Problemos, un film d’Eric Judor : Critique

Grâce au gout pour le bon mot d’Eric Judor, Problemos réussit à tirer un portrait satirique des communautés contestataires. Parce qu’il ne peut pas s’empêcher d’y apporter une part d’humour absurde, son film prend une direction surprenante et non moins intéressante.

Synopsis : Victor, Jeanne et leur fille Margaux rendent visite à une connaissance vivant dans une ZAD. Ils y rencontrent un groupe d’individus ayant décidé, pour diverses raisons, de s’isoler en marge de la société et auprès de qui ils acceptent de passer quelques jours. C’est alors qu’ils apprennent que le monde a été décimé par une pandémie, faisant d’eux les derniers humains survivants. Ne leur reste alors qu’à bâtir leur propre société.

Un récit en trois actes c’est Babylone!

problemos-eric-judor A peine remis de l’échec cuisant de La Tour 2 Contrôle Infernale, Eric Judor repasse derrière la caméra et imagine une autre comédie aux antipodes de la crétinerie déraisonnée qui le fit connaitre il y a déjà plus de vingt ans. Son choix de s’attaquer à un phénomène de société semble même entériner cet effort de maturité qu’il avait entrepris dans l’écriture autofictionnelle de sa série Platane. Le sujet en question est celui des zadistes, ces militants écolo et anticapitalistes qui squattent des zones de construction controversés. Pour cela, il s’imagine dans le rôle d’un bobo parisien dont on partage le point de vue pour découvrir la radicalité de ces rebelles. Grâce à une écriture où chaque personnage mène sa caricature à son paroxysme et où chaque dialogue est pensé comme une bonne vanne, cette introduction aux convictions et aux pratiques des personnages est tout simplement hilarante. Comme à son habitude, Blanche Gardin (également co-scénariste du film) est parfaite dans son interprétation mêlant ingénuité et exubérance. Parmi les pistes prises par ce début de scénario, on pourra regretter ce qu’implique la sous-intrigue à la Lolita consécutive au fait d’avoir donné 16 ans à l’aguichante bécasse de service. Hormis ce léger détail vainement politiquement incorrect, la première partie du film se déroule de façon assez classique mais offre des répliques croustillantes.

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Parce qu’Eric reste Eric, un évènement surréaliste vient, à la fin du premier acte, perturber ce classicisme jusque là bien tenu, ainsi que la routine de ses personnages. Alors qu’ils apprennent être les derniers humains sur Terre, et que par conséquent ils n’ont plus de modèle sociétal auquel s’opposer en bloc, ils n’ont problemos-blanche-gardind’autre choix que de créer leurs propres règles. Ce nouveau point de départ permet au réalisateur humoriste de débuter toute une série de situations, parfois ubuesques mais qui font à chaque fois sens, autour de la difficulté de s’organiser de façon collective et en particulier entre personnes qui n’ont comme point commun que le rejet des normes. L’hypocrisie et les contradictions de leurs beaux discours se révèlent flagrantes quand les injustices autrefois farouchement dénoncées deviennent à présent admises et que les conflits internes prennent le pas sur les efforts de vivre-ensemble. Ces excellentes intentions à la portée hautement philosophiques se heurteront toutefois à certaines divagations et incohérences propres à l’esprit exubérant d’Eric Judor et surtout au fait qu’il ne sache pas comment conclure son film.

Davantage qu’une moquerie médisante des marginaux antisystèmes, Eric Judor signe une fable qui interroge sur le sort de tout modèle de civilisation de s’autodétruire de l’intérieur, faute à la nature profondément égoïste de l’Homme. Ce constat fataliste fait de Problemos l’une des comédies françaises les plus éclairées de ces dernières années. Une bonne surprise de la part de son réalisateur qui mérite toutefois de s’améliorer encore s’il veut se libérer de son étiquette de joyeux trublion.

Problemos : Bande-annonce

Problemos : Fiche technique

 Réalisation : Eric Judor
Scénario : Noé Debré, Blanche Gardin
Interprétation : Eric Judor (Victor), Célia Rosich (Jeanne), Blanche Gardin (Gaya), Youssef Hajdi (Simon), Claire Chust (Maéva)…
Montage : Jean-Denis Buré
Photographie : Vincent Muller
Décors : Arnaud Roth
Costumes : Aline Dupays
Musique : Ludovic Bource
Producteur : Matthieu Tarot
Production : Albertine Productions
Distribution : Studiocanal
Genre : Comédie
Durée : 95 minutes
Date de sortie : 10 mai 2017
France – 2017

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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