Amazon Pilotes de séries de cet été 2016 : le pire et le meilleur

Amazon pilotes de séries 2016 – Au programme : le retour de Lauren Ambrose, une adaptation de Comic, un pamphlet fémininiste made in Jill Soloway, une bonne dose d’autodérision…

Zoom sur les pilotes de The Interestings, The Last Tycoon, The Tick, I Love Dick, Jean Claude Van Johnson

Amazon produit depuis 2013 ses propres séries en mettant à disposition plusieurs pilotes de séries qui verront le jour si le succès est au rendez-vous. Mozart in the Jungle ou The Man in the High Castle par exemple pour ne citer qu’eux dont la première a été récompensée aux Golden Globes en janvier dernier. La nouveauté cette année pour la firme américaine est de placer bon nombre de ses pilotes sur les réseaux sociaux comme Youtube ou Facebook pour inciter les hésitants à s’abonner à Amazon Prime, le service coûtant 100 dollars par an (un peu moins de la moitié par rapport à Netflix). La plateforme qui est en plein boom avec une augmentation de 50 % de ses clients depuis 2015, va continuer à jouer le grand jeu dans les mois à venir, avec une série créée par Woody Allen (Crisis in Six Scenes) ou une série reprenant les aventures de Jack Ryan, personnage créé par Tom Clancy déjà incarné par Harrison Ford et Chris Pine par le passé.

En cette rentrée 2016, le sort de 2 dramas et 3 comédies en est jeté. La rédaction se prononce sur ces 5 pilotes.

The Interestings : c’est du passé n’en parlons… (2/5)

Dès les premières minutes du pilote de The Interestings, le duo de showrunners Lyn Greene et Richard Levine (qui travaillèrent tous sur la série Nip/Tuck) nous immergent dans une Amérique seventies très bucolique. La verve est verbe et l’explicite est redondant. « Long time no see », amis de longues dates, ils le répètent plusieurs fois comme pour souligner les superpositions temporelles. Car en effet, l’intérêt de cette camaraderie se construit sur l’entremêlement un peu hasardeux des flash/backs/forwards, faisant de la narration éclatée une trop évidente saga bavarde. Heureusement que Lauren Ambrose (Six Feet Under) crève l’écran poussant le plaisir au-delà du commun. Autre visage familier, celui de Jessica Paré (Mad Men) qui manque de relief. Le cliché est donc, quelque peu, de bon ton et la nostalgie s’incarne difficilement pour tisser une toile relativement peu complexe, mais intéressante. Dommage qu’on y reste pas collé, mais suffit de peu. La faute au survol faisant des personnages des coquilles vides, les rendant peu attachants. La curiosité finit par suivre le pas.

Créateurs : Lynnie Greene et Richard Levine
Réalisateur : Mike Newell
Scénaristes : Lynnie Greene et Richard Levine
Interprétation : Lauren Ambrose (Jules Jacobson), Katie Balen (la jeune Jules), Matt Barr (Goodman Wolf), Jessica Collins (Cathy Kiplinger), Corey Cott (Jonah Dey), Gabriel Ebert (Dennis), Jance Enslin (le jeune Jonah), Sasha Frolova (la jeune Cathy), David Krumholtz (Ethan Figman), Justin Matthews (le jeune Goodman)…
Image : Terry Stacey
Format :  60 minutes

The Last Tycoon : cinéma, glamour, sexe et pouvoir… (3/5)

