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« DC Vampires » : le loup dans la bergerie

Les éditions Urban Comics publient le premier tome de DC Vampires, intitulé « Invasion ». James Tynion IV, Matthew Rosenberg et Otto Schmidt y façonnent un univers alternatif, contaminé par le vampirisme, où la dualité et l’horreur occupent une place de choix.

DC Vampires : Invasion, premier tome d’une série écrite par James Tynion IV et Matthew Rosenberg, arbore un style graphique à la fois sombre et dynamique, caractérisé par le trait incisif d’Otto Schmidt. Les auteurs y donnent vie à un récit horrifique mené tambour battant, où les super-héros DC se voient confrontés à une menace aussi insidieuse que mortelle, tapie dans l’ombre mais prête à semer le chaos : une invasion de vampires.

Dès les premières pages, l’apparat visuel et narratif fait son œuvre : des expressions variées, peignant une gamme émotionnelle riche, des vampires dont le degré de monstruosité varie sensiblement, des révélations au compte-gouttes sur la dualité des personnages, entraînés dans des jeux de duplicité censés leur permettre de gangréner la Justice League. L’album façonne, assez habilement, un climat paranoïaque où les alliances demeurent incertaines et la trahison, monnaie courante.

Le récit, axé sur la rivalité entre super-héros et vampires, avec toutes les interrogations qui en découlent (dans une veine proche de The Thing ou The Faculty), explore aussi, en filigrane, la psychologie de certains personnages. Confrontés à des situations extrêmes, Batman, Damian Wayne et Dick Grayson vont se révéler peu à peu. La rivalité entre les deux derniers cités atteint de nouveaux sommets dans un contexte apocalyptique où la figure du père-mentor est longuement invoquée. Ces intrigues apportent une nouvelle dimension aux héros DC, qui doivent faire preuve d’adaptabilité et de résilience face à une menace qui ne cesse de se réinventer.

DC Vampires revisite (certains diront qu’il le malmène, voire qu’il le falsifie) l’univers DC, avec une interprétation sombre et horrifique qui, tout comme DCeased ou Marvel Zombies, exploite le concept des héros infectés par un virus ou une malédiction. L’implication d’adversaires classiques tels que Lex Luthor, ou inattendus (dans une large mesure), renforce l’atmosphère de tension palpable.

Cela étant, la série n’est pas dénuée de défauts. Elle souffre de choix scénaristiques discutables et d’une surenchère de violence qui tend à éclipser le développement psychologique des personnages. Ces derniers s’avèrent parfois personnifiés de manière peu cohérente et l’entreprise narrative menée par James Tynion IV et Matthew Rosenberg présente un manque d’originalité difficilement contestable, puisqu’elle se contente de reprendre, sans les réinventer, des concepts déjà vus et revus ailleurs.

Malgré ces faiblesses, DC Vampires : Invasion offre une relecture intéressante de l’univers DC, dans une célébration évidente du genre horrifique. Le récit se lit d’une traite et, bien qu’il manque de consistance, parvient à susciter l’intérêt par son impact visuel et la duplicité qui en tapisse les arcs narratifs.

DC Vampires : Invasion, James Tynion IV, Matthew Rosenberg et Otto Schmidt
Urban Comics, avril 2023, 208 pages

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2.5

Simon, une aventure américaine édifiante

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Né en Amérique du sud, Simon y revient en 1818. Venu d’Espagne en bateau, il est en quête de ses origines. Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’il débarque à Valparaiso en pleine ambiance révolutionnaire, avec la confusion et la fureur qui l’accompagnent logiquement.

En Europe, l’épopée napoléonienne résonne encore dans toutes les têtes. Pour Simon, la vérité se situe quelque part en Amérique du Sud où il n’a passé que ses premières années, avec sa mère, Mercedes Tejedor, une belle héritière, qui aimait Manuel Valdés Salvatierra « un aristocrate, lui aussi, lecteur de Rousseau et révolutionnaire de la première heure ». Mais « ils n’ont jamais pu se marier. Aucun curé de Lima n’aurait accepté de célébrer des noces entre la belle héritière et le révolutionnaire athée ». De plus, Mercedes a dû jouer avec le feu, car, alors que Simon était encore trop jeune pour comprendre grand-chose, elle s’est arrangée en catastrophe, pour que le docteur Olaguer le prenne sous son aile. Mercedes venait de comprendre que, sous peu, leur maison ressemblerait à l’enfer. Ainsi, le docteur Felipe Olaguer emmena l’enfant avec lui en Espagne, chez une tante de Mercedes (ou d’Olaguer ?), à Cadix. De sa mère, Simon ne conserve qu’une lettre écrite à la va-vite, où ne figure aucune information concernant ses origines, ainsi qu’une photo dans un camée (où il n’a même pas droit à un sourire chaleureux). Lui restent bien des questions… Pourquoi sa mère fit-elle confiance à Olaguer ? Olaguer aurait-il un lien avec la famille dont Simon est issu ? Logiquement, Simon cherche donc Felipe Olaguer qui est devenu soldat : colonel dans l’armée rebelle. D’après les informations de Simon, « … de Lima, Olaguer s’est rendu à Buenos-Aires pour parvenir au Chili avec cette armée irrégulière que San Martin a organisée à Mendoza. »

Réorganisation

En Amérique du sud (1818), l’époque est à la confusion. Les rebelles dont il est question s’opposent (comme ils peuvent, car, question organisation, il semble que cela parte un peu dans tous les sens), à la domination espagnole. De plus, il faut savoir qu’à l’époque, l’organisation étatique telle que nous la connaissons n’existait pas. Puisqu’il est question de Lima, ce n’était encore qu’une ville et non la capitale du Pérou, État qui n’existait pas encore. Le petit dossier en fin d’album situe bien les enjeux que cet album illustre.

La révolution en marche

À la recherche des traces de ses origines personnelles, Simon suit la seule piste possible, celle qui le mène vers Felipe Olaguer. Mais celui-ci est occupé à bien autre chose (faire la guerre) que d’expliquer ce qu’il sait de ses origines à ce jeune freluquet. D’ailleurs, en a-t-il seulement l’envie ? Peut-être même a-t-il des consignes de la mère de Simon. Toujours est-il que Felipe Olaguer accepte de dialoguer avec Simon à la condition que celui-ci l’accompagne en s’engageant à ses côtés pour combattre les Espagnols. La narration nous immerge donc dans cette ambiance bizarre où on ne sait plus très bien qui est avec qui et qui défend quel intérêt. Dans cette confusion ressortent les aléas auxquels Simon se retrouve soumis. Ainsi, il se retrouve un peu par hasard à surveiller Juana, une belle jeune femme emprisonnée, qui doit prochainement être passée par les armes et que Simon associe aussitôt à sa mère (exécutée au motif qu’elle aurait trahi le roi). Simon tombe sous le charme de Juana qui, malheureusement, se révèle totalement inaccessible. Coïncidence, dans un bordel Simon tombe sur une autre Juana, qui fait de lui un homme. À défaut d’obtenir la Juana qu’il désire, il en obtient donc une autre. Et, à défaut de retrouver sa mère (morte donc depuis longtemps), ou son père (encore en vie), il héritera d’un nouveau-né qui ne connaîtra jamais sa mère. La roue tourne, mais la vie est un éternel recommencement que les Argentins Carlos Trillo (scénario) et Eduardo Risso (dessin) mettent en scène avec intelligence.

Destins individuels

L’album a donc le mérite de faire sentir l’ambiance de l’époque en Amérique du sud, avec tous les types d’intrigues et de personnages qui ont contribué à la marche de l’Histoire. Bien entendu, un album de 92 planches ne peut pas rendre compte dans sa complexité de la multitude des événements qui comptent, alors les auteurs ont le bon sens de se contenter de suggérer cette complexité en immergeant Simon dans l’ambiance de l’époque et en lui assignant une recherche qui le place en plein milieu de l’agitation. Leur subtilité est d’établir des échos entre ce dont Simon est témoin et ce que sa mère a vécu et subi une petite vingtaine d’années plus tôt. Ils ont également l’intelligence de faire sentir les effets de la marche du destin. Les sentiments qui s’éveillent en Simon sont partagés, mais il comprend que, malgré leur force, ils ne pèsent pas lourd dans la balance du destin (cruel), qui lui réservera quand même une sorte de compensation et surtout un écho de ce que sa mère a subi. Autant dire que les péripéties personnelles auxquelles Simon fait face sont beaucoup plus marquantes que celles plus générales. Le dessin, de qualité, est mis en valeur par un beau noir et blanc. L’ensemble justifie largement la réédition-anniversaire d’un album dont la parution initiale date de trente ans (1993).

