Vue sur mer, un film d’Angelina Jolie : Critique

On ne les avait plus vus ensemble au cinéma depuis Mr. & Mrs. Smith, il y a dix ans. Le couple Brad Pitt / Angelina Jolie nous revient avec une histoire de ménage au bord de la rupture. Finis les tueurs surentrainés qui règlent leurs comptes à grands coups de gunfights chorégraphiées, les deux acteurs-stars incarnent cette fois deux  bobos new-yorkais qui devront surmonter leurs difficultés en allant au-devant de leurs névroses.

Synopsis: Dans les années 70, Roland et Vanessa sont un couple de new-yorkais qui viennent passer ses vacances dans un hôtel luxueux du sud de la France. Alors que leur mariage est compromis par leur relation en crise, la rencontre qu’ils font avec Léa et François, leurs voisins de chambre, va remettre un peu de piment dans leur vie sexuelle.

Une passion amorale qui manque de mordant

Pour son troisième film en tant que réalisatrice, Angelina Jolie met donc de côté la dimension spectaculaire et humaniste qu’elle avait intégrée aux deux précédents pour tenter de se focaliser sur le traitement psychologique des personnages qu’elle s’octroie à elle-même et à son mari –ce qui est là-aussi une première. On pourrait même aller plus loin en affirmant que ce sont les reproches qui lui ont été faits suite à son précédent film Invincible, à savoir un classicisme hollywoodien trop pesant et un message patriotique criant, qui l’ont poussée à s’essayer à un exercice de style qui se rapprocherait de l’idée que les Américains peuvent avoir du cinéma d’auteur européen.

C’est ainsi que l’action se retrouve délocalisée dans une Côte d’Azur de carte postale (dans des décors qui ont en vérité été tournés sur l’île de Malte), que le casting se compose d’acteurs français et que la lumière est assurée par le chef opérateur de Michael Haneke. Mais, au-delà de ça, si l’érotisme vintage rappelle l’œuvre de Tennessee Williams, on peut rapprocher la théâtralité de la mise en scène au cinéma français, le rythme languissant et peu bavard à celui des œuvres d’Ingmar Bergman ou Michelangelo Antonioni, et surtout la thématique du voyeurisme à certains des meilleurs films d’Alfred Hitchcock. Tant de sources d’inspiration qu’Angelina Jolie essaie tant bien que mal à digérer mais sans jamais accéder au niveau de maitrise de ses illustres modèles. Dès sa présentation à l’American Film Institute, les critiques américaines ont fustigé le film, lui reprochant « sa durée trop étirée » et « son manque de dynamique dramatique ». Des défauts que les spectateurs français peuvent plus aisément acquiescer et que l’on pouvait justement mettre sur le compte du fait que le public visé était plus européen. L’espoir était donc permis de voir un drame psychologique dont la finesse aurait échappé aux spectateurs d’outre-Atlantique, d’autant que la présence de quelques-unes de nos stars de chez nous rendait l’affiche alléchante.

Pour une fois, il nous est impossible de ne pas partager l’avis des Américains concernant le manque de dynamisme du long-métrage. La nonchalance dont fait preuve la réalisatrice se serait parfaitement aligné sur un format plus court que les deux heures dix que dure le film. La succession de longueurs qui en résulte aurait pu ne pas être à ce point rédhibitoire si les deux personnages principaux avaient été un minimum attachant. Le couple sur lequel se focalise la narration est composé de deux personnages caricaturaux au possible : Brad Pitt en écrivain qui noie son manque d’inspiration dans l’alcool et Angelina Jolie (dont la maigreur est de plus en plus inquiétante !) en bourgeoise dépressive et terriblement hautaine. Plus le film avance, plus les tensions et les névroses deviennent importantes au sein de ce couple, et poussent les deux interprètes à cabotiner au point de perdre peu à peu en vraisemblance. Les acteurs secondaires en revanche sont bien plus convaincants : Dans le rôle du couple de voisins, Mélanie Laurent et Melvil Poupaud apportent une sensualité rafraichissante tandis que, dans le rôle du veuf plein de chagrin et de sagesse, Niels Arestrup est comme à son habitude irréprochable. La façon dont la perversité voyeuriste va permettre à ce couple de vivre par procuration la sexualité qu’ils n’arrivaient plus à avoir est un spectacle tout d’abord sembler dérangeant, voire même fascinant. Mais la façon dont, au bout d’une heure, ces scènes d’espionnage intime vont se répéter sans que la situation n’avance plus, va faire naitre une profonde lassitude qui n’ira qu’en s’aggravant jusqu’à cette conclusion fleur-bleue tristement prévisible.

La tentative d’Angelina Jolie de s’essayer à du cinéma plus auteuriste et personnel se retourne finalement contre elle, tant la dimension auto-thérapeutique est rendue flagrante par l’octroi des rôles à son propre couple, et fait souffrir ce film, déjà laborieux et maladroit, d’un nombrilisme assez malvenu au vu du sujet. Malgré son charme solaire et son ambiance moralement malsaine, Vue sur mer ne parvient pas à séduire et prend l’allure d’un long, très long, essai dont la sensibilité n’est qu’artificielle.

Vue sur mer – Bande annonce

Vue sur mer – Fiche technique

Etats-Unis
Titre original : By the sea
Genre: Drame, romance
Durée: 120min
Sortie en salles le 09 décembre 2015
Réalisation : Angelina Jolie Pitt
Scénario : Angelina Jolie Pitt
Interprétation : Angelina Jolie Pitt (Vanessa), Brad Pitt (Roland), Mélanie Laurent (Léa), Melvil Poupaud (François), Niels Arestrup (Michel), Richard Bohringer (Patrice)
Photographie : Christian Berger
Décors : Jille Azis
Costume : Ellen Mirojnick
Montage : Patricia Rommel, Martin Pensa
Musique : Gabriel Yared
Producteurs : Angelina Jolie Pitt, Brad Pitt
Sociétés de Production : Universal Pictures, Jolie Pas, Plan B Entertainment
Distributeur: Universal Pictures International France
Budget : NR
Festival: Film d’ouverture à l’AFI Fest en novembre 2015

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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