Zouzou, un film de Blandine Lenoir : Critique

Sorti au cinéma en décembre dernier, Zouzou est un coup de gueule et un grand cri d’amour qui a su toucher le cœur du public ! C’est un peu le point de rencontre entre le féminisme et la probité.

Un film au féminin :

À travers ces portraits de femmes et ses dialogues piquants et remplis d’humour, le film pose plusieurs questions : où finit la confiance et où commence l’indépendance ? Quand la liberté devient-elle inconscience, indifférence ? Et là-dedans, qu’en est-il du rapport de la femme au sexe ? À ce sujet, Blandine Lenoir admet volontiers : « Je me sens très concernée par les questions d’égalité des sexes et de liberté d’agir. En devenant réalisatrice, et mère, je suis aussi devenue féministe. »
Pour son dernier film, la jeune réalisatrice (Il était une Foi, Pour de Vrai) brode différents visages de la femme. Tour à tour, femme-enfant, femme mûre, femme aigrie, amoureuse ou secrète… Mais quand il s’agit de sexe, alors, toutes se révèlent.

Alors, finalement, le sexe : adjuvant ou opposant ?
Zouzou est une comédie qui allie la fraîcheur d’un casting pétillant au franc-parler des dialogues et à la tendresse de son scénario. Récompensé par les Prix du Public aux Festivals Renc’art de Montreuil 2014 et Cinéssonne 2014, Zouzou est un film moderne, touchant et vrai sur un sujet délicat : les relations sexuelles.

Une famille colorée :

Dans Zouzou, chacun des personnages féminins a son idée sur la question, jusqu’à la grand-mère, Solange (Tout ce qui brille, Entre Adultes), qui a pourtant d’autres chats à fouetter mais qui, par son silence, montre son approbation pour la chose en question. D’ailleurs, la matriarche vit en secret une amourette d’adolescente et boit la coupe jusqu’à la lie. Elle est dans le plaisir et dans l’instant, un peu comme sa cadette. Cette dernière, Lucie (Laure Calamy, Fidelio, L’Odyssée d’Alice, Sous les jupes des Filles), jeune enseignante célibataire, est très libérée et parle de sexe avec beaucoup (trop?) d’aisance.
Elle prend d’ailleurs un malin plaisir à choquer et à embarrasser ses deux sœurs, en particulier Agathe (Florence Muller, Malavita), l’aînée, divorcée et mère de Zouzou. Mal dans sa peau et en manque d’amour, Agathe est surtout déçue par les hommes et le sexe. Son statut la rend d’autant plus réfractaire à la relation précoce de sa fille. Relation qu’en fait elle jalouse !
Marie (Sarah Grappin, Mariage à Mendoza, Pitchipoï) semble être la plus discrète et la plus sage des trois sœurs mais aux pays des non-dits, il ne faut pas se fier aux apparences !

De ces échanges verbaux ou physiques, le quintette ressortira grandi, plus vibrant et plus vivant. De même que sa petit-fille Zouzou, la grand-mère assumera cet amour naissant aux yeux de sa famille pour l’intégrer dans la normalité tandis qu’Agathe donnera libre cours à ses désirs et s’abandonnera dans les bras d’un ex-amant. Lucie baissera enfin sa garde et avouera ses sentiments à l’homme qu’elle aime et Marie lèvera le voile sur sa vie intime pour prendre son envol. Zouzou, un film sur le sexe, ou comment joindre l’utile à l’agréable..!

Fiche Technique :

Titre : Zouzou
Réalisation et scénario BLANDINE LENOIR
Année : 2014
Casting : Lucie LAURE CALAMY
Solange JEANNE FERRON
Brenda Nelson NANOU GARCIA
Marie SARAH GRAPPIN
Agathe FLORENCE MULLER
Jean-Claude Rabette OLIVIER BROCHE
Fredo PHILIPPE REBBOT
Théo ANTOINE BECHON
Zouzou ANOUK DELBART
Caty LILA REDOUANE
Directrice de la photographie KIKA UNGARO
Ingénieur du son LAURENT BENAÏM
Assistante mise en scène CAMILLE GUILLÉ-MERGOT
Directeur de production JULIEN SILLORAY
Costumes PATRICIA OUMEDJKANE
Maquillage et coiffure JULIA FLOCH
Monteuse STÉPHANIE ARAUD
Montage son CÉCILE CHAGNAUD
Mixage LAURE ARTO
Musique BERTRAND BELIN
Production NICOLAS BREVIERE
Avec le soutien du CNC, de la Région Poitou-Charentes et du Département de la Charente

Synopsis : Les trois filles de Solange, aussi complices que différentes, viennent lui rendre visite dans sa maison à la campagne avec leurs enfants. Lorsque les quatre femmes surprennent Zouzou, 14 ans, au lit avec un garçon, les langues se délient, les moeurs se libèrent et les esprits s’échauffent. Trois générations de femmes vont alors nous offrir leurs regards tendres, durs ou légers sur le sexe et l’amour.

Zouzou : la bande-annonce

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.