Simon, une aventure américaine, Carlos Trillo et Eduardo Risso
iLatina (collection Grandes autores), mars 2023, 92 pages

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4

Before Sunset : réinitialisation des mémoires

Film qui s’éloigne radicalement de la structure classique hollywoodienne, étude de cas sur les circonstances permettant ou non de communiquer ses désirs, Before Sunset se caractérise par son usage réaliste des intuitions et des mémoires, quand le passé peut être reconsidéré et ouvrir des perspectives nouvelles. Une réussite qui dessine les contours séduisants d’une possible renaissance amoureuse.

La première force du long-métrage réside dans les retrouvailles entre Jesse et Céline, neuf ans après Before Sunrise. Jesse fait alors la promotion de son livre qui relate les événements de ce précédent volet — ou comment un film devient un objet littéraire. Du point de vue de l’écrivain, il s’agit de l’usage de l’art et de l’autobiographie pour leurs vertus thérapeutiques : se remémorer les aspects saillants d’une expérience, éclaircir les zones d’ombre, prendre conscience de ses séquelles, faire le point. Mais c’est aussi une finalité pratique : retrouver Céline. Le roman possède ainsi une fonction, presque une ergonomie. Il provoque le destin, ouvre un nouveau champ des possibles afin de revoir les conditions de son existence.

Espoir d’un renouveau dans un champ d’actions limité

Le film repose sur les échanges entre Céline et Jesse durant une fin d’après-midi dans un Paris ordinaire, avec ses éclats solaires, ses petites ruelles, ses parcs, ses bateaux-mouches et ses vieilles résidences. La connexion, le coup de cœur instantané qu’ils ont eu dans Before Sunrise conditionne la teneur et la portée de leur nouvelle rencontre. Le déroulement en temps réel, et le fait que Jesse doit prendre l’avion dans un peu plus d’une heure, offre un espace-temps plutôt court aux deux acteurs pour se réapprivoiser. Il s’agit d’une excursion avec une échéance, une interruption qui est programmée. Cette durée limitée réduit le champ d’action, ce qui génère un stress, même si l’espoir de voir une magie s’opérer entre eux et changer le cours de leur vie reste possible. Un mélange de crainte et d’excitation prédomine.

Quand le passé ne permet pas toujours de partager ses désirs

Ce qui est arrivé dans le premier épisode est parfois vague, flottant, évanescent, parfois plus clair, précis et préservé. Lire le roman de Jesse a permis à Céline de se voir à travers lui et de se rappeler à quel point elle était romantique, optimiste, ce qui est moins le cas désormais. Ils sont les héros d’un livre dont une nouvelle page est à écrire.

La mémoire est une chose merveilleuse si on n’a pas à revenir en arrière.

Leur interaction implique les risques de la sincérité, de la conformité entre ce qui est dit et ce qui est pensé, le tout en fonction des circonstances actuelles. Jesse partage des vérités cachées avec de l’humour pour ne pas être franc, tandis que Céline ment plus directement à l’occasion. Ils ne peuvent être explicites tout le temps. Il y a des sous-textes, de l’infra-verbal.

Les conversations alternent les sujets d’intrigues (situation amoureuse, familiale, pensées liées à leur histoire) et les sujets annexes. Ces sujets annexes provoquent chez eux une synergie, une stimulation partagée. Un double intérêt se manifeste alors : intérêt de ce qu’ils racontent en tant que tel, en abordant plus ou moins frontalement comment ils envisagent l’avenir, et intérêt de ce qu’ils communiquent en parallèle. Le plaisir manifeste qu’ils ressentent durant leur échange permet accessoirement de rassurer le spectateur.

Leurs dialogues sont l’occasion de poser des réflexions intéressantes sur la part d’innée et la part d’acquis, le sentiment de solitude, qui est parfois plus grand quand on est à côté de quelqu’un que lorsqu’on est vraiment seul, le fait que les personnes généreuses n’ont pas l’ego qui en ferait des leaders, l’avantage de la vieillesse, de l’expérience, qui permet de faire en sorte que les choses deviennent plus immédiates, ou ce que l’on perd quand une romance s’achève.

  Je n’ai jamais pu oublier les gens que j’ai aimés, parce que chaque personne avait des qualités spécifiques. On ne peut remplacer personne. Ce qui est perdu, est perdu…

Refus des artifices classiques de la comédie romantique

Sur le plan technique, Before Sunset profite des avantages du cinéma indépendant. Le choix d’un déroulement en temps réel, l’absence de musique extradiégétique, le manque relatif de décors, l’usage de la steadicam, du champ-contrechamp, de petits plans séquences qui ne recherchent aucune virtuosité, démontrent une volonté d’exposer des événements à travers un rendu minimaliste, réaliste et d’une grande simplicité. Cette approche est également présente dans le jeu d’Ethan Hawke et Julie Delpy. Selon l’actrice, « il fallait éviter les mimiques d’acteurs, ce qui est quelque chose de fragile et subtil ». On peut constater cette particularité dans les postures, les gestes, comme lorsque que Céline donne sa cigarette à Jesse pour qu’il allume la sienne tout en continuant à dialoguer, ou quand les deux anciens tourtereaux échangent à propos d’un sujet important alors qu’ils rentrent dans un café parisien.

C’est un cinéma qui favorise la fluidité, qui refuse la schématisation, l’enrobage, la démonstration, l’hyperbole, la grammaire conventionnelle, les codes classiques, la recherche à tout prix de scènes iconiques pour impressionner le spectateur.

Le film est naturel et sans style comme les deux acteurs sont naturels et sans style.

Trois points de suspension

Retrouver une complicité, penser ce qu’on a été avec ce que l’on voudrait être, reconsidérer le passé, exploiter ses apports, voir comment il a été intégré, réévaluer l’avenir, forgent les principaux enjeux et l’intérêt de Before Sunset. Le résultat est un exposé subtil, quelque part spirituel et finalement réjouissant sur les conditions d’une communion amoureuse.

C’est sous des notes de piano et la voix chaude de Nina Simone, après une valse explicite interprétée par Julie Delpy à la guitare, que le tout s’achève, en laissant le spectateur avec une fin ouverte, même si le ton est optimiste.

L’été semble contenir les ingrédients d’un renouveau proche.

Bande-annonce : Before Sunset

Fiche technique : Before Sunset

Synopsis : 9 ans auparavant, Jesse et Céline se sont rencontrés à Vienne et ont passé une nuit ensemble dans la ville. Aujourd’hui, il se retrouvent à Paris.

  • Réalisateur : Richard Linklater
  • Scénario : Richard Linklater, Julie Delpy et Ethan Hawke, sur une histoire de Richard Linklater et Kim Krizan, d’après les personnages de Richard Linklater et Kim Krizan
  • Photographie : Lee Daniel
  • Montage : Sandra Adair
  • Décors : Baptiste Glaymann
  • Costumes : Thierry Delettre
  • Producteurs : Isabelle Coulet, Richard Linklater, John Sloss, Anne Walker-McBay
  • Sociétés de production : Warner Independent Pictures, Castle Rock Entertainment, Detour Filmproduction
  • Sociétés de distribution : Warner Independent Pictures, Warner Bros. Pictures
  • Pays d’origine : États-Unis, France
  • Format : couleur — 35 mm — 1,85:1 — Son : DTS / Dolby Digital / SDDS
  • Genre : drame, romance
  • Durée : 80 minutes
  • Date de sortie :
    États-Unis : 2004
    France : 16 mars 2005
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4

Cannes 2023 : Le Retour (des âmes sœurs)

Ce que l’on ignore ne nous tue pas, mais ce que l’on garde secret peut changer à jamais notre trajectoire. Le Retour d’une famille en Corse tire justement cette alarme, entre les railleries d’adolescents et leurs premiers émois. Catherine Corsini en profite également pour hurler son amour à cette île méditerranéenne et à la dernière génération qui l’investit de toutes ses forces.

