Bosch, saison 1, Episode 1 : Critique

Alors qu’est sortie il y a quelques semaines à peine la série Backstrom sur la chaîne FOX, directement inspirée des aventures romancées d’un enquêteur de génie, râleur et asocial, Amazon Studios débarque avec cette série policière théoriquement très proche, mais visuellement très différente, à notre plus grand soulagement. En reprenant les déboires d’un des détectives les plus connus du polar contemporain, le célèbre Harry Bosch, personnage récurrent des romans de Michael Connelly, la plateforme en ligne risquait la répétition et la lassitude des spectateurs face à une énième série policière. Or, Bosch se différencie par l’esthétique véritablement cinématographique d’un roman noir porté à l’écran avec subtilité.

Synopsis : Un inspecteur de la police criminelle de Los Angeles, Harry Bosch, enquête sur le meurtre d’un garçon de 13 ans tout en étant accusé d’avoir tué de sang-froid un tueur en série.

Harry Bosch : l’archétype du détective chevronné

Le pilote est directement inspiré de deux romans de Connelly : Wonderland Avenue (City Of Bones dans la version originale, et on comprend vite pourquoi) et La Blonde en Béton (The Concrete Blonde), deux enquêtes qui sont ici combinées et donnent bien du fil à retordre à notre détective solitaire. L’épisode commence sur un flashback : celui de la nuit où Harry a abattu un soupçonné serial-killer dans une ruelle sombre et humide de LA. S’ensuit une longue ellipse temporelle de deux ans. L’inspecteur Bosch est alors sur la sellette : la veuve du meurtrier a porté plainte et Harry risque de payer cher sa réaction, justifiée ou non.

Cependant, Harry a d’autre chose en tête que son procès : le travail semble pour lui être la meilleure façon d’oublier ses soucis judiciaires. L’anxiété, il la calme par la cigarette, le nez plongé dans ses dossiers. C’est Titus Welliver (Lost, The Good Wife) qui interprète cet inspecteur torturé, obsessionnel sans être insolent. Car c’est peut-être ce qui fait de Bosch un « gentil » : on est loin de la caricature du Dr House ou plus récemment de Backstrom. Harry Bosch est un vrai héros de roman noir, persuadé du bien-fondé de son action, et comme tout héros qui se respecte, Harry a un lourd passé. Les souvenirs d’une enfance difficile lui reviennent alors qu’il découvre une véritable « cité mortuaire » dans la forêt où sont enfouis des os d’enfants préalablement maltraités. C’est sur cette image d’un Harry Bosh physiquement et psychologiquement troublé, qui fixe son reflet dans la glace, que ce pilote se termine.

Une série cinématographique

Bosch bénéficie d’une qualité de réalisation proche d’un vrai film de cinéma. Filmée dans une ambiance nocturne, brumeuse, dans une atmosphère pesante et tendue, le pilote démarre comme Drive, par une course-poursuite sur une bande-son anxiogène. Cependant, la série ne s’embarrasse pas d’un fond sonore permanent, ce qui est souvent la marque des séries policières, qui font parfois reposer toute leur tension dramatique sur une musique d’ascenseur. On ne s’étonne pas de la qualité du show, au vu les noms qui apparaissent au générique : c’est Michael Connelly lui-même, accompagné du showrunner Eric Overmeyer (The Wire, Treme), qui sont à l’origine du projet.

La stratégie marketing d’Amazon Studios a fonctionné : laissant décider ses abonnés de la suite ou non d’une série, la plateforme peut ainsi limiter au maximum les risques et proposer des séries de qualité. C’est en février 2014 qu’Amazon avait commandé une saison entière suite au plébiscite du pilote. La totalité de la saison (10 épisodes) est disponible depuis le 13 février 2015 sur la plateforme Amazon Prime.

Bosch : pilote – Fiche Technique 

Créateurs: Michael Connelly et Eric Overmyer
Réalisation : Jim McKay
Production : Amazon Studios, Fabrik Entertainment
Décors :  Teresa Visinare
Costumes : George L. Little
Photographie : Eric Alan Edwards
Montage : Dorian Harris
Musique : Jesse Vocia
Casting : Titus Welliver, Jamie Hector, Amy Aquino, Lance Reddick, Annie Wersching, Scott Wilson, Mimi Rogers…

 

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.