Un Varón : sensibilité en banlieue colombienne

Plutôt que de montrer de front la violence qui sévit dans les quartiers pauvres d’Amérique du Sud, Un Varón, premier long-métrage du réalisateur Fabián Hernández, préfère s’arrêter sur la thématique de la masculinité pour livrer une œuvre sensible, bien que maladroite.

Synopsis Carlos vit dans un foyer du centre de Bogotá, un refuge où la vie est un peu moins rude qu’à l’extérieure. À l’approche de Noël, il aimerait simplement partager un moment avec sa mère et sa sœur. Mais la violence des rues de son quartier, où règne la loi du plus fort, ne cesse de le rattraper. Il doit faire un choix entre adopter les codes dominants d’une masculinité agressive ou embrasser sa nature profonde…

Les conditions de vie dans les quartiers pauvres d’Amérique du Sud sont exécrables voire dangereuses. Internationalement, ce n’est un secret pour personne tant les productions de cette région du globe nous ont dépeint cette dure vérité. Tellement de fois que cela en est presque devenu un cliché de voir un film colombien, brésilien ou autre sortir dans nos salles pour nous parler de la violence extrême sévissant dans ces quartiers. De ses enfants qui se retrouvent malgré eux endoctrinés dans d’inévitables guerres de gangs. Du quotidien de ses personnes devant se confronter aux armes à feu, à la drogue et à la prostitution qui parasitent leur quotidien. Bref, des quartiers – pour ne pas dire bidonvilles – qui feraient pâlir les banlieues décrites dans les récents BAC Nord et Athena. Une thématique qui semble usée jusqu’à la corde – sans paraître péjoratif dans ces propos – et qui nous fait demander ce qu’un nouveau long-métrage pourrait bien nous apporter. Le nouveau titre en date, Un Varón, n’avait donc à première vue rien de bien rafraichissant à raconter. Mais comme tout cliché, il faut aller au-delà de l’image rejetée pour en comprendre les fondements et les motivations. Ce qui permet d’offrir comme ici une toute autre perspective sur le sujet.

Car avec Un Varón, ne vous attendez pas à une œuvre aussi crue et brutale que La Cité de Dieu et consorts. Pour son premier long-métrage, l’ambition du réalisateur Fabián Hernández est ailleurs. Certes, le film évoque la prostitution via la sœur du jeune protagoniste, mais cela s’arrête à quelques répliques. La violence de ces fameux quartiers est dénoncée, mais sans jamais passer par de grandiloquentes séquences de fusillades entre bandes. « Juste » une arme à feu sortie d’une poche ou bien une agression sous forme de racket. Ici, ce qui intéresse le cinéaste, c’est la sensibilité enfouie dans chacun de ses malheureux adolescents, devant faire preuve d’une exubérante et toxique masculinité pour survivre. Au point d’aller à l’encontre de qui ils sont réellement. Un Varón, c’est le portrait d’un jeune garçon qui se façonne malgré lui afin de se faire accepter. Qui doit impérativement cacher sa nature profonde, alors que celle-ci ne demande qu’à exploser au grand jour. C’est donc par le biais d’une œuvre beaucoup plus sensible qu’à l’accoutumée que Fabián Hernández nous touche, et il y arrive de manière convaincante.

Bien qu’étant une fiction, Un Varón démarre tel un documentaire qui donne la parole à plusieurs jeunes afin de capter leur point de vue. Prenant place dans un refuge pour jeunes, rempart à la violence des quartiers, la caméra du réalisateur évite tout artifice de mise en scène pour retranscrire la sensibilité de ces adolescents. Lors de témoignages à cœur ouvert, d’une soirée en mode boum ou bien de l’extase éprouvée devant un épisode des Looney Tunes. En prenant le personnage de Carlos comme point de repère, Fabián Hernández nous guide parmi ces jeunes qui apportent un peu de soleil dans ces quartiers. Et c’est en cela que la première partie d’Un Varón est une réussite. De par sa simplicité et son naturel, le film parvient à nous toucher et capter notre attention par l’humanité dont il fait preuve.

Malheureusement, ce constat s’amenuise peu à peu dans une seconde partie qui semble faire du surplace. La fiction reprenant le pas sur l’aspect documentaire, le long-métrage décide de suivre plus longuement Carlos en dehors des murs du refuge. De le voir se confronter à cette fameuse masculinité. Si Un Varón peut compter sur l’excellente interprétation de sa tête d’affiche (Felipe Ramírez) et la justesse de certaines séquences véritablement prenantes (Carlos en larmes au téléphone avec sa mère, ou encore le dilemme final auquel il est confronté), il souffre néanmoins d’une intrigue qui nous laisse un peu trop sur notre faim. Et pour cause, Un Varón semble se contenter de filmer des situations qui s’éternisent, sans réellement faire avancer son récit. Ce dernier pourrait d’ailleurs se résumer à Carlos renforçant une carapace qui va finalement éclater face à un dilemme moral de trop. Mais quid de sa sœur ?  Comment va réagir la bande face à son choix final ? Carlos va-t-il assumer sa sensibilité par la suite ? Il est clair qu’un film n’est pas censé tenir le spectateur par la main. Mais il est tout de même dommage qu’Un Varón laisse beaucoup trop de questions sans réponse. Telle une histoire incomplète et limite artificielle, qui pose bon nombre de bases pour finalement les mettre de côté sans raison.

Pour le coup, il aurait sans doute été plus judicieux que le long-métrage garde son aspect documentaire jusqu’à la fin, quitte à en adopter tout bonnement le statut. Afin de préserver comme il se doit sa simplicité et surtout la sensibilité dont le projet fait preuve. Ou alors Un Varón aurait très bien pu se contenter d’être deux courts-métrages bien distincts et maitrisés, plutôt que deux œuvres qui donnent l’impression d’avoir été mises bout à bout. Il n’est jamais facile pour un réalisateur de passer du format court au long, et c’est ce qui pèche clairement avec Un Varón. Mais qu’à cela ne tienne ! Malgré sa maladresse d’écriture, le film reste dans l’ensemble un coup d’essai assez convaincant pour Fabián Hernández, qui travaille déjà sur son second long-métrage (Les Oiseaux). Autant dire que le cinéaste pourra ainsi corriger les imperfections d’Un Varón. Et il est certain que nous serons au rendez-vous pour suivre sa filmographie naissante !

Un Varón – Bande annonce

Un Varón – Fiche technique

Réalisation : Fabián Hernández
Scénario : Fabián Hernández
Interprétation : Felipe Ramírez (Carlos), Juanita Carrillo Ortiz (Nicole), Diego Alexander Mayorga (Bastidas), Jesús Alberto Cuero (Camelo)…
Photographie : Sofía Oggioni
Décors : Juan David Bernal
Costumes : Catherine Rodríguez
Montage : Esteban Muñoz
Musique : Mike et Fabien Kourtzer
Producteurs : Manuel Ruiz Montealegre, Louise Bellicaud, Claire Charles-Gervais, Ilse Hughan, Christoph Hahneiser et Josune Hahneiser
Maisons de Production : Medio de Contención Producciones, In Vivo Films, Fortuna Films, Black Forest Films et RTVC Play
Distribution (France) : Destiny Films
Durée : 82 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  15 mars 2023
Colombie, France, Pays-Bas, Allemagne – 2022

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Festival

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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