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« Je verrai toujours vos visages » : et le ciel étoilé au dessus de nous !

Dans une œuvre poignante et captivante, Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry porte au grand public avec ferveur et rectitude le dispositif de la Justice Restaurative où détenus et victimes -ne se connaissant pas forcément- vont apprendre à s’écouter, à se comprendre, à prendre conscience et peut-être à changer.

La gageure du film de Jeanne Herry tient dans la valeur conférée tant au dispositif thérapeutique et pédagogique de cette médiation qu’en la valeur accordée à la parole elle-même, élément cinégénique essentiel.

Nous sommes pris dans la montée en tension des histoires qui se déploient tour à tour : récits des victimes de braqueurs, de home jacking, de vol à l’arrachée autant que récits des auteurs d’infractions violentes.

Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un braqueur au moment du passage à l’acte ? Quelle est sa peur ? Sa vraie finalité ? Le fric, le « pas-de-choix » d’une vie ou l’avidité de la cruauté ?  Et réciproquement qu’est-ce que c’est être une victime sept ans après les faits, qu’est ce qui fait qu’on s’engage dans un tel processus de justice réparatrice?

Qu’est-ce que ça fait d’avoir toute sa vie brisée par une attaque, un braquage qui a duré dix minutes ?

Les uns et les autres attendent-ils la même chose ? Attendent-ils même quelque chose ?

Je verrai toujours vos visages tente l’impossible : une sorte d’impératif moral et vertueux d’un dialogue entre victimes et détenus et ce mis en scène assez théâtralement dans l’enceinte d’une prison.

Ils s’agit d’abord que chacun puisse dire, accéder à sa propre histoire, la raconter face au groupe (ils sont 6 ici, 3 détenus et 3 victimes) puis que chacun puisse accueillir, répondre, échanger, ressentir. Comprendre, refuser de comprendre peut-être mais toujours dans le but de créer ce magique tissu relationnel que le dispositif conditionne. 

La fascination du film vient de cette justesse à porter la transaction des paroles, à les mettre en scène comme des personnages à part entière. La parole devient feu, acte, remède, sortilège, exorcisme, ou simplement lien fort, primal, exact, direct, lien sans alibi, s’adressant à l’humanité dans l’autre qu’il soit crapule, toxicomane, récidiviste violeur ou violent.

Une autre histoire (celle de la médiation entamée par le personnage d’Adèle Exarchopoulos avec Elodie Bouchez) vient lézarder ou apporter une extériorité plus rugueuse à ce cercle sacré filmé en prison.

Porté par des comédiens habités, dignes, sobres et puissants qu’il faut tous citer Leila Bekhti, Birane Ba, Dali Benssalah, Suliane Brahim, Elodie Bouchez, Adèle Exarchopoulos, Gilles Lelouch, Fred Testot, Denis Podalydes, nous sommes les témoins surtout de ce que jouer ou ne pas jouer signifie.

Il faut voir entendre la première prise de parole de Leila Bekhti. Il faut regarder l’œil de l’actrice devenir fauve, son visage muter et se défigurer vers une espèce de dépersonnalisation pour assister au creuset des grandes mythologies de l’acteur possédé.

Justesse, intégrité, droiture, empathie, sans tomber dans des travers pleurnichards ou faciles, Je verrai toujours vos visages est un film moral admirable en ce qu’il nous porte à admirer cet idéal de justice réconciliatrice et cet horizon de pardon.

Certains trouveront l’exercice trop bien manœuvré et ouvragé, certains reprocheront sans doute l’apprentissage œcuménique, le trait forcé et le jargon de médiation psycho-sociale. C’est oublier la croyance inaltérable de la cinéaste dans la catharsis de la parole: les mots peuvent purifier, les mots peuvent transfigurer la violence  et comme l’écrivait Lévinas : « Les visages nous obligent. Les visages, ceux des autres ici, de tous les autres, sont un commandement moral : Reprends figure humaine, Ré-humanise-toi ! »

Le cinéma éclaire ce que nous ignorions, apporte sa foi dans le réel ou la fiction. Ici Jeanne Herry parie sur les deux : le réel de la justice restaurative à la hauteur de sa mise en fiction. Sa mise en scène à la hauteur d’un idéal de mansuétude et de parole dicible par tous. Pour tous. Le cinéma missionnaire fouette nos consciences, creuse les ignorances, travaille les impuissances, rallie les murs jugés injoignables. « La justice restaurative est un sport de combat » et le cinéma une philosophie de l’espérance.

Bande-annonce : Je verrai toujours vos visages

Fiche Technique : Je verrai toujours vos visages

Réalisation : Jeanne Herry
Scénariste : Jeanne Herry
Avec Adèle Exarchopoulos, Dali Benssalah, Leïla Bekhti, Gilles Lellouche, Miou-Miou, Elodie Bouchez, Soliane Brahim, Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydès, Fred Testo, Birane Ba, Dali Bensalah
29 mars 2023 en salle / 1h 58min / Drame
Distributeur : StudioCanal

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4

La Poursuite impitoyable (1966) d’Arthur Penn : quand résonne l’hallali

C’est à un des grands maîtres américains des années 1960 (et, en partie, des années 1970), souvent oublié, que Sidonis rend hommage à travers cette édition digibook collector d’un de ses chefs-d’œuvre, La Poursuite impitoyable (The Chase). Porté par un casting éblouissant dominé par Marlon Brando, le film fut boudé par le public américain à sa sortie. Pétri de haine, de fureur et d’immoralité, il faut dire que La Poursuite impitoyable tendait un miroir particulièrement peu flatteur à une Amérique troublée et traversée de courants violemment contraires. La modernité et la flamboyance du film ont conservé tout leur éclat et permettent de mesurer la place importante que devrait occuper Arthur Penn dans le panthéon des cinéastes américains. 

Adapté d’une pièce de Horton Foote (à qui l’on doit notamment Du silence et des ombres/To Kill a Mockingbird) par la célèbre auteur Lillian Hellman (blacklistée pour ses sympathies communistes, elle n’avait plus signé de scénario depuis vingt ans), le film se situe au croisement périlleux du drame, de la critique sociale et du western. La tension, palpable dès les premiers instants à travers une ambiance amalgamant mépris, arrogance, cynisme et insultes à peine voilées entre les personnages, s’accroît dans un crescendo irrésistible, jusqu’à éclater dans une longue conclusion où se déchaînent les rancœurs, la haine viscérale et la violence sidérante, dans ce qui ressemble à une cruelle défaite de l’ordre et à la victoire de l’anarchie. La cristallisation de tous les maux se produit au début du film, lors de l’évasion de prison de Bubber Reeves (Robert Redford) avec un complice. En volant une voiture, ce dernier tue son conducteur et s’enfuit en abandonnant Bubber, qui se verra accusé du crime. Dans sa petite ville natale texane de Tarl County, c’est l’effervescence. La rumeur de l’évasion de Bubber se répand comme une traînée de poudre et l’on se demande si l’enfant terrible compte « revenir au bercail ».

Cette interrogation brasse en réalité des sentiments différents selon les citoyens concernés. Elle remue surtout un passé que certains espéraient enfoui. Anna (Jane Fonda) et Jake (James Fox), respectivement l’ex-épouse et le meilleur ami de Bubber, craignent la réaction de ce dernier lorsqu’il apprendra leur liaison. Val Rogers (E.G. Marshall), le père de Jake et magnat local qui semble avoir toute la ville à sa botte, refuse catégoriquement cette liaison, symbole de son influence déclinante sur son fils, une situation insupportable pour cet homme à qui personne ne dit non. L’employé de banque pathétique Edwin (Robert Duvall) craint pour sa vie, lui qui est persuadé avoir influencé le destin de Bubber en le laissant être accusé, jadis, d’un crime mineur dont il était responsable. Son épouse Emily (Janice Rule) le méprise et ne prend plus la peine de cacher son adultère avec son collègue Damon (Richard Bradford). Celui-ci est une petite frappe en col blanc qui, épaulé par deux complices et fort d’un courage éthylique, n’hésitera pas à laisser libre cours à sa rancœur et ses frustrations dans un rôle de vigilante sans foi ni loi. Une seule certitude semble réunir ce joli panier de crabes : la culpabilité de Bubber. C’est elle qui alimente les fantasmes de justicier des uns et la haine et le mépris des autres. Tant de raisons commodes qui justifieront une justice expéditive, le moment voulu. Seul le shérif Calder (Marlon Brando) est persuadé de l’innocence de Bubber, mais il est de plus en plus isolé dans son combat. Le retour de Bubber, d’une part, et une fête alcoolisée d’autre part, jouent le rôle du détonateur. Les barrières sautent désormais les unes après les autres. Calder, le représentant de la loi honni pour son indépendance (et, paradoxalement, critiqué pour une nomination due à l’influence de Val Rogers), est dépassé, étouffé par la meute de chiens ivres de vengeance, de sang et de mort.

