Babygirl : 50 nuances de Nicole

C’est peu dire que ce long-métrage est un morceau de cinéma très étonnant et précieux. Une œuvre qui semble à la fois déterrer le genre du suspense érotique cher aux années 90 tout en le rendant très contemporain, juste et orienté vers un point de vue enfin féminin. Babygirl aurait pu être plus scabreux, sulfureux, mais il aurait aussi pu être plus niais ou accoucher d’un pétard mouillé à la 50 nuances de Grey. Il n’en sera rien et c’est probablement parce qu’il n’y avait rien de mieux qu’une femme pour réaliser une œuvre sur le désir féminin et les fantasmes inavoués de la gent féminine. Pour son troisième film, la néerlandaise Haline Reijn passe donc à la vitesse supérieure et nous gâte avec un long-métrage très bien écrit, réalisé avec soin et porté par des interprètes au sommet de leur art avec, bien sûr, une Nicole Kidman qui ajoute une nouvelle prestation hors du commun à une filmographie qui en contient déjà beaucoup !

Synopsis : Romy, PDG d’une grande entreprise, a tout pour être heureuse : un mari aimant, deux filles épanouies et une carrière réussie. Mais un jour, elle rencontre un jeune stagiaire dans la société qu’elle dirige à New York. Elle entame avec lui une liaison torride, quitte à tout risquer pour réaliser ses fantasmes les plus enfouis…

Ahhh Nicole Kidman… On pourra reprocher à l’ex-madame Tom Cruise de tourner peut-être un peu trop pour le côté artistique et d’avoir abusé de la chirurgie esthétique pour le côté plus superficiel et people, mais force est de constater qu’elle nous a maintes fois prouvé l’étendue de son talent. Avec Babygirl elle nous indique qu’elle est loin d’avoir fini de nous épater. Si le film est aussi réussi c’est aussi en grande partie grâce à sa performance. On la sait capable de beaucoup de choses mais on ne s’attendait pas à la voir dans une œuvre qui explore le désir féminin de la sorte, ni qu’elle se mette à nu comme cela dans tous les sens du terme. Les fantasmes et désirs de son personnage peuvent paraître politiquement incorrects, ce qui rend sa prestation d’autant plus mémorable et osée. Bref, elle incarne cette femme d’affaires de pouvoir soumise à ses pulsions bis par un jeune homme qui pourrait être son fils avec une grâce et une absence de pudeur remarquable. Et elle porte ainsi une bonne partie du film sur ses épaules.

Mais elle n’est pas la seule à exceller dans ce drame érotique qui ne verse jamais dans le sexe facile, chaque séquence charnelle ayant vraiment une raison d’être et déterminant ainsi la psychologie des deux personnages. Dans ce duel inattendu, Harris Dickinson montre encore une fois qu’il fait partie des acteurs les plus prometteurs de sa génération depuis qu’on l’a découvert dans Les Bums de la plage après, entre autres, la Palme d’or Sans filtre ou l’excellente mini-série Un meurtre au bout du monde. Mélange de charme juvénile et de masculinité décomplexée, il a la carrure nécessaire pour faire attirer un personnage comme celui de Kidman dans ses filets. Il irradie de sensualité et de charisme rendant leur relation et leur complicité évidente et crédible. Antonio Banderas et Sophie Wilde en seconds rôles satellites, mais nécessaires, ne déméritent pas même s’ils n’ont chacun qu’une seule scène forte pour faire éclater leur talent.

Après deux films moins convaincants et remarqués dont le sympathique mais imparfait Bodies Bodies Bodies (inédit en salles en France), Halina Reijn passe clairement à la vitesse supérieure avec Babygirl. À la fois plus ambitieux, chic et singulier, son troisième long-métrage frappe fort car il ausculte la sexualité féminine contemporaine de manière frontale, osée et juste. D’ailleurs, un tel film dans les mains d’un homme n’aurait peut-être pas eu la même saveur. On sent la cinéaste en confiance avec son sujet, qu’elle transmet à son actrice principale. Elle décrit bien la libido féminine à travers le personnage de Romy, quand bien même celle-ci possède des fantasmes peu communs et inavoués. Mais ils peuvent être le catalyseur de tant d’autres pour de nombreuses femmes… Une séquence et un revirement un peu sibyllin sur la question, évoquant une maladie mentale ou de l’addiction viennent cependant faire un pas de côté inutile au script.

En outre, la relation entre les deux personnages est superbement écrite. On y croit et on marche alors qu’avec un tel sujet, le film marchait sur des œufs. Tout sonne juste, réaliste et crédible. On aime les premières approches, on apprécie le côté maladroit de leurs premiers ébats et le léger malaise qui s’en suit tout comme la passion qui va se développer. Évidente, compulsive, incandescente et surtout addictive. Chacun pour des raisons différentes. Mais Babygirl a le mérite également de montrer les conséquences de cet adultère singulier sur la vie de famille et la vie professionnelle de Romy, aspirant ainsi toutes les facettes d’un tel écart pour une femme en vue comme elle. Tout comme il insère intelligemment la chirurgie faite par l’actrice et qui fait tant jaser dans le script toutes comme les nouvelles avancées dans l’automatisation des moyens de livraison puisque Romy est PDG d’une telle entreprise (fictive).

On prend donc plaisir à suivre cette romance entre soumission et domination même si elle est encore une fois inscrite dans le sempiternel contexte new-yorkais, de Manhattan même, avec des protagonistes très huppés. À ce niveau, de mettre une telle histoire dans un milieu plus accessible aurait peut-être rendu le film encore plus prégnant pour le public, voire plus jouissif car palpable. On aurait peut-être d’ailleurs aussi apprécié que le scénario aille plus loin parfois, même si à ce jeu c’est parfois risquer de tomber dans le voyeurisme et les excès. À part cela, ce long-métrage peu commun mais délicieux et captivant, en plus d’être mis en scène avec soin et volupté, nous conquiert dans ses moments dramatiques comme dans ses moments libérateurs (la magnifique séquence dans le club techno), voire coquins. Et quand les acteurs sont au diapason et donnent le meilleur d’eux-mêmes alors on signe. Babygirl est un film avec une sensibilité féminine forte sans tomber dans les excès du féminisme qui rayonne grâce à l’écriture et la mise en scène de sa réalisatrice ainsi que le talent de son actrice principale.

Bande-annonce – Babygirl

Fiche technique – Babygirl

Réalisateur : Halina Reijn.
Scénaristes : Halina Reijn.
Production : A24.
Distribution : SND.
Interprétation : Nicole Kidman, Harris Dickinson, Antonio Banderas, Sophie Wilde, …
Genre : Drame – Érotisme.
Date de sortie : 15 janvier 2025.
Durée : 1h53.
Pays : États-Unis.

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3.5

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