Pendant ce temps sur Outbuster… Healing, Being Good, El Infernio et Rigor Mortis

A peine quelques jours que le site Outbuster est lancé, et voilà qu’on peut déjà y trouver une bonne douzaine de longs-métrages inédits et venus de pays divers et variés (pour le montant dérisoire de 3€ pièce, rappelons-le). Ceux-ci y sont séparés en quatre catégories révélatrices cette sélection cinématographique qui a fait le pari de miser sur la qualité plutôt que la quantité:

  • « Entre potes » : Des films chargés en testostérone et en adrénaline
  • « Cœur à vif » : Des réalisations désireuses à vous faire monter les larmes aux yeux
  • « Complétement à l’est » : Une opportunité en or de découvrir la culture asiatique via son cinéma
  • « J’me la pête » : Du cinéma d’auteur qui vous permettra de briller en société

Voici quatre films, choisis au hasard, qui illustrent parfaitement cet éclectisme  sans commune mesure sur la Toile :

  • Rigor Mortis (Juno Mak, Hong-Kong 2013) Il est rare qu’un film primé au Festival du Film Fantastique de Gérardmer ne profite pas d’une distribution, ne serait-ce que dans des réseaux d’amateurs du genre. Si Rigor Mortis n’a pas eu ce privilège c’est qu’il n’est clairement pas destiné au grand public occidental. Avec ces nombreuses références à la mythologie chinoise et autant d’hommages aux Ghost kung fu comedy (à la mode dans les 80’ mais à présent tellement kitsch !), il faut dire que cet improbable film d’horreur mêle allégrement tout un bestiaire grand-guignolesque qui a de quoi déconcerter. Mais le jeune réalisateur aux commandes se révèle très doué dans l’art d’installer une ambiance cauchemardesque. Les fans des modèles du genre seront ravis de ce retour aux sources, alors que ceux qui ne sont « que » curieux découvriront un univers visuel qui n’aura de cesse de hanter leurs nuits.

 El Infernio (Luis Estrada, Mexique, 2010) Parce que la thématique de la lutte contre les narcotrafiquants fait la fierté du cinéma américain, au sud de la frontière, le problème est tout autre. Sur une trame narrative tout ce qu’il y a de plus banal, celui d’un homme revenant sur la terre de ses racines et se retrouvant embrigadé dans une spirale de violence, ce long-métrage mexicain nous livre une image terrible de ce pays où tout semble autour de la sainte trinité : religion – pouvoir de l’argent – grand banditisme. Dans cette variation épicée des Affranchis, le réalisateur n’hésite pas à dénoncer la corruption et l’hypocrisie de son gouvernement, sans oublier de nous livrer au passage un film de gangsters, non dépourvu d’émotions, rythmé par des musiques de mariachis et teinté d’une brutalité sanglante et d’un fatalisme qui font froid dans le dos.

 Being Good (Mipo O, Japon, 2015) La question est universelle, mais il semblerait qu’au Japon le rapport de l’adulte vers l’enfant, et par voie de conséquence l’éducation de ce dernier, soit particulièrement problématique. C’est en tout cas cette ambivalence que développe Mippo O dans son scénario ingénieusement pensé à la façon d’un film choral. Bâti autour d’une pléthore de personnages dont les traits auraient aisément pu être durcis, faisant alors dans une veine misérabiliste, c’est au contraire vers une légèreté bienvenue que le film va se diriger. Chacun d’entre eux apprendra à sortir de ses carcans et à avancer vers l’autre, dans un souci de transmettre son expérience et de ne pas faire vivre aux générations à venir ses propres traumatismes. Une belle leçon d’humilité qui s’accorde à la mise en scène tout en finesse dont faut preuve la réalisatrice, qui s’inscrit ainsi, au côté de Kore-Eda, parmi les dignes héritiers d’Yasujiro Ozu.

Healing (Craig Monahan, Australie, 2014) On en viendrait presque à envier les détenus de ces centres de réinsertion australiens, aux doux airs de Center Park. C’est dans ce cadre à la fois carcéral et bucolique que nous plonge ce film, mais il ne faut pas se fier au charme du décor : les rapports de force entre prisonniers et gardiens restent très durs. L’un de ces chefs de camp, interprété par l’inénarrable Hugo Weaving, propose aux taulards en quête de rédemption de l’assister dans son activité de maitre oiseleur et d’apprendre à apprivoiser de magnifiques aigles. De là va naitre une relation presque fusionnelle entre ces hommes au passé trouble et ces rapaces majestueux. Alors que le scénario ira creuser la psychologie des premiers, la mise en scène n’aura de cesse de magnifier les seconds, aboutissant à un film littéralement libératoire.

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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