AFF 2019 : corps et identités volés au coeur de la peur dans les sixties

À l’occasion de l’Arras Film Festival 2019, les spectateurs pouvaient (re)découvrir des classiques de l’effroi au cinéma avec la rétrospective intitulée « la peur dans les sixties ». Retour sur cet effroi commun porté sur le vol du corps et donc de l’identité.

L’effroi dans le cinéma des années 60

L’Arras Film Festival fut l’occasion de (re)découvrir Le Voyeur, Psychose, Les Yeux sans visages et bien d’autres géants de l’effroi cinématographique grâce à la rétrospective consacrée à la « peur dans les sixties ».

Les spectateurs ont pu ainsi recroiser sur grand écran quelques figures conséquentes de l’histoire du cinéma : un fils qui n’a jamais permis à sa mère de le quitter au point de s’approprier sa gestuelle, ses vêtements, sa voix, et d’une façon plus que morbide, son corps dans Psychose ; un technicien de cinéma désirant ardemment être réalisateur, et surtout un Voyeur cherchant à capturer filmiquement les images de visages envahis par la peur au point de provoquer l’effroi chez ses victimes ; des médecins volant la peau de femmes lumineuses et innocentes pour rendre à leur parent proche leur beauté perdue dans Les yeux sans visages et son remake L’Horrible Docteur Orlof(f) ; ou encore un comte d’une contrée lointaine ayant besoin de sang frais pour revenir à la vie et étant obsédé par la capture physico-psychologique d’une jeune femme ayant réussi à échapper à son intégration dans la horde de servantes sexy de l’envoûtant Dracula, Prince des Ténèbres.

Préparez-vous à mettre à l’épreuve vos esprit, cœur et estomac avec le formidable Les Yeux sans visage et sa scène d’opération terrifiante dont l’horreur se trouve décuplée par l’accomplissement sérieusement méticuleux de cette chirurgie infernale.

Ces rapides descriptions révèlent un caractère commun, essentiel à cette « peur dans les sixties » : le vol du corps. En effet, même si les personnages ont des buts souvent différents, on peut remarquer que tous volent le corps de femmes, que ce soit leur peau, leur sentiment, leur esprit, leur souvenir. Tous ces personnages sont aussi des individus qui cherchent à reprendre le contrôle sur eux-mêmes en dominant le destin des femmes qui, pour certaines, réussiront à leur échapper, mettant alors en exergue les frustrations de ces figures d’épouvante habitées par des désirs morbides et/ou souffrant de troubles psychologiques. L’effroi est d’autant plus fort pour les films sans dimension fantastique et relief explicitement érotico-guignolesque tels que – respectivement – Dracula et le Docteur Orlof(f), puisque le spectateur se retrouve face à des monstres d’hommes, dont les visages, sinon les actes, ont depuis longtemps marqué à jamais nos regards, hantant alors nos esprits et cauchemars.

« LA PEUR DANS LES SIXTIES » : Films de la rétrospective  

Les Yeux sans visage (Georges Franju, FRA, 1960) ; Le Voyeur (Peeping Tom, Michael Powell, GB, 1961) ; Psychose (Psycho, Alfred Hitchcock, USA, 1960) ; L’Horrible Docteur Orlof(f) (Gritos en la Noche, Jess Franco, ESP, 1964) ; 6 Femmes pour l’assassin (Sei donne per l’assassino, Mario Bava, ITA, 1964) ; Meurtre par procuration (Nightmare, Freddie Francis, GB, 1964) ; Répulsion (Roman Polanski, GB, 1965) ; Dracula – Prince des Ténèbres (Dracula Prince of Darkness, Terence Fisher, GB, 1966).

Ci-dessous, la bande-annonce du génial Le Voyeur.

Festival

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