Hellboy 2 : critique d’un blockbuster féérique

L’esthète Guillermo Del Toro rempile dans l’univers merveilleux d’Hellboy. Entre créatures magiques et antihéros attachants, le cinéaste mexicain atteint peut-être le sommet de son art. Analyse d’un blockbuster mémorable mais boudé par le public occidental.

Synopsis : Maintenant il est temps pour le super héros le plus indestructible et le plus cornu de la planète de combattre un dictateur sans pitié et ses légions. Il peut être rouge, il peut avoir des cornes, il peut être mal compris, mais si vous voulez que le travail soit bien fait, appelez Hellboy. Avec ses partenaires du Bureau de Recherche et de Défense Paranormal (B.P.R.D.), sa petite amie pyrokinésique Liz, l’aquatique et empathique Abe Sapien et le mystique protoplasmique Johann, le B.P.R.D voyagera entre notre monde et celui où voguent les créatures que ne peuvent pas voir les humains, où les créatures du monde fantastique sont devenues réelles. Hellboy, créature appartenant aux deux mondes qui n’est accepté dans aucun, devra choisir entre la vie qu’il connaît et une destinée incertaine.

Quand il n’est pas attelé sur ses chefs d’œuvres intimistes (L’échine du diable, Le labyrinthe de Pan), le génial Guillermo Del Toro reste l’un des formalistes les plus intéressants d’Hollywood. Sorti en 2004, Hellboy premier du nom, adaptation des comics éponymes, reste un des films majeurs de la décennie 2000. S’il ne révolutionne pas le cinéma d’action dans son propos ou dans sa conception, il reste un métrage prodigieux sur sa forme et surtout sa direction artistique, dans une continuité parfaite avec la carrière montante de son réalisateur. Après une consécration publique et critique suite à la sortie du Labyrinthe de Pan, Guillermo Del Toro, assisté par le dessinateur Mike Mignola, revient derrière la caméra pour raviver l’univers fantasmagorique d’Hellboy. Intitulé Les légions d’or maudites, ce long métrage signera aussi bien son apothéose visuelle que ses limites en termes d’atteinte aux spectateurs. Cas à part à Hollywood au vu de son budget de production, Hellboy 2 est à sa saga ce que Spider-Man 2 est dans le monde des blockbusters : une formidable exception esthétique, auteuriste et inoubliable.

L’esthète Del Toro

Ce qui est certain chez Guillermo Del Toro, c’est son envie insatiable de transcender les univers cinématographiques qu’il dépeint. Depuis le début de sa carrière de metteur en scène, le mexicain propose des expériences cinématographiques emplies d’honnêteté et de réelles propositions de cinéma. Une fois n’est pas coutume, l’univers d’Hellboy, mélange de « fantasy » et de modernité, est magnifiquement retranscrit dans les deux longs-métrages. Toutefois, boosté par un budget revu à la hausse (près de 85 millions de dollars), Del Toro s’en donne à cœur joie pour corriger les erreurs du précédent épisode et de proposer une extension soignée de cette diégèse cinématographique féérique. L’histoire décide de s’éloigner du premier opus, nous proposant un tout nouveau postulat. Lorsqu’il n’est encore qu’un jeune diablotin, Hellboy se voit raconter l’histoire de la guerre du début des temps : les elfes, orcs et gobelins se sont alliés face aux humains afin de prendre le contrôle de la Terre. Afin de s’assurer la victoire, les gobelins et les elfes firent construire une armée de soldats d’or, tout bonnement impossible à vaincre pour les humains. Pris de remord par cette victoire écrasante, le roi des elfes décida d’une trêve en séparant sa couronne en 3, dont une partie revenait aux humains. Des millénaires plus tard, un elfe maléfique nommé Nuada, s’empare d’un fragment de la couronne, obligeant le désormais bourru Hellboy à le combattre.

C’est d’un postulat aussi simple que Guillermo Del Toro va réussir son exploit cinématographique, et ce, grâce à plusieurs facteurs. C’est d’abord le visuel absolument mirifique qui suscite le plus d’admiration. L’utilisation des couleurs, entre le rouge et le bleu, tout en jouant avec la nuance dorée, permet un émerveillement constant, de même qu’une interprétation filmique très ouverte. La direction artistique confine alors au sublime lors des scènes d’action, quand le pétaradant rime avec l’élégance, dans une grâce absolument inouïe. On s’ébahit alors devant la qualité de la mise du réalisateur mexicain, variant les cadres et les situations, pour mieux nous immerger dans cette univers devenu incontournable. Ce récit, d’une simplicité presque outrancière, se transforme en conte féérique gracieux, le tout, soutenu par des acteurs jusqu’au-boutiste dans leur performance, notamment Ron Perlman, inoubliable dans son rôle d’antihéros diabolique.

