Desert Hearts de Donna Deitch : rendre l’amour possible

Si Donna Deitch avait une sœur de cinéma contemporaine, ce serait Céline Sciamma. En effet, comme la réalisatrice de Portrait de la jeune file en feu, celle de Desert Hearts filme un amour interdit qu’elle rend possible. Un amour qui s’écrit sous nos yeux, un amour qui sera celui du souvenir ou de l’avenir, rien n’est déterminé à l’avance. Une première pour un film comme Desert Hearts, sorti en 1985.

Désert et désir 

Desert Hearts commence par l’arrivée d’un train. C’est une femme, Viviane, qui en descend et rejoint une autre femme, Frances, dynamique, pleine d’entrain. Dans la voiture, elles discutent du divorce de Viviane qui s’inquiète du moment de calme qu’elle est venue chercher dans le désert. Et oui, en effet, comment survivre à la chaleur ? Les conseils de Frances sont pragmatiques. Elle parle de survivre, pas de désirer, ni de vivre. Bientôt, les deux femmes sont doublées à toute allure par une plus jeune : brune, farouche, pas froid aux yeux. C’est Cay qui s’élance dans la vie comme sur cette route, sans faire attention aux autres. Ou plutôt aux pensées des autres sur ce qu’elle doit faire ou non. On comprendra assez vite que Cay est lesbienne et que ça ne plaît pas à grand monde, surtout pas à Frances. On comprend surtout que Viviane, qui s’était enfermée cinq jours dans sa chambre pour travailler et oublier, va vite perdre le calme pour gagner le trouble du désir.

Résistances

C’est alors que Viviane entre en résistance pour ne pas céder aux avances de Cay. Cette dernière, présentée comme une tombeuse, est en train cette fois de tomber amoureuse. La réalisatrice montre d’abord un amour empêché, empêtré même, mais qu’elle va peu à peu rendre possible. Et c’est cette éclosion du possible, qui fait naître une scène d’une belle sensualité, qui est passionnante à suivre. Il n’est pas rare pour les films traitant d’homosexualité d’être réalisés comme des drames. Ici, si nous avons notre lot de cris et de larmes, quoique jamais excessifs, l’engagement des deux femmes l’une envers l’autre va mener le film vers la lumière. Quand Céline Sciamma écrit pour Téchiné une scène d’acceptation de coming-out, « belle à vivre dans la vie, comme au cinéma », elle rejoint Donna Deitch qui filme un amour qui nait alors même que tout l’empêche d’exister, et surtout une Cay que rien n’arrête, qui ne renonce pas. On parle d’audace, de résistance, ça fait du bien !

De l’art de bien finir…

Jusqu’au bout cependant la tension est palpable, entière. Il y a de belles scènes dans cet énorme terrain de jeu qu’est le ranch dans lequel est réfugiée Viviane. L’enjeu de la mise en danger de soi est présent très souvent. Quand elles prennent le volant notamment, quand il est question des défis à mener face aux autres. La réalisatrice met en scène ses deux amoureuses au cœur de la société, pourtant en apparence reculée. Que ce soit une société de femmes, au ranch ou celle du casino dans lequel travaille Cay, tout est fait pour isoler les deux protagonistes. Au final, leur amour fait barrière à la société sans qu’elles aient besoin de le formuler, ce sont leurs corps qui s’émancipent peu à peu, qui s’affranchissent de la foule. Ils se rejoignent dans la solitude pour mieux se libérer. C’est encore un train qui clôt le film et qui met fin à une légende selon laquelle, au cinéma, les amours lesbiennes « finissent mal, en général »

Bon à savoir

La réalisatrice a mis du temps, de l’énergie pour achever la production de son film, au ton résolument audacieux. Il a fait grand bruit en 1986 dans des festivals comme celui de Sundance, la réalisatrice étant plutôt une habituée du film documentaire, puis s’est rapidement imposé comme un classique du film lesbien avec son intrigue tournée vers l’optimisme.

Desert Hearts : Bande annonce

Desert Hearts : Fiche technique

Synopsis : En 1954, Viviane Bell, professeur de littérature à New York arrive à Reno dans le but de divorcer. Elle est hébergée dans un ranch par Frances Parker. Réservée, peu sûre d’elle, cette grande intellectuelle a prévu de travailler afin d’oublier. Elle s’enferme dans sa chambre et s’isole en plein cœur du désert américain. Alors qu’elle avait envisagé un séjour tranquille et apaisant, Viviane fait la connaissance de Cay, la belle-fille de Frances. Cette jeune femme de 25 ans est sculpteuse mais gagne sa vie en travaillant comme caissière dans un casino. Ouvertement lesbienne bien que son choix de vie déplaise à Frances, Cay tombe bientôt amoureuse de Viviane. Seulement malgré sa fascination pour Cay, Viviane, de 10 ans son aînée, commence par ignorer son désir. Et cède finalement à celui-ci. Au coeur du Nevada, en plein désert aride, Viviane et Cay, en vivant leur amour au grand jour, défient une société rigide, hypocrite et intolérante.

Réalisation : Donna Deitch
Scénario : Nathalie Cooper, d’après l’oeuvre de Jane Rule
Production : Donna Deitch
Interprètes : Helen Shaver, Patricia Charbonneau, Audra Lindley, Andra Akers, Dean Butler…
Photographie : Robert Elswit
Montage : Robert Estrin
Société de production : Samuel Goldwyn Compagny
Durée : 96 minutes
Année de production : 1985

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3.5

Festival

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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