Divines, un film de Houda Benyamina : Critique

Remarquée pour l’obtention de la Caméra D’Or au dernier festival de Cannes accompagné d’un discours féministe prônant l’importance des femmes dans le cinéma, Houda Benyamina frappe fort avec son premier long-métrage et se promet une belle carrière de réalisatrice.

Synopsis : Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien.

Combats de femmes

Si beaucoup parleront de Divines comme un La Haine féminin, le film est, fort heureusement, bien plus complexe et élaboré. Banlieue, soif d’argent et désir de s’en sortir rythment la vie de nos trois protagonistes principaux, que fondamentalement tout oppose, et pourtant. Les liens sociaux construits par la réalisatrice ne produisent aucun déchet et sont tous « divinement » réfléchis. La religion côtoie le trafic de drogue là où l’amour côtoie l’incertitude.

Les jeunes actrices ont toutes un potentiel de jeu énorme et s’avèrent toutes les trois bluffantes. Quel étonnement de voir que Divines est une vraie composition vécue avec les tripes, dans laquelle chacune s’est éloignée de ce qu’elles sont réellement pour creuser des personnages complexes et complexés. La direction des actrices est minutieuse et frôle la perfection. Là où, dans La Haine ,on parvient à prendre du recul par rapport à notre trio masculin portant un regard incisif, parfois critique, il n’en est rien dans Divines. Même si leurs choix et leurs actes ne nous plaisent pas forcément, on ne peut que s’éprendre d’une empathie pour elles, avec un léger surplus pour les personnages de Dounia et Maimouna. Divines est un combat de presque deux heures durant lequel le spectateur surmonte les épreuves au rythme du temps, en parfaite corrélation avec les jeunes filles. On s’amuse, rigole mais on tremble, prend peur et s’interroge également. Et même sous une image de caïd qu’elles ne cessent de se donner, impossible de ne pas discerner la sensibilité de chacune, de réussir à mettre le doigt sur leurs failles, mais aussi sur ce qui font d’elles des jeunes filles dans la fleur de l’âge, certes, mais également forte et puissante, prêtes à comprendre que la réussite s’obtient bien souvent individuellement.
On ne peut que se réjouir de la future carrière d’actrice de Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena, Jisca Kalvanda mais également Kevin Mischel, seul protagoniste masculin important, qui donnent envie d’en voir encore plus une fois Divines terminé. Toutefois, certaines scènes donnent à voir la naïveté du premier jeu cinématographique, ce qui peut apparaître parfois comme légèrement « faux », ou un peu plus surfait, mais heureusement, ces scènes sont vraiment en très forte infériorité numérique, et se font oublier par la puissance d’autres séquences.
Aux rêves et aux désirs se mêlent aussi l’amour, qui, dans Divines, permet la prise de conscience et de se sentir plus grande. La douceur côtoie la dureté, mais aucun problème pour Dounia de s’imposer sur tous les fronts, malgré les difficultés. Et ce qui est fort, c’est que, l’empathie mise à part, on peut également détester les jeunes filles. La scène du lycée fait du personnage d’Oulaya Amamra quelqu’un de détestable, qui ne mériterait que d’être corrigé tant son insolence est atroce et son mépris puissant.

Mais outre être une histoire de femmes, Divines est le travail acharné et complet d’une réalisatrice pleine de talent. A la fin de la projection, on ne peut qu’être stupéfait lorsque l’on se dit qu’il s’agit du premier long-métrage de Houda Benyamina. Le scénario tient toutes ses promesses et ne perd jamais le spectateur, même s’il comporte quelques facilités qui auraient pu être contournées pour confirmer la dureté des propos. Aussi, la réalisatrice touche à beaucoup de sujets comme l’argent, les liens sociaux mais aussi la religion, qui rythme la vie de nombreuses familles, notamment celle de Maimouna, interprétée par Déborah Lukumuena. C’est d’ailleurs cette dernière qui nous fera sourire, voire rire, lors de nombreuses scènes dispersées dans le film. La photographie est superbe, avec une mention spéciale pour la scène finale, le montage est porteur d’un rythme filmique dont on ne se lasse pas, et le travail technique qu’est la lumière mais également le son complète parfaitement les éléments précédemment énoncés.

Le premier long-métrage de Houda Benyamina n’a pas volé sa Caméra d’Or au festival de Cannes tant Divines est réussi, avec des actrices resplendissantes qui ont su révéler leur potentiel devant la caméra de la réalisatrice.

Lire l’article Divines Rencontre avec l’équipe du film

Divines : Bande-annonce

Divines : Fiche Technique

Réalisateur : Houda Benyamina
Scénario : Romain Compingt, Houda Benyamina, Malik Rumeau
Interprétation : Oulaya Amamra, Deborah Lukumuena, Kévin Mischel, Jisca Kalvanda…
Photographie : Julien Poupard
Montage : Loic Lallemand, Vincent Tricon
Musique : Demusmaker
Producteurs : Marc-Benoit Créancier
Sociétés de production : France 2 Cinéma
Distribution (France) : Diaphane Distribution
Récompenses : Caméra d’or 2016, Césars du meilleur premier film, de la meilleure actrice dans un second rôle pour Deborah Lukumuena et du meilleur espoir féminin pour Oulaya Amamra
Durée : 105 minutes
Genre : Drame
Date de sortie : 31 aout 2016

France – 2016

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.