Joie sur pellicule : Simon Phoenix, génie du mal

Comme le disait mon grand-père : faut aimer ce qu’on fait pour être bon dans ce qu’on fait. Or, Simon Phoenix adore faire ce qu’il fait : le mal tout simplement. Dans Demolition Man c’est le rouleau-compresseur du chaos, l’échec à la gentrification, le saint patron de tous les sick mother fucker de la culture pop des années 90. Pour Le Mag du ciné, il a accepté de se livrer à cœur ouvert dans un autoportrait exclusif.

Putain que c’est bon.

Si j’avais le temps (en fait je l’ai, mais j’ai autre chose à foutre), je prendrais le temps de me sentir mal pour les pauvres cons coincés dans la vie chiante qu’on a choisie pour eux. C’est presque indécent d’autant kiffer se lever le matin (ou l’après-midi, ou le soir) pour commencer sa journée quand d’autres sont pressés d’en finir pour aller se coucher. A tel point que des fois, j’en dors même pas. Juste pour profiter un peu plus de ce que je suis. Juste pour pouvoir penser un peu plus à toutes ces brebis qui restent dans leur petit coin de pâturage à attendre de se faire égorger.

Je suis le loup dans cette bergerie géante qu’est le monde. Je suis le renard dont les poules guettent la silhouette d’un œil inquiet dans l’entrebâillement de leur poulailler. Je suis le croque-mitaine qui empêche les marmots de dormir et l’hypothèse probable d’une mort prématurée pour tous ceux qui croisent mon chemin.

Putain, mais qu’est ce que c’est bon d’être moi. Simon Phoenix, pour vous desservir.

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« I see you »

Des mecs qui ont tout compris l’ont chanté:  Damn, it feels good to be a gangsta. Pourrait-pas mieux dire. C’est tellement bon d’être le méchant de l’histoire, de vivre dans ce que les autres s’interdisent de faire et de faire ce qu’ils s’interdisent même de penser. Faire ce que je fais c’est être ce que je suis, et j’adore tellement ça que j’imagine même pas vivre autrement. C’est sûr, grandir entre les seringues d’héroïne des familles d’accueil et les coups de feu du voisinage dans les quartiers les plus chauds de Los Angeles, ça peut mettre un coup au moral. Moi, j’ai pris ça comme un centre de formation, un terrain de jeu qui attendait que j’en prenne le contrôle. Je ne suis pas le produit de mon environnement, mon environnement est mon produit à moi.

C’est pas que je me repaisse du malheur des gens, c’est juste que je m’en fous (bon ok, ça me fait un peu marrer quand même). Tout ce que j’aime dans la vie, c’est foutre le bordel. Un peu comme cet enfoiré de Michael Bay quand il explose le décor juste pour la beauté du geste, sans écouter les pisse-froids qui lui disent qu’il y a un temps pour tout. C’est mon côté artiste, je suis imperméable à la réalité des autres. J’aime l’ordre quand je peux le dérégler, les pendules que je peux casser. Le chaos me fout la trique, surtout quand c’est moi qui le provoque.

Comme mon pote O-Dog : jeune, noir et en colère, le cauchemar de l’Amérique. Sauf que je suis pas en colère, je suis joie et bonheur.  A te demander pourquoi autant de monde se bat pour devenir le « good guy » et jouer le rôle du héros de l’histoire. Moi, je suis sûr que la moitié de ces fils de putes moralisateurs font tout ça pour leur pomme. Ils s’intéressent plus à ce qu’ils vont récolter en faisant les bons gars qu’à faire le bien à proprement parler. Karma is a bitch, mais surtout le comble de l’hypocrisie sociale.

Un peu comme cet enculé de Cocteau, qui voulait transformer les gens en zombies de la bonne conduite à la con et mettre à l’amende le premier à péter de travers. Et il voulait que ça soit MOI qui m’occupe du sale boulot, t’y crois à cet enfoiré ?! Simon Phoenix qui punit les gens qui ont juste envie de se comporter comme des connards, fallait oser. J’ai jamais croisé un mec aussi tordu que ce salopard. Même moi il me foutait les boules, tu te rends comptes ?! C’est pas vraiment dans mes habitudes de faire des bonnes actions, mais je pense vraiment avoir rendu service à tout le monde en faisant vider un chargeur sur sa gueule d’empaffé. Qui sait, je suis peut-être en train de préparer ma reconversion. Pourquoi pas me présenter à la présidentielle ?!  Eh, noir et blond ça fait deux minorités en une. Je suis sûr que je peux tout fumer avec mon futur  comité de soutien !

Tu vois au fond, je hais ce mec de tous mes pores, mais je respecte plus Spartan que ces fils de putes de culs-serrés qui ont peur des trous de balles moins constipés que les leurs. Lui, il fait juste ce qu’il a à faire, il s’en bat les couilles de plaire à un tel ou à un tel. Ce connard de cowboy, Captain putain d’America de mes deux peut lécher mes grosses baloches de South Central. Mais au moins il fait pas ce qu’il fait pour être aimé. Un peu comme moi en fait. Putain de Spartan.

Je hais ce mec, mais c’est ma raison de vivre. Je veux le tuer, mais j’en ai besoin. Je rêve de le regarder dans les yeux pendant que je suis en train de l’ouvrir en deux. Rien que d’y penser, j’en ai une demi-molle. Mais après, j’ai un petit pincement au cœur. Parce que je me demande qui va me courir après quand j’aurai envoyé mon petit soldat au cimetière. Putain, le futur est quand même plus marrant avec lui. Faire peur aux moutons c’est bien mais emmerder le berger, c’est la cerise sur le gâteau.

Mais bon, c’est le problème quand tu veux être le meilleur, faut affronter les meilleurs. Je veux pas être un caillou dans la chaussure de la société, mais une putain de roquette dans ses pieds, et Spartan m’empêche trop souvent d’appuyer sur la détente. Y a pas de places pour lui et moi dans ce monde. Je dois l’exploser, après ça c’est la voie rapide sur l’autoroute du bonheur. Le kiff que ça va être. Plus personne pour m’empêcher d’étendre mon royaume. Chez moi en XXXL. Faire ce que je veux sans avoir à me poser la question de l’obstacle à contourner. Une nouvelle ère qui s’ouvre.

Putain je bande.

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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