L’impact de La Poursuite impitoyable tient surtout à la violence et la crudité avec laquelle il expose soudain, au terme d’une longue mise sous tension de plus en plus irrespirable, la laideur des instincts des habitants d’une petite ville de province. Derrière les apparences respectables de notables sans histoire, se dissimulent en effet des individus qui n’attendent qu’un prétexte pour un exutoire brutal à leurs pulsions. Lorsque ces dernières peuvent enfin éclater, ce sont la violence et les failles de l’Amérique des années 1960 qui se voient soudain éclairées d’une lumière crue : les dérives de la révolution sexuelle (tout le monde couche avec tout le monde, et l’on s’en cache de moins en moins), le racisme, la définition toute personnelle de la justice, la corruption et le népotisme, et l’attrait pour l’anarchie qui affleure constamment sous la surface de la plus grande démocratie du monde. Aujourd’hui encore, on reste sidéré par la violence de la dernière partie du film, du passage à tabac brutal de Calder à l’incendie de la casse automobile (magistrale leçon de mise en scène !), jusqu’au lâche assassinat de Bubber et la mort de Jake malgré les efforts surhumains de Calder, qui ne peut ensuite que quitter définitivement une ville à jamais souillée par le péché. Dès lors, on imagine sans peine l’effet qu’à dû produire cette œuvre sur le public américain des années ’60, dans un contexte de tensions extrêmes avec l’Union soviétique, de guerre du Vietnam, d’assassinats politiques devenus fréquents (les frères Kennedy, Malcolm X, Martin Luther King…), de contestation sociale et de révolution des mœurs. Ce qui explique sans doute en grande partie son échec à sa sortie.

Il faut également souligner le casting exceptionnel dont bénéficie le film. Dans le rôle principal du shérif Calder, Marlon Brando joue une partition déroutante. Refusant longtemps la confrontation, louvoyant, méprisant, insatisfait de son sort, en proie à des conflits de loyauté, il se tient comme extérieur à l’action. La violence extrême dont il fera l’objet le fera enfin endosser le rôle du héros improbable… et finalement vaincu même si son exil est salutaire. Les années 1960 demeurent une période à la fois difficile et passionnante dans la carrière du comédien. Devenu un indésirable et pâtissant d’une réputation détestable après les échecs de La Vengeance aux deux visages (One-Eyes Jacks/1961), sa première réalisation en tant que metteur en scène, et surtout des Révoltés du Bounty (Mutiny on the Bounty/1962, Lewis Milestone) qu’il sabota et qui faillit emporter la MGM, Brando accepta dans les années qui suivirent des rôles indignes de son talent. S’il ne renoua avec le succès et le prestige qu’avec Le Parrain en 1972, plusieurs de ses films des années 60 sont excellents et méritent d’être redécouverts, en particulier Le Vilain Américain (The Ugly American/1963), Reflets dans un œil d’or (Reflections in a Golden Eye/1967) et Queimada (1969), auxquels il convient donc d’ajouter cette Poursuite impitoyable dans laquelle il est brillant. A ses côtés, on retrouve la caméléon Robert Duvall, la charmante Angie Dickinson, Jane Fonda ou James Fox, tous excellents, mais également une brochette de seconds rôles particulièrement bien campés. Enfin, dans le rôle de Bubber, Robert Redford signe ici son premier rôle important au cinéma (la même année sortira Propriété interdite (This Property Is Condemned) de Sydney Pollack, les deux films lançant véritablement sa carrière).

Synopsis : Bubber Reeves s’évade de prison avec un complice qui, après avoir volé une voiture et tué son conducteur, l’abandonne. Bubber est alors accusé du crime. Dans sa ville natale du Texas, l’annonce de son évasion et du meurtre déchaîne les haines et les passions, trop longtemps retenues. Anna, sa femme, devenue la maîtresse du fils du magnat local, Val Rogers, se demande comment faire face. L’employé de Rogers, qui a commis le délit dont fut accusé Reeves, craint de voir sa faute éclater au grand jour. Le shérif Calder, quant à lui, sait qu’il va lui falloir protéger le fuyard d’une foule fanatique, qui n’a plus qu’un seul souhait : terminer la fête du samedi soir par un lynchage… 

SUPPLÉMENTS

Nous regrettons amèrement de ne pas avoir reçu de l’éditeur le livret particulièrement fourni qui accompagne cette sortie – et qui justifie le terme de « mediabook » – rédigé par l’auteur et critique de cinéma François Guérif. Nous le regrettons d’autant plus que, dérogeant pour une fois à ses bonnes habitudes, Sidonis n’a cette fois guère été généreux en termes de suppléments vidéo… Nous y retrouvons en effet François Guérif dans un classique exercice de présentation d’un film dont la qualité méritait amplement d’être plus richement garnie. Il n’empêche que le commentaire du spécialiste est, comme souvent, très intéressant. Retraçant brièvement la carrière d’Arthur Penn avant de s’attarder longuement sur la genèse du film ainsi que sur les problèmes survenus après le tournage, Guérif n’est pas avare en anecdotes et autres détails passionnants. Il explique en particulier que la réaction du public américain face à cette œuvre un peu trop « confrontante » est symbolisée par la scène de l’assassinat de Bubber, dont le caractère public rappelait trop celui du président Kennedy, assassiné moins de trois ans plus tôt. On ajoutera que la mise en scène réplique presque à l’identique l’assasinat du meurtrier présumé du président, Lee Harvey Oswald, devant le quartier général de la police de Dallas (dans le film, Bubber est assassiné juste avant de pénétrer le bureau du shérif). Guérif rappelle que Penn lui-même entretenait une relation d’amour-haine vis-à-vis de son film, notamment en raison du fait qu’il avait été écarté de son montage. Le spécialiste loue également la prestation de Brando – qui n’était pas le premier choix pour le rôle –, précisant qu’il s’était « bien comporté » lors du tournage, s’investissant à fond dans son travail et faisant même montre de générosité vis-à-vis de ses partenaires, notamment Jane Fonda qui garda un excellent souvenir de leur collaboration. En conclusion, voici un bien bel objet, quoique les suppléments vidéo auraient pu être plus nombreux… et en dépit du fait que nous ne pouvons pas émettre d’avis concernant l’épais livret. A lui seul, le film justifie néanmoins amplement l’achat !

Suppléments de l’édition mediabook :

  • Présentation par François Guérif
  • Bande-annonce originale
  • Livret par François Guérif

Note concernant le film

5

Note concernant l’édition

4

Un Mensch : pages arrachées au livre de la mort

45ème Festival International du Film Documentaire, du 24 mars au 2 avril 2023. Deux films de Dominique Cabrera sont projetés au Cinéma du Réel, à Paris, entre Beaubourg et le Forum des Images. L’un d’eux, aussi bouleversant que dénué de tout pathos : Un Mensch (2023).

SYNOPSIS du film Un Mensh : Dominique et Didier vivent ensemble. Tandis que la mort rôde, Dominique filme les précieux instants d’un grand amour. 

2017. Dominique Cabrera filme. Elle filme son époux, Didier Motchane (17 septembre 1931, Paris – 29 octobre 2017, Montreuil), littéraire de formation, puis historien, ayant assuré les fonctions de député européen pendant presque dix ans, pour le PSE, de 1979 à 1989. Mais de cela il n’est pas question dans le film.

Le sujet exclusif de ce documentaire de moins d’une heure (43 minutes exactement) est Didier. Didier, la maladie qui le ronge, un cancer de l’œsophage diagnostiqué tardivement, la vie qui l’entoure encore, les entoure encore, lui et Dominique. Elle le mentionnera à deux reprises : auprès de lui et avec lui, dans l’accompagnement de la maladie si intimement vécue, elle se sent « comme sur une île ».

Mais pas question, ici, pour la réalisatrice (Le Lait de la tendresse humaine, 2001, Corniche Kennedy, 2017…), de sortir l’artillerie lourde du cinéma. C’est avec son iPhone, de façon presque improvisée, spontanée, mais avec l’accord de Didier, qu’elle recueille des images de l’homme aimé, en train de s’enliser lentement.