Écrit et réalisé par le cinéaste Billy Ray (Shattered Glass, Hunger Games, Capitaine Phillips), cette adaptation du roman inachevé de F. Scott Fitzgerald, The Last Tycoon (également connu sous le nom The Love of The Last Tycoon) se base sur la vie tragique et légendaire du jeune producteur de film Irving Thalberg qui va s’opposer à son mentor Louis B. Mayer. Un roman au regard aiguisé sur Hollywood. Fitzgerald change les noms mais les similitudes sont impossibles à manquer. En 1976, le roman avait été adapté par Elia Kazan au cinéma, avec Robert de Niro dans le rôle principal. The Last Tycon se penche sur l’ascension de Monroe Stahr, interprété avec classe par Matt Bomer, ce Wonder Boy talentueux, séduisant, se heurte à son mentor Pat Brady (incarné par Kelsey Grammer), patron du Studio. Situé dans les années de pré-Seconde Guerre mondiale, à une période charnière pour l’industrie du cinéma, le pilote capture avec style l’Old Hollywood, un très bel écrin derrière lequel se profile la misère provoquée par la Grande Dépression, les luttes de pouvoirs et l’influence grandissante de l’Allemagne hitlérienne. Si vous êtes un fan de l’ancien Hollywood, des beaux costumes, des romans de Fitzgerald, ou encore d’images léchées, The Last Tycoon est un must ! La série devrait plaire à tous les romantiques. Initialement développé pour HBO, le projet du scénariste/réalisateur Billy Ray  se concrétise sur  Amazon puisqu’une première saison est déjà prévue. Amazon aime Francis Scott Fitzgerald ; en tout cas, une saison de Z : The Beginning of Everything, qui  revient sur l’histoire de Zelda Fitzgerald (incarnée par Christina Ricci), a été commandée.

Créateur : Billy Ray
Réalisateur : Billy Ray
Scénariste: Billy Ray
Interprétation : Matt Bomer, Kelsey Grammer, Lily Collins, Mark O’Brien, Enzo Cilenti, Dominique McElligott, Jessica De Gouw…
Image : Daniel Moder
Format : 30 minutes

The Tick : Toujours plus loin, toujours plus fort (4/5)

Si vous en avez marre de subir l’omniprésence de ces superhéros qui se bagarrent le haut du box-office comme les rapaces assoiffés de pépettes qu’ils sont derrière leurs improbables costumes ringards, alors The Tick est fait pour vous ! D’abord adapté en comics dans les années 80 puis en série animée la décennie suivante, ce défenseur des opprimés tout de bleu vêtu, initialement pensé comme une enseigne de magasin ( !),  connait aujourd’hui une incarnation dans la peau du truculent Peter Serafinowicz, vu notamment dans Shaun of The Dead. Mais le coup de génie du créateur de la série, Ben Edlund qui officia précédemment sur les scénarios de Supernatural, est de baser l’histoire sur le point de vue d’un humain lambda – ou presque –, permettant ainsi de créer de succulents décalages comiques sur le regard que peuvent porter des témoins sur la présence de superhéros de leur réalité. Une excellente alternative au premier degré de tous ces films involontairement grotesques !

Créateur : Ben Edlund, d’après le personnage créé par Ben Edlund
Réalisateur : Wally Pfister
Interprétation : Peter Serafinowicz (The Tick), Griffin Newman Griffin Newman (Arthur Everest), Brendan Hines (Superian), Jackie Earle Haley (The Terror)…
Image : Bryce Fortner
Musique : Chris Bacon
Format :  30 minutes

I Love Dick : tête de noeud et adultère (3/5)

Jill Soloway est devenu en l’espace de 3 ans, un pillier de la scène sériphilique américaine, notamment avec son récompensé Transparent qui bouleverse les codes du genre. La showrunneuse adapte un best seller féministe de 1997 signé Chris Kraus, I Love Dick. Si le roman tend vers une certaine forme de perversion jouissive à souhait et une bonne dose d’autodérision, portant le regard de l’auteure comme prêcheuse d’une bonne parole malgré soi, le pilote d’une demi-heure réussit-il à nous transporter de la même manière ? A coups d’arrêts sur image, titres sur fond rouge, jump cut inaperçus ou gros plans , la mise en scène de Mme Soloway fait mouche et Kathryn Hahn dans le rôle de Chris, suave comme Victoria Abril, au physique éloquent à la manière de Ruth Wilson (The Affair), est épatante. Le principal défaut est l’autre choix de casting, Kevin Bacon en connard obsédant n’est pas le cowboy rustre, summum de virilité, mais il brille par son charisme naturel. On ne s’ennuie pas il est certain, mais nous ne prenons pas pour autant de plaisir. L’alchimie n’est pas suffisante entre les deux personnages principaux et le plaisir coupable de la série susnommée d’Hagai Levi est sans égal. Le pilote pâtit donc principalement d’un déséquilibre scénaristique, sur la description effleurée de Dick. Et la crise existentielle du personnage féminin, ainsi que de son couple, parviennent à convaincre un minimum. On reste cependant sur notre faim et c’est plutôt bon signe…