Synopsis : Khédidja travaille pour une famille parisienne aisée qui lui propose de s’occuper des enfants le temps d’un été en Corse. L’opportunité pour elle de retourner avec ses filles, Jessica et Farah, sur cette île qu’elles ont quittée quinze ans plus tôt dans des circonstances tragiques. Alors que Khédidja se débat avec ses souvenirs, les deux adolescentes se laissent aller à toutes les tentations estivales : rencontres inattendues, quatre cents coups, premières expériences amoureuses. Ce voyage sera l’occasion pour elles de découvrir une partie cachée de leur histoire.

Tout juste après avoir éclaté les points de suture d’une unité d’urgentistes dans La Fracture, la réalisatrice semble revenir à La Belle Saison, celle du féminisme qu’elle a voulu capturer avec sincérité dans son film. Elle s’accroche ainsi à une narration très linéaire et moins nerveuse que dans le précédent. Catherine Corsini nous feinte alors d’entrée de jeu, avec une ouverture sans doute pas nécessaire pour que l’on saisisse la portée d’un deuil commun, qui frappe une mère et ses deux filles.

Cette famille retourne ainsi sur sa terre natale, où l’union de Khédidja (Aïssatou Diallo Sagna) et d’un mari absent interroge des enfants, sur qui le poids de la réussite pèse. La mère cherche à bien faire, quitte à tromper son monde pour que le sien ne s’effondre pas, car il s’arrête bien à l’existence de Jessica (Suzy Bemba) et de sa sœur cadette Farah (Ester Gohourou). Chacune d’elles a son côté sale gosse, rendant ainsi crédible certains virages significatifs, où l’une trouvera des réponses dans la maternité et l’autre dans la paternité. Elles dérivent donc jusqu’à s’enfoncer dans la végétation corse, un environnement sec et brûlant par moments.

L’été Corse

Tous les personnages ont droit à leur périple personnel, doublé d’une quête initiatique pour les adolescentes, pour qui le vertige de l’amour est encore inconnu, quelle que soit sa forme. C’est pourquoi l’irruption de Gaia (Lomane De Dietrich) dans le groupe rouvre peu à peu des plaies qui n’ont jamais cicatrisé. L’intrigue découvre aussi des hommes bagarreurs contre des femmes libérées, ou qui cherchent à l’être. On y célèbre également une jeunesse qui ne sait plus vraiment d’où elle vient ou quel avenir tracer. Est-on simplement destiné à la réussite avec un diplôme en poche ou y a-t-il d’autres moyens de ne pas tomber accros aux quatre cents coups ?

Par ailleurs, la cinéaste n’interroge pas la sexualité, mais bien la solitude des personnages à travers un deuil non résolu. Le Retour résout évidemment toutes ses problématiques, mais avec trop peu de subtilités pour rester dans nos mémoires. Son récit se dévore comme une glace sur la plage, avant de replonger dans le bain du quotidien. Certes, il n’y a pas de quoi se rassasier, mais dans le fond, on connaît tout le bien que ça nous fait.

Le Retour de Catherine Corsini est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Catherine Corsini, Naïla Guiguet
Avec Aïssatou Diallo Sagna, Esther Gohourou, Suzy Bemba
Distributeur : Le Pacte

Cannes 2023 : Black Flies de Jean-Stéphane Sauvaire

Haletante mise en scène de Jean-Stephane Sauvaire (Johnny Mad Dog) dans le chaos des rues de Brooklyn, au plus près de la violence miséreuse et pourtant quotidienne des infirmiers urgentistes, à la fois héros et bourreaux.

Synopsis : Ollie Cross, jeune ambulancier New-Yorkais, fait équipe avec Rutkovsky, un urgentiste expérimenté. Confronté à une extrême violence, il découvre les risques d’un métier qui chaque jour ébranle ses certitudes sur la vie… et la mort.

Cinéaste français dont on a l’habitude d’avoir des expériences plutôt que des films, où l’immersion est la clé d’une totale proximité, Jean-Stephane Sauvaire ne déroge pas à sa règle avec son tout nouveau film, présenté en compétition pour cette nouvelle édition cannoise.

Dès l’ouverture du film, le réalisateur mise sur un esprit anxiogène qui deviendra le pire ennemi de ses héros ,mais également de son public. Lumières ballottantes, sirènes plus coriaces que des mandragores et vision trouble : les spectateurs sont au cœur de l’action pendant deux heures.

Tye Sheridan est d’une fascinante complexité. D’abord en tant que premier de la classe. Puis, protocole en bouche et au fur et à mesure que ses convictions et sa volonté sont mises à rudes épreuves, c’est un état de conscience totalement à la dérive que l’acteur nous offre sur un plateau d’argent. Même l’excellent et oscarisé Sean Penn n’est pas à la hauteur de son poulain.

C’est à souligner car le film repose intégralement sur les épaules du jeune Sheridan qu’on attend désormais de pied ferme sur le prochain film de Justin Kurzel. Bien que la prestation soit donc impeccable, l’ensemble du film, lui, reste un poil trop filandreux. À trop vouloir tirer sur la corde du premier rang, l’œuvre en devient un temps soit peu poussive, aux limites de l’harcèlement. Un film qui ne démérite pas sa place sur les écrans cannois mais peut-être pas en sélection officielle.

Et c’est dommage car il y a une vraie flamme au sein des personnages, qui se complètent, se forment, et se relaient dans une sphère qui ne fera qu’évoluer, au bonheur des uns bien qu’au détriment des autres. Tout cela sous la caméra de Sauvaire qui engouffre son public dans les lignes austères de la vie et de la mort, qui se nourrissent des sauveurs les plus bienveillants. De quoi rappeler au monde que le pire poison qui soit n’est autre que le mal qui vit en chacun de nous et des conséquences qui en résultent. Le mal appelle t-il le mal ? Ou nous oblige t-il à reconsidérer notre devoir ?

Black Flies de Jean-Stéphane Sauvaire est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Par Ryan King, Ben Mac Brown
Avec Sean Penn, Tye Sheridan, Katherine Waterston, Michael Pitt,…
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Genre : Thriller, drame
Durée : 120 minutes

Fast & Furious X : Familia, je vous aime

« Vous êtes beau ». C’est ce qu’a dû dire et répéter Louis Leterrier lorsqu’il hérita de Fast X, royaume des damnés de la Terre de l’entertainment à grande échelle.

Destination Wasteland

Car au fond, qui aimait encore SINCÈREMENT Fast and Furious depuis le dernier opus ? Même pas Fast and Furious lui-même. Plus personne ne faisait semblant de ne pas croire ce que disaient les Autres, les gens du bon goût.

Les beautiful people qui boivent leur Corona dans un verre (à pied) et se rendent aux barbecues de Vin Diesel comme ils vont en safari. Qui observent à la jumelle les bons sauvages du « on n’est plus à ça près » se débattre dans leur réserve naturelle de cascades jouant avec les règles de la physique comme les scénaristes avec la cohérence dramatique. « Va dans l’espace avec ta bagnole ! », « Inventes un frère qui n’a jamais existé à Baboulinet ! », « Fais revenir l’asiatique mort dans le 6 ! », hurlaient les visiteurs du Zoo de la Familia à ses indigènes hautement conscient de leur avilissement sous le Pexiglas de la grande toile.

« Mais regarde ce que nous sommes devenus ! » : c’est ce qu’Elvira hurle à Tony avant de le quitter avec pertes et fracas dans Scarface. C’est aussi ce qu’a dû dire en substance Justin Lin à Vin Diesel avant de planter la production de Fast X au début des prises de vues. Familia nombreuse et à problèmes cherche tuteur pour s’occuper du cirque des K-Sos à 300 millions de dollars : même l’Instit Gérard Klein aurait pris ses jambes à son cou.

