer l’eau en vin, encore moins mettre à mal toute l’imagerie des super-slips, mais affichait une volonté de se moquer de ces derniers via la figure super-héroïque (et antihéroïque) alternative qu’incarne son personnage.

Anticipons tout commentaire : certes, la scène de l’attentat aérien est bien présente dans la série sauf que… Cette même scène concerne le 11 septembre 2001 dans le comic book et présente les Sept à leurs débuts, en plein échec super-héroïque, présentant alors le sombre avenir de ses héros : la désillusion de la Reine Maève se noyant par la suite dans l’alcool ou encore le refus de l’échec par Homelander transformé en mépris pour l’humanité. La scène éraflait la politique américaine des présidents Bush (père, puis fils) qui, exhortée par nombre d’intérêts privés (notamment dans le milieu de l’armement), avait conduit à des conflits intrinsèquement liés aux attentats. Ennis réfléchissait aussi le caractère mythologique du super-héros. En effet, dans la séquence, l’avion ne se crache pas sur les deux tours évocatrices de la puissance nord-américaine, mais sur le pont de Brooklyn. Le même qu’on peut observer d’une rue dans Il était une fois en Amérique, qui lie la populaire Brooklyn à la géante Manhattan. Ainsi les super-héros échouaient et laissaient se cracher volontairement – suite à l’ordre de Homelander – nombre d’individus sur cette voie populaire. L’auteur fait ainsi des super-héros un accident du peuple qui n’a cessé de se galvaniser pour ces êtres incroyables et « parfaits ». Dans la série, la catastrophe se termine dans l’Atlantique, et il y a difficulté à comprendre comment les deux héros – non pas les Sept mais Homelander et la Reine Maève – échouent sur un sauvetage qu’ils devraient savoir gérer depuis le temps… Le caractère malsain et cruel de Homelander est sauf, idem pour la réaction de Maève, et l’humanité de tous les jours est enfin impliquée. Pour le reste, l’avion se crache dans l’océan.

Gare aux supers – Copyright : Amazon Prime Video

 

Les scénaristes ont fait des choix d’adaptation loin d’être inintéressants (ici le groupe des Boys est au départ dissous et doit se reformer), mais on regrette le fait d’avoir fait de Butcher un vengeur romantique alors que le comic book faisait de cet homme de peu de mots (bien bruts) l’un des êtres plus dangereux de la planète, motivé par la mort de sa compagne et bien plus encore. Ainsi Rayner n’est pas dans le comic book la femme forte dominante que la série post-« me too » nous présente. Cette femme de pouvoir est sexuellement dominée par Butcher qui retire de ces violentes parties de jambes en l’air divers services. Vous trouvez ça de mauvais goût, c’est tout simplement parce que c’est une situation réellement « dégueulasse », aux antipodes de la série qui nous vend un rapport friendly plus ou moins animé par quelques vilains mots.

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Vous voilà enfin stupéfaits – et non pas ennuyés – par la relation Rayner/Butcher
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On peut par ailleurs évoquer la scène de viol de Starlight qui devait accomplir du sexe oral pour trois super-héros, dont Homelander plus que souriant, et non un. Dans la saga d’Ennis, Starlight désirait se venger contre ces salauds qui jouissaient d’une protection à tout scandale. Salopards d’ailleurs très nombreux. La série de Kripke surfe ici complètement sur la vague #metoo en permettant à Starlight d’obtenir sa revanche grâce aux médias et à l’opinion publique prêts à mettre à mal ce méchant pervers qu’est The Deep. La saison poursuit intelligemment la situation en plongeant dans une mise en abîme par l’exposition de la récupération de l’événement par Vought. On remarque toutefois qu’il s’agit ici d’un seul individu, soit d’un cas isolé parmi les super-héros. Ils ont certes pour la plupart des problèmes, l’alcoolisme pour l’une, la drogue pour l’un, l’égo meurtrier pour l’autre… Sauf que Maève sombre à cause d’un événement et se ferme aux autres (notamment son ex), A-Train veut juste rester l’homme le plus rapide au monde quoiqu’il en coûte (sa santé, son frère), et Homelander était marqué par son enfance de rat de laboratoire et un secret qui pourrait lui apporter joie et allégresse. Humanisés à coup de truelles psychologiques, la communauté artificielle d’enfoirés cradingues couchant avec des prostituées shootées au composé V pour résister aux super-pénis, assassinant de pauvres bougres, et s’enivrant dans une partouse géante fermée aux humains nommée hérogasme, devient dans la série une bande de victimes de leur condition de super-héros. Les pures enflures ou salauds volontaires n’existent plus dans cette série de millenials, et alors le dégoût que pouvait suggérer l’œuvre originale se trouve ici annihilé ou neutralisé en un trash acceptable. En témoignent les dernières déclarations de Kripke sur le fameux hérogasme qui aurait trouvé un moyen de mettre en scène l’événement en évitant de virer dans le « porno hardcore ». En voilà un qui n’a définitivement pas saisi l’expérience de Garth et Robertson, le bonhomme oubliant tout à fait l’aventure de nos Boys au cœur de l’événement tout comme certains actes atrocement libérateurs pour certains de ces salauds en-capés.