Créateur : Jill Soloway
Réalisateur : Jill Soloway
Scénaristes : Jill Soloway et Sarah Gubbins, basée sur un roman de Chris Kraus
Interprétation : Kevin Bacon, Kathryn Hahn (Chris), Griffin Dunne (Sylvere), Roberta Colindrez (Devon)…
Image : Jim Frohna
Format :  30 minutes

Jean Claude Van Johnson : un JCVD en pleine auto-dérision dans une série décomplexée (4/5)

A partir d’un pitch de départ aussi barré (Jean-Claude Van Damme est en réalité Jean-Claude Van Johnson, super agent de la CIA s’étant servi de ses tournages pour accomplir des missions secrètes, reprenant du service après une pré-retraite des plus dépressives), on est en droit d’attendre une série d’action décomplexée mâtinée de second degré. Et il faut dire que le pari est réussi et ce, dès les premières minutes : voir un Jean-Claude Van Damme vieilli, croupissant dans une villa de luxe où l’eau de la robinetterie a été remplacée par du lait de coco, allant chercher son journal en peignoir à bord d’un gyropode, et affirmant sans aucune retenue que « Timecop est nettement mieux que Looper », a quelque chose de jouissif. Dès lors, les sourires et surtout les rires fusent. Sachant faire preuve de beaucoup d’autodérision (comme l’attestent de nombreux direct to dvd comme Welcome to The Jungle) mais aussi d’un don indéniable pour la comédie (le spectre de JCVD n’est pas loin), Van Damme assure le spectacle. De même, il démontre qu’à 55 ans, surtout lors de la scène d’action finale, le bonhomme ne démérite pas dans les coups de tatane et les fameux high kick retournés ayant fait sa réputation. Le risque introduit par ce pilote serait la totale occupation à l’écran de l’acteur au détriment des autres personnages, qui pourraient peiner à exister. Cela se reflète notamment chez le personnage de Vanessa, dont la bluette sentimentale avec JC semble partir sur une trame des plus classiques, à base de quiproquos et autre non-dits. Ne boudons cependant pas notre plaisir avec ce pilote, véritable réussite dans le genre, et qui laisse présager de nombreux rebondissements drôles en présence de notre actionner belge préféré.

Créateur : Dave Callaham
Réalisateur : Peter Atencio
Scénariste : Dave Callaham
Interprétation : Jean-Claude Van Damme (Lui-même), Kat Foster (Vanessa), Moises Arias (Luis), Phylicia Rashad (Jane), Tim Peper (Gunnar), Deren Tadlock (Victor)…
Producteurs : Ridley Scott, David Zucker, Dave Callaham, Jean-Claude Van Damme
Format : 30 minutes

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Antoine Mournes
Antoine Mourneshttps://www.lemagducine.fr/
Mes premières ambitions, à l'âge d'une dizaine d'années, était d'écrire des histoires à la manière des J'aime Lire que je dévorais jusqu'en CM2. J'en dessinais la couverture et les reliais pour faire comme les vrais. Puis la passion du théâtre pour m'oublier, être un autre. Durant ses 7 années de pratique dans diverses troupes amateurs, je commence des études d'Arts du Spectacle qui débouche sur une passion pour le cinéma, et un master, en poche. Puis, la nécessité d'écrire se décline sur les séries que je dévore. Depuis Dawson et L’Hôpital et ses fantômes de Lars Von Trier sur Arte avec qui j'ai découvert un de mes genres ciné préférés, l'horreur, le bilan est lourd, très lourd au point d'avoir du mal à établir un TOP 3 fixe. Aujourd'hui, c'est Brooklyn Nine Nine, Master of Sex et Vikings, demain ? Mais une chose est sûre, je vénère Hitchcock et fuis GoT, True Detective et Star Wars. L'effet de masse m'est assez répulsif en général. Les histoires se sont multipliées, diversifiées, imaginées ou sur papier. Des courts métrages, un projet de série télévisée, des nouvelles, un roman, d'autres longs métrages et toujours plus de critiques..?

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