Les barbecues aussi, ont besoin d’amour

Mais Louis Leterrier n’est pas un professeur des écoles du service public audiovisuel. Lui, ce serait plutôt le Dr Frederik Thieves dans Elephant Man : celui qui regarde dans les yeux le monstre qui ne supporte pas les miroirs, et lui dit « vous êtes beau » sans arrières-pensées. Un autre se serait battu avec lui-même pour ne pas tirer la grimace, mais Leterrier s’y connait en causes perdues. On parle quand même d’un type qui a démarré chez Europacorp, et réussi à faire un film avec Danny the Dog, la variation de Luc Besson de… Elephant Man justement. On appelle ça un chemin de vie.

De fait, il n’était surement pas le seul à être capable de prendre le relais sur Fast X en état d’ultra-urgence de 4 jours qui ont séparé le coup de fil d’Universal de son arrivée sur le plateau. Mais PERSONNE ne pouvait apporter à la troupe ce que Louis Leterrier amène dans sa trousse de secours : de l’amour.

De l’amour pour le marcel en toutes circonstances, pour les méchants qui deviennent gentils et les gentils qui vivent toujours même quand ils sont morts, pour les gros et les petits boules en tanga qui lustrent en fish-eye la carrosserie des batmobiles fluos shootées au protoxyde d’azote. Et pour les barbecues, et pour la Corona. À la bouteille, évidemment.

Happy Together

Bref, y’a de la joie et le réalisateur ne fait pas semblant d’honorer le cahier des charges. C’est toute la différence entre un yes man qui sait que les gens veulent voir et un artisan qui aime ce qu’il filme : le plaisir l’emporte sur le jugement de valeur.

Parce que oui, on peut s’amuser à tirer sur l’ambulance. Et les fonds verts qui bavent, et les mano à mano filmés comme Le Transporteur 12, et la suspension d’incrédulité qui en prend pour son grade et tudutudu les pisses froids, on arrête là.  On est dans Fast and Furious, pas dans Mission Impossible. Si la famille ne vous donne pas des raisons qui n’appartiennent qu’à elle de lui casser du sucre sur le dos, alors le choix est simple : on l’aime ou on la quitte. Et là de l’amour en l’occurrence, il y en a dans Fast X.

Sous l’impulsion de Leterrier, tout le monde retrouve de l’appétit à être là, ensemble mais séparés à l’écran par un bad guy qui casse tout sur son passage et éparpille le groupe aux quatre coins du globe. C’est la première très bonne idée du film : faire en sorte que soient livrés à eux-mêmes des personnages qui avaient pris l’habitude de tromper la mort et l’invraisemblable en équipe sans bouger un sourcil de spectateur.

Peur sur la ville

Autrement dit, et pour la première fois depuis longtemps, on a un doute dans Fast X. Raisonnable certes, et à relativiser au regard de critères cinématographiques « normaux ». Mais pour la première fois dans la franchise, on craint pour ce groupe où chacun suit son un arc narratif clairement défini de son côté. Dans l’ensemble, tout le monde en sort grandi et en premier lieu Vin Diesel, monarque fricadelle privé de sa cour, qui semble avoir accepté de déboulonner quelques-unes de ses postures de roitelet pour l’occasion.

À défaut de se remettre vraiment à jouer, l’acteur joue le jeu qui s’impose à son personnage et tient en quelques mots oralisés à l’écran : la peur de tout perdre. Comme si les enjeux et le chaos en coulisses avaient rattrapé la fiction, et généré suffisamment d’incertitudes chez le baron trop bien nourri pour l’amener à quitter le trône et reprendre (un peu) le volant de l’acting. Bref, à paraitre (un peu) VUL-NÉ-RA-BLE -chaque syllabe bien pesée- et redevenir ainsi la valeur ajoutée qu’il n’était plus depuis longtemps dans sa propre franchise. Oui, Vin is back on the Fury Road : fallait des (très) gros bras, ou un game-plan en béton pour y arriver.

Or, Louis Leterrier se trouve dans la seconde catégorie, celle qui ne pisse pas contre le vent. Et lui, c’est carrément le Tai-Chi Master: celuiqui murmure à l’oreille de l’ouragan pour le rediriger dans sa direction.

Say Hi to The Bad Guy

C’est toujours pas Mission Impossible, mais le talent consiste aussi à s’inspirer des meilleurs. À l’instar d’un Christopher McQuarrie (TOUTES PROPORTIONS GARDÉES !), Louis Leterrier s’amuse ainsi à revisiter les lieux communs de la franchise pour transformer les victoires de sa star en défaites. Son Ethan Hunt congestionné par la créatine se retrouve ainsi constamment mis en échec par le récit et un méchant qui fixe les règles du jeu à sa place.

Le méchant, parlons-en justement. Il s’appelle Jason Momoa, et il est mi Jason Statham dans Fast and Furious 7, et mi- Simon Phoenix dans Demolition Man.

Au premier, il emprunte la disruption cartoonesque, et l’omniscience qui lui permet d’apparaitre où il veut quand il veut, et surtout là où ne l’attend pas. Au second, la grandiloquence cabotine, la dégaine qui tend le majeur au bon goût, et la simplicité réjouissante du méchant heureux de l’être. Momoa joue avec les personnages comme un gosse qui prend du plaisir à casser ses jouets, le même qui anime Leterrier derrière la caméra. Le réalisateur taille son film à sa démesure, et atteint même le point Bad Boys 2 du macabre non-autorisé dans quelques passages qui ont dû provoquer des levers de sourcils chez Universal.

Cœur de pirate

Au bras de fer de l’improbable et du what the fuck avec des personnages et un univers qui en tiennent pourtant une couche, il gagne toutes les manches. Jusqu’à un cliffhangher qui donne rendez-vous au spectateur en 2025. D’ici là, Louis Leterrier – si c’est toujours lui- sera confronté à l’équation que n’ont pas réussi à résoudre les frères Russo sur leur Avengers. À savoir réussir le premier en mettant le méchant en chef d’orchestre de la chorale, et ne pas se gaufrer dans la cacophonie quand les gentils reprennent la main.

Mais sur la foi de ce fastueux Fast X on est prêt à lui laisser le bénéfice du doute. Faire du gras qui tient au corps sans calories superflues pendant 2h21, c’est un métier qui se perd en 2023, surtout dans un Fast and Furious. Donc on y croit ou, pour paraphraser le petit Brian, « on a la foi ».

Parce qu’il y a de l’amour. Et l’amour, c’est plus fort que tout.

Bande-annonce : Fast & Furious X

Fiche technique : Fast & Furious X

Titre original : Fast & Furious X
Réalisateur : Louis Leterrier
Scénario : Justin Lin, Louis Leterrier et Dan Mazeau, d’après les personnages de Gary Scott Thompson
Avec Vin Diesel, Michelle Rodriguez, Jason Momoa, Charlize Theron, Jordana Brewster..
Musique : Brian Tyler
Direction artistique : Stephen F. Windon, Mansel Jones
Costumes : Sanja Milkovic Hays
17 mai 2023 en salle / 2h 21min / Action
Distributeur : Universal Pictures International France

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4

Monsieur Constant : Tristan et Yseult ou l’héritage impossible

Monsieur Constant, d’Alan Simon, a le grand mérite de faire réapparaître sur le devant de la scène cinématographique Jean-Claude Drouot, devenu décidément trop rare à l’écran. Mais, malgré le talent des comédiens et la beauté des images, l’histoire, portée par des dialogues et un scénario maladroits, ne parvient pas à tenir ses promesses.

Monsieur Constant vit dans le clair-obscur et la lumière dorée du souvenir. Monsieur Constant est incarné par Jean-Claude Drouot, que l’on a grand plaisir à retrouver de nos jours, en âge d’endosser le rôle du père de Sergio (Cali) et du grand-père de la charmante Adéla (Gabrielle Pélissier), après qu’il a fusionné, en sa fringante jeunesse, avec le personnage de l’irrésistible Thierry La Fronde. L’homme n’a rien perdu de sa beauté, celle-ci s’est simplement transformée avec les années, gagnant en embonpoint, mais aussi en sincère et profonde gentillesse. Ici, le héros éponyme s’est retiré sur l’Ile aux Moines, où il vit pétrifié dans le souvenir de Natalia, la mère de son fils, danseuse étoile venue de Russie et disparue tragiquement cinquante ans plus tôt. La scène initiale, prometteuse et fascinante, campe le vieil homme face à la silhouette agile de l’ombre féminine qui ne le quitte pas, dansant au soleil couchant sur la lande bretonne. Convocation de l’imaginaire celtique, mêlé à l’expérience du deuil, qui semble augurer le meilleur pour la suite.

