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Hallucinations Collectives 2020 : The Lodge, The Wave et Color Out of Space

En plus de la très bonne surprise que fut The Nightingale de Jennifer Kent ou du SM Dogs Don’t Wear Pants, la rédaction du Magduciné vous fait un petit récapitulatif (non exhaustif) d’autres films qui ont marqué l’édition 2020 du Festival des Hallucinations Collectives : The Lodge, The Wave et même Color Out of Space. 

The Lodge de Severin Fiala et Veronika Franz : 

Le duo de cinéastes à l’origine de Goodnight Mommy revient avec un huis clos psychologique qui verra deux enfants surmonter l’épreuve de la perte de leur défunte mère, accompagnés dans un chalet enneigé par leur nouvelle belle mère empoisonnée par son néfaste passé dans une secte chrétienne. Grâce à l’atmosphère austère, mutique et doucement perverse qui enlace le récit, aidé en cela par le somptueux travail de Thimios Bakatakis (habituel chef op de Yorgos Lanthimos), The Lodge est un film qui incorpore la peur et le trouble avec minutie, et arrive à brouiller les pistes quant à la nature de l’horreur qui va les frapper grâce à de nombreuses idées de cinéma. Influencée par le travail d’Ari Aster (Hérédité), de The Visit de M. Night Shyamalan et de nombreuses productions A24, l’oeuvre préfère utiliser l’idée de frayeur qui s’immerge par la mise en scène (le clair obscur, le grand angle) plutôt que de jouer la carte de l’épouvante horrifique en tant que telle. Choses qui pourraient parfois rendre le film répétitif dans son exposition et extatique dans sa structure, mais l’hypnotique et hantée Riley Keough capte son auditoire, et à travers son jeu, donne la nuance qui fait souffler un immense sentiment de malaise qui scotche au siège. The Lodge prend petit à petit son envol pour alors se terminer dans un final percutant et d’une folie implacable. Une vraie belle réussite. 

The Wave de Gille Kablin : 

Mélangé à toutes les productions horrifiques et sanglantes que nous propose le Festival, The Wave se vit comme une petite bouffée d’air frais. Entre la romcom farfelue et la crise existentialiste sucrée où excelle le sous utilisé Justin Long, Gille Kablin déroule une mécanique efficace, un peu recyclée version Very Bad Trip mais assez personnelle pour qu’elle y laisse son empreinte. Avocat dans les affaires pour les grandes compagnies d’assurance, bientôt marié à un femme qu’il ne touche plus, Frank va lors d’une soirée impromptue prendre une drogue qui va bouleverser son quotidien. A cause d’un trou noir où sa mémoire va lui jouer des tours et à cause duquel il ne souvient plus de rien de la soirée, il va se mettre à la recherche de son porte feuille (on lui a vidé tous ses comptes) et de la fille avec qui il a fricoté durant la soirée. Usant d’une mise en scène publicitaire et d’effets de manche (un peu grossiers) mais qui collent à la rétine, cette course poursuite contre le temps et l’aliénation du capitalisme se fait tambour battant dans la joie et le rire communicatif, tout en se sublimant par le biais de moments suspendus contemplatifs au plus près des étoiles. 

Color Out of Space de Richard Stanley : 

Au regard du film, ce n’est pas anodin de voir les producteurs de Mandy au générique de ce Color Out of Space. Monstre lovecraftien, Nicolas Cage qui cabotine à notre plus grand plaisir comme un forcené, de la violence gore et des néons chromatiques, c’est à croire que l’oeuvre de Panos Cosmatos commence à faire naître quelques progénitures. Moins expérimental et mutique que Mandy, Color Out of Space se veut moins rêche dans son écriture et plus ample, notamment dans sa volonté de décrire les lésions d’une famille américaine petit à petit gangrenée par l’apparition du mal. Pourtant, de ce point de vue là, le film peine à convaincre et à faire monter réellement une tension insidieuse. Alors que le mélange des genres avait du mal à s’inscrire durablement, Richard Stanley va lâcher les chevaux et permettre à son jeu de massacre de commencer. Le film fait alors sa mutation en série B accrocheuse et jubilatoire comme pourrait l’être The Blob de Chuck Russell. Parfois indécis dans sa manière de s’accommoder du monde lovecraftien, Nicolas Cage et sa troupe nous offrent sur un plateau une oeuvre généreuse qui se lance à corps perdu dans son amour du genre. 

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