Cannes 2015: Mon Roi, Coin Locker Girl, Carol, Dégradé…

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Cannes 2015 : Cate Blanchett sur la Croisette

Pour sa deuxième journée, dimanche 17 mai, CineSeries a vu moins de films et beaucoup échangé autour du cinéma. Sans invitation pour « Mon Roi » de Maïwenn , c’est vers un autre film de la sélection officielle que nous nous sommes tournés, féminin lui aussi, porté par deux actrices flamboyantes : Cate Blanchett, fidèle à son image dans « Blue Jasmine » et Rooney Mara, véritable poupée sublimée par la caméra et que l’amour « révèle » à elle-même. Côté rencontres, le scénariste entre autre de Gus van Sant, Chris Sparling, était à la « Maison des cinéastes » pour parler de sa carrière et de ce qui en a fait, en 2014, un des dix scénaristes parmi les plus influents selon Variety. Récit de cette deuxième journée, marquée là encore par une montée des marches « anonyme ». En effet, si vers 19h, les films diffusés au Grand Palais Lumière sont assaillis par les stars, en journée (voire le matin à 8h30), les festivaliers passent eux aussi par ces marches mythiques pour accéder à leur séance et ce, loin des flashs.

Cannes 2015 : Coin Locker Girl, Carol, Dégradé et Nuit Cannoise

Lundi soir était diffusé « Coin Locker Girl » de Han Jun-Hee, un film coréen présent dans la sélection de la semaine de la critique. Le film est impressionnant tant il est sans concession dans la violence, mais se permet tout de même d’oser le romantisme et la douceur au cœur d’un récit sanglant. Le départ de ce premier film est un fait divers : un bébé a été retrouvé abandonné dans une consigne de gare. La suite, c’est Han Jun-Hee qui l’imagine avec une gamine (Il-Young) recueillie par une « maman » aux nombreuses tentacules qui promet de la tuer si elle devient inutile. Son crédo ? « Il faut faire ou ne pas faire, mais il ne faut pas se contenter d’essayer ». Jouant volontiers des ralentis quand l’enjeu est fort, le réalisateur construit un personnage féminin pris dans un engrenage et en quête de reconnaissance. La filiation est aussi au cœur du film, au moins aussi importante que les litres de sang qui giclent…Parfois à la limite du ridicule, notamment dans quelques scènes de confession juste avant que tel ou tel personnage ne meurt, le film fait évoluer son héroïne de manière parfois inattendue avec un couperet immense au-dessus de la tête. Les fans de cinéma coréen ne seront sûrement pas déçus, même si ce récit de vengeance est plutôt poussif.

Dimanche, c’est « Carol » de Todd Haynes qui était présenté en compétition officielle. A nouveau un film de femmes, mais à mille lieues de l’image proposée hier, preuve s’il en faut encore une qu’il en existe de multiples. L’ambiance du film place ses protagonistes au cœur des années 50 et commence à noël lorsque Carol vient acheter un cadeau pour sa fille et tombe sur Thérèse, une vendeuse qui rêve de devenir photographe. Carol est tout aussi belle que riche et c’est en oubliant ses gants (exprès ?) qu’elle aura l’occasion de revoir Thérèse. En plein divorce, Carol se bat pour sauver les apparences alors même qu’elle ne désire qu’une chose : vivre sa passion amoureuse. C’est sa liaison avec une autre femme qui a brisé son couple alors que son mari affirme l’aimer toujours. Pour la ramener près d’elle, il demande la garde exclusive de sa fille et empêche Carol de continuer sa relation naissance avec Therese, la relation homosexuelle apparaissant à l’époque comme une « clause de moralité suffisante pour retirer un enfant à sa mère ». Tenue entre son désir d’aimer librement Therese et son attachement pour sa fille, Carol n’a plus le contrôle des événements. Au cœur de cette histoire, qui ne se pose jamais comme militante ou ne cherche pas à comparer le regard sur l’homosexualité entre aujourd’hui et hier, Todd Haynes construit une relation amoureuse très romantique et très classique, bercée par la musique m. Jouant sur le trouble et l’interdit, la mise en scène très belle met les deux femmes au cœur des plans, Cate Blanchett est sublimée, elle apparaît au centre, vue à travers un regard amoureux. Cependant, « Carol » est avant tout un film d’époque et d’ambiance avec sa reconstitution minutieuse, son romantisme très poussé (notamment souligné par une musique très envahissante et mielleuse) et quelque chose de poussiéreux entoure ce joli objet de cinéma, empêchant presque l’émotion de filtrer. Une petite déception que cette histoire d’amour et de convention finalement assez plate et surtout sans surprise puisque tout le film est un flash-back.

« Dégradé » de Tarzan et Arab Nasser. Ce film franco-israelien se propose de parler avant tout de la vie et ce au cœur de la guerre, en déplaçant les enjeux du conflit dans un salon de beauté de Gaza où plusieurs femmes se retrouvent enfermées quand un combat éclate dans la rue. Si le film se propose comme un souffle au milieu de la guerre, il veut trop symboliser de choses et fait donc des femmes dans le salon, les guerrières de la rue. Leurs conflits et leurs dialogues – à priori éloignés du conflit – transpirent de cette guerre omniprésente. Si l’idée de déplacer les enjeux et la guerre pour en parler autrement est passionnant, le film a beau suivre une progression, il peine à convaincre tant les personnages sont enfermés dans des fonctions qu’ils ne quittent plus. Certes, c’est aussi comme ça à la guerre et les deux réalisateurs retranscrivent cet enfermement aveugle à merveille, mais sans parvenir à saisir complètement leur sujet.

Hier soir, CineSeries a enfin expérimenté la nuit cannoise, réputée pour ses excès et son luxe, mais sans cesser de travailler puisque nous avons rencontré des producteurs français et échangé autour du cinéma hexagonal et de ses enjeux financiers notamment, de ses risques et surtout de l’exportation du marché international vers la Chine. Tout ça autour d’un verre, dans une magnifique villa, preuve que souvent Cannes en mai, ça n’est pas que du cinéma !

Reporter/Rédacteur LeMagduCiné
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