Pourtant, s’il ne peut éviter d’inscrire le patient travail de la mort à l’œuvre, c’est bien plutôt la vie encore là que souhaite capter le regard de Dominique Cabrera. La vie dans les gestes de l’homme aimé, sa façon de tourner les pages de son journal, ses coups d’œil, sa voix, ses mains, son visage. Elle le lui annonce, d’ailleurs : « Je veux retenir la vie… ». Retenir… Mémoriser… Mais aussi garder encore un peu près de soi, pouvoir regarder l’autre à nouveau « tout à l’heure », comme elle le lui déclare un soir à l’hôpital, en le filmant, peu avant de le quitter comme le rythme hospitalier l’exige.

Priorité n’est pas donnée à la maladie, même si celle-ci s’invite, incontournablement, « l’intruse »… – pour reprendre le terme, éponyme de l’une de ses pièces, par lequel Maeterlinck désignait, lui, la mort. Elle n’est pas au centre de tous les échanges au sein du couple, mais peut commander des déplacements, décider des lieux. On accompagne parfois le duo dans l’ambulance qui les conduit à l’hôpital, les ramène à la maison… Ces deux lieux sont filmés, et il est fréquent que Dominique, présente par la voix plus que par l’image, souligne le calme d’un endroit, ou bien y recueille précieusement les manifestations de vie à l’entour : des enfants qui jouent, un chant accompagné à la guitare, des voix amies, une belle journée d’octobre, verte et gazouillante comme un printemps.

Contrastant avec ces tentatives d’échapper au mal rampant, l’image ramène au constat de la progression de ce même mal, sur le visage de Didier, dans son corps, ses gestes, dans une lenteur qui s’installe et dont on sait qu’elle ne cessera de gagner. Jusqu’à l’immobilité. Mais le spectateur est également témoin du déni répété dont ce combat perdu de seconde en seconde fait l’objet : une toux est niée avec acharnement : « Mais non, voyons, je ne tousse pas ! » ; « Tu vas mieux, aujourd’hui ! », commente souvent Dominique… Sans doute, en effet, ne voyons-nous pas les moments de plongée trop désespérante. D’ailleurs la mort, de façon aussi discrète que tragique, ne sera signifiée que par la recherche d’une photo qui, mise sous cadre, pourra rappeler le visage vivant de celui qui, à présent, ne l’est plus. Façon incroyablement élégante de faire comprendre que l’immobilité, la fixité photographique, a maintenant gagné un corps.

Dans son combat de femme, en gardant le plus possible son amour à la maison, dans le cadre où ils ont été heureux, et de cinéaste, en filmant ces moments où la vie s’amenuise, mais où elle est encore là, et où le lien reste solidement et effectivement noué, puis en montant ces images, avec l’aide de Dominique Barbier, Mateo Brossaud et Ariane Prunet, Dominique Cabrera fait profondément œuvre d’humanité, en donnant à voir ce dont la société actuelle, emportée dans son mouvement de jeunisme effréné, se détourne, et en ramenant vers la vie, vers ceux qui l’ont connu mais aussi ceux qui ne l’ont pas connu, un être riche et unique, irremplaçable, et pourtant disparu.

Fiche technique : Un Mensch

Réalisation : Dominique Cabrera
Scénariste : Dominique Cabrera
Montage : Dominique Barbier, Matéo Brossaud, Ariane Prunet
Musique originale : Fabrice Sinard
Mixage : Nathalie Vidal
Production (personne) : Edmée Doroszlaï, Grégory Ghersy, Mathilde Trichet, Tal Weill
Production (structure) : Ad Libitum
Ayant droit : Ad Libitum
Durée : 42 minutes
Séances : Samedi 25 mars, 16h30, Centre Pompidou – Cinéma 1, en présence de Dominique Cabrera.
Vendredi 31 mars, 18h15, Forum des Images – Salle 300.
Date de sortie non définie à ce jour

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4

Cœur errant : portrait d’une dépression amoureuse

Pour son deuxième long-métrage, le réalisateur Leornado Brzezicki s’attarde sur le portrait d’un amoureux déboussolé. D’un homme qui s’enfonce dans les excès et entraînant ses proches avec lui. Cœur errant est un drame qui arrive à nous faire ressentir la tourmente de son protagoniste, quitte à mettre de côté les personnages secondaires et leur importance.

Synopsis de Cœur Errant : Santiago, un père gay, est à un tournant de sa vie. Sous le choc d’une rupture amère, il est également confronté au départ imminent de sa fille Laila, avec qui il entretient une relation fusionnelle. Cette séparation brutale est le détonateur qui va pousser ce chef cuisinier couronné de succès à déambuler entre anciens amants, chemsex et plans à trois pour essayer de combler son manque affectif…

Bien que nous restons en Amérique du Sud après Un Varón et L’Eden, nous sommes avec Cœur errant dans un cas bien différent. Déjà car il ne s’agit pas d’un premier mais plutôt d’un second long-métrage. Avec à sa tête un réalisateur qui a donc fait ses armes pour ce format, après quelques courts-métrages à son actif. Sans compter que le titre s’éloigne de toute notion de violence pour aborder un thème bien plus intimiste et personnel. Point de banlieues où sévissent jeunes criminels, plongés dans un dangereux et mortel quotidien. Ici, le film de Leonardo Brzezicki préfère s’intéresser à la dépression amoureuse d’un homme et de son combat pour se sortir de cette situation. Une preuve de plus pour ceux qui seraient aveuglés par les clichés, que les œuvres de cette région du globe savent aborder des thématiques ô combien universelles !

Cœur errant est donc le portrait d’un homme perdu. D’un amoureux qui tente de combler son manque affectif en tombant dans bien des excès. Ces derniers se traduisant principalement par un fort abus d’alcool mais surtout par des rencontres sans lendemain. Des excès qui lui donnent l’illusion d’aller bien, alors qu’ils ne font que l’enfoncer dans une tourmente infernale. Une tourmente qui, en plus de le faire souffrir, aura un très lourd impact sur ses proches. Car Cœur Errant, avant de parler de dépression, parle également d’un père aimant ayant une relation fusionnelle avec sa fille. D’un fils toujours présent pour sa mère et qui a peur de devenir la copie conforme d’un paternel douteux. Et enfin, le long-métrage est aussi le récit d’un homme gay qui s’assume pleinement. Qui ne cache en aucun cas son orientation sexuelle, et ce malgré les préjugés d’un père l’ayant renié ou bien d’inconnus dans un bar.

Vous l’aurez compris, Cœur errant est une totale mise à nu d’un personnage. Leornardo Brzezicki, qui semble vouloir expier ses propres démons, nous plonge sans retenue dans la psyché de son personnage. Par le biais d’une mise en scène maîtrisée, le cinéaste parvient à nous retransmettre l’état d’esprit de son héros nommé Santiago. Tout comme lui, le spectateur peut s’extasier devant la beauté des corps qui s’offrent à lui. Ou bien éprouver une joie communicative quand il partage un moment de complicité avec sa fille Laila. Mais outre ces jolis moments, le film nous fait également ressentir les instants de mal être. Notamment quand Santiago se montre pathétique – ivre d’alcool, à débiter des paroles n’ayant aucun sens – ou qu’il doit essuyer les remontrances cinglantes de ses proches. Qui n’hésitent plus, étant également à bout, à vouloir lui ouvrir les yeux sur sa situation en passant par quelques insanités. Et tout comme lui, nous recevons cette vérité à la figure avec beaucoup de puissance. Tel est donc le but de Cœur errant : déboussoler le public autant que son personnage. Le balancer entre plusieurs états d’esprit pour lui faire perdre tout repère et ainsi nous faire vivre l’évolution de Santiago de manière viscérale. À ce constat, l’interprétation de Leonardo Sbaraglia n’y est pas étrangère, tant son incarnation du personnage est d’une incroyable justesse. D’une fragilité qui rend hommage à toute la complexité de son rôle, à l’attachement que nous lui prêtons le temps du visionnage.

Mais à trop s’attarder sur son protagoniste, le film en oublie quelque peu ses personnages secondaires. Certes, ils ont un rôle important à jouer dans l’évolution de Santiago tous sont superbement interprétés – mention spéciale à Miranda de la Serna. Malheureusement, ils ne semblent ne servir que ce dessein scénaristique, sans avoir droit à plus de place dans l’intrigue. Par exemple Luis, qui est la cause de la dépression de Santiago. Si nous comprenons très vite que cette relation amoureuse est à sens unique, la raison est quant à elle brumeuse. Pourquoi l’a-t-il quitté ? Santiago était-il « toxique » bien avant ce début de rupture ? Difficile à dire, tant le script n’explore jamais cette partie de l’histoire. Même chose avec son ex-femme Eloisa : en quoi Santiago refuse-t-il que sa fille veuille voir sa mère alors que la relation entre les deux parents ne semblent par pour autant mauvaise ? Nous pourrions supposer, il est vrai, que la peur pour Santiago de perdre son seul point de repère dans la vie – sa fille – prenne le dessus, mais là encore rien n’est sûr. Voire un chouïa incohérent. Tel est le problème de Cœur errant : à trop mettre ses personnages de côté, le film survole son récit, oubliant de combler certains trous. Certaines lacunes qui font perdre à l’ensemble sa puissance émotionnelle et l’importance même de ses personnages secondaires.

