Cannes 2019 : To Live To Sing (Huo Zhe Chang Zhe) de Johnny Ma, de la grâce à l’ennui

Passé un peu inaperçu au milieu de tout un tas d’autres films attendus, To Live To Sing ajoute une touche de douceur à la Quinzaine des Réalisateurs. Le film de Johnny Ma est assez inégal, souvent ennuyeux, mais sauvé par quelques scènes de grâce et sa bonne humeur générale.

To Live To Sing est le genre de film avec lequel on a du mal à être sévère, malgré les défauts criants, parce que son histoire et ses personnages sont touchants, il y a aucune violence ni parti-pris trop polémique ; bref c’est un joli petit film gentil et qui met de bonne heure. Cependant, il demeure dans l’ensemble très moyen. Plongé dans l’intimité d’une troupe d’opéra chinoise en mal de public et en proie à la destruction de leur théâtre (le quartier tout entier doit être rasé pour faire place à de grands buildings), le spectateur se lie immédiatement d’amitié avec ces marginaux et se rallie à leur cause. L’opéra n’est plus à la mode de nos jours, et seules quelques personnes âgées restent fidèles ; il devient impossible de vivre convenablement des recettes des représentations, et ce déclin ne les aide pas à faire porter leur voix dans la défense du quartier face aux actionnaires.

Johnny Ma offre quelques bonnes idées de mise en scène. Les bulldozers et autres tractopelles sont filmés en gros plan, au ralenti, réduisant en miette des bâtiments entiers sur fond de Prélude de Bach. La violence destructrice, visuelle et surtout symbolique de ces manœuvres urbanistiques est donc filmée en opposition à la création artistique de la troupe. D’un côté, le béton et le fer contrôlés par l’argent ; de l’autre, les robes et les chants animés par la passion. Ou comment illustrer les conséquences désastreuses de l’urbanisation et de la modernisation de la société chinoise sur le monde de l’art et le patrimoine tout entier. L’opposition n’est pas subtile pour un sou, mais esthétiquement ces séquences de destruction comme les représentations théâtrales sont époustouflantes de beauté et de poésie.

Malheureusement, le bât blesse à peu près partout ailleurs. Ces parenthèses magnifiques ne suffisent pas à compenser un rythme chaotique qui confine à un ennui quasi assuré, les scènes de dialogues ineptes et interminables, la protagoniste totalement antipathique qui gâche le capital sympathie énorme du reste de la troupe, la fin à rallonge qu’on désespère de voir se clore… Pas grand chose ne convainc pleinement, hormis quelques séquences de grâce indiscutable donc, et un message forcément touchant sur l’ancienne génération abandonnée par le mode de vie effréné et matérialiste des nouvelles.

To Live To Sing est un film très dispensable, qui ne marquera pas les esprits mais y survivra peut-être à travers ses prouesses esthétiques et lyriques éphémères, trop éphémères pour faire avaler la lourdeur et la platitude de l’ensemble. Dommage, car on aimerait aimer ce film, c’est certain.

Synopsis : Zhao Li mène une troupe d’opéra du Sichuan qui vit et se produit dans un théâtre délabré de la périphérie de Chengdu. Quand elle reçoit un avis de démolition, elle cache la nouvelle, par peur que celle-ci sonne le glas de la troupe. En même temps, leur vie est de plus en plus difficile… Mais quelles alternatives pour eux ? Elle s’inquiète aussi pour sa nièce Dan Dan, jeune star de la troupe attirée par les lumières de la ville. Pour sauver sa « famille » du théâtre, Zhao Li se met à la recherche d’un nouveau théâtre où ils pourraient vivre et chanter. Alors qu’elle affronte la bureaucratie, les personnages du monde de l’opéra, son échappatoire, commencent à apparaître dans sa vraie vie…

Le film Huo Zhe Chang Zhe (To Live To Sing) de Johnny Ma est présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2019.

Avec Gan Guidan, Yan Xihu, Zhao Xiaoli..
Genre : Drame
Date de sortie : Prochainement
Distributeur : Epicentre Films
Nationalité : Chinois

Note des lecteurs0 Note
2.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

RRR : le blockbuster tollywoodien qui a conquis le monde

« RRR », blockbuster oscarisé de S.S. Rajamouli, débarque enfin sur les écrans français. Cette fresque indienne raconte l'amitié explosive entre deux résistants à la colonisation britannique, entre danses endiablées, action spectaculaire et démesure mythologique assumée, portée par deux acteurs habités. Une œuvre à chérir avec passion et amusement !

Le Rouge et le Noir (1954) : exploration d’une quête romantique, politique et spirituelle

Entre romance et lutte des classes, Claude Autant-Lara réalise une adaptation minutieuse du roman grandiose de Stendhal, axée sur les passions consumées et le repentir.

Sur la route d’Omaha : le pari de la retenue

Présenté au Festival de Sundance et à Deauville en 2025, "Sur la route d'Omaha" suit un père et ses deux enfants contraints de quitter leur maison du jour au lendemain. Sans jamais céder au misérabilisme, Cole Webley signe un road movie d'une grande délicatesse, où chaque étape révèle ce qu'une famille tente encore de préserver lorsque tout semble lui échapper.

Les Maîtres de l’univers (2026) : les muscles froissés

Adoré en mème depuis quarante ans, boudé en salle cet été, le nouveau "Les Maîtres de l'Univers" prouve qu'aimer un souvenir ne suffit pas à remplir un cinéma. Sorti en catimini en streaming sur Prime Video, le reboot de Travis Knight révèle la fracture entre ferveur nostalgique en ligne et indifférence bien réelle du public devant l'écran. Un nouvel échec pour Musclor et son épée magique.

« L’Odyssée » de Christopher Nolan, un spectaculaire voyage intérieur

On l'attendait depuis trois ans ! "L'Odyssée" débarque cette semaine sur nos écrans. Une épopée mythologique sensationnelle qui redore enfin le blason du péplum. Délaissant le pouvoir des dieux au profit des tourments d'un homme, Ulysse, incarné par Matt Damon, Christopher Nolan représente le retour à Ithaque comme un labyrinthe mental inextricable.
Jules Chambry
Jules Chambry
Cinéphile compulsif enfermé dans le cinéma d'antan, passionné de mélos des années 30, de comédies italiennes et de westerns de l'âge d'or. Mes influences vont de John Ford à Fellini, en passant par Ozu, Tati, Pasolini ou encore Capra. J'écris des articles trop longs.

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.