Avec Notre salut, Emmanuelle Marre montre que le cinéma a encore une vie à mener : sérieuse et fiévreuse. D’une manière proche de Peter Watkins, Marre réinvente la manière de filmer l’intime en acte politique, de faire du cinéma un geste terriblement libre.
Zach Cregger réinvente Resident Evil autour d’un héros ordinaire et retrouve enfin l’essence survival horror de la saga Capcom. Une adaptation tendue, drôle et remarquablement maîtrisée.
Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.
"Babygirl", un drame érotique captivant réalisé par Halina Reijn, explore le désir féminin et les fantasmes inavoués à travers une relation intense et risquée entre une femme d'affaires, interprétée par Nicole Kidman, et un jeune stagiaire. Un film audacieux, sincère et magnifiquement écrit qui dépeint la sexualité féminine avec justesse, sans tomber dans le voyeurisme. La performance remarquable de Kidman et l'alchimie avec Harris Dickinson rendent ce film incontournable, aussi poignant que sensuel, offrant une expérience cinématographique unique.
Polar poisseux et hanté, ambitieux et chaotique sondant les tréfonds de l'âme humaine à travers l'affaire Dutroux, "Le Dossier Maldoror" du cinéaste franco-belge Fabrice de Welz frappe par sa densité tout risquant l'écart en étant pas assez radical.
À la croisée des frontières nationales, "Hiver à Sokcho" compose une quête identitaire empreinte de poésie et d'émotions à l'état brut. Porté par un Roschdy Zem au charisme sauvage et l'interprétation à fleur de peau de Bella Kim, le drame franco-sud-coréen, premier long-métrage du réalisateur franco-japonais Koya Kamura, séduit par son esthétisme et son mélange des cultures. Adapté du roman éponyme d'Elisa Shua Dusapin, le film, au rythme lent et aux images oniriques, se perd dans la psyché labyrinthique des personnages égarés qu'il met en scène.
Réalisé par Tiina Lymi, actrice finlandaise et metteuse en scène de théâtre, "Maja, une épopée finlandaise" est son premier long métrage visible en France, après en avoir écrit et dirigé cinq autres. Il s’agit d’une grosse production où elle adapte librement une saga familiale écrite par Anni Blomqvist dans les années 60 et très réputée en Finlande.
Dernier film d'Andrea Arnold, "Bird" mêle réalisme social et poésie à travers l'histoire d'une jeune fille, Bailey, en quête de liberté et de sens. Loin de la norme, ce film initiatique explore les thèmes de l'amitié, de l'amour et de la résilience au milieu de la pauvreté et du chaos. À travers une bande-son énergique et un réalisme frappant, Arnold signe une œuvre émouvante, portée par des personnages atypiques et une symbolique forte de l'oiseau, symbole de liberté et d'évasion.
Nouveau cru gothique en forme d'hommage appuyé à ses parents, le comte Orlok fait-il toujours peur ? Le "Nosferatu" de Robert Eggers prend donc des allures de conte macabre qu'il semble revendiquer avec gourmandise : à ceux qui sont venus prendre leur dose de vampirisme, ils repartiront gavés d'un cinéma de genre qui se pourlèche de son raffinement revendiqué.
Dans "Les Feux sauvages", Jia Zhangke continue son rôle de témoin des mutations de la Chine à travers les âges. Mais ici, il semble plus inquiet. Pas tant pour ses personnages, habitués à être perdus dans des espaces qu’ils ne reconnaissent plus, que pour lui-même. Le cinéaste, dans ce dernier opus, regarde non seulement les fissures d’un monde qui s’accélère, mais aussi celles qui s’ouvrent sous ses propres pieds. Il n’utilise plus seulement la société chinoise comme matériau, mais aussi et surtout ses films.
Dans "Quiet Life", Alexandros Avranas explore le "syndrome de la résignation", une pathologie psychique rare, à travers le récit poignant d'une famille russe réfugiée en Suède. À la croisée de la tragédie sociale et de l'immigration, le film dépeint les luttes internes et les conséquences du rejet d'asile sur une jeunesse traumatisée. Un drame social puissant, métaphorique et visuellement marquant, qui interroge la rigidité des institutions dans un monde souvent déshumanisé.
Avant l’Hermione, avant le héros célébré des deux côtés de l’Atlantique, il y eut La Victoire et une première traversée clandestine. Avec Amériques, Esther Gil et Laurent Paturaud racontent cette aventure française dans la guerre d’Indépendance américaine en déplaçant légèrement le regard : Lafayette est là, mais le véritable guide se nomme Charles-François du Buysson.
Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour referment leur diptyque sur Newland Arrow, héritier de la haute finance new-yorkaise qui persiste à préférer aux salons bourgeois la poussière des trains et la compagnie des hobos. Une belle idée de personnage, une Amérique saisissante, mais un second volume qui avance parfois un peu trop vite.
« - Est-ce que tu savais que « famille » venait du dialecte primitif du centre de l’Italie ?
- Et ça y est… C’est reparti avec les théories…
- C’est dérivé du mot « famel ». Et « famel » dans ce dialecte, ça veut dire « esclave ». Étymologiquement, la famille, c’est l’ensemble des esclaves qui vivent sous le même toit.
- Hahaha !
- N’importe quoi !!
- Alors que « tribu » ça vient du sanskrit, d’un mot qui veut dire « naissance ». Avouez que ça a plus de gueule… »
On connaît la date et, surtout, on connaît la fin. Avec "Les Dates chocs de l’Histoire", Jean-Yves Le Naour revient aux éditions Bamboo sur ces heures aiguës où rien n’est encore joué, où le cours du monde peut infléchir. Deux premiers albums donnent le ton : "11 novembre 1918 : Au cœur de l’armistice" et "28 octobre 1962 : Au cœur de la crise de Cuba".
De la conseillère d’orientation qui enterre les vocations aux cours de religion, des humiliations de cour de récréation aux connaissances prétendument "inutiles", cet ouvrage collectif publié aux éditions Fluide Glacial examine l’école sans céder aux facilités de la nostalgie. Les styles graphiques et les tonalités s’y succèdent avec liberté : autobiographie, satire, mauvais esprit, tendresse et franche bouffonnerie se fondent dans un album où chacun semble retrouver un morceau de sa propre scolarité.