Mis à part ce défaut scénaristique, cela n’enlève en rien le fait que Cœur errant se présente à nous comme un drame passionné. Une œuvre sincère à travers laquelle le cinéaste désire s’exprimer et qui livre ainsi un film pour le moins percutant. Déchirant et, avant toute chose, humain au possible. Certes maladroit sur l’écriture, mais qui reste en mémoire bien après le visionnage. Laissant augurer une carrière prometteuse de la part de Brzezicki, qui peut déjà se vanter d’avoir quelques prix et festivals à son palmarès. Il ne fait aucun doute que sa prochaine réalisation suivra les mêmes traces. Dans tous les cas, nous serons bien évidemment au rendez-vous pour apprécier le talent d’un réalisateur qui mérite toute notre attention.

Cœur Errant – Bande annonce

Cœur Errant – Fiche technique

Titre original : Errante Corazón
Réalisation : Leonardo Brzezicki
Scénario : Leonardo Brzezicki
Interprétation : Leonardo Sbaraglia (Santiago), Miranda de la Serna (Laila), Eva Llorach (Eloísa), Iván González (Federico), Alberto Ajaka (Luis), Tuca Andrada (Silvio), Rodrigo dos Santos (Gilberto), Beatriz Rajland (Isabel)…
Photographie : Pedro Sotero
Décors : Eugenia Lestard
Costumes : Jam Monti
Montage : Marta Velasco
Musique : Nico Casal
Producteurs : Leonardo Brzezicki, Andrés Martin, Rosa Martínez Rivero et Rodrigo Texeira
Maisons de Production : Keplerfilm, Quijote Films, RT Features, Ruda Cine et Vértigo Films
Distribution (France) : Optimale Distribution
Durée : 112 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  05 avril 2023
Argentine, Brésil, Espagne, Pays-Bas, Chili – 2021

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Wim Wenders, alchimiste visuel et sonore

Wim Wenders a toujours apporté un soin particulier à ses bandes sonores, la musique suintant littéralement à travers tous les pores de ses films. DJ à ses heures perdues, réalisateur de clips vidéos, marié un temps à l’actrice et chanteuse rock Ronee Blackley, on pourrait ainsi énumérer de nombreux épisodes de sa vie démontrant la relation passionnée qu’il entretient avec la musique.

Ainsi, dès son premier long-métrage, en 1970, il décide de faire la part belle aux chansons qu’il aime. On pourra entendre les Stones, Jimi Hendrix ou Bob Dylan, mais surtout les Kinks, auxquels, en tant que fervent admirateur, il dédie son film. On y trouvera également une chanson emblématique des Lovin’ Spoonful, « Summer in the City » qui deviendra le titre de son film. Jouant sur le contraste entre l’été chaud de la chanson et la journée froide et enneigée que traverse le personnage principal, ce morceau servira surtout de catalyseur à sa narration du voyage et de l’errance, thème qu’il chérit entre tous. (1)

https://www.youtube.com/watch?v=OpYA9NLq5y4

Deux années plus tard, pour son second film, « L’angoisse du gardien de but au moment du penalty« , il fera appel à un pianiste compositeur, Jürgen Knieper, qui deviendra un collaborateur fidèle jusqu’en 1982. Il sera, en effet, présent sur la moitié des dix films qu’il réalisera durant cette période (2)

Entretemps, il aura également collaboré avec des musiciens compositeurs de renom, dont le groupe Can pour les arrangements sur le film « Alice dans les villes » (1974), ou John Barry, qui livrera une musique romantique teintée de jazz, qui convient parfaitement au roman noir que le film « Hammett » (1982) évoque.

C’est donc surtout à travers ses différentes collaborations, que ce soit avec des compositeurs ou des musiciens que l’on appréciera le travail de création qu’il effectue, bien que l’emploi qu’il fait de musiques préexistantes ne soit pas à négliger. La plupart du temps son et image formeront un tout, la musique semblant par moments être le moteur qui fait avancer le film. Il compilera ainsi au fil des années et des films une grande variété de styles musicaux, allant du rock à la musique contemporaine, en passant par la musique cubaine ou encore le blues.

Si les années 70 sont essentiellement marquées par sa collaboration avec Jürgen Knieper, il en sera tout autrement dans les années 80. Alors qu’il rêvait de travailler avec Ry Cooder sur le film « Hammett« , son désir ne se concrétisera qu’avec « Paris, Texas » deux années plus tard. Cette rencontre sera capitale car elle relancera une nouvelle dynamique de composition musicale au sein de ses films.

Une des choses à retenir pour ce film est la méthode de travail qu’il utilisera : après un premier montage, Wim Wenders décide de projeter au guitariste une scène de son film sur un morceau de Blind Willie Johnson. Séduit par le résultat, Ry Cooder s’enfermera en studio avec le pianiste Jim Dickinson et David Lindley, qui jouera du banjo et de la mandoline. Ils composeront ensemble leur musique en visionnant les images du film sur écran géant, tel Miles Davis dans « Ascenseur pour l’échafaud« . La symbiose entre la marche solitaire d’Harry Dean Stanton et le bottleneck de Ry Cooder dans le grand Ouest américain sera mémorable et marquera symboliquement de son sceau toute la beauté du film dès les premières minutes de sa projection.

Directement après le succès de « Paris, Texas« , il lancera une collaboration avec Laurent Petitgand, qui signera avec « Tokyo-Ga » sa première bande originale. Nouvelle association fructueuse puisqu’elle se poursuivra sur un ensemble de huit films jusqu’à ce jour, le dernier en date étant « Le Pape François – Un homme de parole » en 2018.

Mais faisons ici un zoom sur un film datant de 1987 « Les ailes du désir » et attardons nous d’abord sur deux apparitions marquantes du groupe de rock Nick Cave & The Bad Seeds.

De manière astucieuse, Wim Wenders décide d’utiliser le morceau « The Carny » pour illustrer la tristesse de Marion lors de la fermeture du cirque. La chanson symbolise un chagrin qu’on enterre. Les paroles décrivent en effet la disparition d’un artiste de cirque nommé « Carny », ses acolytes trouvant son cheval surnommé « Sorrow » si décharné qu’ils décident de le tuer. Le cheval sera enterré mais pas suffisamment en profondeur  pour disparaître des esprits. La symbiose entre le texte de la chanson et la psychologie du personnage est ici parfaite, une fois de plus.

Une autre chanson « From Her to Eternity« , illustrera quant à elle, un autre sentiment de Marion, qui aspire, à ce moment-là du film, à l’amour. Là encore, on assiste à cette fusion des sentiments.

Aux côtés de Nick Cave, Wim Wenders décidera de réunir pour l’occasion ses deux compositeurs fétiches. Ils illustreront chacun une facette du réalisateur : Laurent Petitgand dévoilant l’univers extraverti du monde du cirque, Jürgen Knieper créant une atmosphère de liturgie, reflet de l’intériorité des personnages.

Ces quelques exemples suffisent à nous faire percevoir à quel point le travail qu’il réalise est minutieux et pertinent.

Durant la décennie qui suivra, il puisera régulièrement dans toutes les possibilité qui se présenteront à lui pour illustrer ses films avec une bande-son de qualité. C’est ainsi qu’il utilisera des chansons d’Elvis Costello, de Depeche Mode, de Bono, ou encore de Neneh Cherry dans « Jusqu’au bout du monde » (1991). Pour la plupart de ses films suivants, il combinera chansons préexistantes et compositions faites spécialement pour ses films. Ainsi, pour « Si loin, si proche » (1993), il mêlera les compositions de Laurent Petitgand à des chansons de Nick Cave, Laurie Anderson, U2 ou Johnny Cash. Pour « Lisbon Story » (1994), il fera la part belle, aux côtés de Jürgen Knieper, à une apparition du groupe portugais Madredeus, qui grâce au film débutera une carrière internationale. En 1995, avec « Par-delà les nuages », ce sera à nouveau Laurent Petitgand, cette fois-ci accompagné de Van Morrison.