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Une véritable cruauté à découvrir dans le comic book
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Trash qui peut pour le feuilleton

L’aspect trash du show assure une certaine sympathie et surtout une forme d’attente pour la prochaine vilenie tout au long de la saison. De plus, nombreuses sont les séries ayant cherché leur rythme et leur identité visuelle lors des premières saisons (Star Trek Next GenerationDiscovery, Les Simpson). En cela, The Boys n’est pas à condamner. Même si l’étalonnage et le manque de différence entre l’imagerie publicitaire et celle du récit des personnages peuvent être troublants le temps d’une bonne moitié de saison. Idem pour le rythme du récit avance beaucoup trop vite dans son pilote comme dans ses derniers épisodes. Cependant The Boys souffre aussi d’un nombre de raccourcis sidérants. « Quoi ? Cet enfoiré nous a trahis ? Mais non ! » Mais si crétin. Oui, la série souffre d’une écriture emplie de facilités : quand Hughie a-t-il appris que Butcher travaillait pour la CIA ? Pourquoi n’ont-ils pas été assez rigoureux (on parle d’agents secrets désirant assassiner des dieux vivants) pour surveiller PopClaw, fouiller son appartement et alors anticiper les stupides conséquences de leur bête entreprise ? Et puis, qu’est-ce que c’est que ce bâtiment gouvernemental trop secret – où l’on enferme des individus extrêmement dangereux – protégé par six clampins sortis de l’école des fans des forces d’intervention ? Mais enfin, qu’est-ce que c’est que ce combat entre Starlight et A-Train ? Ceux qui bavaient sur l’évasion puis le combat du final de la saison 1 de Daredevil vont en devenir amorphes devant ces séquences cheap au possible.

Aussi la perte du caractère mondial et donc de l’ancrage dans le réel s’accompagne aussi par la disparition des éléments de vie quotidienne des Boys. Les mecs n’ont pas d’argent, on ne sait pas où ils vivent, comment ils vivent, les séquences s’enchaînent et lorsque leur bouge est véritablement révélé (voir l’épisode 7), un certain manque de crédibilité souffle dans les airs. L’absence de caractère cosmique se révèle aussi par le manque cruel de réactions publiques hors médias au quotidien. En effet, comment réagissent les ouvriers face à ces supers ? Est-ce que cela change quelque chose pour les postiers ou les mères au foyer ? Un public est certes exposé, notamment lors d’événements consacrés aux supers, mais il est hélas exclusivement composé de personnes déjà séduites par ces dieux en-capés. Qu’en est-il des réactions du quotidien telles que Richard Donner et Sam Raimi les avait captées dans leurs Superman et Spider-Man ? De ce fait, le récit semble, dans l’ensemble, avancer dans ses propres sphères, en circuit fermé, sans que la foule ne soit concernée par ces super-héros ayant envahi tous les champs de vision. Le show s’est resserré sur la Grosse Pomme, et pourtant rarement la masse d’une grande ville n’aura figuré aussi silencieuse et passive.

