Au-delà des collines, un film de Cristian Mungiu : Critique

[Critique] Au-delà des collines, de Cristian Mungiu

Synopsis: Alina revient d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d’avoir Dieu comme rival.

Les enfants du péché

Le propre du cinéma est de vous embarquer dans un refuge auquel vous n’avez pas ou peu accès dans votre propre vie. Et plus encore, de vous y confronter de telle sorte que ce voyage dans l’inconnu vous questionne, et vous incite à bousculer vos supposés acquis. Au-delà des collines en possède toutes les caractéristiques, et il est en cela totalement universel, bien qu’il prenne pour cadre la Roumanie et arrime son intrigue dans un couvent de nonnes Jésuites. Le titre du film dit bien la complexité de la situation qu’il expose, de par ses possibles multiples significations. Le sens littéral est assez explicite, puisqu’il situe la localisation géographique précisément, dans une pleine déserte à flanc des collines. Mais il pourrait tout aussi bien désigner l’attention que l’on doit porter au caractère ambigu de cette étude biblique de la foi, aller au-delà de la signification de ce que nous donne à voir les images. Estimer que le long-métrage ne s’embarrasse d’aucune vérité et tient bien plus de la fable christique que de la rigueur catholique n’est pas non plus à sous-estimer. On voit donc bien par là ce que sous-entend Christian Mungiu et sa fin, sèche mais implacable, atteste l’envie manifeste de densifier son propos.

Point n’est besoin de croire en quelque religion pour adhérer au projet, car son but n’est pas de justifier ou d’accabler La Puissance Miséricordieuse, loin s’en faut, mais plutôt de soumettre à notre regard forcément partial, le déchirement glacial de ce don de soi. L’Ecclésiastique et ses soupirantes, dans un geste de dévouement sacré, du moins le pensent-ils sincèrement, tenteront par leurs faibles moyens de ramener à la raison L’enfant du Péché, cette envoyée du diable venue tester leur sacrifice monacal. N’est-ce pas là, la mission qu’il leur faut accomplir devant Dieu pour s’absoudre de toute vilénie? L’attitude, pour condamnable qu’elle soit, n’est jamais regardée avec condescendance et le metteur en scène fait au contraire preuve d’une belle et touchante empathie envers ces envoyés du Ciel. Il n’en dépeint pourtant aucunement des Saints venus prêcher le Droit Chemin et ne cache rien de leur brutalité, témoin le dialogue perturbant entre le médecin et le Pope. C’est là, la principale force du récit, ne jamais basculer dans un manichéisme sot et vain.

Qu’en est-il de l’incriminée? Victime de son amour inconsidéré pour sa jeune conjointe qu’elle retrouve après tant d’années de séparation, elle ne se résout pas à ce que celle-ci se soit convertie à L’Amour Sacré. Le choc qu’elle reçoit est indescriptible, et la rend dans un état de quasi démence. Blasphémant avec force, elle sacrifie sa santé pour échapper à l’orthodoxie régnante autour de sa bien-aimée et se réapproprier son cœur. Quel plus beau don de soi que la preuve d’amour éternelle? Cristallisant autour sa figure sacrificielle le doute et la remise en question de la croyance figée, elle est en cela l’autre versant de la foi chrétienne. La voie à suivre s’en trouve d’autant plus indécise que nul ne va à l’encontre de ses convictions les plus intimes, et que la repentance inhérente à toute erreur est ici difficilement imputable à l’une ou l’autre partie. Dilemme cornélien que Mungiu ne cherche jamais à résoudre ou à expliquer, ne s’intéressant qu’aux faits et gestes du quotidien de ses damnés de la terre. Absolument pas convaincue par ces prières et prosternations comme rituels obligatoires, le refus d’une quelconque idolâtrie de la non pieuse jeune femme, s’apparente aux yeux des religieux comme une évidence mentale qu’il faut à tout prix éradiquer. Constat accablant que cette incompréhension et ce dogmatisme d’un peuple qui ne peut se rencontrer qu’en s’affrontant.

Au-delà des collines : bande-annonce

Au-delà des collines : Fiche Technique

Titre original : După Dealuri
Réalisation: Cristian Mungiu
Scénario: Cristian Mungiu d’après: les livres Confession à Tanacu et Le Livre des juges de: Tatiana Niculescu Bran
Interprétation: Cosmina Stratan (Voichiţa), Cristina Flutur (Alina), Valeriu Andriuţă (le pope), Dana Tapalagă (la mère supérieure), Cătălina Harabagiu (sœur Antonia), Gina Ţandură (sœur Iustina), Vica Agache (sœur Elisabeta), Nora Covali (sœur Pahomia), Dionisie Vitcu (M. Valerică), Ionuţ Ghinea (Ionuţ)…
Image: Oleg Mutu
Montage: Mircea Olteanu
Producteur: Cristian Mungiu, Tudor Reu
Festival et récompenses: Selection officielle à Cannes où il a remporté les prix du scénario et de l’interprétation féminine

Durée: 150 minutes
Genre: Drame
Date de sortie: 21 novembre 2012

Roumanie, France, Belgique – 2012

Auteur : Le Cinéphile Dijonnais (Sabri)

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