Sa collaboration avec Ry Cooder sur « Paris, Texas » avait été tellement étroite, qu’ils poursuivront l’aventure treize années plus tard avec le film « The End of Violence« . C’est ainsi qu’en 1997, le guitariste fera découvrir un club légendaire de musiciens de Cuba, le Buena Vista Social Club et lorsqu’il retournera au printemps suivant à Cuba, ce sera accompagné de Wim Wenders et de son équipe de tournage, qui réalisera dans la foulée son poignant documentaire, signant par la même occasion le renouveau de la musique cubaine sur la scène mondiale.

Dans les années 2000, il poursuivra son fertile périple musical. Signant des documentaires, dont un sur trois bluesmen qu’il affectionne : J.B. Lenoir, Skip James et Blind Willie Johnson (The Soul of a Man), collaborant régulièrement avec des musiciens : T-Bone Burnett sur « Don’t Come Knocking« , Irmin Schmidt du groupe Can pour « Rendez-vous à Palerme » ou encore Thomas Hanreich pour le documentaire 3D sur la chorégraphe Pina Bausch. On pourrait ainsi citer de nombreux exemples d’un emploi judicieux de ces chansons et compositions emblématiques d’une culture alternative. Mais je préfère pour terminer évoquer une scène du film « Alice dans les villes » datant de 1974, où les deux héros se laissent hypnotiser par la chanson « On the Road Again » de Canned Heat sortant d’un juke-box. Exemple parlant où la musique est mise au service d’une émotion, nous donnant une indication psychologique sur les personnages. Mais il y a plus, puisqu’elle ponctue aussi la narration tout en assurant un lien entre plusieurs plans. Cette simple scène symbolise tout cela à la fois et démontre à quel point sa vision de musicophile est perspicace. C’est bien en tant qu’alchimiste sonore et visuel qu’il met la musique au service de ses images et inversement.

(1) Vous pouvez lire, à propos du thème du voyage et de l’errance chez Wim Wenders, l’article « Wim Wenders, le voyage et l’art pour s’approprier le monde » d’Hervé Aubert (LeMagduCiné, 27 avril 2019)
(2) Sa dernière collaboration avec Jürgen Knieper se fera sur le fim « Lisbon Story » en 1994, le compositeur interrompant quelques années plus tard son activité pour de graves problèmes de santé.

Contributeur : pIOtr AAkOUn

Comment jouer au Jeux Aviator

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Maintenir la volatilité à un faible niveau

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Guest post

 

Le bleu du caftan de Maryam Touzani : l’émotion à fleur de peau

Le Bleu du Caftan de Maryam Touzani est un très beau film marocain qui parle avec délicatesse de sujets durs, en utilisant la douceur dans la forme, avec une cinématographie lumineuse et feutrée, et des personnages tout en intériorité …

Synopsis du Bleu du Caftan :  Halim est marié depuis longtemps à Mina, avec qui il tient un magasin traditionnel de caftans dans la médina de Salé, au Maroc. Le couple vit depuis toujours avec le secret d’Halim, son homosexualité qu’il a appris à taire. La maladie de Mina et l’arrivée d’un jeune apprenti vont bouleverser cet équilibre. Unis dans leur amour, chacun va aider l’autre à affronter ses peurs.

 Happy Together

Ce deuxième film de la réalisatrice marocaine Maryam Touzani est un petit bijou, à l’image de la matière textile délicate et soyeuse que les personnages traitent tout au long du métrage. Le Bleu du Caftan s’ouvre sur une main qui caresse un tissu bleu, ce tissu bleu  qui sera, si on ose dire, le fil rouge du film. Dès cette première scène, tous les éléments sont en place. La musique, la photo, la lumière, l’amorce de sensualité et de sensorialité au travers de cette caresse, tout concourt à façonner un film tout en délicatesse.

Mina (Excellente Lubna Azabal) vend des tissus que les femmes de sa médina et d’ailleurs s’arrachent pour leurs caftans. Plus que ça, son mari Halim (Saleh Bakri) est un maleem, un maître artisan, spécialisé dans la confection desdits caftans dans les règles de l’art, et dont le gros du métier consiste à les broder très patiemment à la main. La minutie et la douceur de Halim ne sont pas sans rappeler celles du personnage de Daniel Day Lewis dans the Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, lorsqu’il est face à ses robes. Mais l’analogie s’arrête là, car autant le personnage de l’acteur anglais navigue en capitaine dans un océan de toxicité permanente, autant Halim est d’une douceur ineffable et constante, qu’on devine cependant torturée, tant la gravité s’imprime sur son visage. Halim est homosexuel dans un pays où c’est un crime pénal de le manifester, et il fait tout pour le cacher.

Sous le poids des commandes et des exigences de la clientèle, l’occasion d’épingler au passage ces femmes de caciques d’un pouvoir corrompu, le couple engage un apprenti, Youssef (Ayoub Missioui), un beau jeune homme qui attire immédiatement Halim, et réciproquement, sans que le maleem ne se laisse aller à succomber à son désir, figé dans une résistance douloureuse. Nous sommes au Maroc, et le mot homosexualité n’est jamais prononcé dans le film, même si la cinéaste n’a pas peur de la révéler dans de magnifiques scènes vaporeuses d’un hammam qui sert à la fois de lieu social et de backrooms secrets pour tous les homosexuels qui sont au placard au sens propre comme au figuré.

Le film raconte avec beaucoup de justesse et de finesse l’évolution de cette relation à trois, puisque Mina n’est dupe de rien. Maryam Touzani montre par toutes petites touches l’évolution des sentiments de chacun. On apprend très vite au début du film que Mina est atteinte d’une maladie grave, et sa relation avec les deux hommes est sous-tendue par cela, pour s’installer petit à petit dans un tacite passage de flambeau, émouvant mais non dénué d’humour.

La force majeure du Bleu du Caftan est le travail dans la symbolique et la métaphore qui ne sont jamais appuyées pour dire l’indicible, tout en n’hésitant pas à montrer ce qui peut être montré, voire revendiqué. Sont montrées par exemple ces scènes où Mina demande à Halim d’aller au café, lieu entre tous interdit aux femmes, où elle fume, boit, et crie bruyamment « but » face au match de foot projeté. Ou encore cette très belle scène où Mina, encore elle, initie une relation sexuelle avec son mari, où le désir, l’angoisse, et une sorte d’urgence absolue se mêlent magnifiquement dans ses gestes. Côté métaphore, c’est la relation entre Youssef et Halim qui en regorge ; mais par-dessus tout, ce caftan bleu en devenir est le symbole d’un temps qui passe inexorablement, et dont l’écoulement est au diapason du récit.

Le Bleu du Caftan est un film lumineux, sensible et très beau, qui dénonce les non-dits de la société marocaine en s’appuyant sur un récit d’amour empreint de douceur et de respect, mitonné aux petits oignons par Maryam Touzani et son compagnon Nabil Ayouch, un réalisateur autrement plus musclé, à l’instar de son beau et récent Much Loved. Le film a représenté le Maroc aux Oscars, ce qui représente, selon la réalisatrice, une avancée face au sujet sensible de l’homosexualité .

Le bleu du Caftan – Bande annonce

Le bleu du Caftan – Fiche technique

Titre original : ‘azraq alquftan
Réalisateur : Maryam Touzani
Scénario : Maryam Touzani, Nabil Ayouch
Interprétation : Lubna Azabal (Mina), Saleh Bakri (Halim), Ayoub Missioui (Youssef)
Photographie : Virginie Surdej
Montage : Nicolas Rumpl
Musique : Kristian Eidnes Andersen
Producteurs : Nabil Ayouch, Co-producteurs : Amine Benjelloun, Eva Jakobsen, Mikkel Jersin, Katrin Pors, Sebastian Schelenz
Maisons de Production : Ali n’ Productions,Velvet Films, Snowglobe Films
Distribution (France) : Ad Vitam Distribution
Durée : 122 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 22 Mars 2023
France. Maroc. Belgique. Danemark – 2022

Note des lecteurs1 Note
4

Sur les chemins noirs : une épopée existentielle au travers de la nature et des mots

Film à la fois actif et contemplatif, Sur les chemins noirs témoigne de la beauté des paysages français, servis par la quête personnelle d’un homme prêt à tout pour ne pas sombrer dans la désolation.

Pierre, joué par Jean Dujardin, utilise le malheur de son accident pour le transformer en bonheur pur, au plus près du monde naturel.

