Cannes 2017 : Rencontre avec Farah Al Qaissieh, la réalisatrice du court-métrage Un autre accent

Parce que le Festival de Cannes est aussi un vaste marché de films, longs comme courts, nous avons rencontré la fondatrice de l’association émirienne Stutter UAE venue présenter son court-métrage, dans lequel elle se met en scène dans son combat de tous les jours pour aider ceux qui, comme elle, parlent avec un bégaiement à accepter ce qui n’est pas, pour elle, un handicap mais « un autre accent ».

CineSeriesMag : Avant d’en faire un film, d’où vous vient votre combat pour être acceptée en tant que bègue? Avez-vous été mise à l’écart ?

Farah Al Qaissieh : Mon bégaiement n’est apparu vers mes 3 ans mais je n’ai le souvenir d’en avoir souffert qu’à partir l’âge de 14 ans, à une époque où c’étaient mes professeurs qui m’humiliaient sur ma façon de parler. Je suis donc devenue plus introvertie, je n’osais même plus parler, pour me protéger du regard des autres. Quand je suis arrivée à l’université, je n’étais pas la personne que je voulais être. J’ai donc choisi de m’assumer et de me revendiquer en tant que bègue, pour montrer que cela ne posait aucun problème, et le simple fait d’en parler m’a permis de reprendre confiance en moi. C’est à cette prise de conscience que je veux amener les jeunes au travers de l’association Stutter UAE (stutter signifie bégayer,  tandis que UAE est l’acronyme de United Arab Emirates, NDLR).

A quel moment avez-vous choisi de faire un film sur votre lutte? 

Farah Al Qaissieh : J’ai toujours voulu parler de mon quotidien de plusieurs manières possibles, et le faire sous forme d’un film est une opportunité qui est venue à moi, bien que je ne sache pas comment m’y prendre. En l’occurrence deux productrices qui avaient entendu parler de mon travail m’ont contacté, et, également parce que nous voulions montrer que nous pouvions travailler entre femmes, elles m’ont accompagné dans le tournage.

Est-ce que ça n’a pas été trop dur de se filmer alors que vous vous disiez très introvertie? 

Farah Al Qaissieh : Le tournage s’est bien passé, puisque je n’ai rien changé de mes habitudes, mais j’ai encore du mal à me voir à l’écran. Ça a été difficile de regarder le film une fois fini. J’ai pleuré la première fois que je l’ai vu.

Maintenant que le film est vendu au Festival de Cannes, est-ce que vous y voyez l’opportunité de répandre votre message à l’internationale?

Farah Al Qaissieh : C’est ce que j’espère des retombés du Festival puisque le bégaiement n’est ni une question de langue ni de pays mais touche des gens dans le monde entier.

Et après ça, pensez-vous continuer à utiliser le média cinéma dans votre lutte?

Farah Al Qaissieh : Absolument, puisque c’est le meilleur de toucher à l’universel.

Donc, prochaine étape, un long-métrage?

Farah Al Qaissieh : Qui sait?

[irp]

 

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.
Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

Evil Dead Burn : Rencontre avec Sébastien Vaniček et Florent Bernard

Comment deux Français se sont-ils approprié l'une des sagas d'horreur les plus iconiques d'Hollywood ? Sébastien Vaniček et Florent Bernard reviennent sur la genèse de "Evil Dead Burn", ses partis pris narratifs et techniques, et la place qu'il occupe dans une franchise qui avance, plus que jamais, à tâtons.

Entretien avec Victoria Verseau sur « Trans Memoria »

Dans cet entretien, la réalisatrice Victoria Verseau revient sur "Trans Memoria", un film intime et sensoriel où mémoire, deuil et transition se mêlent. Elle y évoque Meril, son amie disparue, la construction du film, la présence d’Athena et Aamina, et la manière dont son geste artistique interroge identité, survivance et transformation.

Rencontre avec Tudor Giurgiu pour « Libertate »

Dans "Libertate", le cinéaste Tudor Giurgiu revient sur un épisode oublié de la Révolution roumaine de 1989 : des centaines de prisonniers enfermés dans une piscine à Sibiu. Entre manipulation médiatique, violence d'État et quête de liberté, le film interroge notre rapport à l’Histoire.