Mais cette suite, précisément, pose la question de ce qui se joue entre un film réussi et une œuvre en partie manquée… Constant Lucas, donc, se voit provisoirement confiée la garde de sa petite-fille, à présent âgée de huit ans et qu’il n’a pas vue depuis cinq ans. Ceci dans le but que son fils, compositeur, puisse mener à bien l’écriture d’un opéra autour de l’inépuisable thème de Tristan et Yseult. Ces retrouvailles à demi forcées entre le grand-père et sa toute jeune descendante seront l’occasion d’un rapprochement entre le père et son fils, mais aussi de conversations qui reviendront sur le personnage, à la fois fascinant et énigmatique, de la grand-mère perdue, restée, pour Monsieur Constant, un amour embaumé dans une jeunesse définitive.

Les paysages somptueux de l’Île aux Moines sont magnifiquement filmés par Charles-Hubert Morin, à l’image, et chacun des acteurs, à commencer par Jean-Claude Drouot, fait tout son possible pour rendre son personnage crédible. Mais la maladresse des dialogues et, à plusieurs reprises, du scénario, contrarient une adhésion pleine et entière à ce qui aurait voulu se poser comme « un beau conte d’amour et de mort », selon la formule utilisée par l’auteur de Tristan et Yseult. Comment Constant Lucas passe-t-il sans transition de son comportement d’endeuillé inconsolable et misanthrope – au point de se fâcher avec son fils même… -, à celui de grand-père gâteaux s’adressant à sa petite fille avec une voix enjouée et une bonhomie de Père Noël ? Pourquoi la brouille, en définitive, avec son fils ? Et pourquoi la réconciliation ? Et quant au passé… à l’annonce d’un cancer soudain et sans aucune issue, cette réaction de désespoir, au mépris de l’amour si grand qui aurait dû retenir la bien-aimée dans la vie, ou du moins l’inciter au combat… Et puis, pour revenir au présent, cette bienveillance fraternelle avec l’ancien rival (Mikhaïl Zhigalov, toujours parfait…)… Sans être idolâtre des « mauvais » sentiments, on ne peut pourtant gober telle quelle une pareille tartine de bons sentiments, ne s’embarrassant ni d’hyperboles ni d’invraisemblances. D’autant que des pistes intéressantes – Constant Lucas était autrefois photographe de guerre – ne sont aucunement exploitées, ou, pire, de façon incroyablement gauche, par exemple dans une juxtaposition, au mieux surréaliste, au pire de mauvais goût, entre la guerre et la danse…

Alan Simon, à la fois réalisateur, scénariste et compositeur de l’infernale musique dégoulinante qui tente en vain de saturer chaque scène de l’émotion qui lui manque, tient là une lourde responsabilité. Danièle Evenou, en tenancière de bar, ancienne danseuse du Crazy Horse et amoureuse pas seulement ancienne de Constant Lucas, ne sauve pas le navire… Une jolie scène, avec le trop rare Sacha Bourdo, ne suffit pas à faire contrepoids…

On regrette, à cause d’une histoire et de personnages presque caricaturaux plombés par une musique grandiloquente, de ne pouvoir aimer davantage ce film qui avait pourtant le mérite d’offrir un rôle central à un acteur de grande qualité, trop discret au cinéma, malgré une belle carrière théâtrale et télévisuelle.

Bande-annonce : Monsieur Constant

Fiche Technique : Monsieur Constant

Réalisateur et scénario : Alan Simon
Directeur de la photographie : Charles-Hubert Morin
Avec Jean-Claude Drouot, Cali, Danièle Evenou…
Ingénieur du son : Emmanuelle le Gall
Directeur de production : Thierry Pelissier
Opérateur steady camera : Grégory Dupé
1er assistant caméra : Nicolas Fouques
1er assistant son : Simon Dumetz
2ème assistant son : Matteo le Gall
Mixage : Marco Canepa
Scripte : Shannon Cochery
Make up/Costumes : Dylan Jegou / Ambre Pasteur
Chef décorateur : Gérard Olivier
Assistant tournage : Sibérie Diana Valeeva
Chorégraphie : Nikolay Androsov
Musique originale : Alan Simon

Synopsis du film Monsieur Constant : Sur l’île aux Moines en Bretagne, Constant Lucas, ancien photographe de guerre (Jean-Claude Drouot), vit dans le souvenir de celle que l’on surnommait « l’étoile de Sibérie ». Le vieil homme ne peut oublier cet amour passionnel qui le hante. Son fils Sergio (Cali) débarque tout à coup sur l’île avec la petite Adéla (Gabrielle Pélissier), que le vieil homme n’a pas revue depuis longtemps …

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3

Cannes 2023 : Un Prince, la culture érogène

Que serait le jardin d’Éden, sans ses fleurs et ses jardiniers, gardiens d’un monde souterrain et protecteur de la nature ? Et qui est donc le Prince de ces lieux ? Pierre Creton exploite ce qu’il connaît de l’horticulture afin que sa caméra accompagne le mouvement de ses personnages sulfureux.

Synopsis : Pierre-Joseph a 16 ans quand il intègre un centre de formation pour devenir jardinier. Il y rencontre Françoise Brown la directrice, Alberto son professeur de botanique, Adrien son employeur, déterminants dans son apprentissage et la découverte de sa sexualité. 40 plus tard survient Kutta, l’enfant adoptif de Françoise Brown dont il a toujours entendu parler. Mais Kutta, qui est devenu le propriétaire de l’étrange château d’Antiville, semble chercher autre chose qu’un simple jardinier.

Le prolifique cinéaste, et avant tout agriculteur, bénéficie déjà d’une aura bienveillante à l’égard de ses films, qui célèbrent la faune et la flore du paysage normand où il réside. Son approche lorgne toujours vers le documentaire, où la parole rythme le récit. Entre la fiction et la réalité, un bouquet émotionnel est en jeu et la plupart du temps, c’est à travers un aspect visuel très léché qu’on revendique un semblant de désir, le noyau d’une intrigue qui ne cesse de fleurir.

Souvenir d’un jardin

Pierre Creton semble garder la main verte dans une œuvre qui prône pourtant la transgression et la fascination, que l’on viendra titiller à la force d’un découpage suffisamment brut pour qu’on se perde entre deux plans. Ce Normand possède pourtant une belle galerie extérieure qui ne demande qu’à être contemplée, mais les moyens investis dans la mise en scène sont assez maigres ou sont mal servis par une voix-off omniprésente, que l’on pouvait déjà retrouver dans Va, Toto ! notamment. Cela crée une distance avec les personnages, sources de métaphores et autres allégories que le phallus et le corps masculin inspirent.

On n’ aura de cesse de penser à ce premier plan, où l’on annonce le voyage d’une plante, entre les mains douces d’un jardinier, sans qui l’expérience homo-érotique serait un échec. Le postulat questionne sans jugement, mais c’est dans l’exécution que ça coince, que le coup de pelle peine à remuer le terreau que Pierre Creton nous a soigneusement préparé. C’est pourquoi l’énigme d’Un Prince peut complètement par-dessus notre regard, tantôt décontenancé, tantôt fasciné par les directions que prend le récit et dont on restera imperméable au fantasme sensuel.

Un Prince de Pierre Creton est présenté à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2023.

