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Coexister : Enfin une comédie française réussie !

Troisième projet de Fabrice Eboué et premier film réalisé en solo (après Case départ en 2011 co-réalisé avec Lionel Steketee et Thomas Ngijol et Le Crocodile du Botswanga en 2014, sans Ngijol à la réalisation), Coexister marque le grand retour de cet humoriste issu de la première saison du Jamel Comedy Club et spécialisé dans le stand up provocateur et rentre dedans.  Il est donc tout à fait logique qu’il en soit de même pour ses films ! Il livre pour l’occasion une comédie alerte, intelligente et, forcément, borderline, tout en réussissant le pari périlleux de ne (presque) jamais se vautrer avec ce sujet pourtant extrêmement casse gueule. Chapeau bas !

Il a déjà prouvé à deux reprises qu’on pouvait réussir à évoquer des sujets sensibles dans la comédie en poussant les curseurs du mauvais goût et de l’humour grinçant. En effet, après deux premiers essais concluants, Fabrice Eboué prouve, une fois n’est pas coutume, que l’on peut réussir une comédie avec tous ces ingrédients même si certains anciens aspects négatifs de ses œuvres précédentes ne sont pas encore gommées … Effectivement, en racontant l’histoire d’un directeur de label musical (Eboué lui-même) et sa collaboratrice (Audrey Lamy) qui doit, pressé par sa patronne (Mathilde Seignier), trouver un concept musical pouvant remplir l’Olympia et qui a donc l’idée de réunir sur scène un rabbin (Jonathan Cohen), un imam (Ramzy Bedia) et un prêtre (Guillaume de Tonquédec), le réalisateur-acteur-scénariste n’évite pas certains écueils. Par exemple, l’intrigue avec la compagne du personnage incarné par Eboué (Amelle Chabi) qui le fout à la porte de chez eux suite à une infidélité de Monsieur, est absolument dispensable et sans intérêt puisqu’elle n’apporte rien au scénario et fait même perdre du rythme à l’ensemble. De plus, les gags et références sexuels sont souvent en trop et reviennent très régulièrement (il n’y a que ça dans les parodies musicales et les principaux enjeux tournent beaucoup autour de cette question également), ce qui enlève un peu de finesse au long métrage. En même temps, c’est désormais la marque de fabrique obligatoire dans les comédies françaises actuelles et, franchement, ce n’est pas dans ce film qu’on a vu les pires blagues sur la question mais plutôt dans Alibi.com, Gangsterdam ou encore A bras ouverts, pour ne pas les citer.

Mais malgré ces défauts et sans être renversant au niveau de la réalisation (c’était plus pêchu et inventif avec Steketee), Coexister est plus malin que certains puisque plutôt que de nier ce qu’il raconte comme le faisait si bien  Qu’est ce qu’on a fait au bon dieu, la purge réalisée par Philippe de Chauveron, il ne tape pas tant sur les religions que sur les religieux qui sont sans arrêt en désaccord alors que, finalement, ils croient tous en un dieu et à des textes, aussi différents soient-il. C’est la croyance et la religion qui les réunissent tous. Et, comme à son habitude, le comique sait tirer une morale pas trop conne malgré une happy end, tout de même désamorcée par des blagues qui continuent, jusqu’au bout, de piquer là où ça fait mal. Justement, ce qui rend ses films réussis si on excepte quelques facilités, c’est cette capacité d’emballer proprement le paquet mais de truffer le contenu de pièges. Eboué bouscule tout et ne s’excuse jamais en proposant une petite réflexion sans prétention toujours évacuée par un humour coup de poing qui dit finalement qu’on peut avoir des idées différentes si on décide d’en rire en évitant le blasphème car ça fait aussi partie de la richesse et de la valeur des religions qui prônent le partage, l’écoute et le dialogue, le rire y aidant en partie. En disant ça de façon simple et efficace, sans trop s’attarder sur le côté larmoyant et les bons sentiments de son script, le métrage sait toujours prôner la drôlerie lorsqu’il aborde les erreurs, les paradoxes et les désaccords de ces trois chanteurs qui sont loin d’être des saints.

D’ailleurs, pour incarner ce groupe, le trio de comédiens s’en donne à cœur joie en sachant ne jamais tomber dans la caricature et en leur ayant créé des histoires personnelles intéressantes, à défendre. En plus, chose importante, aucun des comédiens ne tire la couverture à soi, ils se partagent bien les rôles, avec des intrigues concernant chacun d’entre eux, qui se rejoignent habilement, Eboué sachant toujours se mettre en retrait pour incarner un personnage qui est le liant entre les autres, en offrant un terrain de jeu infini et une liberté sans borne à ses acteurs tout en soignant le rôle féminin principal, élément souvent absent pour le surligner dans ces lignes. Enfin, le monde de la production musicale et la crise du disque sont largement abordés dans la première partie et ne quittent jamais l’histoire, vecteurs originaux pour évoquer les questions religieuses. Le détournement des goûts et codes musicaux de nos jours est très drôle, constituant les séquences les mieux réalisées et soignées du film, rattrapant ainsi les simples champs-contrechamps un peu mécaniques et un style parfois un peu trop télévisuel. Ce qui n’empêche pas ce délire d’exploser à plusieurs reprises en étant impertinent, marquant, touchant et avec un réel sens de la rupture qui lui permet de se hisser en tête des meilleures comédies hexagonales de l’année avec Problemos de Eric Judor, cultivant le même esprit anar divertissant que n’aurait pas renié un certain Jean Yanne.          .

Ce n’était pas gagné de réussir à aller au-delà de ce postulat qui ressemble au début d’une mauvaise blague racontée en fin de cérémonie de mariage et, pourtant, ça fonctionne ! En dépit de quelques faiblesses d’écriture, d’une réalisation trop basique et de certaines lourdeurs, Coexister ne s’interdit rien en faisant preuve d’une insolence et d’un culot devenus bien trop rares dans le cinéma comique bien de chez nous ! C’est construit,  bien que classique dans le développement et la forme pour ne pas brusquer les spectateurs assidus de ce genre même s’ils risquent d’être surpris tout de même tant le film dégomme tout ce qui bouge, surtout les contradictions et le cynisme qui règnent dans le monde. Certains diront qu’il est rempli de clichés mais justement, Eboué préfère en rire et se moquer de ces personnes percluses de clichés. Du divertissement qui oublie d’être bête sans pour autant se prendre la tête, c’est rare et quand, en plus, le politiquement incorrect y est majoritairement présent, c’est encore mieux. A voir !

Coexister : Bande-annonce

Synopsis : Sous la pression de sa patronne, un producteur de musique à la dérive décide de monter un groupe constitué d’un rabbin, un curé et un imam afin de leur faire chanter le vivre-ensemble. Mais les religieux qu’il recrute sont loin d’être des saints…

Coexister : Fiche technique

Réalisateur : Fabrice Eboué
Scénariste : Fabrice Eboué
Casting : Fabrice Eboué, Audrey Lamy, Ramzy Bedia, Jonathan Cohen, Mathilde Seigner, Amelle Chahbi..
Soundtrack Compositeur : Guillaume Roussel
Directeur de la photographie : Philippe Guilbert
Chef monteur : Alice Plantin
Ingénieur du son : Antoine Deflandre
Mixage : François-Joseph Hors
Distributeur : EuropaCorp Distribution
Genre : Comédie
Durée : 1h 30min
Date de sortie : 11 octobre 2017

France 2017

Auteur : Ugo T