Theeb, un film de Naji Abu Nowar : Critique

Theeb nous entraîne sur les sentiers escarpés du désert jordanien pour nous apprendre qu’il faut parfois savoir faire confiance à son ennemi.

Synopsis : Péninsule arabique, pendant la première guerre mondiale. Theeb est un jeune bédouin qui vit avec son grand frère Hussein. Celui-ci est engagé par un officier de l’armée colonial britannique, en route vers La Mecque, pour le guider vers un puits. Theeb décide de les suivre à distance sans se soucier du danger qui plane sur le désert.

Le réalisateur jordanien Naji Abu Nowar (qui a passé les dix premières années de sa vie en Grande-Bretagne) admet que, si son intention première en rédigeant le scénario de Theeb fut de rendre cinégénique la culture bédouine, son inspiration formelle lui vient directement du western. L’influence des films américains se ressent dans la construction de son récit et en particulier dans la façon dont le passage à l’âge adulte de son héros éponyme va prendre la forme d’une quête initiatique. Pourtant, la scène prégénérique nous imprègne dès les premières secondes de la tradition orale locale via un poème sur la Mer Rouge, qui pourra tout à la fois être lu comme une analogie du désert, et donc un avertissement sur le risque de s’y aventurer, ou comme une ode à la vie pleine d’espoirs.

Le processus utilisé ensuite par le réalisateur pour nous immerger dans l’univers de ses personnages est des plus faciles, puisqu’il nous fait partager le point de vue du rôle-titre. Le regard que pose le jeune Theeb sur son mode de vie, sur sa relation à son frère ou sur l’influence des étrangers est toujours suffisamment expressif pour nous faire partager ses sentiments malgré une économie de dialogues. La première moitié du film repose donc sur ces effets d’observation, dont la plupart est mise en scène par une série de champs-contre-champs. Malgré la simplicité du dispositif, le décor désertique apparait rapidement comme l’élément central de la dramaturgie, tant il influe directement sur les relations que les personnages vont entretenir. La chaleur et la soif obligent les habitants de ces terres arides à s’entraider. Ce discours sur le besoin d’humilité face à une nature hostile donne à Theeb sa dimension universelle et lui permet ainsi de dépasser de beaucoup son seul cadre géographique.

Le rythme volontairement lent, dû à une narration privilégiant les rapports entre chacun des personnages à l’action elle-même, tranche avec les références hollywoodiennes du réalisateur et a de quoi perturber le public occidental, abreuvé à une certaine dynamique. Pourtant, la beauté des paysages et la symbolique employée massivement pour représenter les efforts à faire pour y survivre (avec notamment ce puits, tour à tour enjeu vital et lieu de mort) a de quoi fasciner, même si on regrette amèrement que le foisonnant contexte géopolitique qu’a choisi le cinéaste (pas moins qu’une guerre mondiale et la chute de l’empire ottoman) ne soit jamais évoqué. Le pilier dramaturgique sera, l’occasion d’une montée en intensité, une scène de fusillade impressionnante. Ce qui suivra reprendra le schéma d’indispensables interdépendances entre les vivants. Ayant depuis appris à nous attacher au jeune Theeb, les enjeux apparaissent dans cette partie finale comme plus poignants, jusqu’à ce que le scénario ne retrouve, dans ses dernières minutes, une certaine laboriosité à se trouver une fin (notons tout de même un plan de fin sur un chemin de fer, qui n’est pas sans rappeler celui d’Il était dans l’ouest).

La morale est universelle et imparable, mais nous est assénée avec si peu de subtilité que l’on en viendrait presque par douter de la sincérité de cette tragédie bédouine à la finalité quelque peu abstraite. Même la signification du nom du jeune héros (traduisible par « loup »), qui est pourtant un élément-clé pour saisir toute la dimension dramatique de son destin, ne sera jamais éclairée dans la diégèse. Toutes ces maladresses dans la construction du récit n’empêchent pourtant pas ce premier film d’être un beau moment de dépaysement.

Theeb : Bande-annonce

Theeb : Fiche technique

Titre original : ذيب
Réalisation : Naji Abu Nowar
Scénario : Naji Abu Nowar, Bassel Ghandour
Interprétation : Jacir Eid (Theeb), Hassan Mutlag (L’étranger), Hussein Salameh (Hussein), Jack Fox (Edward)…
Musique : Jerry Lane
Photographie : Wolfgang Thaler
Directeur artistique : Samy Keilani
Montage : Rupert Lloyd
Producteurs : Bassel Ghandour, Rupert Lloyd, Laith Majali, Diala Al Raie, Nadine Toukan
Maisons de production : Noor Pictures, Immortal Entertainment
Distribution (France) : Jour2fête
Récompenses : Prix Horizons du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise 2014
Durée : 93 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 23 Novembre 2016
Jordanie/Émirats arabes unis/Qatar/Royaume-Uni – 2014

 

Festival

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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