Par Pierre Creton, Mathilde Girard
Avec Antoine Pirotte, Manon Schaap, Vincent Barré..
Prochainement en salle / Comédie dramatique, Drame, Comédie
Distributeur : JHR Films

État limite : l’Hôpital Public, malade de ses choix

Troisième long-métrage de Nicolas Peduzzi, État limite (2023) rejoint le territoire français, et même péri-parisien, pour y suivre l’unique psychiatre de l’Hôpital Beaujon, à Clichy. Passionnant, mais aussi parfaitement dénonçant, puisqu’il suffit de montrer pour dénoncer la politique conduite autour des services publics, parmi lesquels l’Hôpital Public…

Entre une péniche amarrée sur les rives de la Seine et un solide immeuble implanté en banlieue parisienne, celui des deux bâtiments qui tangue le plus n’est pas forcément celui qu’on pourrait croire. Nicolas Philibert, en plein confinement, tournait Sur L’Adamant, le documentaire qui marque son retour vers la psychiatrie, après le magnifique La Moindre des choses (1996) : à bord de L’Adamant, il filme un microcosme de psychiatrie humaine, détachée des diktats de rendement et du règne exclusif de la chimie. Tourné dans la même période mais sortant en salle quelques mois après, le troisième long-métrage de Nicolas Peduzzi, après son magnétique Ghost Song (2021) et Southern Belle (2018), piste l’unique psychiatre de l’Hôpital Beaujon, à Clichy, depuis que le service attaché à cette spécialité s’est trouvé fermé : secondé, pour toute aide, par quelques internes et étudiants en psychiatrie, Jamal Abdel Kader doit faire face à tous les besoins, toutes les urgences, en courant d’un service à l’autre. Les deux documentaires, finalement, se donnent la main et nouent un dialogue infiniment fécond l’un avec l’autre, explorant chacun les deux extrêmes de ce qui peut se pratiquer dans la psychiatrie contemporaine en France. Un seul point commun, mais d’importance : l’exigence d’humanisme, car Jamal Abdel Kader, né et élevé en France, presque au cœur d’un hôpital, par deux parents d’origine syrienne et eux-mêmes médecins, ne désarme pas.

S’ouvrant sur la reprise d’une harmonieuse musique classique empreinte de nostalgie, la puissante partition de Gaël Rakotondrabe évolue rapidement en une composition guerrière qui donne le ton, épousant le montage tonique de Nicolas Sburlati. À travers les entretiens avec collègues et patients, apparaît ainsi clairement ce qu’expose le documentaire et ce qu’il entend dénoncer : le manque de moyens alloués à l’Hôpital Public, les conséquences sur la qualité des soins prodigués et donc, très directement, sur la santé des patients, mais aussi, à peine moins directement, sur la santé, physique et mentale, des soignants ; surmenage, burn-out, sentiment d’une perte de sens, perte de foi en une vocation première, et surtout en la notion de Service Public… Derrière cet éclatement généralisé d’un système, le cynisme absolu de ceux qui l’organisent, au nom de la seule rentabilité, dans le seul culte des chiffres comptables. Et le réalisateur ne se prive pas de faire par moments éprouver ce séisme à l’image, au moyen d’une caméra portée dans les premières scènes puis, en virgules cinématographiques, par quelques plans tremblés, dédoublés…

Face à cette menace d’une perte de sens, en guise de « Barrage contre le Pacifique », mais barrage mobile, se déplaçant partout pour colmater des brèches, poser des rustines, apporter un peu de réconfort, entrouvrir la possibilité d’un futur, la silhouette à la fois mince et solide de Jamal Abdel Kader, arpentant les couloirs, montant ou descendant les escaliers internes, externes, malgré le mal de dos qui s’installe, et restant longuement auprès de chaque patient, tout en vilipendant, ensuite, les injonctions de rentabilité par lesquelles on le houspille.

Car là réside la seconde richesse du film, au-delà de la clarté de son message et de sa protestation : dans le plaisir qui est montré, et dans la présence-conscience finalement assez paradoxale du Docteur Abdel Kader. À la fois une immense lucidité sur la réalité de la situation et une foi qui, quoi qu’il en dise, ne faiblit pas et s’avive peut-être même au contact de la difficulté. Une foi qui doit en animer plus d’un dans l’ensemble du Service Public, de l’Hôpital à l’Education ; tous ceux qui refusent de céder aux injonctions hypocrites (beaux discours / réalité sordide) et de bâcler une mission en laquelle ils croient. Comme s’il était urgent, face aux raisons de désespérer, de combattre d’autant plus vigoureusement le désespoir. Dans le cas de ce médecin psychiatre, il apparaît que c’est dans le temps accordé aux patients qu’il puise le renouvellement de sa propre énergie. Le temps, dès lors, cesse d’être un temps de travail, pour devenir un temps humain, un temps soustrait aux exigences de rentabilité, à la rigidité du cadre. Le temps de travail, penché sur un lit, un brancard, devient un temps de respiration, un temps soustrait au temps, un temps qui peut oublier le cadre pour ne se centrer que sur l’essentiel, l’enjeu de tout ce combat : l’humain. Le temps pris s’est fait temps oublié, oublié dans sa dimension de temps. Suprême victoire sur le tic-tac de l’horloge comptable… L’image traduit cet effet de suspension du temps en intégrant alors des photographies de ces temps arrêtés. Rupture formelle clairement assumée et qui en dit long sur ce détachement d’un défilement obligé.

Entre dénonciation et dégagement d’une ligne de fuite, État limite dresse ainsi le portrait d’un héros moderne qui, sur un mode finalement très sartrien, prouve que, même sous la pire des contraintes – toutes proportions gardées, en réalité -, même au sein d’un système qui a fait les choix les plus condamnables, l’individu conserve une liberté présentant des capacités de résistance insoupçonnées. « Le Roi est [peut-être] mort », mais les hommes ne le sont pas encore.

Synopsis du film : Au mépris des impératifs de rendement et du manque de moyens qui rongent l’hôpital public, Jamal Abdel Kader, seul psychiatre de l’établissement, s’efforce de rendre à ses patients l’humanité qu’on leur refuse.

État limite est présenté à l’ACID au Festival de Cannes 2023.

De Nicolas Peduzzi
Par Nicolas Peduzzi
Prochainement / 1h 42min / Documentaire
Distributeur : Les Alchimistes

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4

Cannes 2023 : Monster, les cœurs blessés

Un enfant aux yeux de lumière est-il à secourir ou à redouter ? S’il est réellement le monster que tout le monde décrit, ne s’inscrit-il pas dans le cercle vicieux de nos parents, nos aïeux, nos amis, nos amours ? Ce brillant retour d’Hirokazu Kore-eda à la Croisette vient nous éclairer sur ces différents points de vue.

Synopsis : Une ville de banlieue avec un grand lac. Une mère célibataire qui aime son fils, une institutrice qui se soucie de ses élèves et des enfants innocents mènent une vie paisible. Un jour, une bagarre éclate à l’école. Il s’agissait d’une banale bagarre entre enfants, mais leurs revendications divergeaient, et elle s’est peu à peu transformée en une affaire d’envergure impliquant la société et les médias. Puis, un matin d’orage, les enfants disparaissent soudainement.

Déjà palmé pour Une Affaire de Famille et après un retour mélancolique l’an passé avec les baby-sitters de Stoker (Les Bonnes Étoiles), le cinéaste japonais ne cesse de renouveler son art, qu’il soit thématique ou narratif. C’est ce qui fait la force de ces récits, qu’il emprunte cette fois-ci à Yuji Sakamoto, pour qui l’enfance reste un terrain de jeu ouvert et habité par des êtres exceptionnels.

Nobody Knows

C’est avec un esprit clairvoyant que Kore-eda nous invite dans la pénombre. Mais pour ne pas perdre son audience dans ce décor semi-bétonné et semi-rural, il prend soin de nous guider aux couleurs de l’incendie, vers lequel tous les protagonistes se tournent sans pour autant distinguer ce mal qui va profondément les atteindre. On retrouvera tout ce qui fait la noblesse de ces grands auteurs, en mêlant intimement le drame familial à la délinquance juvénile, une aire de jeu qui ne demande qu’à être remplie, avant de faire chuter le premier domino sur le suivant.

Cette tour enflammée, on y revient souvent et elle doit s’interpréter comme un appel de détresse dans une ville qui noie ses soucis dans le politiquement correct. Ce n’est donc pas un acte de malveillance que l’on discute par la suite, car tout l’intérêt d’une telle manœuvre est de piéger le spectateur dans son propre jugement. Kore-eda nous emmène exactement là où il faut pour qu’on ait le sentiment d’avoir un coup d’avance, puis il rabat les cartes à la manière d’un Rashōmon, non pas comme Le Dernier Duel de Ridley Scott, dont le couperet anéantit tout suspense.