L’appel de la nature

Après une terrible chute, Pierre, écrivain de renom, tombe dans le coma. A son réveil, il décide de renouer avec ce qui le fait vibrer, en plus de l’écriture : la marche. La marche qui renoue l’être humain à la nature et qui est semée d’embûches, car la nature a le droit de reprendre son pouvoir. Constamment transformée par l’être humain, elle regagne cependant de sa vigueur dans les récifs montagneux. Pierre épouse ses formes, sans jamais la heurter. Elle lui permet de se recentrer sur lui-même, lui qui avait l’habitude de se laisser aller aux excès de la célébrité. On ne peut pas mentir avec la nature : elle nous permet de reprendre avec force notre identité et de se retrouver, en quelque sorte. Pierre écoute le son des pierres qui s’entrechoquent, du vent qui heurte les falaises et surtout, le silence paisible des montagnes. Elle est une source d’inspiration pour lui : elle l’aide à mettre des mots sur ses pensées.

La foi en la vie 

Pierre ne se laisse pas aller : il lutte avec effort contre la faiblesse de son corps, et le mental prend le dessus. Il veut la faire, sa traversée, quoi qu’il en coûte. Le film nous pousse à nous surpasser, à surmonter les obstacles qui font partie intégrante de l’existence. Malgré les réticences de son entourage, il y va, et cet acharnement lui coûtera quelques blessures. Néanmoins, la force de sa volonté le porte, et lui ouvre les portes de sa propre existence. Ce qu’il cherche, c’est la liberté, chose qu’il ne trouve qu’en communion avec la nature.

Des rencontres éphémères

Durant tout le film, Pierre rencontre des personnes que l’on ne voit qu’une seule fois à l’écran. Chaque rencontre est une séquence hors du temps, imprégnée de douceur et d’humanité. Aux côtés de ces inconnus, il découvre d’autres modes de vie, d’autres manières de percevoir le quotidien. Loin de tout éclair citadin, ces personnes vivent en harmonie avec la nature : elles l’embrassent sans la fragiliser. Il rencontre toutes sortes de personnes et apprend de chacune d’elle, au-delà de la solitude qui l’accompagne dans les hauteurs. Même lorsque ses connaissances le rejoignent dans sa marche, on ressent en tant que spectateur tout l’amour et la bienveillance qui ressort de leur relation.

Une histoire à contre-courant

La construction en flash-back du film est extrêmement intéressante : au lieu de commencer par l’accident pour ensuite relater la traversée, il y a des va-et-vient permanents entre son présent et son passé, avant son accident. Il y a ainsi une interdépendance entre sa vie précédente et sa vie courante, comme pour montrer qu’il n’aurait pas pu parcourir la France sans son accident. Chaque événement a une conséquence, et Pierre a choisi de rebondir sur son malheur. Malgré les difficultés, son accident lui a permis de réaliser son objectif et d’accéder à la liberté. Le spectateur comprend petit-à-petit la vie passée de Pierre, et ressent de plus en plus sa rage de vivre.

Une image à fleur de peau

La caméra épaule est très présente dans la première moitié du film et se calme dans la seconde, comme si les troubles et les tourments de Pierre s’estompaient au fur et à mesure de sa marche pourtant difficile. D’ailleurs, cette caméra tremblante contraste avec la stabilité des montagnes, comme si leur simple présence permettait d’apaiser les doutes. Aussi, les gros plans sont nombreux, focalisés sur le visage mutilé de Pierre. Les gros plans soulignent son regard et le tremblement de ses lèvres, autant que son appartenance à la nature, par la seule présence de son corps. Jean Dujardin est épatant de sensibilité et de sincérité ; j’avais presque l’impression de voir l’acteur arpentant les hauteurs à la place du personnage.

Alors que les décors sont réfléchis et mis en scène dans les séquences à la ville, les plans larges des montagnes, les contre-plongées et les vues de haut se suffisent à eux-mêmes pour montrer la beauté du décor, c’est-à-dire de la nature. Ces plans, opposés aux gros plans que nous venons de mentionner, témoignent de la petitesse humaine, trace minuscule dans les pas géant de la montagne.

La poésie des mots

A l’origine, le roman de Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs fait partie de ces histoires qu’il faut absolument présenter sur grand écran, tant le récit se met au service de l’image. Entre quelques observations naturelles et réflexions sur la nature humaine, la voix-off de Jean Dujardin relatant les mots de Sylvain Tesson sonne comme une douce mélodie empreinte de poésie. D’ailleurs, Pierre est le double de Sylvain Tesson, qui a réellement vécu l’accident. Réalité et fiction se mêlent pour ne faire qu’un. Mise en abîme assumée, Sylvain Tesson lui-même a utilisé son accident à des fins créatrices.

Enfin, les mots utilisés par l’auteur relient le corps et l’esprit ; corps soumis aux blessures et esprit enflammé de liberté. On pourrait dire que c’est ça, Sur les chemins noirs : la lutte entre le corps et l’esprit, dont l’issue n’est possible que par la force de la volonté.

Bande annonce : Sur les chemins noirs

Fiche technique :  Sur les chemins noirs

  • Titre de travail : Les Chemins de Pierre
  • Réalisation : Denis Imbert
  • Scénario : Denis Imbert et Diastème, d’après le récit Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson
  • Costumes : Marie Credou
  • Photographie : Magali Silvestre de Sacy
  • Son : Nicolas Bouvet-Levrard, Florent Denizot et Damien Luquet
  • Montage : Basile Belkhiri
  • Production : Clément Miserez et Matthieu Warter
  • Production déléguée : David Giordano
  • Sociétés de production : Radar Films ; Apollo Films, Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma, JD Prod, Echo Studio, France 3 Cinéma et TF1 Studio (coproductions)
  • Société de distribution : Apollo Films / TF1 Studio
Note des lecteurs4 Notes
4.5

Split d’Iris Brey : retour sur les 3 premiers épisodes présentés à Serie Mania

Lors du festival Série Mania 2023, Iris Brey a présenté sa toute première série de fiction Split. Une série avec des split screen, des répliques qui claquent, des femmes qui s’aiment et des cascades. Que demander de mieux? La série sera diffusée sur France Tv Slash qui nous a déjà offert d’autres pépites telles que Skam ou encore Chair et tendre.

Regards 

En matière de séries, Iris Brey se pose en spécialiste depuis de nombreuses années, notamment avec des ouvrages tels que Sex and the Series (2018, qui a aussi été déclinée en série documentaire visible sur Canal Plus) ou encore Le regard féminin, une révolution à l’écran (2020). Autant de publications qui ont interrogé la question du genre à l’écran, de la représentation du féminin et surtout du regard. Iris Brey intervient aussi régulièrement dans Le Cercle Séries pour parler notamment de séries féministes, on pense notamment à ses recommandations autour de la série Killing Eve. Alors quand on la voit passer derrière la caméra pour réaliser une fiction, forcément son regard est attendu au tournant. Split raconte l’histoire d’une cascadeuse qui tombe amoureuse de l’actrice qu’elle double. Une histoire de sororité, de lesbiennes aussi, mais sans drama. Si Anna s’interroge sur sa vie sexuelle et amoureuse, puisqu’elle est en couple avec un homme au moment où elle rencontre Eve, il n’y a pas de grande scène de rupture dans Split, ni de tristesse affichée.

A mon seul désir

Iris Brey filme plutôt la naissance d’un amour entre deux femmes, la survenue du désir, son assouvissement doux et léger. Quand elle raconte ces femmes, c’est dans l’action toujours qu’elle les filme : en plein collage de rue, on retrouve le « on te croit » croisée chez Lucie Borleteau, en plein tournage. Elles discutent aussi littérature, vocabulaire, à travers des répliques qui claquent, « autrice, c’est comme impératrice, faut s’habituer, c’est tout ». La série tout en interrogeant et en mettant en scène l’importance du regard, raconte aussi la puissance des mots, leur pouvoir libérateur. En nommant, en filmant, Iris Brey fait exister des personnages peu représentés. En tout cas, peu représentés ainsi, avec beauté, incandescence et douceur. Voir ces deux-là rire de s’être aimées lors d’une séance de cinéma une fois que la lumière se rallume vaut tous les plans du monde.  Les trois premiers épisodes racontent la promesse de cette rencontre, la douce caresse qu’elle procure.

