Goat un film d’Andrew Neel en compétition à Deauville

Andrew Neel présente en compétition son second long métrage, Goat, une plongée violente dans les entrailles des pratiques liées au bizutage.

Décidément la fratrie Franco a du mal à quitter l’université ; le petit frère Dave écume les campus dans des opus tels que 21 jump street ou Nos pires voisins, tandis que l’aîné James fréquente toujours des étudiantes dans Spring Breakers ou des étudiants dans Goat, le film d’Andrew Neel en compétition à Deauville. Et même si ce dernier fait partie de l’hommage rendu à l’acteur (également réalisateur, écrivain, producteur…) ; celui ci n’apparaît que très peu à l’écran, on ne lui tiendra donc pas rigueur du désintérêt que suscite le film.

Après une terrible agression dont il a été victime pendant l’été, Brad Land, âgé de dix neuf ans, entre à l’université dans l’espoir de reprendre une vie normale. Brett, son frère aîné, est déjà, depuis plusieurs années, sur ce même campus où il appartient à un groupe d’étudiants qui semble offrir aux membres de leur confrérie protection, popularité, et amitiés indéfectibles. Brad veut à tout prix faire partie de cette communauté malgré les réserves émises par son frère. S’ensuivent des séances de bizutage de plus en plus cruelles, de plus en plus dégradantes, qui doivent permettre à Brad de devenir enfin un homme, un vrai. Mais ces jeux initiatiques brutaux ne resteront pas sans conséquences pour lui et pour ses camarades.

Le jeune réalisateur s’attaque avec ce second long métrage au bizutage, rite de passage particulièrement ancré dans la tradition américaine et fournisseur chaque année d’une flopée de faits divers choquants. L’intention louable de dénoncer de tels comportements fera sans doute plaisir aux doyens et professeurs, mais l’application cinématographique ennuiera sans doute bien des cinéphiles. Tristement adapté de faits réels, le scénario bancal souffre d’un démarrage inapproprié mettant en scène un passage à tabac hors sujet. Voulant à tout prix trouver un sous-texte psychanalytique au phénomène de bizutage auquel se prêtent les bourreaux et les victimes, Andrew Neel s’enlise avec une histoire entre deux frères, l’un traumatisé, l’autre (incarné par un Nick Jonas convaincant) auréolé de sa place dans la fraternité la plus populaire du campus. Le cinéaste s’acharne à nous écœurer d’une chose dont tout le monde connait déjà la venimosité, enquillant les scènes de débauches méchantes et humiliantes dans les soirées étudiantes. Et si la trilogie du buddy movie constituée de mecs torse nu, de techno et de bière-pong nous agaçait déjà dans les comédies les plus simplettes d’Hollywood, sa traduction indépendante nous ennuie tout autant. En cause, l’incapacité à traiter subtilement le sujet, et le manque d’inventivité dans l’écriture et la mise en scène.

Malgré un matraquage d’images violentes, Goat n’est jamais percutant et s’essouffle très vite. Le cinquième film de la compétition ne touche jamais sa cible.

Produit par Christine Vachon et James Franco (à qui le festival rend hommage ce lundi), Goat est adapté d’un livre autobiographique de Brad Ladd, avec dans le rôle principal Ben Schnetzer.

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Grégoire Lemaître
Grégoire Lemaîtrehttps://www.lemagducine.fr/
Étudiant en histoire de l'art et passionné d'images en tout genre (qu'elles soient picturales, photographiques, ou filmiques) j'écris pour le plaisir de partager les œuvres qui m'ont marqué. Mon coeur balance entre l'ésotérisme de cinéastes comme Herzog ou Antonioni (pour ne citer qu'eux), l'audace de réalisateurs comme Wes Anderson ou Bertrand Bonello, et les grands noms made in U.S.A. Je voue également un culte sans failles à Audrey Hepburn. Dernièrement mes plus grands frissons viennent du petit écran, notamment avec The Leftovers, Rectify ou The Americans.

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