Le ludisme trouve ainsi de nouvelles opportunités dans le regard des protagonistes, qui défilent et qui se défient mutuellement. Saori (Sakura Andô) est une mère célibataire qui donne tout ce qu’elle a pour que son fils Minato (Soya Kurokawa) s’épanouisse, aussi bien dans ses fréquentations que dans sa scolarité. Mais des pensées obscures le préoccupent, qu’il semble régurgiter de sa soi-disant cervelle de porc, une élégante analogie d’un enfant turbulent. Pourtant, on en vient à détourner cette notion, par le biais d’une narration croisée, où le fameux « monstre » que l’on décrit tout le long est en réalité un témoin qui passe d’un protagoniste à un autre.

La réincarnation des monstres

L’absence de paternité se fait notamment sentir chez Minato lorsqu’il est confronté à son instituteur, monsieur Hori (Eita Nagayama). Si sa trajectoire peut sembler similaire à La Chasse aux sorcières, il serait vain de négliger la passion qui anime les « êtres humains » qui peuplent cet univers. Hoshikawa Yori (Hinata Hiiragi) se situe alors au centre d’une fracture sociale opérant au sein même d’une institution, pour qui la protection des élèves n’est que secondaire.

Livrés à eux-mêmes, les enfants n’ont aucun code de la société, si ce n’est l’image d’une défaite évidente que leurs aînés leur renvoient. La directrice de l’établissement en connaît un rayon à ce sujet, mais quand bien même on ne trouve ni masque, ni mauvaise foi, tout le monde peut se tromper. Un simple mot, un simple encouragement peut rapidement virer à l’angoisse et à la folie. Deux enfants entretiennent par exemple une connexion qui rappelle l’expression de Rob Reiner sur Stand By Me, où l’on questionne le rapport à la violence, à la mort et à l’amitié. C’est une ode à plusieurs niveaux qui hurle son amour en silence et c’est ce qui rend toute cette intrigue bouleversante.

Et n’oublions pas de citer Ryūichi Sakamoto, dont les partitions de Furyo et du Dernier Empereur restent emblématiques après sa récente disparition il y a deux mois. Si le cancer a emporté sa vie, sa musique et son esprit traversent ce film avec une tendresse stupéfiante. L’image est d’autant plus sublimée par les petites notes qu’il pianote, tel un parent qui encourage les jeunes héros à trouver leur voie, malgré l’adversité et malgré l’image de créatures hideuses qu’ils renvoient. Monster d’Hirokazu Kore-eda est assurément le coup de foudre dont on a besoin, qu’il convient de chérir le plus longtemps possible et qui ouvre la compétition cannoise avec une sensibilité qui va droit au cœur.

Bande-annonce : Monster « Kaibutsu »

Monster « Kaibutsu » de Hirokazu Kore-eda est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2023.

Scénariste : Sakamoto Yuji
Casting (acteurs principaux) : Sakura Andô, Shidô Nakamura, Yûko Tanaka, Mitsuki Takahata, Eita, Hinata Hiiragi, Soya Kurokawa, Akihiro Kakuta…
Compositeur / Musique : Sakamoto Ryuichi
Assistant réalisateur : Morimoto Shoichi
Producteurs : Ichikawa Minami, Kawamura Genki, Kore-Eda Hirokazu
Directeur de la photographie : Kondo Ryuto
En salle prochainement / 2h 06min / Drame, Thriller
Pays d’origine : Japon

L’exorciste du Vatican: Russell Crowe en prêtre excentrique et sarcastique ? Pourquoi pas !

Les films mettant en scène un exorcisme sont nombreux. Mais à force de recycler les mêmes éléments, ils en deviennent redondants. Si l’envie vous prend de voir un film différent de ses prédécesseurs, cette sortie horreur est pour vous. Retour sur L’Exorciste du Vatican, le nouveau film de Julius Avery avec un Russell Crowe en prêtre excentrique et sarcastique.

Depuis Conjuring, Hollywood cherche à créer une sorte de légende autour de personnes ayant réellement existé, tout en enjolivant leurs actes et leurs vies. Ces personnes sont des occultistes ou des prêtres. En somme, des individus versés dans l’art de la médiumnité, de la démonologie et de l’exorcisme. Si L’exorciste de William Friedkin reste un des plus impactants en terme d’angoisse et de tension, il ne reste que l’adaptation d’un roman.

Le couple Warren est bien réel, mais leurs enquêtes manquent de preuves fiables et palpables de leurs expériences. Par contre, le film dont nous parlons aujourd’hui est basé sur la vie d’un prêtre exorciste italien ayant réellement existé : le père Gabriele Amorth. Bien entendu, ce n’est pas un biopic, mais le fait de choisir un nom connu comme le sien rend tout de suite le visionnage plus intéressant.

Dans le rôle titre, nous avons le très connu Russell Crowe, dont l’humour grinçant et la dégaine excentrique contraste avec le job. Et il est clair que l’acteur dans ce registre et en tête d’affiche sont des arguments efficaces pour aller voir le film.

Un prêtre pas comme les autres ? Le Père Amorth derrière la pellicule

Gabriele Amorth est un prêtre italien, attaché à l’Eglise catholique. Il est assez populaire pour être apparu dans le documentaire de William Friedkin : The Devil and the Father Amorth. Sa carrière commence dans les années 90 comme assistant de Candido Amantini. Ce dernier est d’ailleurs en cours de canonisation pour ses actions.

Le Père Amorth est un personnage assez contrasté. Quelles que soient les convictions de chacun, les siennes sont d’une étonnante nuance. Tout comme dans le film, il déplore que la « modernisation » de l’église catholique soient un frein. Selon lui, les méthodes d’exorcisme efficaces afin de combattre le mal ont été affaiblies par les modifications diverses apportées par le Saint-Siège.

Selon lui, «  Toutes les formes d’occultisme, comme ce grand recours aux religions d’Orient, avec leurs suggestions ésotériques, sont des portes ouvertes au démon, et le diable entre tout de suite ! ». Il blâme aussi les oeuvres de fiction contenant de la magie et le métal. Son opinion est qu’elles peuvent engendrer le mal en lui faisant une porte d’entrée.

Le prêtre pense aussi que le Diable se déguise sous plusieurs aspects afin de corrompre le monde : politique, culture, économie. Tout y passe. Enfin, concernant les scandales qui ont ébranlé l’Eglise, il pense que ce sont des prêtres que le Diable a tenté les coupables. De fait, sa pensée intègre le Bien et le Mal comme deux entités dans son univers emprunt de rationalité. Cette rationalité s’exprime par la collaboration avec les équipes médicales afin d’y renvoyer des cas. Sur les  » 50 à 70 000″ cas qu’il a traités, seule une centaine sont de vrais cas de possession.

L’intrigue

Introduction dans le monde du Père Amorth

Nous sommes en 1987 et le Père Amorth est appelé à faire un exorcisme en Italie. Il s’y rend et fait le travail à sa manière. Cependant, sa hiérarchie lui tape sur les doigts à cause de ses méthodes jugées douteuses. Ignorant leurs remarques, il s’attèle à un cas qui se révèle plus éprouvant que les autres. Il se rend donc en Espagne où une mère fait face à son fils possédé. Ils habitent une vieille abbaye de Castille. Ce cas est plus difficile qu’il ne se révèle et ouvre d’importantes blessures, celle du prêtre, comme celle de l’Église. 

Nous avons beaucoup apprécié la première partie du film. Un clin d’oeil est fait au film L’Exorciste par la scène d’entrée du père Amorth. Il a une mallette et un chapeau noir comme le prêtre. Le décalage entre la situation et l’humour grinçant dont il fait preuve rendent tout de suite la séance moins angoissante. A-t-on déjà vu un exorciste faire des blagues à un démon ? Pour notre part, quasiment jamais, à moins que cela soit parodique. L’incipit du film est aussi dynamique que surprenant, après les premières scènes, c’est l’envie de comprendre qui est ce personnage haut en couleur qui s’installe. C’est aussi un petit rappel au père Amorth qui disait que les démons n’aimaient pas l’humour.