Bouger les lignes

A l’aide de split screen très bienvenus, la réalisatrice découpe l’image comme pour semer le trouble entre les visages et les corps de ses héroïnes, mieux les rassembler, les rapprocher. Surtout, cela permet de leur offrir aussi des identités séparées qui s’additionnent mieux ensemble. Ces plans sont aussi l’occasion de donner la part belle aux décors, aux objets, à la nature. Split est aussi une petite merveille graphique, pensée pour rendre hommage aux plateaux de tournage. Surtout, à ce qu’on ne veut plus y voir. On pense notamment à deux scènes : celle où Eve doit jouer une scène d’agression (elle remplace Anna une fois la cascade réalisée), Anna intervient car cette scène est trop intense, intime pour l’actrice, dont le corps est déjà meurtri. La seconde est une scène de cascade où Anna se retrouve comme ligotée et où plus de douceur est attendue. Deux scènes en apparence anodines mais qui disent beaucoup de l’intention d’une série qui veut des représentations positives des corps notamment. Sur le vrai tournage de Split, il y avait d’ailleurs des coordonnatrices d’intimité, nom un peu barbare pour encadrer les scènes intimes, protéger les acteurs et surtout les actrices. Pas une invention si factice, en tout cas un engagement à plus de sérénité dans les rapports humains. Split, en tout cas dans ces trois premiers épisodes, répond clairement au défi lancé par le « regard féminin » tel que raconté par Iris Brey soit « se placer au cœur de l’expérience féminine et de ce que les héroïnes ressentent ». Avec l’aide des deux actrices Jenny Beth et Alma Jodorowksy cette plongé dans l’expérience féminine est d’une beauté à la fois douce et sauvage, jamais caricaturale et  capable de montrer des récits de « lesbiennes heureuses » comme on en a peu…

L’enjeu ici n’est pas tant le coming out que l’avènement de l’histoire d’amour dans la lignée de Portrait de la jeune fille en feu Desert Hearts ou encore Seule la joie. Raconter la joie, filmer les regards, la réalisation d’un amour, c’est aussi ça bouger les lignes !

Split – Fiche technique

Synopsis : Sur le tournage d’un film, Anna, une cascadeuse de 30 ans, tombe amoureuse de la star qu’elle double. Elle, qui se pensait heureuse dans son couple, va-t-elle avoir le courage de sortir de l’hétérosexualité pour se confronter à ce désir bouleversant ?

Réalisation : Iris Brey
Interprètes : Alma Jodorowsky, Jehnny Beth, Ralph Amoussou
Scénario : Iris Brey, Clémence Madeleine-Perdrillat
Production : Cinétévé
Format : 5 x 20 minutes
Diffusion : septembre 2023 sur France TV.slash

Sept hivers à Téhéran : l’impasse du talion

La loi du talion est une constante dans les décisions de justice en Iran. La peine de mort est prononcée pour une jeune femme qui a ôté la vie de son agresseur. La légitime défense est loin d’y être reconnue, c’est pourquoi ce documentaire porte la charge de toutes les victimes, à travers le destin d’une famille dans l’impasse, brisée par le système et les dogmes d’un pays qui ne leur appartient plus.

Pour l’amour de l’innocence

Téhéran, une cité où somnolent en permanence la toxicomanie et la misogynie. Nombre de cinéastes ont ainsi tourné leur caméra vers leur pays, afin de témoigner de la terreur qui y règne, passivement comme dans le bouleversant Leila et ses frères et le captivant Un Héros, ou bien activement, à l’image de La Loi de Téhéran et Le Diable n’existe pas. La fiction a toujours été apte à surligner les plaies et les cicatrices des individus laissés-pour-compte. Ici, nous allons plus loin que la docu-fiction de Jafar Panahi, avec son Taxi Téhéran, car l’intention de la réalisatrice allemande, Steffi Niederzoll, n’est autre que de capturer cette spontanéité dans la détresse d’une famille, qui plonge dans un combat trop épuisant pour elle.

Les premières images nous dévoilent une grande complicité dans le foyer Jabbari, une communion que l’on cherchera à préserver, au-delà de ce souvenir numérique, à la fois palpable et insaisissable. L’empilement chronologique des vidéos clandestines, obtenues par cette famille soudée, renforce le sentiment d’injustice, que l’on entrecoupe avec des témoignages plus récents, avec un recul finalement assez proche des sept années qui ont succédé l’arrestation de la jeune Reyhaneh Jabbari. Cette dernière n’est plus disposée à se soumettre à la volonté des hommes, qu’ils soient policiers ou hauts fonctionnaires de l’État. La vérité, elle la détient et la soutient, malgré les menaces qui planent sur elle et ses proches.

Et pour documenter au mieux cette tragédie, des décors miniatures ont été façonné entre le lieu de l’agression et la prison, afin de redonner vie à ces traumatismes, le temps d’une réflexion et le temps d’un deuil. La voix de Zar Amir Ebrahimi, triomphant récemment dans Les Nuits de Mashhad, remplit également ces espaces vides, que l’on scrute avec suffisamment d’interrogations pour y projeter les fantômes de celles et ceux qui ont tutoyé le même fléau.

Œil pour œil, dent pour dent

De l’autre côté du miroir, ce sont des accusations que nous entendons et que nous devons appréhender. La justice est dans le déni et la corruption devient une banalité dans les échanges. La dernière voix qui s’élève face à tout ce chaos, c’est celle de Shole Pakravan, une mère qui s’est métamorphosée en martyre, afin de pouvoir changer le destin de sa fille, enchainée pour avoir résisté. Elle soutient donc son enfant, jusqu’à devoir encaisser la pression psychologique et médiatique de l’État. Mais ce qui frappe par-dessus tout, c’est cette fierté ou cet ego, au choix, qui positionne la famille de l’agresseur, nouant ainsi la corde qui attend Reyhaneh, au bout de son supplice.

Le pardon est de rigueur, mais l’accepter, c’est également se déshonorer, c’est ruiner sa réputation. Quand ces sentiments viennent se mêler avec une justice qui se souhaite évidemment élémentaire, plus rien n’a de sens. Il ne reste donc plus que les mots les plus sincères, pour espérer apaiser les souffrances. Les femmes prisonnières n’ont alors aucun mal à se confesser, plus aucun mal à se lier, malgré leurs différences et malgré leurs similitudes.

C’est là le point fort de la démarche, qui évoque la sororité, au-delà des murs et des chaines qui les séparent les unes des autres. Le droit des femmes peut ainsi exister.  Cet engagement soulève également toute la problématique de la liberté d’expression, à même le générique de fin, où les techniciens et les partenaires ont choisi l’anonymat pour le salut de cette œuvre testamentaire. Un choix qui n’est ni le premier, ni le dernier geste attestant du régime qui incite passivement l’individu à se fondre dans la masse et dans l’oubli.

Le premier long-métrage de Steffi Niederzoll en est conscient et relève le défi d’immortaliser la détermination des femmes ou de quiconque embrassant ce deuil et cette lutte, pour que leur mémoire vienne intimement se mêler à l’histoire de l’Iran, dans toutes ses contradictions. Sept hivers à Téhéran n’est donc pas plus un reportage militant sur la révolte d’une nation qu’un documentaire qui porte ses martyrs, essentiellement féminins, comme porte-étendard d’une génération libre. Libre de se défendre et libre d’exister. Il s’agit d’une lutte contre la déshumanisation, que l’on dénonce bien évidemment, mais dont on n’adoptera pas le point de vue, afin de donner de l’impulsion à cet infime espoir de voir la jeunesse aller jusqu’au bout de ses convictions.

Bande-annonce : Sept hivers à Téhéran

Fiche technique : Sept hivers à Téhéran

Réalisation : Steffi Niederzoll
Photographie : Julia Daschner, bvk
Son : César Fernández Borrás, Andreas Hildebrandt, Jocelyn Robert
Montage : Nicole Kortlüke
Musique : Flemming Nordkrog
Production : Made in Germany Filmproduktion, Gloria Films Production & TS Productions, WDR
Pays de production : Allemagne, France
Distribution France : Nour Films
Durée : 1h37
Genre : Documentaire
Date de sortie : 29 mars 2023

Synopsis : En 2007 à Téhéran, Reyhaneh Jabbari, 19 ans, poignarde l’homme sur le point de la violer. Elle est accusée de meurtre et condamnée à mort. A partir d’images filmées clandestinement, « Sept hivers à Téhéran » montre le combat de la famille pour tenter de sauver Reyhaneh, devenue symbole de la lutte pour les droits des femmes en Iran.

Sept hivers à Téhéran : l’impasse du talion
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La Colline : les damnés de la Terre

Après une première collaboration avec Lina Tsrimova, pour Avant que le ciel n’apparaisse (2021), le photographe et cinéaste Denis Gheerbrant, né en 1948 à Paris, se lance avec la jeune chercheuse d’origine russe dans un nouveau projet. Naîtra La Colline, documentaire saisissant, entièrement tourné sur une « colline » de déchets amoncelés à une dizaine de kilomètres de la capitale du Kirghizistan, Bichkek.

SYNOPSIS : Une colline au Kirghizistan parcourue par des hommes, des femmes, quelques enfants. Des fumées, des oiseaux, une déchetterie comme un Léviathan. Parmi eux, un ancien soldat traumatisé, une mère douloureuse et obstinée, des jeunes privés d’avenir, interrogent leur vie.