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Les Sept, soit quelques-uns des personnages les plus intéressants de toute la série
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S’il fallait trouver un unique défaut à The Boys, portant en son sein tous les autres, on pointerait alors sans hésiter son manque d’ambition et alors de confiance en les spectateurs et leur capacité à adhérer à un univers super-héroïque au récit extrêmement dense et cruel. La série peut alors brasser un maximum de spectateurs avec une aventure plus légère en tous points. Dommage, car cette première n’est pas un ratage complet : quelques trouvailles visuelles malignes et des effets visuels soignés, notamment dans le pilote dirigé par Dan Trachtenberg (10 Cloverfield Lane) ; un final qui va définitivement asseoir l’écriture non absolue de Butcher ; une troupe de super-héros bien plus intéressants que les Boys qui souffrent d’une écriture très limitée ; quelques moments et éléments dignes du comic book (Homelander parfait ; Black Noir lors de la fête de Vought) et enfin un casting formidable. Malgré ses apparitions parfois trop courtes, le personnage d’Homelander s’avère être le personnage le plus soigné tant sur le plan de l’écriture que de la mise en scène, et trouve son apothéose grâce à Antony Starr, génial acteur bestial de la série méconnue Banshee ici renouvelé en homme-enfant égocentré autant empli de désir que de haine pour sa charmante tutrice Elisabeth Shue, magique dans l’adaptation féminine de Stillwell. Homelander constitue probablement le véritable intérêt de The Boys made by Amazon.

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Antony Starr, le véritable intérêt de The Boys
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Certes, on attendait peut-être trop de l’adaptation du comic book subversif d’Ennis et Robertson. On l’espérait au moins bien transgressive mais il semble qu’il faillle se contenter d’un trash caressant en douceur et en sourire les poils pubiens des geeks et des plus impressionnables, d’une adaptation édulcorée au récit assez maladroit et creux pour nous livrer un énième feuilleton de super-slips. Qui plus est, The Boys est assez conscient de son sujet pour être considéré à tort comme un show supérieur aux autres titres télévisuels du genre. Hélas, on attendait avec ferveur que l’événement d’Amazon, comme le comic book avant lui, nous torde la queue et nous brise le crâne. Reste enfin cet arrière-goût amer d’avoir assisté à l’un des spectacles audiovisuels de propagande d’une certaine multinationale censée nous vendre des super-héros transgressifs et des comics de plus en plus construits au service des fans et donc du client. Mais de quelle entreprise parle-t-on, Amazon ou Vought ?

Bande-Annonce – The Boys– Saison 1

Fiche technique – The Boys – Saison 1

Création : Eric Kripke, d’après les comic books The Boys par Garth Ennis et Darick Robertson (2006-2012)
Scénaristes : Eric Kripke, Geoff Aull, Anne Cofell Saunders, Craig Rosenberg, Rebecca Sonnenshine, George Mastras, Ellie Monahan
Réalisateurs : Philip Sgriccia, Daniel Attias, Eric Kripke, Jennifer Phang, Stefan Schwartz, Matt Shakman, Frederick E.O. Toye, Dan Trachtenberg
Interprétation : Karl Urban, Jack Quaid, Antony Starr, Erin Moriarty, Dominique McElligott, Jessie T. Usher, Laz Alonso, Chace Crawford, Tomer Capon, Karen Fukuhara, Nathan Mitchell, Elisabeth Shue, Jennifer Esposito, Simon Pegg
Photographie : Evans Brown, Jeremy Benning, Jeff Cutter, Dylan Macloed
Montage : Nona Khodai, David Kaldor, Cedric Nairn-Smith, David Trachtenberg
Musique originale : Christopher Lennertz
Production (producteurs exécutifs) : Eric Kripke, Ken F. Levin, Ori Marmur, Jason Netter, James Weaver, Dan Trachtenberg
Production (sociétés) : Amazon Studios, Original Film, Point Grey Pictures, Sony Pictures Television, NightSky productions, Kripke Enterprises Inc., Kickstart Productions
Distribution (internationale) : Amazon Prime Video
Genres : science-fiction, action, comédie, espionnage
8x60min
Etats-Unis – 2019

2.5

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