Le Cas Velàsquez

La famille du film s’installe en Espagne le temps de faire des travaux dans une vieille abbaye. Elle a été brisée par un événement tragique qui l’a obligée à déménager. C’est par cette brèche, ajoutée au lieu peu accueillant, que le jeune Henry se retrouve possédé. Le démon est puissant, récalcitrant et ne veut pas dire son nom (condition sine qua non afin de le chasser dans les films du genre).

Le père Amorth s’attèle donc à ce difficile exorcisme qui pourrait aussi s’avérer fatal pour le jeune enfant. Il y a deux dimensions dans cette tragédie. La première est l’épreuve qu’a vécu la famille. C’est une blessure psychologique forte et encore vive pour eux tous. La seconde est la dimension physique de l’épreuve. Elle a une répercussion énorme sur le corps du garçon dont les traits se sont modifiés à partir du moment où le démon a pris possession de lui. Ces blessures représentent une marque, celle d’une douleur psychique marquée dans le corps.

La conspiration cachée…était-ce réellement nécessaire?

Durant son enquête, Gabriele et le père Esquivel, responsable du diocèse où il a atterri, se sont confrontés à une horrible vérité, cachées par l’Église elle-même depuis des siècles. Nous ne vous ferons pas l’affront de vous spoiler, mais nous trouvons personnellement que c’était de mauvais goût. Le film s’est acharné à convaincre que diverses horreurs commises par l’Église, sont directement une action du Mal. Nous aurions préféré que la fiction laisse le Mal (au sens démoniaque et diabolique) en dehors de cela.

Peut-être le format n’est-il pas correct pour ce genre d’histoire. À vrai dire, nous sommes sûrs qu’une série de 8 épisodes aurait été bien plus intéressante pour les idées originales de ce support. L’idée est qu’un film d’une heure et quelques n’est pas adapté pour l’intrigue qui a été un peu trop rapidement close. Un sequel aurait été annoncé avec Russell Crowe reprenant le rôle du père Amorth. Mais nous maintenons qu’une série aurait été plus adaptée.

L’Exorciste du Vatican est plutôt un bon film en considérant plusieurs arguments. Le personnage détonne dans cet univers ce qui le rend attractif. Nous regrettons toutefois certains choix scénaristiques. Ce qui est sûr, c’est qu’il transforme le film classique de possession. Nous conseillons de le regarder parce qu’il est un bon divertissement. Mais attendez vous à un petit côté nanardesque.

Bande-annonce : L’Exorciste du Vatican

Fiche technique : L’Exorciste du Vatican

Réalisateur : Julius Avery
Scénario : Michael Petroni et Evan Spiliotopoulos
Musique : Jed Kurzel
Casting : Russell Crowe, Daniel Zovatto, Alex Essoe, Franco Nero
Durée : 103 mn
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Sortie : 10 Mai 2023

Sources nécessaires à la rédaction de cet article:

crédit image -imdb-

L’exorciste du Vatican -wiki-

Russell Crowe -wiki-

Julius Avery -wiki-

Gabriele Amorth -wiki-

Candide Amantini -wiki-

Russell Crowe had creepy paranormal experience while filming new horror movie -unilad-

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2.5

Jeanne du Barry, notre favorite ? Pas vraiment

Film d’ouverture au festival de Cannes 2023, retour de Johnny Depp au cinéma dans un rôle entièrement joué en français, Jeanne du Barry suscite la curiosité. Réalisé et coécrit par Maïwenn, plus connue par le large public pour ses divers scandales que par sa filmographie (pourtant de belle qualité dans l’ensemble), le film sort dans un contexte particulier. Mais que vaut-il ? 

Amour franc

Maïwenn, dans ses grands moments, c’est une grande subtilité d’écriture, une direction d’acteurs époustouflante et des messages souvent justes et percutants. Polisse en est le meilleur exemple. Toutefois, là ou la réalisatrice pêche, c’est dans sa faculté à raconter une histoire. Et, paradoxalement, Polisse en est également une illustration, le film multipliant les intrigues secondaires et tertiaires (non résolues pour 80% d’entre elles), à tel point qu’il nous était difficile d’identifier l’intrigue principale. Jeanne du Barry ne s’encombre pas d’intrigues. Il se concentre sur Jeanne, uniquement sur Jeanne. Pourtant, les deux projets possèdent un point commun. Tous deux se rapprochent davantage du film-documentaire que d’un vrai long-métrage.

Le spectateur qui se rendra en salles pour découvrir la vie et le destin de cette femme sera aux anges. Le film atteint son objectif. De l’enfance à l’adolescence, des premières amours au grand amour, de la victoire à la défaite, l’histoire de cette femme à la beauté inégalée tient en halène deux heures durant. Porté par un casting de très haute tenue (à une exception près dont on reparlera), Jeanne du Barry nous plonge assez efficacement dans cette histoire d’amour entre un roi et une courtisane, non sans dispenser de nombreux messages ou critiques sur notre société. On n’échappe malheureusement pas à quelques grosses maladresses d’écriture et incohérences, mais rien de bien grave.

C’est pas Versailles, ici !

Malheureusement, Jeanne du Barry aurait été une bien meilleure œuvre sans son actrice principale : Maïwenn. La comédienne peine à transmettre les bonnes émotions et, si rien n’est désolant (loin de là), le résultat n’est pas à la hauteur. Une fois encore, sa volonté absolue d’apparaitre à l’écran sabote plus son œuvre qu’autre chose, d’autant plus que le manque d’intrigues secondaires fait que l’on ne voit qu’elle. C’est d’autant plus frappant face à Johnny Depp, dont le charisme et la force du regard crèvent l’écran. Oui, l’acteur américain propose une version convaincante de Louis XV, malgré un léger accent dont il n’a pas pu se débarrasser. Ça amusera autant que ça agacera. Pour le reste, tous les acteurs livrent une excellente performance. On regrette que Maïwenn, si parfaite dans la direction de ses acteurs, soit incapable de s’imposer la même rigueur et le même recul, quand bien même il s’agit là d’un exercice extrêmement difficile.

Mais le plus gros défaut du film, c’est son impression désagréable de n’être qu’un téléfilm à (très) gros budget. Telle Jeanne à la cour de Versailles, Maïwenn ne semble maitriser aucun des codes essentiels du cinéma pour mettre en scène son histoire. Commençons par un défaut qui frappe dès les premiers instants : le narrateur. Le show don’t tell, l’une des plus grandes règles de la mise en scène cinématographique, semble avoir été guillotinée sur la place publique. Ses interventions sont inutiles et ne font qu’accentuer cet effet documentaire. Pourquoi mettre une voix off, quand on peut faire parler la mise en scène, ou même les personnages ? Les premières minutes du film en sont un parfait exemple, le récit nous présentant brièvement Jeanne, enfant et adolescente. Elle ne vit rien d’extraordinaire, rien qui mérite d’apparaitre à l’écran. En revanche, ce que l’on voit, on aurait pu l’apprendre de plein d’autres façons. Telle est la lame qui transperce Jeanne du Barry, son manque absolu de mise en scène, de vision et de folie. Les décors somptueux et les costumes d’époques ne parviennent pas à combler ce sentiment de « trop peu ». Dommage ! On espérait que Jeanne du Barry devienne la favorite du spectateur, elle ne sera pour nous qu’un sympathique divertissement français, dont on ne retiendra que la prestance de Johnny Depp.

Bande-annonce : Jeanne du Barry

Fiche technique : Jeanne du Barry

Réalisation : Maïwenn
Scénario : Maïwenn / Teddy Lussi-Modeste / Nicolas Livecchi
Musique : Stephen Warbeck
Genre : Drame historique
Casting : Maïwenn / Johnny Depp / Pierre Richard / Benjamin Lavernhe / Mervil Poupaud
Production : Why Not Productions
Durée : 116 minutes
sortie : 16 mai 2023 en salles
Distributeur : Le Pacte

Note des lecteurs13 Notes

2.5