Split d’Iris Brey : retour sur les 3 premiers épisodes présentés à Serie Mania

Lors du festival Série Mania 2023, Iris Brey a présenté sa toute première série de fiction Split. Une série avec des split screen, des répliques qui claquent, des femmes qui s’aiment et des cascades. Que demander de mieux? La série sera diffusée sur France Tv Slash qui nous a déjà offert d’autres pépites telles que Skam ou encore Chair et tendre.

Regards 

En matière de séries, Iris Brey se pose en spécialiste depuis de nombreuses années, notamment avec des ouvrages tels que Sex and the Series (2018, qui a aussi été déclinée en série documentaire visible sur Canal Plus) ou encore Le regard féminin, une révolution à l’écran (2020). Autant de publications qui ont interrogé la question du genre à l’écran, de la représentation du féminin et surtout du regard. Iris Brey intervient aussi régulièrement dans Le Cercle Séries pour parler notamment de séries féministes, on pense notamment à ses recommandations autour de la série Killing Eve. Alors quand on la voit passer derrière la caméra pour réaliser une fiction, forcément son regard est attendu au tournant. Split raconte l’histoire d’une cascadeuse qui tombe amoureuse de l’actrice qu’elle double. Une histoire de sororité, de lesbiennes aussi, mais sans drama. Si Anna s’interroge sur sa vie sexuelle et amoureuse, puisqu’elle est en couple avec un homme au moment où elle rencontre Eve, il n’y a pas de grande scène de rupture dans Split, ni de tristesse affichée.

A mon seul désir

Iris Brey filme plutôt la naissance d’un amour entre deux femmes, la survenue du désir, son assouvissement doux et léger. Quand elle raconte ces femmes, c’est dans l’action toujours qu’elle les filme : en plein collage de rue, on retrouve le « on te croit » croisée chez Lucie Borleteau, en plein tournage. Elles discutent aussi littérature, vocabulaire, à travers des répliques qui claquent, « autrice, c’est comme impératrice, faut s’habituer, c’est tout ». La série tout en interrogeant et en mettant en scène l’importance du regard, raconte aussi la puissance des mots, leur pouvoir libérateur. En nommant, en filmant, Iris Brey fait exister des personnages peu représentés. En tout cas, peu représentés ainsi, avec beauté, incandescence et douceur. Voir ces deux-là rire de s’être aimées lors d’une séance de cinéma une fois que la lumière se rallume vaut tous les plans du monde.  Les trois premiers épisodes racontent la promesse de cette rencontre, la douce caresse qu’elle procure.

Bouger les lignes

A l’aide de split screen très bienvenus, la réalisatrice découpe l’image comme pour semer le trouble entre les visages et les corps de ses héroïnes, mieux les rassembler, les rapprocher. Surtout, cela permet de leur offrir aussi des identités séparées qui s’additionnent mieux ensemble. Ces plans sont aussi l’occasion de donner la part belle aux décors, aux objets, à la nature. Split est aussi une petite merveille graphique, pensée pour rendre hommage aux plateaux de tournage. Surtout, à ce qu’on ne veut plus y voir. On pense notamment à deux scènes : celle où Eve doit jouer une scène d’agression (elle remplace Anna une fois la cascade réalisée), Anna intervient car cette scène est trop intense, intime pour l’actrice, dont le corps est déjà meurtri. La seconde est une scène de cascade où Anna se retrouve comme ligotée et où plus de douceur est attendue. Deux scènes en apparence anodines mais qui disent beaucoup de l’intention d’une série qui veut des représentations positives des corps notamment. Sur le vrai tournage de Split, il y avait d’ailleurs des coordonnatrices d’intimité, nom un peu barbare pour encadrer les scènes intimes, protéger les acteurs et surtout les actrices. Pas une invention si factice, en tout cas un engagement à plus de sérénité dans les rapports humains. Split, en tout cas dans ces trois premiers épisodes, répond clairement au défi lancé par le « regard féminin » tel que raconté par Iris Brey soit « se placer au cœur de l’expérience féminine et de ce que les héroïnes ressentent ». Avec l’aide des deux actrices Jenny Beth et Alma Jodorowksy cette plongé dans l’expérience féminine est d’une beauté à la fois douce et sauvage, jamais caricaturale et  capable de montrer des récits de « lesbiennes heureuses » comme on en a peu…

L’enjeu ici n’est pas tant le coming out que l’avènement de l’histoire d’amour dans la lignée de Portrait de la jeune fille en feu Desert Hearts ou encore Seule la joie. Raconter la joie, filmer les regards, la réalisation d’un amour, c’est aussi ça bouger les lignes !

Split – Fiche technique

Synopsis : Sur le tournage d’un film, Anna, une cascadeuse de 30 ans, tombe amoureuse de la star qu’elle double. Elle, qui se pensait heureuse dans son couple, va-t-elle avoir le courage de sortir de l’hétérosexualité pour se confronter à ce désir bouleversant ?

Réalisation : Iris Brey
Interprètes : Alma Jodorowsky, Jehnny Beth, Ralph Amoussou
Scénario : Iris Brey, Clémence Madeleine-Perdrillat
Production : Cinétévé
Format : 5 x 20 minutes
Diffusion : septembre 2023 sur France TV.slash

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.