L’Étrange Festival c’est parti avec The Lure, The Darkness, Antiporno…

A partir de ce 7 septembre, le Forum des Images accueille le 22ème Étrange Festival, rendez-vous annuel des amateurs de cinéma alternatif.

Après que le président d’honneur, notre cher Alejandro Jodorwsky, ait déclaré ouvert le Festival, dans un petit discours faisant (comme il sait si bien le faire) l’apologie de la liberté artistique, la première séance a été précédée d’un court métrage d’animation. Réalisé par l’espagnol Alberto Vaquez, qui exploite ainsi ses propres bandes-dessinées, Decorado, est une création éminemment étrange, à la fois drôle et déprimante. Ça a ensuite été au tour du fils du président d’honneur de venir présenter le premier film de la compétition, dont il tient l’un des rôles principaux.

The Darkness, du mexicain Daniel Castro Zimbrón nous a donc été présenté en avant-première mondiale en guise d’ouverture. Un film étrange, comme on les aime, qui nous plonge dans un univers post-apocalyptique dont on ne saura finalement rien. Tout le malaise est là, dans le peu d’informations que nous permet de récolter le scénario sur le contexte dans lequel il nous place. Tout est vu par le prisme du regard d’un jeune garçon qui vit cloitré dans une cabane avec sa sœur et son père (Brontis Jodorowsky, réellement angoissant), et dont on ira jusqu’à partager les pires cauchemars. Dehors rôde une menace, un monstre certes bruyant mais que l’on ne verra jamais. Autant dire que le réalisateur sait soigner le pouvoir de suggestion du hors-champ, mais aussi l’ambiance oppressante de ce huis-clos survivaliste magistralement tourné en lumière naturelle. Une atmosphère étouffante qui va peu à peu devenir presque malsaine car plus le film avance plus il réussit à semer le doute quant à la réalité même de cette créature. La menace ne serait-elle alors ce père ultra-protecteur ? Serait, à l’instar des parents de Canine, l’instigateur d’un terrible mensonge, ou alors est-il bel et bien ce père bienveillant qu’il prétend être ? Une question que pourrait finalement se poser tous les enfants en pleine adolescence… mais dans une perspective moins horrifique, espérons-le.

Agnieszka Smoczyńska signe avec The Lure un premier film inabouti mais pleins de belles promesses. Passé une première partie envolée et plutôt originale, le film prenant très vite la forme d’une comédie musicale, le tout s’essouffle dans un deuxième acte qui s’embourbe dans ses références -il est difficile de ne pas penser par moments à une version sous acide de Under the Skin– et qui ne transcende pas son matériel. Faire un conte macabre teinté d’humour noir en mode musical était une bonne idée, mais le cœur du récit est très plan-plan au point d’en être prévisible. C’est une œuvre féministe comme on en voit assez souvent ses derniers temps, mais ici l’inventivité et la surprise en moins, le film accumulant même certains clichés. Après Smoczyńska peut compter sur un casting particulièrement convaincant et s’impose comme une formaliste talentueuse. Du somptueux générique de début à la fin très poétique -belle même mais un brin trop attendue- le film est visuellement superbe et transpire la maîtrise et les bonnes idées de mise en scènes. De quoi être vraiment marquant si le tout n’étant pas handicapé par un scénario assez pauvre.

Même si il est peu connu en France, Sono Sion est un metteur en scène qui n’a plus rien à prouver. Non seulement il est un des réalisateurs japonais les plus prolifiques en activité -il a fait pas moins de 6 films en 2015- mais il s’est imposé avec des œuvres comme Guilty of Romance ou Strange Circus, en incroyable cinéaste féministe. Ici, il revient taper fort avec son Antiporno, un revival de sous-genre du cinéma japonais, le Pinku eiga, aussi appelé Roman porno pour son caractère très érotique. On aurait pu craindre que le film fasse partie des œuvres plus consensuelles du réalisateur, qui aurait du se plier à un cahier des charges mais il n’en est rien. Sono Sion signe non seulement son œuvre la plus barrée mais aussi sa plus féministe. Pointant du doigt comme à son habitude les traditions étouffantes de la famille japonais et le patriarcat, il va s’affranchir de toute barrières narratives pour mettre le spectateur fasse à la détresse dans sa forme la plus brute. L’œuvre s’apparente à un portrait de femme aussi magnifique que troublant mais surtout déchirant. Le personnage comme le spectateur et mis face à ses pulsions, ses névroses, son besoin d’être valorisé, aimer par les autres ; son envie d’être vu. Sion brosse une réflexion intéressante sur l’image et la femme en tant qu’objet d’art, où il confronte le spectateur à son propre regard sur la femme. Ici, l’actrice ne peut échapper à notre regard et le cinéaste résume par cette état de fait, tout l’oppression qu’elle subit. Le tout n’est qu’un chaos constant qui s’apparente par moments à une vraie naissance, celle d’une femme, d’une oeuvre et la renaissance d’un genre. Il s’accouche dans la grâce comme dans la douleur montrant sans détour tout ce qui rend l’humain abject mais aussi resplendissant. Il appuie son propos par une mise en scène posée, hyper symbolique -surtout dans l’utilisation de l’espace, des arrières plans et des couleurs- et d’une virtuosité qui laisse souvent pantois tout comme l’interprétation renversante d’Ami Tomite, véritable révélation, qui trône sur un casting impeccable. Une leçon de cinéma.

 

The Attack of the Lederhosenzombies est, comme son titre l’indique une variation 100% autrichienne des habituels films de zombies. Dans un esprit très proche de Dead Snow, Dominik Hartl fait se confronter une bande de jeunes snowboarders désinvoltes à des rednecks tyroliens, accidentellement transformés en bouffeurs de cerveaux. De cette situation relativement convenue nait tout un tas de péripéties agréablement what the fuck, à commencer par l’étrange réaction de ces créatures à la musique. Probablement une façon pour le réalisateur viennois de se moquer de la coutume compulsive de ces montagnards liée à la danse. Mais le film est avant tout une belle histoire d’amour, vécue par un jeune homme, une star du surf immature, qui doit prouver à sa copine qu’il sait garder la tête sur les épaules, et quoi de mieux pour ça que d’affronter une horde de morts-vivants carnivores ? Par moments ouvertement nanardesque, cette petite comédie horrifique bis n’en reste pas moins truffée de bonnes idées comiques, pas forcément exploités avec la plus grande subtilité qui soit, mais qui plairont aux amateurs de gore burlesque et de snowbord.

Egalement diffusés ce jour, deux documentaires : The Sion Sono, sur le réalisateur nippon d’Antiporno et Mapplehorpe, consacré au photographe Robert Mapplethorpe.

 

Festival

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