Skam France : l’amitié, un village pour porter l’adolescence au sommet

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La saison 7 de Skam se termine sur cette idée qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Et la série tout entière dit qu’il faut des amis, une bande de potes, pour construire une adolescence solide où l’on apprend à tomber, à trouver une place dans le monde, même incertaine. Une adaptation réussie (de la version originale norvégienne) pour une série française loin des habitudes de France Télévision (grâce à sa superbe idée, France TV Slash).

« La jeunesse est un art »

Skam, c’est d’abord une bande de potes qui se constitue au fil des deux premières saisons. C’est là que nait le « crew » composé d’un kaléidoscope de visages et de personnalités. Sur cette construction, la série va peu à peu dessiner les destins de certains d’entre eux. En effet, à partir de la saison 3, c’est sur un personnage et sa problématique personnelle qu’une saison va se focaliser. On entre dans la série sans se poser trop de questions, nous sommes directement dans l’action. Il semble qu’un fossé se creuse entre Yann et Emma. Lucas ne semble pas y être pour rien. Au-delà de cette sorte de rivalité amoureuse, autre chose s’écrit. Les deux ados apprennent à se séparer sans se déchirer. C’est déjà une belle leçon.  Alors Emma s’émancipe de cet amour et se construit des amitiés, ce qui est assez nouveau pour elle. Elle rencontre une autre âme esseulée, Manon. Toutes deux vont bientôt être rejointes par Daphnée,  Alexia et Imane. Tout ne tient qu’à un fil : la pétillante et un peu naïve Daphnée veut organiser une fête pour devenir populaire. Le crew est né. Cette bande de filles nait d’une idée toute simple : rien ne les rassemble et pourtant elles vont s’aimer et s’épauler. C’est le chant de l’amitié qui a frappé « parce que c’était lui, parce que c’était moi »,  ça ne s’explique pas.  Pourtant, à l’écran, l’étincelle se fait immédiatement.

« Qu’importe le ridicule si tu m’escortes »

Le charisme des acteurs et actrices y est certainement pour beaucoup, tous livrent une belle partition à des personnages très nuancés qui se dévoilent au fil des saisons. Les filles seront rejointes par Basile, Lucas, Yann et Arthur. De temps en temps, Eliott pointera lui aussi le bout de son nez (sa place étant plus grande qu’il n’y paraît comme en témoigne le final de la saison 5). Ce crew va se planter, se déchirer, se reformer, bref grandir ensemble durant six saisons. La septième et la huitième (qui n’a pas encore été diffusée) s’intéresseront, quant à elle, à une nouvelle amitié. Tout est ici abordé de la fragilité adolescente mais surtout de son impression constante d’avoir raison, d’avoir déjà tout compris du monde. Les héros de Skam sont comme celle de Travolta et moi (réalisé par Patricia Mazuy pour Arte), ils sont persuadés d’être déjà aboutis. Pourtant, ils se plantent souvent mais trouvent à leurs côtés des béquilles éternelles qui les entourent. La série aborde donc des thèmes aussi variés et « actuels » que le coming-out, la religion (et la manière de la concilier avec sa vie adolescente, sans se sentir rejetée), le racisme, la surdité (et au-delà le handicap), le viol, les addictions, les grossesses adolescentes. Bref, un panel qui paraît un peu fourre-tout résumé ainsi mais qui permet de confronter nos personnages autant à eux-mêmes qu’à l’altérité. Si le schéma paraît parfois un peu didactique, il est contrebalancé par l’humour et l’émotion toujours bien dosés.

Partager des solitudes 

L’impression qui domine, c’est de vivre avec nos personnages au rythme des fêtes et des questionnements. La solitude s’écrit aussi bien que dans 17 filles, mais la force du groupe également. Et les histoires se poursuivent de saison en saison, il n’y a pas que des miracles qui bouclent les saisons permettant de passer à autre chose.  En regardant le chemin emprunté par Daphnée et son évolution, on voit comment la série nourrit ses personnages, comment elle leur laisse le temps de se dévoiler. Et l’on sait que ces ados n’en n’ont pas fini d’en voir de toutes les couleurs, pourtant parfois ils s’apaisent et trouvent un chemin à emprunter. C’est cela simplement que dit la série. Skam en norvégien signifie « la honte » qui ici s’efface car chacun sait s’entourer et comme le dit Alex  Beaupain « qu’importe le ridicule si tu m’escortes »…

Saison 7

La dernière saison diffusée ce jour, la septième donc, voit un nouveau groupe s’émanciper : la mif. Il réunit Lola, Maya, Tiffany, Jo, Max, Bilal, Redouane autour de la naissance cachée puis révélée du bébé d’un des personnages. C’est un déni de grossesse qui est à l’origine de cette naissance inattendue et non désirée. Mais ce n’est pas que cela que la saison raconte. En changeant un peu son schéma, ce n’est plus tant la révélation qui libère que la lente acceptation de soi, la série prend une nouvelle tournure. En sort une certaine mélancolie mais aussi une rage à vouloir être vivants. Avec les textes et la voix d’Owlle, la chanteuse, on peut voir des scènes aussi belles et douces qu’une jeune mère qui se baigne avec son enfant au son de « nos corps enlacés, lassés de leur guerre ». Voilà que dans le tumulte du monde, un réconfort est possible. Bien sûr, les doutes et les erreurs persistent. Mais ensemble et amis, ces différents groupes se soutiennent avec cette idée toute bête et belle qu’un enfant ne s’élève pas seul. C’est une myriade de rencontres, de sourires, de visages, d’erreurs qui le forgent… Cette fois quand le vent se lève, il faut non seulement tenter de vivre, mais aussi, comme le chante si bien Owlle, garder les liens précieux qui nous aident à affronter la vie. « Est-ce que tu sens quand le vent se lève/Et qu’il tire sur ce lien que rien ne peut défaire… » , chante-t-elle et c’est sur cela que l’on décide de conclure en attendant la huitième (et dernière ?) saison de Skam France, qui débutera lundi 3 mai 2021.

Skam France : bande annonce

 

Festival

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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