Un contraste s’établit d’emblée entre la promesse potentiellement bucolique du titre, et la réalité qui se dessine sous nos yeux : des pentes fument et rougeoient dans la nuit, à la manière des flancs d’un volcan, mais sont systématiquement fouillées, explorées, par des silhouettes laborieuses, qui s’activent silencieusement. Lorsque les plans suivants dévoilent le paysage diurne, le spectateur identifie une immense décharge à ciel ouvert.

Comme des insectes nécrophages sur un cadavre, des humains s’affairent, trient ces déchets selon leur nature – plastique, verre, emballages, tissus… – en des bruits que l’oreille parvient rapidement à discriminer, grâce à la prise de son très subtile effectuée par Denis Gheerbrant, également à l’image, puis au montage. Un montage qui, précisément, ne laisse pas prévaloir ce côté mécanique, animal, de l’activité humaine, et intègre bien vite des bribes d’entretiens, conduits en langue russe par Lina Tsrimova avec ces personnalités éminemment singulières, supportant d’habiter ainsi les marges de la société de consommation. Car plusieurs vivent une partie du temps sur cette colline même, ou dans une grande proximité.

Émerge ainsi en tout premier lieu Alexandre, ancien commandant au service de la Russie durant les guerres de Tchétchénie, et jamais totalement revenu de ces combats ; son épouse Lena, vantant la longévité de leur couple, dans un milieu où les duos se forment et se désagrègent comme des grains de sable poussés par le vent. Suivront les figures, infiniment attachantes, de Tadjikhan, douloureusement endeuillée, à soixante-deux ans, par la perte de cinq de ses enfants ; le beau visage, singulièrement serein, de l’un de ses fils, meurtri de voir sa mère accomplir, âgée déjà, un travail si pénible et si éreintant ; la jolie Djazira, quinze ans, qui connaît, malgré son jeune âge, la honte et l’ostracisme attachés à un métier regardé comme infamant…

Replongeant dans la nuit, les images prennent les couleurs et la beauté infernale des représentations de l’Enfer. Mais l’on sait que les pauvres diables qui s’agitent n’ont rien de bien diabolique et connaissent plutôt le sort des damnés eux-mêmes. La combustion des déchets restants donne encore lieu à une nouvelle et ultime récupération, celle des métaux, au cœur de la cendre.

Aucune voix off en commentaire, les images et les récits parlent d’eux-mêmes ; aucune musique, bien sûr ; Lina Tsrimova et Denis Gheerbrant signent un documentaire poignant, qui fait éprouver à l’Occident la honte face à toute forme de déchet. Le spectateur conservera longtemps encore en lui les images de ce territoire lunaire, ravitaillé par les camions à ordures. Et des nuées qui s’abattent alors sur eux. Nuées d’hommes et de corbeaux.

La Colline : Bande-annonce

La Colline : Fiche Technique

Réalisation : Denis Gheerbrant et Lina Tsirmova
Scénario : Denis Gheerbrant et Lina Tsrimova
Photographie, son et montage : Denis Gheerbrant
Sociétés de production : Pivonka – Naoko Films
Genre : documentaire
Durée : 77 minutes
Sociétés de production : Pivonka – Naoko Films
Dates de sortie : France – 21 mai 2022 (festival de Cannes) ; 12 avril 2023 (sortie nationale)

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4

Saules aveugles, femme endormie : le point de rupture

Qu’est-ce que la création si ce n’est un amalgame plus ou moins perceptible de notre imaginaire ? Saules aveugles, femme endormie y répond et Pierre Földes interroge le fond de l’humanité à travers une animation, toute aussi imparfaite, où gravitent des personnes ordinaires, qui ont en commun cette rupture avec leur réalité et leur quotidien routinier.

Peintre, compositeur et à présent auteur-réalisateur, le fils de Peter Földes, déjà connu dans l’animation, injecte le mouvement à sa narration décousue et pourtant d’une richesse infinie dans sa lecture. Pierre Földes nous propose alors un enchevêtrement astucieux de six nouvelles d’Haruki Murakami, dont ses romans ont également fait l’objet de sublimes adaptations, comme tout récemment avec Burning et Drive My Car. Il n’est donc pas si étonnant que le jury d’Annecy 2022 soit tombé sous le charme et on comprend rapidement les raisons après une telle expérience hypnotique.

Le moment de se séparer

Un effondrement le long d’un corridor obscur extirpe soudainement Komamura de son sommeil. Cette accroche catalyse tout ce qui va suivre, dans une fausse linéarité, où l’imaginaire des personnages servira de boussole dans leur tentative d’évasion. Dans la pièce d’à côté, sa femme Kyoko est affalée dans un canapé, tournée vers les désastres du tsunami qui frappe le Japon, la veille du printemps 2011. Un peu plus tard, c’est au tour de l’agent de banque Katagiri de ressentir les mêmes vibrations, celles qui nous empêchent de dormir et celles qui nous font prendre conscience du vide qui les consume.

Le tremblement de terre se révèle donc être le déclencheur pour ces trois individus, qui convoque leur imaginaire dans le but de mieux appréhender leur réalité. Komamura, confortable dans une routine où rien ne le stimule, va voyager. Kyoko, perdue dans ses souvenirs et ses amours, va briser les chaînes de sa destinée. Katagiri attend une forme de gratification après tant d’années d’efforts individuels. On trouve ainsi suffisamment de raisons pour que leur aventure introspective les pousse à fuir.

Quand une grenouille ninja géante, annonciateur d’un fléau, s’introduit dans le foyer de son présumé sauveur, il faut y reconnaître un alter ego et se laisser porter par tout ce que le protagoniste suggère, sous peine d’être relégué au rang de spectres, dont la transparence est à la fois un outil de narration à l’écran et une métaphore de la solitude. C’est pourquoi Földes peint par-dessus ses comédiens, jusqu’à atteindre l’expressionnisme souhaité.

Le moment de se retrouver

Une fois que l’on a les contours, il faut s’intéresser au contenu et c’est dans la seconde moitié du récit que l’on vient étudier les caractéristiques d’une « bulle d’air », lisse à l’extérieur, vide à l’intérieur. L’ambiance fantastique aide énormément l’intrigue chorale, qui ne lâche pas d’une semelle les conflits intérieurs des personnages, en les confrontant à leur passé ou leur fantasme. Le visuel joue de ses couleurs atypiques, que ce soit pour un chat ou de simples décors, que l’on ne surcharge en aucun cas, afin de faire transpirer cette sensation de malaise que partagent les héros.

De même, la partition de Földes gagne à amplifier les élans épiques ou bien à redonner du souffle au spectateur, investi et engagé dans ce labyrinthe mental. Chacun des personnages s’éloignera donc suffisamment loin de l’épicentre de leur mal-être pour enfin trouver la paix intérieure et pleinement l’accepter. Il suffit d’une rencontre, d’une retrouvaille ou bien d’une opportunité pour conjurer le sort, celui qui les avait autrefois aveuglé ou bâillonné dans une forme de capitulation qui leur convenait. Ces derniers finissent par s’accrocher à des branches qui ne les élèvent pas, bien au contraire, mais qui les ramènent vers la raison.

« Les blessures émotionnelles représentent le prix à payer pour être soi-même ». Haruki Murakami touche une vérité universelle dans ces mots, pleine de grâces et de sagesses. C’est ainsi que Saules aveugles, femme endormie nous apparaît, sans début ni fin pour encapsuler la maestria qui opère sous nos yeux. Il s’agit de les ouvrir entièrement, afin de les diriger vers soi et de prendre conscience d’un nouveau chapitre qui s’ouvre, avec ou sans point de chute.

Bande-annonce : Saules aveugles, femme endormie

Fiche technique : Saules aveugles, femme endormie

Réalisation & Scénario : Pierre Földes
Auteur de l’œuvre originale : Haruki Murakami
Création graphique : Pierre Földes
Direction artistique : Julien De Man
Supervision de l’animation : Julien Maret
Supervision du compositing : Mathieu Tremblay
Montage : Kara Blake
Sound design : Matthew Földes
Mixage : Michel Schillings
Musique originale : Pierre Földes
Production : Cinéma Defacto, Miyu Production
Pays de production : France, Luxembourg, Pays-Bas, Canada
Distribution France : Gebeka Films
Durée : 1h49
Genre : Animation
Date de sortie : 22 mars 2023

Synopsis : Un chat perdu, une grenouille géante volubile et un tsunami aident un attaché commercial sans ambition, sa femme frustrée et un comptable schizophrène à sauver Tokyo d’un tremblement de terre et à redonner un sens à leurs vies.

Saules aveugles, femme endormie : le point de rupture
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3.5