Génie incompris

Comme nous le savons que trop bien, le talent n’est pas toujours récompensé. Et malgré une proposition cinématographique saluée de toute part par la critique, la saga Hellboy n’a jamais vraiment réussi à trouver son public, à l’exception évidente des plus grands fans de son cinéaste. Ne réussissant qu’à atteindre les 160 millions de dollars, soit à peine deux fois son budget, le sort d’Hellboy et de son univers s’est scellé au même titre que la rancœur infinie de ses fans. Ayant fait un four du même acabit, le premier opus avait déjà mis en péril la tenue de cette suite, aussi qualitative soit-elle. De facto, il nous paraît légitime de nous demander s’il n’existerait pas une fracture entre un cinéma de divertissement auteuriste et le grand public fidèle aux films à grand spectacle. Malheureusement, et ce même avant Hellboy 2, cette rupture existe belle et bien. C’est un syndrome qui s’illustre assez facilement avec la saga Matrix, avec un premier épisode adulé car faisant la part belle aux aficionados de films d’actions et de longs-métrages plus complexes dans leur sous-texte, et des suites détestés pour leur caractère résolument plus poussées dans leur propos. Un phénomène qui se poursuit de nos jours et qui tend à se démocratiser. C’est d’ailleurs Guillermo Del Toro qui en fera les frais avec son jubilatoire Pacific Rim, acclamé par la critique mais ayant échoué à rassembler le public occidental.

En dépit de cette propension du public à négliger ces vraies propositions de cinéma, il convient avant tout de les remettre sur le devant de la scène. N’ayons pas peur des mots, Hellboy 2 : les légions d’or maudites est une pépite dans le monde des blockbusters et sans aucun doute l’un des meilleurs de ces dix dernières années. Sa narration, simple et efficace, est transcendée par une mise en scène d’une ampleur colossale et d’une direction artistique minutieuse, rendant sa noblesse au personnage d’Hellboy. Malheureusement boudé par le public, il convient de le réévaluer à sa juste valeur, celle d’une immense expérience de cinéma « mainstream », confinant au génie grâce à la main de son metteur en scène. On espère que le « reboot » de Neil Marshall, prévu pour 2019 et avec David Harbour dans le rôle-titre, ne fera pas trop d’ombre au film de Del Toro, tout en proposant quelque chose de nouveau, le film tendant à être plus sombre et violent.

Véritable pépite de cinéma d’action/fantasy, Hellboy : les légions d’or maudites permet à son réalisateur d’atteindre la quintessence de son art, dans une histoire transcendée par sa mise en scène. Peut être l’un des longs métrages les plus mésestimés de son genre et de son époque, témoignant d’une cassure entre les spectateurs et les blockbusters arty. Il reste la preuve d’un Hollywood proposant du qualitatif, créatif et suscitant le merveilleux, une heureuse parenthèse de cinéma, dans une industrie en perdition.

Hellboy 2 : Bande annonce

Hellboy 2 : Fiche technique

Réalisation : Guillermo Del Toro
Scénario : Guillermo Del Toro, d’après une histoire de Guillermo del Toro et Mike Mignola
Interprètes : Ron Pearlman, Selma Blair, Doug Jones, Seth McFarlane, Luke Goss
Photographie : Guillermo Navarro
Montage : Bernat Vilaplana
Production : Lawrence Gordon, Lloyd Levin, Mike Richardson et John Swallow
Distribution : Universal Pictures
Genres : fantastique, action
Durée : 2h01 minute
Date de sortie : 29 octobre 2008

États-Unis, Allemagne – 2017

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Louis Verdouxhttps://www.lemagducine.fr/
Louis Verdoux : Lycéen passant en première économique et sociale, j'ai commencé ma passion cinéphilique avec le film Spider-Man de Sam Raimi, devenu mon super héros préféré. Cependant mon addiction au cinéma s'est confirmé avec deux films, The Dark Knight de Christopher Nolan et surtout Drive de Nicolas Winding Refn que je considère encore comme mon film préféré. En si qui concerne mes goûts, je suis quelqu'un de bon public donc je déteste rarement un film et mes visionnages ne se limite à aucun genre, je suis tout aussi bien tenté par Enemy que par Godzilla. Le cinéma est bien plus qu'un art et j'espère vous le faire partager

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