Eternal Sunshine of the Spotless Mind : la survie du souvenir

L’amour est l’un des thèmes les plus visités dans l’histoire du cinéma. Un vieux loup de mer qui semble inépuisable et qui voyage à travers les âges. Eternal Sunshine of the Spotless Mind fait partie de ces films qui marquent les esprits et qui se réapproprient les différents versants que peut offrir le cinéma pour en extraire son jus le plus suave et amer. 

Quelle est la chose la plus difficile : vivre avec la douleur de l’expérience ou vivre avec l’absence totale de souvenirs ? Chacun d’entre nous, en son for intérieur, y trouvera la réponse qu’il recherche. Michel Gondry, de son côté, avec sa magie artisanale et sa science de l’assemblage, part à la conquête d’un couple qui n’en est plus un. Clémentine a effacé de sa mémoire toute trace de Joel. Effondré par la nouvelle, ce dernier veut faire de même par peur de continuer à se voir accablé par cette douleur d’une relation qui le fait souffrir. Pendant l’intervention « médicale » visant à effacer toutes les réminiscences de Clémentine dans l’esprit de Joel, ce dernier va parcourir son inconscient et se remémorer chacun des moments vécus avec son ancienne dulcinée. 

A partir de là, Eternal Sunshine of the Spotless Mind déploie toute sa beauté et toute son originalité. Alors que beaucoup de comédies romantiques ou de romances nous montrent des personnages en quête de l’amour parfait, le film de Michel Gondry, humain comme jamais, nous conte les bienfaits et les méfaits de l’amour. Dans une société qui se veut apaisée et qui souhaite trouver le bonheur rapidement, et sans concession, quoi de mieux que de se souvenir uniquement des beaux moments de notre vie, tout en effaçant les mauvais afin de s’aliéner par la même occasion. Mais à l’image de son cinéma, qui s’inspire autant de la peinture que du théâtre, de la bande dessinée que de la musique, la vie ne doit pas être un long fleuve tranquille : garder en mémoire ce qui nous façonne – nos fêlures et nos stigmates – fait de nous les humains que nous sommes. 

La vie, comme le cinéma est une boite de Pandore protéiforme de substances, de structures, d’ébauches plastiques et de composants qui deviendront cohérents, palpables et en osmose par l’émotion véhiculée à travers le message transmis. C’est alors la course contre la montre d’un homme qui après avoir pris le mauvais choix, tente le tout pour le tout pour sauvegarder l’âme de ce qu’il est : les souvenirs qu’il a avec Clémentine. Dans cette optique, nous divaguons dans l’esprit tumultueux de Joel, d’un moment à un autre, d’une scène à une autre : nous passons d’une cuisine à une mer glacée, d’une chevelure bleue à une chevelure orangée, d’une douce discussion sous la couette à une forte dispute dans un restaurant, d’une noyade dans un lavabo au salon d’un appartement où il pleut. Eternal Sunshine of the Spotless Mind casse toutes les barrières de la rationalité et de l’idée cinématographique même du « flash back ». 

Le « flash back » devient le présent et l’essence même de notre futur : la vie défile à une vitesse folle dans un télescopage incessant de saynètes et l’esprit permet de les démultiplier. Dans une fluidité esthétique vertigineuse, tout en s’accommodant d’un montage sensoriel d’une grande puissance, et derrière cette mise en scène abracadabrantesque, Michel Gondry et le scénariste Charlie Kaufman continuent une nouvelle fois de toucher du doigt les faisceaux humains et de les jumeler avec la mélancolie intrinsèque au cinéma. 

Jouant des dimensions, s’amusant de l’espace, s’acoquinant d’une joyeuseté pop furibarde, Eternal Sunshine of the Spotless Mind et son duo d’acteurs aussi tendres que chaleureux – Jim Carrey et Kate Winslet – nous émeuvent comme rarement. L’humain n’est pas qu’une base de données mécanique dans laquelle on pourrait mettre des dossiers dans la corbeille, pour finalement vider cette dernière. La mémoire est une partie de notre bonheur et de notre identité : l’oubli tout comme le souvenir font partie intégrante de la personne mais aussi du spectateur que nous sommes. Le cinéma de Michel Gondry est un éveil des sens et une porte ouverte vers l’imagination, la liberté de création et la construction du soi. 

Bande Annonce – Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Synopsis: Joel et Clementine ne voient plus que les mauvais côtés de leur tumultueuse histoire d’amour, au point que celle-ci fait effacer de sa mémoire toute trace de cette relation. Effondré, Joel contacte l’inventeur du procédé Lacuna, le Dr. Mierzwiak, pour qu’il extirpe également de sa mémoire tout ce qui le rattachait à Clementine. Deux techniciens, Stan et Patrick, s’installent à son domicile et se mettent à l’oeuvre, en présence de la secrétaire, Mary. Les souvenirs commencent à défiler dans la tête de Joel, des plus récents aux plus anciens, et s’envolent un à un, à jamais.
Mais en remontant le fil du temps, Joel redécouvre ce qu’il aimait depuis toujours en Clementine – l’inaltérable magie d’un amour dont rien au monde ne devrait le priver. Luttant de toutes ses forces pour préserver ce trésor, il engage alors une bataille de la dernière chance contre Lacuna…

Fiche Technique – Eternal Sunshine of the Spotless Mind

Réalisation : Michel Gondry
Scénario :  Michel Gondry, Charlie Kaufman, Pierre Bismuth
Interprétation : Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo
Durée : 1h48
Genre : Drame/Romance
Date de sortie : 6 octobre 2004

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