Abécédaire Ingmar Bergman A – Ö : un abécédaire destiné aux experts comme aux novices

Édité par Carlotta Films, l’Abécédaire Ingmar Bergman A – Ö est, comme son nom l’indique, un abécédaire ayant pour thème le cinéaste suédois Ingmar Bergman. Le livre n’est pas pour autant à réserver aux ultra-connaisseurs de son travail. Découverte d’un livre dans lequel on flâne, lisant les entrées au hasard de son envie.

Un ouvrage très pointu

Les 145 entrées de cet abécédaire sont toutes très bien documentées, grâce à un texte qu’on doit à la Ingmar Bergman Foundation. Le lecteur a rapidement accès à une multitude de détails, couplés à une analyse fine de la vie et de l’œuvre du réalisateur. Choix artistiques, réflexions, anecdotes insolites de la vie de tous les jours, tout y est. Le livre tient sa promesse de couvrir le réalisateur de A à Z (Ö étant la dernière lettre de l’alphabet suédois).
Il donne une impression d’exhaustivité – en termes de vie personnelle, mais aussi, bien sûr, de cinéma, avec notamment la mention des acteurs phares du réalisateur : Harriet Andersson, Bibi Andersson, Liv Ullmann, Max Von Sydow, etc. Vous vous savez spécialiste et voulez tester vos connaissances ou découvrir les ultimes secrets de Bergman ? Ce livre est pour vous.

Un livre à picorer  

Les premières pages l’annoncent : l’Abécédaire Ingmar Bergman A – Ö n’est pas de ces livres qu’on lit d’une traite, ou même simplement dans l’ordre. Comme pour tous les abécédaires, celui-ci est à découvrir au gré de nos envies, page par page, quelques entrées après les autres. Les entrées sont bien classées, la lecture est agréable et le texte est fluide. Les pages sont parsemées de quelques tirages qui installent le lecteur dans l’ambiance du cinéma de Bergman.
Une seule entrée peut évoquer plusieurs films, créant une connexion entre eux, survolant une idée d’un acteur ou d’un scénario à l’autre, ce qui est une manière originale de s’intéresser au cinéma d’un auteur.
Le plus étant l’intérêt culturel de l’ouvrage qui permet de se cultiver et d’en apprendre toujours davantage sans impression de lourdeur.

Un abécédaire aussi réservé aux novices. 

Cette légèreté et fluidité de lecture, la facilité avec laquelle le lecteur est immergé dans les entrées permet à l’abécédaire d’être également accessible aux novices qui ne connaissent pas encore les films de Bergman mais sont curieux de la vie et de l’œuvre du cinéaste. Les sujets sont si vastes (cinéma, vie personnelle… biscuits !) et touchent à tant de domaines qu’il est intéressant de lire les entrées dont le titre suscite la curiosité, sans rien en attendre de précis, pour refermer le livre en ayant forcément appris, notamment sur une autre époque, une culture différente, différents arts, dont, bien sûr, le septième art en premier.
Bien que centré sur Bergman, le livre se révèle à la fois pointu et en même temps tout à fait intéressant d’un point de vue général, tant les sujets des films de Bergman contiennent des thématiques qui parlent à tous.

L’Abécédaire Ingmar Bergman A – Ö est donc un livre à la fois instructif et divertissant. On y flâne, le découvrant et le lisant sans précipitation, chacun en retenant ce qui lui a parlé et a fait écho à ses pensées ou souvenirs – qu’on soit un expert du cinéma de Bergman ou qu’on connaisse à peine son nom. 

Abécédaire Ingmar Bergman A – Ö, sous la direction éditoriale de Martin Thomasson
Carlotta Films, octobre 2020, 144 pages

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Resident Evil (2026) : adaptation parfaite pour un excellent film

Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.
Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

Faire la peau : le brûlot qui affronte le tabou de la violence des mères

Et si la véritable violence faite aux filles n'était pas celle du patriarcat, mais celle des mères elles-mêmes ? Dans Faire la peau, Louise Chennevière signe un récit-réquisitoire incandescent sur le couple mère-fille, où l'écriture, entre rage et réflexivité, tente de dire l'inacceptable : la complaisance d'une lignée de mères dans la violence systémique qu'elles ont elles-mêmes subie. Un livre-ravage qui pose une question vertigineuse : faut-il tuer sa mère pour sortir d'une aliénation et vivre enfin libre ?

« L’Âge des inutiles » : et si le ver était dans le fruit ?

Dans "L’Âge des inutiles", David Da Silva croise Donald Trump, la Silicon Valley, l’intelligence artificielle et le cinéma pour poser une question simple mais inquiétante : et si le progrès que nous célébrons préparait déjà notre propre déclassement ? Non pas la grande apocalypse mécanique promise par la science-fiction, mais quelque chose de plus discret et rationnel : un monde où l’humain deviendrait peu à peu l’élément le moins rentable du système.

Viser juste : le premier livre d’Adèle Haenel

Le livre de l'actrice et militante Adèle Haenel "Viser juste" est sorti le 21 août 2026. Véritable enquête littéraire (alternant théâtre, script, essai, récit et analyse), le livre ne se contente pas de raconter, mais propose de penser autrement, de décortiquer le langage pour sortir du récit créé par les dominants, comme au cinéma quand c'est le réalisateur seul qui est tout-puissant, invisibilisant tout le travail collectif. L'écriture de "Viser juste" est aussi travaillée qu'incisive, elle nous plonge au cœur du sujet sans baisser les yeux. Adèle ne se contente pas de témoigner, mais analyse le système qui a rendu possible, et rend encore possible, l'agression dont elle a été victime enfant.